Voici le deuxième chapitre de ma fanfiction :D Concernant la partie d'échec qu'il y a dans ma fanfiction, les coups qui y sont joués sont repris d'une célèbre partie ayant vraiment été jouée en 1912 par Edward Lasker et Alan Thomas. Je vous mets le lien de la vidéo d'un gars (qui a l'air de bien plus s'y connaître que moi) qui explique et reconstruit cette partie si ça vous intéresse. J'ai surtout repris les coups d'une partie existante parce que je dois avouer ne pas beaucoup m'y connaître en échec alors si j'ai fait des erreurs, n'hésitez pas à me le signaler.

chaîne: echecs-Blitzstream; vidéo: Partie d'échec célèbre - Le bijou d'Edward Lasker contre George Alan Thomas en 1912

D'ailleurs, en parlant d'erreur, je vous invite aussi à signaler les fautes d'orthographes (et si vous voulez, vous pouvez en profitez aussi pour me donner votre avis sur l'histoire, ça m'intéresse beaucoup :D)

Merci et bonne lecture :p


Ça faisait maintenant presque 9 mois qu'Erik était au côté de Charles, perdu dans le désert mexicain et passant une grande partie de ses journées dans la citerne (qu'il avait appris être en réalité un ancien château d'eau après s'être, maintes et maintes fois, trompé). Lui et Charles avaient fabriqué, avec les morceaux de métal qui trainaient dans la ferme et une vieille planche en bois, un jeu d'échec simple mais efficace. Et depuis lors, Erik venait tous les jours y jouer ce qui le rendait nostalgique.

C'était le soir et la pièce était illuminée de vieux spots blancs que Logan avait nonchalamment disposés dans la pièce et qu'Erik avait tenté de déplacer le mieux possible afin d'avoir un éclairage uniforme. Erik était assis en face de Charles alors que celui-ci lui adressait un sourire moqueur. En effet, Erik était en mauvaise posture suite à l'engagement assez agressif des pièces de son rival. Il réfléchit quelques instants et finit par déplacer, grâce à son pouvoir de contrôle du métal, sa dame en E7. Charles le regarda faire et sourit avant de lui-même devoir revoir sa stratégie. Erik regardait Charles réfléchir, en réajustant le casque qu'il portait, comme avant, en permanence. Il regardait, à travers ses cernes et ses rides, les grands yeux bleus de son rival qui arrivait encore à pétiller malgré les années et se perdit à se remémorer comment il en était arrivé là.

Logan avait longtemps hésité à le laisser seul avec Charles. Il avait pensé à quelqu'un d'autre (sans jamais dire qui) mais il s'était rendu compte qu'Erik avait un avantage non-négligeable. Certes, il avait été leur ennemi pendant des années et les avait trahis moult fois. Certes, son corps était aussi paralysé lors des crises de Charles contrairement à Logan. Mais, Erik s'était rendu compte que le fait de porter son casque lui permettait de pouvoir, au moins, garder son contrôle du métal. Erik lui avait aussi expliqué comment il arrivait encore à se déplacer malgré son grand âge : sous ses vêtements, il avait glissé des tiges en métal, fixées à ses jambes et bras grâce à des bandages, qui, à la manière d'un exosquelette, lui permettait de renforcer ses mouvements avec son contrôle du métal. Ce procédé lui demandait une constante concentration et surtout limitait davantage ses pouvoirs qui avaient beaucoup faibli. Mais ça lui permettait de se déplacer plus ou moins comme avant. Ainsi, il pourrait, en cas de crise de Charles, se déplacer jusqu'au château d'eau et déplacer l'aiguille remplie du sérum pour stopper sa crise. Alors, du jour au lendemain, Logan décida de prendre le risque de le laisser seul malgré sa méfiance. Erik ne savait pas pourquoi il avait finalement changé d'avis. Même s'il savait que Logan n'avait pas vraiment le choix… Il avait un projet qui demandait beaucoup d'argent en plus de celui qu'il utilisait pour les médicaments de Charles. Il devait donc laisser quelqu'un surveiller Charles pendant qu'il retournait aux Etats-Unis pour y travailler. Il revenait toujours de temps en temps mais il les laissait majoritairement seuls.

