J'ai un peu honte. Mais. Me voilà. Mon état de santé a été relativement catastrophique, MAIS j'ai le chapitre 2, le 3 et le 4 sont écrits, le cinq en cours, le scénario parfaitement corrigé et beau et propre. Je vous promets d'essayer d'être plus régulier, peut être me calquer sur les publications de Momo rip.

D'ailleurs, remercions Momo pour sa bêta lecture, c'est la meilleure, de l'amour sur sa vie.

TW/Avertissement : Rien de précis à ce sujet il me semble, si ce n'est des mentions de sexe/cadavre mais c'est le but ultime de cette fiction après tout.

Have a nice day :coeur:


Shouta commença l'enquête quelques jours plus tard, dans les environs d'une heure du matin. Il avait quitté le lit qu'il partageait avec Hizashi une fois certain que ce dernier était bien plongé dans un profond sommeil. Ce qui devait être le cas à en juger par les petits ronflements qui lui parvenaient depuis la chambre et qui réussirent à le faire sourire malgré la nausée qui persistait.

Il n'allait pas partir, du moins, pas ce soir. Il n'était pas question de s'aventurer sur le terrain sans aucunes informations. Il sortit d'une pochette placée stratégiquement sous la table basse un petit ordinateur portable dont il se servait occasionnellement et le posa sur le meuble en face de lui. Il n'était pas mauvais en informatique, juste mal à l'aise avec les technologies. Ce n'était pas son genre, aussi simple que cela. Néanmoins, il n'allait pas pouvoir accrocher un tableau en liège au mur pour y épingler des articles de journaux minutieusement découpés et relier ses punaises à l'aide de fils colorés. Hizashi était parfois long à la détente, mais pas stupide. Il était loin de l'être, d'ailleurs, peu importe ce que les gens autour d'eux pouvaient bien maugréer comme conneries.

Il tapa donc avec soin les intitulés de ses recherches des mots-clés sur les derniers meurtres, en navigation privée, pour ne pas avoir d'historique visible. Il prit en note, dans un petit carnet, toutes les informations relatives aux différents cas. La dizaine d'omégas assassinés sur une période de presque trois mois, et les six alphas – le nombre ne pouvait pas rester fixe longtemps... - en l'espace d'une semaine et demi. Les meurtres étaient très rapprochés, et il lui semblait évident qu'ils avaient tous ou presque été réalisés par le même esprit peut-être tordu. Peut-être pas. Ne pas partir du principe que le criminel ne savait pas ce qu'il faisait : après tout, il choisissait toujours le même genre de victimes, quand bien même il avait changé drastiquement de profil.

L'origine du changement de cible ?

Il se remémora également ce qu'Hizashi lui avait raconté, de la rencontre qu'il avait faite le soir où il le remplaçait pour la patrouille. Un homme cagoulé agressait la victime typique : un jeune oméga de dix-huit ans à peine qui attendait un enfant – né prématurément, mais en forme, se réjouissait régulièrement le blond. Selon ses souvenirs, l'agresseur cagoulé tenait un couteau qui avait déjà servi. Shouta gribouilla dans un carnet un croquis approximatif, pour se faire une idée de l'arme qui avait servi pour sa tentative avortée de crime.

Il passa les deux heures suivantes à regarder des dizaines de photos, dans le but de comparer les blessures sur les victimes décédées. Il put en arriver à la conclusion que l'homme cagoulé n'était pas auteur de tous les crimes la lame qu'il avait utilisée était particulièrement affinée, bien sûr, mais pas parfaitement droite. La pointe était un crochet. Un couteau de chasse. S'il s'agissait de l'arme des crimes, les corps des victimes omégas auraient été beaucoup plus massacrés. Si les blessures étaient graves et violentes, cependant, elles étaient nettes, presque chirurgicales, maintenant qu'il y regardait de plus près – c'était si simple de trouver des images de corps massacrés sur Internet et après on osait lui faire une remarque quand il tenait la main de son maridans la rue ? Shouta roula des yeux.

Néanmoins, la curiosité malsaine des journalistes et leurs capacités à obtenir les photos les plus crades et à les publier en ligne – sans pouvoir se faire attaquer par la justice, merci la sacro-sainte liberté de la presse – étaient actuellement assez pratiques pour son enquête.

Il était trois heures, et il reprit encore quelques notes.

Pas couteau chasse. Pas cagoule.

Qui est l'autre ?

Mobile.

