Pays des 9 Mers – Ile d'Alguenord

« Erya ! Erya ! Hurla Aïzis, la dame de compagnie de la jeune femme. »

Elle n'obtint aucune réponse. Aïzis porta ses mains aux hanches le regard dur fixé sur l'océan qui s'étendait en contra bas. Du haut de la colline, elle était capable de voir toute la ville blanche. Mais, elle ne voyait pas sa maîtresse. Le maître d'arme était arrivé à l'aube. Et alors que le soleil courait jusqu'au zénith, Erya n'avait toujours pas montré le bout de son nez.

« Mais où êtes vous encore allée… se lamenta-t-elle. »

Depuis près de 6 ans qu'elle était au service de la noble famille Aigre, Erya n'en avait toujours fait qu'à sa tête et menaçait de la rendre cardiaque à tout instant.

Elle remonta jusqu'à l'entré de la demeure. Deux grands arbres encadraient l'allée menant à la porte principale de la maison. Aïzis tapa le sol du pied.

« Elle va me faire devenir chèvre ! »

Un gloussement lui fit lever la tête. Perchée sur les hautes branches, se trouvait une jeune femme aux cheveux blonds et au regard bleu malicieux.

« Erya ! s'exclama Aïzis. »

La jeune maîtresse se laissa choir sur le sol.

« Le maître d'arme vous atteint depuis l'aube. Et vos parents qui rentrent aujourd'hui que vont-ils dire, se lamenta-t-elle. »

Erya sourit. Ses yeux bleus saphir accrochèrent le regard de sa dame de compagnie. Un cercle plus clair s'enroula autour de sa pupille et le lien s'opéra entre les deux femmes. A peine quelques secondes après, Aïzis détourna les yeux de sa maîtresse. Elle suivit un point au loin montrant sur son visage de l'exaspération. La domestique releva sa jupe et se mit à courir à la suite de quelques illusions hurlant à plein poumons : « Erya ! Ne courrez pas si vite ! Mademoiselle, attendez moi ! »

Celle-ci gloussa avant d'exploser de rire. Elle la suivit lentement s'amusant du spectacle qu'elle offrait. Soudain, à peine les premières marches du perron gravis, Aïzis s'arrêta en plein mouvement. Son cri cessa et le ciel s'assombrit jusqu 'à devenir noir.

Erya se renfrogna. Elle fixa le ciel amer. Le jeu était fini.

« Grand-mère souffla-t-elle. »

Assise sur un banc de pierre à côté de l'entrée se tenait une vieille femme au dos voûté, la tête coiffée d'un grand chapeau, et ses mains noueuses appuyées sur une grande cane en bois de chêne. Le regard bleu nuit fixait sa petite fille durement. La jeune femme s'approcha la tête basse.

« Personne ne doit savoir, mon enfant, articula la vieille femme. »

Erya sourit.

« Ais-ce pour cela que le ciel devient noir chaque fois que vous usez de vos facultés ? »

Le regard noir de sa grand-mère la fit taire.

« Il n'allait rien se produire. L'illusion aurait pris fin avant qu'elle n'atteigne la salle d'entraînement ! Se justifia Erya.»

Sa grand-mère se leva et souleva sa cane.

« Réintégrez votre place mon enfant, il est tant que le soleil réapparaisse. »

Erya grogna et gravait le perron d'un pas lent. Elle passa devant se dame de compagnie, ouvrit la lourde porte et jeta un œil à l'intérieur. Elle vit le vieux majordome arrêté lui aussi en plein mouvement.

Erya se plaça comme dans le rêve éveillé de sa domestique.

« Étiez-vous obligé d'arrêter tout le château ? Se plaignit Erya. »

Sa grand-mère sourit.

« Il se doivent d'ignorer que le ciel est capricieux. »

Erya ouvrit la bouche, mais déjà la cane frappa le sol. Les cris si souvent entendus raisonnèrent à nouveau aux oreilles d'Erya. La jeune femme traversa aussitôt la porte d'entrée porter par l'illusion qui se formait dans l'esprit d'Aïzis. Elle évita le majordome et courut dans le couloir. Un autre son vint se mêler aux cris. Erya arrêta net sa course tendant l'oreille. Sa dame de compagnie en fut s'y surprise qu'elle faillit la percuter. Erya leva la tête. Le plafond se mut sous ses yeux. Les voiles du bateau peint sur le bois se gonflèrent. Le vent rugit au dessus des vagues qui s'écrasait sur la proue.

« Ils sont là, murmura Erya. »

Ses narines furent assaillies par l'odeur salée de la mer. Le chant des mouettes raisonnait à ses oreilles. La jeune femme tourna la tête. Elle ne voyait pas sa dame de compagnie, seulement la porte s'ouvrir sous les vents marins.