- Dame en H7. Échec, dit Charles avec un petit sourire sournois.

Erik, sorti de ses rêveries, utilisa son pouvoir pour déplacer le pion de son ami comme il en avait l'habitude. Charles était faible et c'était la solution qu'il avait trouvée pour ne pas qu'il doive se pencher en avant. Mais Erik fut surpris du coup de son ami et surtout du sourire qu'il affichait. De prime abord, Charles avait bêtement sacrifié sa dame. Mais Erik le connaissait bien assez pour savoir qu'il préparait quelque chose. Il déplaça sa dame en H7 et releva la tête pour constater que ça satisfaisait Charles. Il lui renvoya sa mine réjouie.

- He bien… tu n'es pas très bavard aujourd'hui, Charles.

- Je sais… c'est parce qu'aujourd'hui, je vais rattraper en seule partie, les quelques défaites que j'ai essuyées.

- Quel euphémisme de la part de l'homme qui en a essuyées bien plus que moi.

- Seulement ses derniers mois, Erik. Il fut une époque où je gagnais presque qu'à chaque coup. A cette époque, nous parlions moins que nous ne jouions.

- Alors ma réussite n'est due qu'à nos conversations ?

- Oui mais c'est un mal nécessaire pour pouvoir enfin te parler à nouveau.

- Quel sacrifice… Tout comme celui de ta dame d'ailleurs, que je ne comprends toujours pas.

- Tu verras… Tout ça fait parti du plan. Cavalier en F6, échec.

- Très bien…

Erik fit voltiger le pion jusqu'à la case indiquée. Il regarda le pion de son pauvre roi et constata avec effroi qu'il ne pouvait plus reculer. Il décida alors de le faire avancer en H6.

Au fur et à mesure des semaines, Erik était venu de plus en plus passer de temps avec Charles. Il n'avait rien d'autre faire, lui disait-il. Mais il le savait… Il aurait trouvé n'importe quelle excuse pour rester à ses côtés, pour discuter, l'aider à ne pas perdre la tête, ou juste simplement le savoir en sécurité. Au début, ni l'un ni l'autre n'osait vraiment s'ouvrir. Toutes ses années de conflits, toutes ses années d'absence et la solitude que l'un et l'autre avaient subie d'année en année avec la fin des mutants, tout ça avait rendu leur capacité à communiquer quelque peu rouillée. Mais de partie en partie, Il avait commencé à discuter pendant des heures sans même s'en rendre compte. Comme si… ils avaient eu le besoin de rattraper des années de silence et de distance.

- D'ailleurs, Erik, tu ne m'as jamais vraiment expliqué pourquoi tu étais revenu... Tu m'as dit qu'après l'incident de Westchester, tu avais cherché à en comprendre la cause et tu as donc appris que j'étais vivant. Mais pourquoi es-tu venu t'engouffrer dans le désert avec un vieillard malade et dangereux ?

- Tu n'es pas le seul à être devenu un vieillard… Et pour ce qui est de la dangerosité, j'ai déjà donné de ma personne et ça ne t'a jamais empêché d'essayer de me convaincre de changer de camp.

- Tout ce temps perdu… à s'affronter… à tenter de te convaincre…

- C'est vrai que c'est bien plus calme et reposant de simplement s'affronter aux échecs.

Charles lui sourit avant de lui dire : « cavalier en G4, échec ». Il déplaça le pion et commença à discerner la stratégie de son ami qui semblait à chaque tour, le forcer à se déplacer vers une mort certaine. Il déplaça donc son Roi en G5 par dépit.

- Je commence à voir où tu veux en venir… Tu n'as même plus besoin de lire mon jeu, c'est toi qui mènes la danse en m'obligeant à me déplacer là où tu le souhaites.

- J'ai l'habitude de ne pas avoir à lire dans tes pensées.

Il leva son regard pour fixer le haut de son casque qui avait, lui aussi, subi les âges et les combats comme le montraient les écorchures.

- Tu pourrais encore le faire si j'enlevais mon casque, n'est-ce pas ? Alors que mon pouvoir s'est affaibli avec le temps, le tien n'a cessé d'augmenter.

- Il a augmenté sans moi, Erik. Aujourd'hui, mon pouvoir est un danger. A chaque fois que j'utilise, j'ai peur de te tuer toi et le monde.