Le mobile, c'était sans doute ce qui lui permettrait le plus facilement d'évaluer la psyché du tueur, et ainsi de pouvoir comprendre son mode opératoire pleinement pour le retrouver plus facilement. Une fois qu'il serait sûr de l'identité du coupable... Hé bien, advienne que pourra. Il glissa ses yeux épuisés et injectés de sang sur l'écran, mais à force de descendre sur la recherche d'images, le moteur de recherches finit par lui proposer des photos particulièrement explicites de reproduction humaine. Charmant.

Une voix le sortit de sa réflexion rapide sur la taille improbable de ce pénis, plus proche du cheval que des treize centimètres qui représentaient la moyenne globale du pays depuis des années.

« Qu'est-ce que tu fous, Shouta ? »

Les sons étaient clairs, même si l'intonation fatiguée et coupée par un long bâillement. Hizashi attrapa une petite paire de lunettes de vue qu'il vissa sur ses yeux pour observer l'écran de Shouta.

« … Fallait me le dire que tu t'ennuyais à ce point. Je sais qu'on l'a pas fait depuis un moment, but... At this point ? »

Le blond éclata de rire et reposa ses lunettes sur la table à côté. La salle de séjour était assez grande, et comprenait un petit emplacement qui leur servait de salle à manger, une cuisine ouverte et un endroit qu'il appelait « le salon » où se trouvaient la télé, la table et le canapé-lit qui servait parfois pour les invités – spoiler alert, il n'y en avait pas eu beaucoup depuis leur emménagement. Il ferma ensuite délicatement le petit ordinateur, et ses doigts fins – et gelés, bien sûr – se glissèrent doucement le long de la mâchoire rugueuse, parsemée de poils mal rasés, inégaux, de son compagnon. Sa peau était une succession de petites crevasses plus ou moins profondes, de très légères cicatrices – sans compter celle sous son œil – liées aux combats qu'il avait menés, mais pas uniquement. Sous son menton, on pouvait apercevoir un très petit cercle où ne poussait aucun poil, une trace blanchie par le temps. C'était le jour de leur mariage : Hizashi avait très mal vécu l'angoisse d'avant l'autel, et sans se maîtriser, avait lâché un cri de joie et d'excitation, sans contrôler son alter. Par réflexe, Shouta l'avait embrassé brusquement pour faire taire le bruit il avait subi, l'espace de cinq longues secondes, les vibrations intenses de la voix de malade de Present Mic. Une opération en urgence, pour s'assurer que ses cordes vocales n'étaient pas durablement touchées, et c'était la cicatrice qu'il en restait.

Au moment de dire « oui », Shouta n'avait pas pu dire prononcer quoique ce soit, comme prévu. Il s'était contenté de lever son pouce en l'air pour approuver, provoquant le cri bienheureux d'All Might.

Mais l'heure n'était pas tant aux souvenirs du mariage – quoiqu'il pourrait très bien se languir avec les images de leur nuit de noces – qu'aux baisers langoureux que son blond lui offrait. Et, à vrai dire, c'était encore la seule chose qui lui permettait de ne pas craquer d'oublier, un instant, la mort d'un élève qui avait tout le potentiel pour être un grand héros. Oublier les corps. Oublier les frustrations. Ne penser qu'à la chance qu'il avait de sentir Hizashi contre lui, sur lui, en lui. S'oublier lui-même entre les bras de la seule personne qu'il ait jamais aimé autant.

Le blond le berça, corps contre corps, sa peau sur la sienne, ses lèvres sur sa bouche, un cœur tambourinant dans la poitrine comme pour rejoindre l'autre, prisonnier d'une solitude éternelle. Les draps défaits tout autour d'eux, l'air lourd de sueur de la chambre, la sensation de la respiration encore un peu haletante et brûlante. Les doigts glissés dans la chevelure mal coiffée, les mèches rebelles çà et là, jusqu'à retomber sur le visage, redessinant les contours d'un regard qui se fixa sur lui.

Hizashi éclata d'un rire léger dont il avait le secret. Shouta s'endormit tout contre lui, et peut-être pour la première fois depuis des jours, il ne sombra pas dans le sommeil avec la voix brutale et désespérée de la mère de son élève qui éclatait son crâne, mais avec le petit morceau d'âme noyé dans l'amour que son crétin d'époux lui avait offert comme si c'était la chose la plus naturelle qui soit.

A bien y penser, avant de glisser dans les bras de Morphée, ç'avait toujours été quelque chose de naturel, pour Hizashi. Donner de l'amour jusqu'à en être vide. Donner tout, à vrai dire.

Trop, souvent. Toujours trop.

OoO

Il observa ses mains. Une peau rugueuse qui dessinait des crevasses et des montagnes, des lacs entiers alimentés par ses larmes, de la sueur et le sang qui s'écoulait, goutte à goutte au sol. C'était une retranscription fidèle des décors de son enfance, des paysages magnifiques qui peuplaient encore ses souvenirs, avant qu'ils ne deviennent un désert d'hémoglobine et de désespoir.

