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Chapitre deux

Elle se tenait debout au milieu du chaos, pétrifiée. La poussière et le sang se mélangeaient. Les cris, les pleurs, les bousculades tout autour d'elle ne l'atteignaient pas. Elle s'était relevée machinalement, sa magnifique chevelure aux reflets dorés était maintenant terne, couverte de poussiè sang coulait de son arcade sourcilière, sa veste était déchirée et maculée de sang. Sonnée, elle regardait devant elle sans voir.

Lorsqu'elle avait aperçu son corps sans vie, le temps s'était figé pour elle. Elle ne pouvait accepter ce qu'il venait de se passer. Il ne pouvait pas être mort. Il plaisantait encore quelques minutes auparavant. Il disait n'importe quoi comme souvent, se félicitant d'avoir une fois encore plumés le maire, le chef de la police et le juge Markway à leur dernière soirée poker et puis plus rien. Une violente explosion et sa vie avait volé en éclat. Ce ne pouvait être possible, il ne pouvait pas être mort !

Ryan et Esposito s'étaient précipités vers lui . Au bout de quelques minutes interminables, ils avaient relevé leurs visages tristes vers elle. C'était fini. Depuis, elle restait figée au milieu du chaos, incapable de réagir, comme si tout à coup, elle était incapable de savoir comment respirer, comment avancer, comment vivre tout simplement.

Doucement, une larme roula sur ses joues et ses jambes ne furent plus capables de la porter. Elle tomba à genoux au milieu des cadavres, du sang et de la poussière. Elle se sentait prise dans un étau, sa poitrine se serrait, elle ouvrit la bouche à la recherche d'une bouffée d'air en vain. Elle n'était plus que douleur, il n'était plus là.

- Kate ! Kate !

Elle ouvrit brusquement les yeux, sa respiration était erratique. Il lui fallut plusieurs minutes pour réaliser où elle se trouvait. Le docteur Burke lui parlait doucement, il dût lui répéter une bonne dizaine de fois que rien de tout cela n'était réel pour qu'elle se calmât enfin.

- Tenez, buvez un peu d'eau, dit-il en lui tendant un verre d'eau.

- … Merci…

Elle était vraiment secouée, il resta près d'elle un instant avant de retourner dans son fauteuil. Replonger dans son cauchemar avait été une épreuve plus difficile qu'elle ne l'aurait cru.

- Cette affaire vous a affectée plus que vous ne le pensiez, énonça Burke au bout de quelques minutes.

- Pourquoi ? Je n'ai pas assisté à l'explosion ! Quand je suis arrivée, c'était une scène de crime, je savais à quoi m'attendre !

- Une telle scène chamboulerait n'importe qui. Même le plus aguerri des policiers.

- Peut-être, mais elle n'avait rien de personnel, je suis capable de prendre de la distance d'habitude !

- En êtes-vous sûre ?

- Quand une affaire me touche de trop près, mon capitaine n'hésite pas à me mettre sur la touche. Gates encore plus sûrement que Montgomery, alors oui, j'en suis sûre !

- Peut-être s'est-il passé quelque chose durant l'enquête… Quelque chose que votre subconscient a remarqué…

Elle fronça les sourcils, peu certaine de comprendre où Burke voulait en venir.

- Non… Tout était normal…

- Et monsieur Castle ?

Elle releva la tête aussitôt. Pourquoi tout tournait-il autour de Castle ?

- Il est au centre de votre cauchemar, expliqua Burke bien décidé à ouvrir les yeux de sa patiente sur ce qu'elle s'obstinait à occulter. Comment a-t-il vécu cette enquête ?

- … Il a été secoué… Mais c'est normal, non ? Pour un civil, ce genre de scène de crime, ce n'est pas facile à voir. Il n'est d'ailleurs pas resté tout le temps au poste, il a eu besoin de rentrer chez lui auprès de ses proches.

- Et depuis, comment est-il ?

- Bah… Agaçant, comme avant…

- En êtes-vous certaine ?

- Qu'est-ce que vous cherchez à me faire dire ? S'énerva-t-elle soudain en se relevant.

- Kate, soupira Burke. Si vous venez encore me voir, plus de dix mois après votre fusillade, ce n'est plus pour votre syndrome de stress post traumatique. Vous avez surmonté vos peurs depuis longtemps déjà. Vous êtes depuis longtemps apte à l'emploi. Non, si vous continuez de venir me voir, c'est pour guérir de vos blessures antérieures. Vous me l'avez dit, vous ne voulez plus vous cacher derrière ce mur que vous avez érigé autour de votre cœur depuis la mort de votre mère. Vous voulez avancer.

- Je sais, souffla Kate.

- Vous voulez guérir pour monsieur Castle.

- …

- C'est pourquoi je pense que ce cauchemar n'est pas anodin, il reflète vos peurs profondes. Inconsciemment, vous avez remarqué un changement chez lui et cela vous effraie plus que vous ne voulez bien l'admettre.