- Tu l'utilises toujours pour rechercher des mutants, n'est-ce pas ? C'est pour ça que tu ne dors pas ?

Charles s'arrêta un moment, surpris, que son ami l'ait remarqué. Depuis quelques mois, Erik avait craint qu'une de ses crises ne survienne de nuit et que le chemin entre sa chambre et le château d'eau ne soit trop long. Il avait donc demandé à Charles s'il accepterait qu'il dorme, lui aussi, dans le château d'eau. Il y avait déplacé, non sans difficulté, le lit. Mais cette nouvelle cohabitation n'avait fait que lui montrer davantage que Charles souffrait physiquement et mentalement de sa maladie et que ses coups de folie ne lui étaient pas réservés que le jour. Il l'entendait aussi souvent murmurer dans son sommeil, mais il n'avait jamais encore eu le courage de le lui demander de peur que ce ne soit qu'un autre passage de sa folie et qu'il en souffre davantage.

- J'y crois encore, tu sais… Je ne peux pas croire que la mutation ne fut qu'une erreur dans l'humanité. Ils doivent encore exister. Je le sais… je le sens.

- Charles, murmura Erik avec toute la compassion et la tristesse qu'il ressentait pour lui. Il y a une différence entre croire et avoir…. Moi aussi… Je voudrais y encore croire. Mais il faut qu'on affronte la vérité. Que ce soient toi et ta volonté de vivre en harmonie… Ou moi et ma volonté que les mutants reprennent le monde… Nous nous sommes battus des années pour finalement réaliser que nous avions tous les deux torts… La mutation était un accident. Et aujourd'hui, nous sommes devenus les hommes de Néandertal. Et c'est nous qui verront la fin de notre espèce.

Charles baissa les yeux et sortit de nulle part un léger sourire.

- Peut-être… pion en H4, échec.

Erik, attristé, déplaça le pion et son roi en bien mauvaise posture automatiquement en F4.

- Excuse-moi, Charles… Je ne voulais pas te faire perdre…

- Tout espoir ?

- Oui…

- Même si j'ai peur et que je redoute que tu aies raison, il y a une chose qui me fait penser que rien n'est jamais perdu et que des années de combats en valent toujours la peine.

Il leva les yeux du plateau et le regarda. Erik lui sourit en comprenant sa comparaison douteuse.

- Je ne suis pas comparable à l'arrêt d'une espèce, Charles.

- C'est vrai… J'ai toujours pensé que je reverrais un nouveau mutant bien avant toi.

Erik ne put s'empêcher d'éclater de rire. Charles sourit à son tour en le voyant rire ainsi. Ils se regardèrent sans rien dire pendant quelques secondes. Ses moments de silence avaient toujours rendu Erik gêné et en même temps fasciné par son ami. Puis Charles brisa ce silence d'un « pion en G3. Échec ». Erik n'avait pas le choix et voyait peu à peu se dessiner un sombre dessein. Il déplaça son roi en F3.

- Tu as toujours été un grand idéaliste, Charles. Dans le passé, je ne comprenais pas comment tu faisais pour toujours avancer souriant et confiant, et je dois t'avouer que parfois ça m'énervait. Mais… je sais aussi que je t'enviais et que je t'admirais pour ça. Tu avais réussi à réaliser ton rêve, et ce, malgré tous ces humains et leur haine. Tu avais réussi à bâtir un lieu de paix où des dizaines d'enfants pouvaient rire, pleurer, apprendre, échouer, recommencer, réussir, vivre… Et ça, sans jamais, perdre espoir malgré tout.

- … Fou en E2. Échec

Erik déplaça son pion et constata que, encore une fois, il était contraint d'avancer sans pouvoir agir et avança son roi en G2.

- Cette école, Erik, a été, avec les x-men, une de mes réussites. Mais c'est seul, que je l'ai vécu… Tour en H2. Échec.

Erik avança le pion et son roi en G1 sans autre choix possible. Charles avait la voix tremblante et les yeux qui rougissaient. Il leva les yeux pour lui dire en haussant la voix :

- Nous aurions pu… Non… Non… Nous… aurions la diriger ensemble ! Tout ça ! On aurait le vivre ensemble, Erik !