L'être humain aurait dû disparaître il y a longtemps. Mais cet amas de cellules plus ou moins bien organisées n'avait pas jugé son heure venue, quand bien même ce n'était pas à lui de le décider. Ce parasite avait joué avec la nature pour en rester le plus grand maître.

Cette société s'était construite entièrement sur des cadavres, et les fondations d'une telle bâtisse ne pouvaient survivre longtemps comme cela. Lui, il était la fissure dans les couches de ciment, il était la planche fêlée, celle qui amènerait les autres à se rebeller à leur tour, jusqu'à la destruction pure et simple de cette chimère dans laquelle il aurait préféré se bercer.

Il avait choisi la mauvaise cible, au départ. Des omégas sans défense. Pour lui, c'étaient eux qui trahissaient leur rang et ne méritaient pas de vivre. C'était un soir, en croisant un alpha immonde agresser un oméga prostitué, le ventre déjà rond d'un plus vieux client, qu'il avait compris son énorme erreur. Il aurait souhaité s'en excuser, réellement mais il avait le sang d'innocents sur ses mains, et à défaut de pouvoir se faire pardonner, il s'était juré de les venger jusqu'au dernier. Puis, finalement, d'en finir, comme dernière tentative pour se racheter.

Ce n'était pas par plaisir sadique qu'il le faisait. Il souhaitait simplement démolir une société gangrenée. Les violences subies par ses victimes n'étaient pas de son fait, ou du moins rarement. Il n'essayait pas de leur causer de la souffrance, c'était toujours accidentel quand cela arrivait. Mais, parfois, il avait comme un flou, se souvenait mal, et quand il se réveillait de cet étrange coma, il était déjà rentré.

Peut-être l'effet secondaire de sa pilule, hein ? Mais c'était le prix à payer pour que son odeur ne le trahisse pas, le temps que sa mission se termine. Il se promettait, chaque fois qu'il avalait le cachet rond et blanc, qu'il brûlerait le stock de plaquettes qu'il possédait dès qu'il le pourrait.

Il s'accorda un sourire en rangeant son arme et en quittant la ruelle de son action de ce soir.

La Révolution était en marche.

OoO

Le mobile. Le mobile. Le foutu mobile.

Shouta n'arrivait pas à s'expliquer pourquoi, mais il était sûr que la découverte du mobile serait une aide précieuse pour comprendre et prévenir les futurs meurtres.

Quels étaient les points communs des victimes ?

Première phase. Des omégas, jeunes, qui attendaient un enfant.

Second phase. Des alphas de tout âge. Quel était le point commun de ces alphas ?

Un crayon de papier entre ses dents, il tapa sur son petit ordinateur les noms des différentes victimes, et tomba rapidement sur quelques articles des faits divers concernant des violences avérées qui n'avaient jamais été punies sur un compagnon oméga.

Le lien était assez simple à effectuer. Des violences contre les omégas, donc.. Bakugo n'était pas exempt de reproches à ce sujet, sa victime préférée étant un jeune oméga, en la personne de Midoriya. Bien, le coupable voulait lutter contre la violence que subissait tout un pan de la population, et même s'il n'appréciait pas ses méthodes, Shouta ne pouvait nier que ses intentions étaient louables. Alors pourquoi avoir d'abord attaqué la population qu'il cherchait à défendre ? Il était sur le point d'exploser le crayon dans sa bouche à force de le mordre, quand une voix le fit sursauter. Hizashi fixait son écran avec un soupir, et déposa une tasse de café fumante à proximité.

« Tu lâches pas l'affaire, hein ? »

Shouta envisagea de s'excuser, ou d'essayer de mentir, mais c'était peine perdue. Et puis, si le blond souhaitait lui hurler dessus, il n'hésiterait pas. Il croisa les bras contre son torse, attendant une punition qui ne vint pas.

« Calm down, Shouta. J'approuve pas, ok ? Je crois que c'est clair. Mais je préfère savoir ce que tu trafiques, plutôt que tu fasses tout dans mon dos. Parce que c'est ce qui arrivera, if I say « no », hein ? »

Le trentenaire baissa un peu la tête, piqué au vif. C'était dérangeant qu'Hizashi soit capable de lire en lui comme dans un livre ouvert, même si plutôt normal, étant donné toutes les années qu'ils avaient passées ensemble. Il attrapa la tasse chaude entre ses doigts, menaça de se brûler, et commença à siroter le liquide amer, ses yeux fatigués rivés en direction de l'écran.

