Deidara sentait bien que son coéquipier était assez étrange ce jour là. Il était étrangement calme, l'esprit ailleurs. Presque mélancolique. Pour Deidara c'était une première de voir cet éternel impatient aussi passif.

En effet Sasori était songeur. Il pensait à sa rencontre nocturne une rencontre aux allures si irréelles, si … oniriques… Oui, il avait presque l'impression qu'il avait rêvé pour la première fois en vingt ans.

Il n'en revenait pas de tout ce qu'il avait pu dévoiler sur lui-même à cette jeune femme. Lui qui ne s'était jamais confié à qui que ce soit, voilà qu'il racontait son histoire dans ses moindres détails à une inconnue… Il fallait qu'il la revoie ne serait-ce que pour connaître son histoire à elle. Pour qu'ils soient quittes. Sasori songea alors que l'occasion se présentera sûrement sur le chemin du retour, pourvu qu'ils s'arrêtent au même endroit.

C'est ainsi que l'impatience propre au caractère du ninja déserteur refit surface au grand désarroi de Deidara afin que cette mission soit bouclée au plus vite.

Mais peut-être n'était-ce pas là l'unique raison de sa volonté. Car à ses oreilles retentissait encore l'écho du rire cristallin de Faye.

Le jour elle faisait de son mieux pour fuir la solitude. Mais aujourd'hui, elle se sentait plus sereine : pour une fois, la nuit ne s'était pas présentée comme un fardeau. Grâce à lui… A la fois intimidant et fascinant, son visage exprimant une froide douceur, il lui avait pourtant été d'un grand réconfort. Elle aurait facilement pu croire à une hallucination si seulement le mystérieux marionnettiste n'avait pas laissé les deux petits pantins derrière lui. Elle avait été ravie de pourvoir garder un souvenir de cette rencontre peut-être que cela suffirait à l'empêcher de sombrer dans le désespoir lorsque le soleil se couchera à nouveau ?

Un sourire rêveur aux lèvres, Faye se joignit à la vie active de son village.

Pour une fois elle pouvait vivre le jour sans l'appréhension de la nuit. Elle ne pouvait s'empêcher d'espérer qu'elle le reverrait mais s'efforçait de ne pas nourrir cette espoir pour minimiser sa déception. Pourtant elle espérait. Elle espérait que cette nuit encore il serait là pour dissiper son horreur de l'ombre.

Car sur son front demeurait encore le fantôme du baiser de Sasori

L'impatience de Sasori était telle que Deidara n'osa pas le contrarier. La seule pause que le marionnettiste accorda fut celle, très brève, du déjeuner. Par la suite son empressement fut tel que leur mission fut accomplie en fin d'après-midi. Jamais ils n'avaient été aussi rapides, l'efficacité demeurant toujours dans leurs actes. Aussitôt leur tâche accomplie, ils repartirent. Deidara ne demanda pas la raison d'un tel empressement à son coéquipier, troublé par l'expression farouche qu'il voyait dans son regard, lui qui était d'ordinaire si impassible. Le blond fut soulagé lorsque la nuit tombée, Sasori daigna enfin de s'arrêter afin qu'il puisse dormir. Il pu dès lors basculer vers l'univers des songes.

Sasori s'efforça d'emprunter le même chemin que la dernière fois. Il s'avançait à travers les fourrés avec une certaine appréhension. Il arriva enfin à l'endroit où il l'avait perçue pour la première fois. Elle était déjà là, assise sur ce même tronc d'arbre. Elle ne sanglotait pas cette fois là. Au contraire, elle tenait dans ses mains les deux petites marionnettes qu'il lui avait laissé et un sourire teintait ses lèvres tandis qu'elle les contemplait. Avait-elle elle aussi été hantée par leur rencontre ?

Sasori s'approcha d'elle à pas lents, ses yeux fixés sur elle, comme hypnotisés. C'était comme retrouver un rêve en ayant l'occasion d'y donner suite. Il n'avait jamais été aussi semblable à la marionnette qu'il était qu'en cette occasion.

Elle ne s'était pas aperçue de sa présence, étant plongée dans ses pensées. Mais un craquement de branche derrière elle la fit se retourner et elle le vit. Le ravissement éclaira alors son visage de même que son sourire et ses yeux bleus, si ternes d'ordinaire, se mirent à briller.

« Tu es là ! » s'exclama-t-elle.

Sasori fut tout d'abord surpris. Puis un petit sourire vint sur ses lèvres et avec douceur, il lui caressa la joue.

« Oui… Tu m'attendais ? »

Les pommettes de la jeune fille rosirent légèrement. Etait-ce du à ce geste tendre ou bien à la question posée par le marionnettiste ?

En tout cas, elle hocha timidement la tête.

« Quelque part, j'espérais que tu reviendrais… » murmura-t-elle.

Le marionnettiste la fixa dans les yeux quelques instant, un masque d'impassibilité ayant recouvert son visage avant de prendre place à côté d'elle. Avec douceur, il l'attira contre lui, dans la même position que lorsqu'ils s'étaient quittés et glissa ses doigts dans ses longs cheveux.

« Tu sais, tu ne devrais pas te ravir de ma présence. »

« Pourquoi cela ? »

« Faye… As-tu une idée de qui je suis ? »

Elle hocha la tête de gauche à droite.