Erik vit couler sur la joue de Charles une larme. Charles la sentit et passa sa main pour l'essuyer. Il lui sourit, pour cacher sa peine, avant de s'exclamer :

- Roi en D2. Échec et mat.

Il fit reculer son fauteuil et alla s'installer devant ses plantes et commença à les couper soigneusement. Erik était toujours vissé sur son fauteuil, incapable de savoir quoi dire. Il regarda l'heure et constata qu'il avait, encore une fois, passé trop de temps à enchaîner les parties. Il se leva et alla chercher dans une petite boîte en métal, les deux pilules que Charles devait prendre avant d'aller dormir. Il remplit un verre d'eau et s'approcha de Charles. Il déposa le verre à côté de lui et lui tendit les pilules sans oser le regarder dans les yeux. Charles hésita longtemps mais se résigna à les prendre. Il prit le verre d'eau et avala les pilules. Quand il eu fini, Erik s'approcha de lui et lui fit signe qu'il était l'heure pour eux d'aller dormir. Il ne discuta pas et avança son fauteuil prêt du lit. Erik prit Charles dans ses bras et le souleva de toutes ses forces grâce à la puissance qu'il mettait dans les tiges en métal de ses bras. Il réussit difficilement à le poser sur le lit. Il souffla quelques secondes et lui demanda s'il avait besoin de quelque chose et par là, il voulait demander s'il devait amener la bassine pour ses besoins (pas la partie qu'ils préféraient mais qu'ils devaient supporter). Charles lui dit que non et le remercia. Il sourit et ferma les yeux. Erik alla se coucher et coupa la lumière à distance.

Erik n'arrivait pas à dormir. Ce que lui avait dit Charles n'arrêtait pas de tourner dans sa tête. C'est vrai… Il aurait voulu être à ses côtés toutes années… Toutes ses années qu'ils ne pourront jamais récupérer… Il avait vu à travers les rapports qu'on lui donnait, l'évolution de l'école de Charles et, malgré le fait que c'était son ennemi, il ne pouvait s'empêcher d'être content pour lui. Mais jamais il n'aurait imaginé que Charles aurait aussi mal vécu son absence. Il avait été entouré d'amis aimant et l'avait combattu avec eux. Erik aussi, il s'était entouré d'amis mais… ce n'était pas pareil. Ils avaient beau toujours avoir été entourés, c'était l'un et l'autre qu'ils voulaient. Mais à cette époque, ce n'était pas possible. Sa rage, sa peur, ses angoisses… Il voulait et devait combattre ces humains qui les auraient massacrés s'ils avaient eu le choix. Et aujourd'hui, son combat avait été inutile et ne lui avait rien apporté. Alors que Charles, lui, l'avait attendu toutes ses années…

Erik ne voulait plus y penser pour l'instant. De toute façon, il tournait en rond. C'était trop tard et ils devaient se focaliser sur le présent. Il tenta à nouveau de s'endormir. Mais, cette fois-ci, il fut réveillé par les murmures de Charles. Par respect pour son ami, il essaya de les ignorer. Mais peu à peu, ses murmures devaient de plus en plus fort et ils pouvaient entendre et comprendre certains mots :

« Peur», « fuite », « mutant », « espoir »… « Laura »

« Laura »

« Laura »

Les murmures de Charles devaient des cris. Erik se leva le plus vite possible, terrifié par la scène. Il hurlait ce nom de tous ses poumons.

« Laura ! »

« Laura ! »

Erik s'approcha et le prit par les épaules de toutes ses forces pour le calmer et lui hurlait :

- Charles, calme-toi ! Calme-toi !

Il commença doucement à se calmer. Erik alluma la lumière à distance et vit le visage de son ami couvert de larmes. Il se pencha pour le serrer et lui souffla quelques mots pour le rassurer.

- Tout va bien, Charles. Je suis là. Ça va…

Mais quand il se leva, il ne vit que le sourire que Charles lui affichait. Erik le regardait le visage triste sans comprendre sa joie. Il continuait de pleurer abondamment et lui dit :

- Laura ! C'est elle notre espoir ! Il y en a encore, Erik ! Il y a encore des mutants !