« Je crois que j'ai trouvé le mobile, lâcha-t-il finalement. Mais y'a un truc que je ne comprends pas. »

Son époux s'étala à côté de lui sur le canapé, et lui fit un petit signe de tête pour lui intimer de continuer. Vêtu uniquement d'un caleçon et d'un tee-shirt trop grand, Hizashi glissa son bras autour des épaules de Shouta qui reprit.

« Actuellement, il ne tue que des alphas ayant eu des antécédents de violences sur des omégas. Ça me semble logique qu'il s'agisse d'un activiste... Mais dans ce cas, pourquoi avoir tué des omégas en premier lieu ?

-Peut-être pas le même tueur.

-Les traces sont trop similaires, même la lame utilisée est un copier-coller. Si c'était un copieur, pourquoi s'emmerder à ce point ? Pour ne pas se faire chopper ? Je sais pas si c'est sa priorité.

-C'est vrai... Après, si les omégas attendent des enfants, c'est à cause d'un alpha, de base. Tu peux peut-être creuser par-là ?

-« A cause » ? »

Le blond eut un rire.

« T'as pas été élevé comme un oméga, tu peux pas comprendre ça, je suppose. »

Shouta hocha la tête, avant de la poser doucement contre celle d'Hizashi qui le serra doucement contre lui.

« Cette position est improbable, nota-t-il cependant. Je m'explose la nuque.

-Maybe, mais tu es avec moi, et ça c'est beau.

-Oui, enfin, si je meurs, ce sera plus très beau. »

Le blond éclata de rire avant de se déplacer de façon assez étrange, jusqu'à atteindre une position un peu plus confortable et pouvoir serrer correctement son époux contre lui. Ce dernier se relança dans sa prise de notes intensives. Pour ne pas bloquer trop longtemps sur le mobile des crimes, quand bien même Hizashi lui avait donné une bonne piste, il continua de se renseigner sur l'arme potentielle du crime. Une lame longue, étant donné la profondeur des blessures. Très aiguisée, bien sûr. Une lame droite, aussi, aucune courbe ou dent pour déchiqueter la peau plus que nécessaire. Peut être un kata- oh wait.

Il devait cesser de trop réfléchir, il prenait les réflexes de son crétin.

« Tu as dit que l'homme qui avait tué l'autre, le soir de ta patrouille, avait une sorte de katana, non ? »

Hizashi hocha la tête.

« Et donc ?

-Je crois que c'est lui qui est en possession de l'arme du crime. Et, étant donné qu'il n'a pas hésité à assassiner quelqu'un, c'est peut-être le tueur. »

Le blond fronça les sourcils, et joua avec sa moustache un instant.

« Tu veux une info que j'ai eue après ? » Lâcha-t-il finalement, bien qu'un peu hésitant. Shouta hochant la tête, il se redressa avant de reprendre. « L'oméga agressé, ce soir-là, il... It was for work, y'see ? Like, night work. Visiblement, le type cagoulé était un client pas content et il avait les boules. Littéralement. Les meurtres ont commencé à virer à partir de ce moment-là. »

Shouta hocha la tête, et ferma les yeux. Les pièces du puzzle s'assemblaient, lentement mais sûrement. Il fallait se renseigner auprès des militants des groupes les plus extrêmes, donc un travail tout à fait abordable pour qui n'avait pas peur de mourir. D'autant plus en tant qu'alpha. Il envisagea de demander de l'aide à Hizashi, mais il préférait ne pas le mêler à cette histoire qui était une suite d'erreurs et de manque clair de logique. Les sentiments le rendaient stupide.

OoO

Si stupide que, quand il apprit la nouvelle de la bouche d'un camarade de Bakugo, il trembla de rage, se contrôlant difficilement.

L'atmosphère était lourde. Quelques élèves tentaient çà et là des boutades pour alléger l'ambiance morose, mais rien n'y faisait. Des sanglots résonnaient, parfois, et Aizawa ne pouvait pas leur reprocher de se sentir mal à la mort d'un camarade.

C'était finalement Kirishima qui avait placé le sujet. Il avait indiqué que Bakugo était mort en héros viril, que grâce à lui, le meurtrier serait arrêté en un rien de temps. C'était Midoriya qui s'était permis un hurlement, à ce moment-là.

« Mais QUELLES preuves ?! Tu veux dire, son vieux Nokia pourri qui était noyé dans son PROPRE SANG ?! OU LES CHEVEUX DANS SA MAIN QUI PROVOQUE DES EXPLOSIONS A CAUSE DE LA SUEUR ?! »

OK. C'était très inhabituel, anormal, et violent. Midoriya était clairement au plus mal, et il fit signe à Todoroki de l'accompagner à l'infirmerie. Se rendant compte de son comportement, le jeune homme s'excusa presque trente fois avant d'être sorti de la salle, dont le silence était insupportable. La table vide sur laquelle son regard se posait parfois lui donnait un frisson douloureux et désagréable.

