Aveugle au jour

Je m'en souviens comme si c'était hier. De ce jour-là où me m'étais préparé à lui avouer enfin ce que je ressentais.

Ma nature serpentarde avait prit le dessus pendant de longs mois avant que j'identifie mes sentiments, que je les admette et enfin, que je me décide à lui révéler.

Trop tard.

Il m'avait fallu plusieurs mois avant de mettre un nom sur ce que je ressentais pour elle je ne pensais pas pouvoir tomber amoureux d'une Weasley, moi, un Malfoy. Et pourtant, c'était ainsi.

Tout avait commencé lorsque le professeur Binns avait déterminé ces foutus groupes. Je m'étais retrouvé avec Londubat, Zabini et Potter alors que Matt, Josh, Rose et Nott avaient été placés ensemble. Conclusion, nous avions tous plus ou moins trainés ensemble et j'avais commencé à m'attacher à elle, amicalement.
L'année suivante, elle était venue nous parler, plusieurs fois Matt et moi-même, ne perdions pas une occasion d'échanger quelques mots avec elle, dans les couloirs…
Et puis, il y avait eu cette sortie à Pré-au-Lard où nous avions tous fini par boire une Bierraubeurre aux Trois Balais, puis le bal de la Toussaint où elle s'était jointe à nous pour danser…

De fils en aiguilles, nous étions devenus ce qu'on appelle communément des « amis », de très bons amis même, alors nous ne nous gênions plus pour passer du temps ensemble, nous jouions au quidditch, mangions, travaillions ensemble...

Et les mois avaient passés, les vacances également.

Ce fut pendant les vacances d'hiver que je remarquais qu'elle me manquait plus que de raison.

J'avais beau sortir avec des potes, je savais pertinemment que passer dix minutes à discuter avec elle m'aurait comblé d'autant plus.

Alors j'étais revenu à Poudlard, la tête embrouillée et confuse par ce flots d'impressions, de ressentis, d'impulsions et d'appréhensions.

J'étais à Serpentard, et ce n'était pas pour rien.

Si je n'avais jamais eu du mal à convaincre une fille de sortir avec moi, je ne voulais pas gâcher ma chance avec elle.

J'avais peur, peur de ce que pouvaient penser les autres, mes parents, les siens, Potter, son frère…et tout Poudlard.

Alors j'avais laissé trainer l'affaire pendant des mois, me contentant de discuter avec elle, de la dévorer des yeux à la moindre occasion et de l'imaginer dans mes bras lorsque je fermai les paupières.

Mais l'année s'écoulait lentement, et l'on commençait déjà à parler du bal. La rumeur m'était montée aux oreilles et je savais, comme Matt et Josh, qu'elle avait quelques prétendants.

J'avais décidé de prendre mon « courage » en main ce matin-là. Je voulais lui parler, tout avouer. Lui demander de sortir avec moi et de m'accompagner au bal en prime.

Alors j'avais utilisé le prétexte de devoir travailler mon histoire de la magie. Comme elle adorait cette matière, elle avait vite accepté de me rejoindre à la bibliothèque pour travailler.

J'avais prévu de lui parler, là. Où de la raccompagner devant le portrait de la grosse dame, faire un tour dans le parc…, que sais-je ? Je savais que je trouverai bien une opportunité, une occasion de tout lui expliquer.

Jusqu'à présent, la chance ne m'avait jamais fait défaut, alors je comptais sur elle pour me donner un petit coup de pouce. Seulement voilà, la vie nous joue des tours, et Merlin ce jour-là je compris qu'elle en avait plus d'un dans son sac…

Quand je l'avais vu arriver, les rouges roses, l'air penaud, avec un petit sourire sur les lèvres, j'aurais pu comprendre tout de suite, mais idiot que j'étais, je n'avais pas imaginé une seule seconde que j'entamais ma descente aux enfers. Et une chose était sûre, ce n'était pas pour venir chercher mon Eurydice car on venait de me l'arracher.

Mon cœur s'était mis à marteler ma poitrine et ma bouche était sèche, mais je fis comme si de rien n'était à l'aide de mon entrainement intensif de Malfoy. Je lui adressai un petit signe de la main pour qu'elle me rejoigne. Elle s'était assise juste en face de moi.

Après avoir déglutit discrètement, je lui avais dit, un sourire aux lèvres :

- Qu'est ce qu'il t'arrive Rosie ? Une bonne nouvelle, peut-être ?

Tout ce qui la faisait sourire m'intéressait, malheureusement, c'est toujours le cas aujourd'hui. J'avais remarqué que ses oreilles avaient rosies, je me rappelle avoir songé avec soulagement que je n'étais pas sujet aux rougeurs incontrôlées.

- Oui… enfin je crois. Avait-elle balbutié en prenant place en face de face de moi.

Ses yeux étaient fuyants. Elle semblait gênée. Mais pourquoi ?

Ses joues colorées auraient du me mettre la puce à l'oreille.

Elle s'était humecté les lèvres et j'avais eu brusquement envie de franchir l'espace qui nous séparait afin de les cueillir.

Mon imagination avait débordée, je m'étais déjà imaginé caresser son visage et respirer l'odeur de sa nuque lorsqu'elle avait prit de nouveau la parole :

- Je… bon, de toute façon tu ne vas pas tarder à l'apprendre, Matt et moi, on sort ensemble.

J'avais mis un moment à comprendre ce qu'elle voulait dire. Je n'arrivais pas à saisir le sens de sa phrase, pourquoi parlait-elle de Matt ? Mon pote Matt ? Elle sort avec quelqu'un ? Avec Matt ? Et soudain j'avais pris conscience de l'horreur de la situation, rien ne pouvait m'arriver de pire, j'étais douché.