« Ils sont là, dit-elle plus fort. »

Et elle s'élança. Dehors, le ciel devint gris, et une fine pluie descendit des nuages gorgés d'eau. Sa grand-mère était debout fixant l'horizon d'un œil méfiant. Erya ne lui prêta aucune attention. La pluie ruissela plus fortement sur son corps. Elle descendit l'allée. Elle passa devant les deux arbres tandis qu'un coup de tonnerre retentissait. Les habitants délaissèrent leurs biens sur le béton et s'élancèrent à leur tour sur la pente. Erya courut sur la descente hurlant à pleins poumons : « Ils sont là ! » Le sourire naquit sur ses lèvres. Après tant de mois, les voilà rentrés. La population s'agglutina sur les rambardes qui les protégeaient de l'océan. Elle faisait de grands signes au bateau qui s'amarrait au pont. Un éclair zébra le ciel, tandis que la pluie traçait des sillons dans la ville se déversant dans la mer.

Erya bifurqua sur la gauche fixant avec envie le navire des Aigre. Celui de ses parents, gouverneurs de l'île d'Alguenord. Elle fixa les matelots déchargés le bateau. Erya poussa d'avantage sur ses jambes en voyant son aîné descendre le pont suivit de ses parents. Arrivée au port, elle les appela de toutes ses forces. Elle se fraya un chemin à travers la foule avant de se jeter dans les bras de son père et de sa mère, le corps trempé.

« Enfin ! Soupira-t-elle. »

Son père sourit et sa mère rit.

« Vous lassiez vous de nous ma fille ? demanda sa mère. »

Erya les lâcha tout deux et plongea son regard dans le même bleu qui ornait l'iris de la femme du gouverneur.

« Non, seulement des trésors de vos voyages et de vos somptueuses fêtes. Grand-mère m'interdit d'en organiser une, bougonna-t-elle. »

Un rire grave lui fit tourner la tête.

« Et bien ma sœur, vous risquez d'être déçu. Nous repartons demain pour la capitale. Le conseil doit se réunir. »

Erya perdit son sourire. Elle fixa ses parents en quête d'une quelconque négation en vain. Erya se crispa.

« En ce cas, emmenez-moi ! Grand-mère est ennuyeuse, et il n'y a rien à faire ici. Père, je veux naviguer, apprendre à gouverner les océans. Comme vous ! »

Son père secoua la tête. Le ciel gronda et étouffa les cris de l'équipage.

« Tu ne peux pas Erya. Ta place est ici, sur cette île. Toujours, un membre de notre famille doit s'y trouver. »

La jeune femme ouvrit la bouche.

« Quant à ton frère, coupa sa mère. Il nous accompagne car nous avons besoin d'un chasseur et qu'il est l'héritier légitime de ton père. »

Erya se tut. Le ciel devint plus violent. Elle leva la tête amère.

« Et bien, en ce cas, je souhaite que jamais plus il ne pleut ! »

Et sans demander son reste, Erya remonta la pente en courant. La colère la faisait vibrer. Le ciel éteint les appels de sa famille. Arrivé à la demeure, sa grand-mère l'appela, mais Erya l'ignora. La jeune femme ne savait pas pourquoi. Pourquoi, il devait toujours avoir un membre de sa famille ici, sur cette île. Ainsi, elle était condamnée au sol.

Elle s'enfonça dans le petit bois et marcha jusqu'à l'épuisement. La pluie n'avait pas cessé. Et elle ne cesserait pas tant que le bateau n'aurait pas quitté le port. La pluie accompagnait son père. Il n'avait jamais vu le soleil, et ne le verrai jamais.

Erya leva les yeux. Autour d'elle se dessinait une clairière. En son centre se dressait un petit bassin de pierre recouvert de runes. Elle se souvenait de lui. C'était ici, que sa mère lui avait appris à nager. Ici, qu'elle lui avait raconté des histoires farfelues aux êtres étranges. Erya monta sur le rebord. Pourquoi l'eau qui l'avait vu naître lui était interdite ? La jeune femme fixa la pluie former des ronds d'eau sur sa surface. Elle se pencha un peu plus.

Avait-elle bien vu ? Des couleurs apparaissaient. Elle discerna bientôt un visage. Erya se frotta les yeux tandis que le visage rond d'une enfant apparaissait. Le regard rouge sang se porta sur la jeune femme. La peau d'albâtre ce confondait avec les cheveux de neige qui se répandait dans le bassin. Et les lèvres s'ouvrirent.

Aide-moi !

Erya se boucha les oreilles en entendant le cri strident. En reculant, ses pieds se rencontrèrent. Elle trébucha et tomba dans l'eau du bassin faisant disparaître le visage. L'eau aussitôt l'agressa. Elle s'enroula autour du corps, le poussant dans ses profondeurs. Erya se débattit en vain. Son visage s'enfonça dans le liquide clair. Elle poussa un hurlement. Ses poumons furent gorgés d'eau. Erya cessa peu à peu de se débattre. Ses yeux se fermèrent tandis qu'elle s'enfonçait dans le bassin de son enfance.

Terre des trois lunes – château d'Eros

Hanna inspira soudainement et cracha l'eau qui avait infiltré ses poumons. Les yeux clos, elle ne perdit pas sa concentration. Le cercle de liquide infiltra les lattes de parquet et disparut.

UN !