Tout était de sa faute.

OoO

C'était peut-être deux jours plus tard, à peine. Il était cinq heures du matin quand il se réveilla en sueur. Une odeur forte flottait dans la chambre, insupportable. Sa tête tournait. Il se redressa pour quitter le lit, avec l'idée de s'enfermer dans la salle de bain, mais son corps s'écroula sur la moquette au sol. Entre ses cuisses coulait un liquide transparent et immonde qui roulait sur sa peau et imprégnait son bas de pyjama. Est-ce que c'était le stress ? Est-ce qu'il allait mourir ? Peut-être, à en juger par les battements violents de son cœur. Il se traîna comme il put jusqu'au mur pour s'y adosser. Hizashi n'était pas dans la chambre, sinon le bruit l'aurait réveillé – il avait toujours eu le sommeil léger. Il devait encore être en patrouille.

Il tendit un bras tremblant jusqu'à son téléphone qu'il tira avec plus ou moins de force, et garda le doigt appuyé sur un bouton une vingtaine de secondes appel d'urgence.

Hizashi arriva en trois minutes et cinquante secondes à vrai dire, il était déjà très proche de l'immeuble, sa patrouille tout juste terminée. Shouta n'employait que très rarement l'appel d'urgence – ça devait même être la première fois depuis trois ans, environ. C'est essoufflé qu'il entra dans l'appartement, refermant la porte un peu brusquement, et se dirigea vers la source de l'odeur qui s'imprégnait dans toutes les pièces.

Une odeur qu'Hizashi connaissait bien c'était le même genre qui avait envahi sa chambre, au moment de sa propre puberté.

Qu'est-ce que. C'était que ce. Bordel.

Le blond ouvrit le battant de bois qui séparait leur chambre du reste de l'appartement, et il sentit sa tête tourner brusquement. Ici, c'était encore plus violent, il sentait ses sens agressés. Il se força néanmoins à rester concentré jusqu'à trouver Shouta, allongé à demi-nu sur le sol, qui tentait vainement de calmer la douleur immonde qu'il ressentait dans son bas-ventre en frappant la peau déjà couverte de petits hématomes. Hizashi le prit dans ses bras et le serra fortement contre lui pour le calmer.

« Hey, baby, je suis là. What the hell, Shouta ? Il s'est passé quoi ? On dirait que t'as des chaleurs ! »

Une symphonie de gémissements désespérés furent sa seule réponse. Sans trop savoir que faire, il envoya une suite de SMS à Nemuri, dans l'espoir qu'elle ait une solution. Face à cette situation, à la fois familière et improbable, Hizashi prit l'initiative de se redresser en soulevant Shouta – et Dieu que c'était dur ! - pour l'emmener jusqu'à la salle de bain. Quand il lui était encore possible d'avoir ses chaleurs, il n'y avait que deux choses qui parvenaient plus ou moins à calmer le tourbillon intense dans lequel ses hormones le plongeaient de force jusqu'à l'y noyer : le sexe, bien sûr, mais également une longue douche tiède.

Il ne prit pas la peine de déshabiller son époux, celui-ci étant trop tremblant et mal en point, et il se dépêcha d'ouvrir le jet et de le régler pour qu'il soit le moins violent possible. Il lui passa ensuite de l'eau sur la peau, et Shouta lui accorda un regard de remerciement auquel il répondit avec un sourire.

Peut-être une vingtaine de minutes plus tard, alors qu'Hizashi continuait à s'occuper de son époux qui n'était pas beaucoup plus calme, Nemuri débarqua dans l'appartement accompagnée de Chiyo, qui eut un long frisson quand elle sentit une odeur familière. Elle se dirigea vers la salle de bain, écarta le blond avec sa canne, pour examiner le trentaine étalé dans la baignoire. Elle huma l'air avec plus de concentration, et commença à tapoter le creux de son coude ainsi que sa cuisse jusqu'à pousser un très long soupir.

« Je vais devoir faire quelque chose d'incorrect. Il n'est pas en état de me donner son consentement, et ce n'est jamais quelque chose à faire. Mais sa vie en dépend peut-être. »

Hizashi hocha la tête, et attrapa la main de Shouta. Chiyo expira, et glissa sa main entre les cuisses de Shouta pour toucher du bout des doigts le liquide qui s'y écoulait en quantité astronomique. Après s'être lavé les mains, elle croisa ses bras contre sa poitrine.