- … Il voulait me dire quelque chose…

- …

- Pendant l'enquête… Tous ces morts, ça l'avait chamboulé… Il disait que toutes ces personnes pensaient avoir du temps pour leurs projets et que tout à coup, tout s'était brusquement arrêté… Il a voulu me dire quelque chose pendant l'enquête, il disait que c'était important…

- De quoi s'agissait-il ?

- Je ne sais pas. On a été interrompu et quand à la fin de l'enquête, je lui ai demandé ce qu'il avait voulu me dire, il a dit que ça n'était rien d'important et il est rentré chez lui… Je pensais qu'il était encore secoué par cette affaire…

- Mais aujourd'hui vous ne le pensez plus, conclut Burke.

- Non, avoua Kate.

- Qu'est-ce qui vous fait penser cela ?

- … Il est bizarre depuis cette enquête… Plus bizarre qu'avant, je veux dire. Il est distant… Il a même dit que je ne l'inspirais plus ! Vous vous rendez compte ? Cela va faire quatre ans qu'il me suit en clamant partout que je suis sa muse et tout à coup, plus rien !

- Vous savez, l'inspiration…

- Taratata ! Je suis toujours aussi inspirante qu'avant ! Enfin, je veux dire… Il a déjà imaginé une scène rien qu'en me regardant me servir un café, alors… Non, c'est pas ça !

- De quoi s'agit-il alors ? demanda Burke amusé par la réaction de sa patiente d'ordinaire si posée et réfléchie.

- Je ne sais pas…

- Vous pensez qu'il vous cache quelque chose ?

- Il n'est pas vraiment doué pour ça, non, je m'en serais aperçue si c'était ça…

- Alors quoi ?

- Peut-être qu'il s'est lassé… Soupira Kate. Peut-être qu'il a pris conscience de la fragilité de la vie et qu'il ne veut plus attendre… Peut-être que…

- Qu'allez-vous faire alors ?

Elle le fixa un instant en se mordant la lèvre inférieure avant de répondre.

- Je ne sais pas…

A quelques quartiers de là, Alexis venait de rentrer au loft après sa journée de cours. Etonnée de ne pas trouver son père dans son bureau ou derrière les fourneaux, elle se rendit dans la chambre de ce dernier.

- Qu'est-ce que tu fais ? Demanda-t-elle en découvrant une valise ouverte sur le lit.

- Je m'offre une petite semaine de vacances…

- En pleine période scolaire ! Tu es sérieux ?

- Je suis tout à fait sérieux ! Je suis écrivain, je peux partir en vacances quand j'en ai envie !

- Mais… Et moi ?

- Tu seras très bien avec ta grand-mère ! Je vous laisse une de mes cartes de crédit. Et puis tu es grande maintenant, avec toi pour la surveiller, je suis sûr que ta grand-mère ne fera pas de bêtise.

- Okay, qu'est-ce qu'il se passe ? Tu t'es disputé avec Beckett ?

-Absolument pas ! J'ai juste envie de changer un peu d'air. Ma vie ne tourne pas autour du lieutenant Beckett !

- Première nouvelle ! Alors, qu'est-ce qu'elle a fait ? Soupira Alexis.

Il regarda sa fille. Décidément, elle était bien trop perspicace pour lui. Mais pouvait-il la mêler à ses histoires de cœur ?

- Rien, souffla-t-il finalement. Elle n'a rien fait.

- Tu devrais peut-être passer à autre chose, répondit la jeune fille d'un air désolé. Cela va faire quatre ans que tu la suis dans l'espoir qu'il se passe quelque chose entre vous. S'il ne s'est rien passé, c'est sans doute parce qu'il ne se passera jamais rien. Elle n'est pas celle qu'il te faut.

- … Tu as peut-être raison. C'est pourquoi je dois m'éloigner quelques temps.

Alexis acquiesça d'un hochement de tête et l'embrassa.

- N'oublie pas ta crème solaire ! Je n'ai pas envie de te passer de la crème sur ton dos d'où la peau pèlera à cause d'un affreux coup de soleil.

- Que deviendrais-je sans toi ? Sourit-il.

- Je ne sais pas, mais ça ne serait sans doute pas beau à voir ! Rit-elle en s'éloignant.

Après avoir fermé sa valise, Castle alluma son ordinateur et se connecta sur le site de l'aéroport de JFK.

- Voyons… Où pourrais-je bien partir en vacances ?

Il élimina immédiatement Los Angeles, il n'avait pas envie de voir débarquer la brioche au beurre dans sa suite et le souvenir de son séjour avec Beckett l'année précédente était encore trop frais dans son esprit.

Il opta pour Miami, la Floride lui permettrait de se détendre tranquillement au soleil.

Lorsqu'il fut installé et que l'avion décolla, il jeta un dernier regard à Manhattan et eut une dernière pensée pour Beckett. Il devait s'éloigner d'elle et de la peine que son mensonge lui faisait.