« Il a ses chaleurs. Je sais que c'est censé être un alpha, mais tous les signes sont là. Je n'ai même pas besoin de toucher la peau de son ventre pour voir qu'elle s'est excessivement élastifiée. Et Hizashi, tu le sais aussi, tu connais ces crises-là. »

Nemuri se mordit la lèvre inférieure, et s'appuya contre le mur derrière elle.

« On peut avoir une explication un peu plus poussée de son état ? Pas que ça m'emmerde qu'il y ait autant de bouleversement dans sa vie sexuelle, mais ça pue la merde. Non ?

-Si, effectivement, soupira la vieille femme une nouvelle fois. Étant donné les cicatrices sur sa cuisse, il a visiblement subi un traitement d'injections intramusculaires. C'est une façon d'administrer certaines hormones. Passons le blabla scientifique, mais il n'est visiblement pas né cent pour cent Alpha. Il y a dû y avoir une ambiguïté et ils se sont débarrassés de ce qu'ils pensaient être une anomalie. Mais j'aurais besoin d'accéder à son dossier médical pour en être sûre.

-Oh fuck. C'est sûr que ça peut pas être le stress ? Or something like this ?

-Le stress peut avoir provoqué le bouleversement hormonal dont résulte cette crise. Mais ce n'est clairement pas le point d'origine du problème. »

L'odeur étant trop présente, elle quitta la pièce pour respirer de l'air un peu plus frais, suivie de Nemuri qui, une main posée sur sa hanche, maugréa.

« Donc on ne peut rien faire mis à part le regarder se tortiller comme ça et souffrir ?

-Hé bien, je suppose qu'un alpha pourrait s'occuper de lui, si ça ne tenait qu'à cela. »

Grognement mécontent à l'arrière. D'accord, cette idée était fichue par avance, quoique cela n'avait rien de très étonnant. Elle se tourna vers le blond, et avec un haussement de sourcil, lâcha :

« Tu peux toujours t'en occuper, toi. Ce ne sera pas forcément aussi libérateur, bien sûr, mais suffisamment efficace pour l'empêcher d'en mourir en tous cas. »

Merde. Merde. Merde. Hizashi ne voulait pas faire quelque chose comme cela. Enfin, faire l'amour à son partenaire était évidemment une activité qu'il adorait, mais il savait également que la période des chaleurs était un moment particulièrement difficile, autant mentalement que physiquement, durant lequel Shouta ne serait pas capable de lui dire s'il était d'accord avec quoi que ce soit. Mais d'un autre côté, qui sait si son état ne risquait pas de le tuer ? Et à vrai dire, vu sa respiration difficile et haletante, et la peau qu'il s'était arrachée de douleur çà et là, il n'avait aucune réponse pré-définie. Sans trop y réfléchir, il apporta un verre d'eau à son mari qui se tordait dans la baignoire pour le faire boire doucement – il fallait y faire attention, aussi, il n'arrivait pas si rarement que les premières chaleurs soient mortelles à cause du manque d'hydratation.

Il soupira.

« Je vais voir ce que je peux faire.. Merci d'être venues. »

Chiyo hocha la tête avant de quitter l'appartement, suivie un peu plus tard par Nemuri qui accorda une accolade amicale à Hizashi avant de partir à son tour. Le blond vérifia si la porte de leur appartement était correctement fermée, avant de se rendre jusque dans la petite pièce carrelée. Puisqu'il n'était pas un alpha, l'odeur ne l'atteignait pas directement, et il ne perdait pas directement la tête comme un immense abruti primaire. Il déposa un baiser doux sur le front de Shouta, avant de le fixer. Bien qu'en proie à une très grande douleur et une envie terrible, son insomniaque préféré restait plus ou moins conscient de la situation, et marmonna avec le peu d'énergie qu'il lui restait :

« C'est OK.. Tu,-.. Tu peux. J'suis O-Uuuh. »

Une plainte coupa sa phrase, et le blond eut un très léger rire. Bon, maintenant que le consentement de son cher et tendre était certain – il ne se serait jamais pardonné de l'avoir fait souffrir comme cela – il débuta un long baiser en se débarrassant des vêtements trempés qui lui collaient au corps, et ralluma le jet d'eau aussitôt, les gouttes frappèrent la peau rouge et brûlante de Shouta, visiblement bienheureux de connaître un peu de fraîcheur. L'eau reluisit sur le visage d'Hizashi, encadré par les mèches blondes qui se collaient à ses joues et son cou.

« Y'know, c'est horrible comme sensation, I had the same shit babe. Mais... Je te trouve hyper beau quand même. Et c'est de la merde, dehors, mais tout ce qu'on va faire, là, ce soir, ce sera magnifique. As beautiful as you, my love. Are you ready ?! »

Il aurait souhaité hurler sa dernière phrase, mais Shouta préférait certainement le silence actuellement. Et, de toute façon, ses mots et son souffle furent coupés par la bouche qui se plaqua sur la sienne avec un certain désespoir, et beaucoup d'amour – c'était discret, bien sûr. Shouta n'était pas à l'aise avec les sentiments, après tout. Ne l'avait jamais été, ne le serait sans doute jamais, mais avec le temps, Hizashi avait appris à reconnaître la douceur avec laquelle les lèvres abîmées çà et là s'accrochaient aux siennes comme pour lui crier « je t'aime ».

Et le blond se jura, de toutes ses forces, de lui rendre cette déclaration avec toute la fougue et la tendresse dont il était capable.

OoO

Cela dura trois jours et deux nuits, entrecoupés parfois d'une ou deux heures de sommeil par-ci et par-là, grappillées quand Shouta était trop épuisé pour faire quoi que ce soit. Hizashi n'avait pas mis le moindre contraceptif, puisque il n'en avait pas : il n'y avait aucune chance qu'ils aient un enfant par cette voie-là, et ils étaient exclusifs l'un à l'autre depuis longtemps maintenant. Mais, à vrai dire, après avoir passé trois jours sans y réfléchir, il eut soudain une énorme panique il était vrai que, normalement, Shouta n'était pas capable de porter un enfant. Ce n'était pas qu'une histoire d'hormones, mais de physiologie complète. Le corps rentrait chaque mois dans une phase où il se préparait à recevoir un ovule, puis les chaleurs advenaient. L'ovule pouvait survivre les cinq à sept jours des chaleurs, et parfois près de deux semaines après la fin de ces dernières. Une capacité de survie incroyable pour remettre l'Humanité sur les rails rapidement, et qui ne s'était pas estompée avec le temps.

Mais le fait était que, visiblement, son époux avait été tourné en alpha de force. What the hell. Cela voudrait dire qu'il était bêta, à l'origine ? Pourquoi l'avoir forcé à devenir alpha, alors ? En tant que bêta, sa vie n'aurait pas été très différente. Oméga, alors ? Non, sûrement pas, sa famille n'était pas pauvre, mais sûrement pas assez fortunée pour pouvoir lui offrir une opération aussi coûteuse. Puis, il avait eu l'occasion de voir l'acte de naissance de Shouta pour le mariage, et s'il était possible qu'il y ait eu un changement, une trace de l'appartenance d'origine aux omégas était toujours visible, « au cas où ».

Hizashi caressa doucement la hanche de son brun endormi d'une main, et de l'autre, attrapa son téléphone pour envoyer un message à Chiyo cette dernière lui avait écrit un peu plus tôt, la veille, pour lui signaler qu'elle était entrée en possession du fameux dossier médical – elle avait des contacts de son ancienne faculté de médecine. Il lui fallait plus d'informations pour aider Shouta au mieux – en parlant du loup, le professeur slash héro professionnel slash plus bel homme qui soit se tourna comme il put pour se caler contre son crétin. Son corps était plus calme, bien que dégageant encore des restes d'odeur et tremblant légèrement.

« Soif... »

Le blond attrapa le verre sur la table de nuit à côté avant de l'aider à boire.

« J'ai eu des nouvelles de ton dossier médical, lâcha-t-il en reposant le verre vide. Ça a l'air un peu chaotique, de ce que j'ai compris.

-Hmm ? Grogna son compagnon, sans ressortir son visage du coussin où il était enfoncé.

-Chiyo va passer avec, elle m'a dit. Ce serait trop long à expliquer comme ça. Je vais t'emmener à la douche, du coup. Are you readyyyyy ?

-J'vais plus jamais voir cette phrase pareil... »

Hizashi éclata de rire avant de l'attraper par le dessous des aisselles, à la façon d'un enfant. Il l'entraîna ensuite dans la salle de bain et le déposa dans la baignoire. Le contact froid de la céramique sur sa peau nue fit grimacer Shouta, mais sentir quelque chose de frais après plusieurs jours à se faire prendre dans toutes les positions physiquement possibles - Est-ce qu'Hizashi avait vraiment parlé d'un hélicoptère Molotov à un moment ? Il n'était pas sûr, et ne souhaitait pas l'être. - n'était pas si désagréable. Et, quand il sentit le pommeau de douche passer lentement dans son dos, il ferma les yeux pour profiter de la sensation de l'eau tiède qui tambourinait doucement, puis s'écoulait jusqu'au bas de son dos, particulièrement endolori par les allers et venues d'Hizashi. Il laissa son idiot de mari prendre soin de lui pendant de longues minutes, en essayant de ne pas réfléchir à

Ce qui arrivait à son corps.

Ce qui risquaitd'arriver.

Est-ce que sa vie n'était qu'un mensonge ?

Il était quoi, au juste, au final ? Un oméga puissant, un alpha défectueux ? Et qu'est-ce que ça voulait dire, d'ailleurs, qu'un oméga qui ressemblait à un alpha était fort et que l'inverse était un signe de faiblesse ? Hizashi n'avait jamais été faible.

Au contraire. Hizashi, n'en déplaise à All Might, était le plus grand héros de ce pays, de cette Terre sans doute, parce qu'il ne fallait pas de force pour sauver près d'un millier de personnes d'une catastrophe. Mais pour supporter un crétin insomniaque pendant quinze ans, accepter de sortir avec, de se marier avec, de vivre toute sa vie à ses côtés, et d'avoir en plus trois boulots et garder le temps de se faire un masque de soin avant de dormir et quelques exercices quotidiens pour garder des fesses parfaites, c'était plus que quelques muscles gonflés. Toshinori était charmant, mais Hizashi était lui, et c'était amplement parfait.

Il se sentait impuissant. Parce qu'il savait pertinemment qu'un alignement hormonal ne changeait strictement rien aux performances d'une personne. Tu pouvais être un mauvais, ou un bon héros. Un excellent, parfois. Pourtant, il ne pouvait pas s'empêcher de penser que ses élèves omégas étaient peut-être un peu moins doués un peu moins faits pour la filière héroïque. Alors qu'Hizashi était là, extraordinaire et souriant et oméga et rien à faire de toutes ces histoires – ou du moins, il n'avait pas l'air d'en être trop touché. Néanmoins, Shouta remarqua les sourcils haussés jusqu'au plafond haut de la salle de bain, et il tapota son bras pour attirer son attention et murmurer d'une voix rauque et encore un peu faible.

« Y'a quoi ? »

Il avait déjà été plus avenant, poli et gentil. Mais peu importe. Hizashi lui répondit d'un léger rire nerveux en finissant de mousser sa tignasse brune en bordel.

« Hm.. J'me disais.. Fin. Je sais que c'est pas possible, tu vois ? Je veux dire, t'es pas oméga, je suis stérile as hell, mais... J'me suis dit, ce serait rigolo, si on avait un enfant. Enfin, rigolo. Je me suis demandé ce que ça ferait, y'see ?

-Tu serais l'équivalent du grand frère casse-cou et casse-couille que le petit voudrait imiter à tout prix. Mais tu pourrais chanter des berceuses pour l'endormir, je suppose. »

Il éclata de rire, cette fois, et Shouta aimait tellement ce rire, mon Dieu. C'était idiot, hein, et il était le plus con des deux et il le savait, mais chaque fois qu'il l'entendait rire, Shouta savait qu'il retombait amoureux comme la première fois qu'il l'avait entr'aperçu au lycée. Une anecdote qu'il préférait taire, pour le moment.

« Tu serais... Le vilain flic. Mais qu'en apparence. Tu aurais l'air flippant et tout, et tu le menacerais trop. Mais tu ferais comme avec tes élèves, dans le fond tu t'en occuperais toute la nuit, tu le chouchouterais, tu paniquerais pour lui systématiquement... Tu serais le genre de père parfait, tu sais ?

-J'ai pas d'embryon dans le ventre, hein.

-... Ouais, je sais. »

Hizashi baissa la tête, et son sourire se tassa un peu, comme les étoiles dans ses yeux qui partirent en supernova, et les cadavres de leur existence glissèrent sur ses joues.

« Désolé, c'est bête.

-Je savais pas que tu voulais autant un gosse.

-... J'ai enterré ça à côté de mon rêve d'avoir un jour une basse signée par Elvis Presley, tu sais. »

Shouta arqua très légèrement la commissure de ses lèvres. Un rictus louche se dessina finalement.

« On verra, alors. Après tout ça. »

Le blond essuya d'un revers du poignet les restes de poussières d'étoiles sur ses joues, et se redressa pour aider son compagnon à sortir de la baignoire, l'essuyer, et lui enfiler des vêtements propres. Il l'attrapa telle une princesse et le jeta à moitié sur le canapé en écoutant toquer à la porte.

Le battant ouvert, il accorda un sourire fatigué à Chiyo qui entra après un signe de main, un dossier particulièrement épais coincé sous le bras.

« On va avoir une longue discussion. »