« Je suis un ninja déserteur, un criminel de catégorie S. »

L'adolescente garda le silence.

« Cela n'a donc aucune importance pour toi ? » lui demanda Sasori.

Elle hocha la tête de gauche à droite. Il saisit son visage entre ses mains et planta ses magnifiques yeux de couleur noisette dans le bleu d'acier de ses prunelles.

« Redouterais-tu tant que ça la solitude pour préférer à elle la compagnie d'un dangereux criminel ? »

La gène s'empara de ses traits adorables avant que , dans un souffle, elle ne lui réponde.

« Oui… »

Sasori la fixa un instant avant de soupirer et de l'amener à nouveau contre son torse. Un long silence s'installa tandis qu'il continuait à lui caresser les cheveux d'un air absent. Soudain l'adolescente prit la parole :

« J'ai toujours vécut dans le bonheur, choyée par mes parents, riant avec ma sœur, entourée de mes amis. Je revois encore ces dimanches que l'on passait à pic-niquer dans les bois, je revois encore ma grande sœur me taquiner avant de m'entraîner dans des jeux de notre invention. C'était véritablement l'âge d'or. Tout n'était qu'amour et félicité. Seulement voilà, nous vivions dans le village d'Himura. »

Sasori se figea, prévoyant la suite tragique de l'histoire. Le village d'Himura a été rayé de la carte par Orochimaru il y a quatre ans.

« J'avais douze ans lorsque c'est arrivé. Cette nuit là, nos parents, désespérés, nous ont ordonné à moi et à ma sœur de sortir par la porte de derrière et de nous enfuir. Evidemment, ils nous avaient promis de nous rejoindre tandis qu'ils s'efforçaient de bloquer l'entrée aux sbires d'Orochimaru qui mettaient notre village à feu et à sang. Nous n'étions pas dupes et c'est après bien des protestations que ma sœur finit par m'entraîner avec elle. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvées toutes les deux à courir en direction de la forêt. Seulement notre fuite n'avait pas échappée aux yeux de certains et alors que nous atteignons l'orée de la forêt, nous fûmes rattrapées. C'est Orochimaru lui-même qui tua ma sœur sous mes yeux. Il s'avança ensuite vers moi qui ne pouvais détacher mes yeux du cadavre qui se vidait de son sang à même le sol. Je n'eut même pas le réflexe de fuir, je ne voyais que le corps de ma sœur qui gisait à mes pieds. Et alors que j'attendais qu'il me donne la mort, il me dit ces mots : « Je ne vais pas te tuer. Tu as l'honneur de survivre pour témoigner en personne de ce qui advient de ceux qui osent me froisser. » Il s'éloigna en s'esclaffant et moi je restais seule pétrifiée au milieu de la nuit. Du jour au lendemain, j'avais tout perdu, je me suis retrouvée seule. Je suis retournée dans mon village pour ne trouver que les cadavres de mes proches, de mes amis et de mes parents. Depuis cette nuit, j'ai perdu le sommeil. Je me suis installée dans un village non loin de là et j'ai poursuivit ma vie. J'ai fait connaissance avec les habitants et me suis familiarisée avec eux pour faire en sorte de ne jamais me retrouver seule empêcher les fantômes de mon passé de rejaillir en moi. Seulement la nuit, je demeure la seule éveillée. Alors ces évènements rejaillissent en moi et… »

Sasori avait posé son doigt sur les lèvres de la jeune fille. Sans qu'elle ne s'en rende compte, des larmes avaient commencé à couler le longs de ses joues. Des larmes que le marionnettiste se chargea d'essuyer avant de déposer un nouveau baiser sur son front pour la consoler. Elle tenta vainement de lui sourire et Sasori, touché, l'étreignit. Il nourrit en cet instant une haine profonde envers Orochimaru. Il se souvenait parfaitement de ce qui l'avait conduit à massacrer ce village grâce à ses informateurs. Le dirigeant d'Himura avait refusé de lui livrer des villageois que le sanin aurait préalablement sélectionné pour ses expériences. Orochimaru avait donc massacré ce village pour l'exemple. Sasori reconnaissait bien dans la survie de la jeune fille le sadisme dépourvu de sens de son ancien partenaire.

Il ne savait pas réellement quoi faire. Il avait voulu connaître son histoire mais à présent il s'en voulait de lui avoir fait ressasser tant de mauvais souvenirs. Elle était fragile, infiniment plus fragile que lui, tant émotionnellement que physiquement.

Il la serra un peu plus fort contre lui.

« Je suis désolé… » lui murmura-t-il.

Devant le désarroi du marionnettiste la jeune fille essuya ses larmes et cette fois parvint à lui sourire.

« Ce n'est rien… Maintenant tu comprends pourquoi je tiens tant à échapper à ma solitude… »

« Oui… »

Un long silence suivit. Cependant le marionnettiste remarqua que Faye le regardait d'un air hésitant.

« Qu'y a-t-il ? »

« La dernière fois… La dernière fois tu ne m'as pas dit pourquoi toi tu ne dormais pas… »

Sasori se mordit la lèvre. Dire ou ne pas dire ?

Devant le silence de plus en plus pesant qui s'installait, Faye eut envie de se gifler. Cela ne la concernait pas, il lui en avait déjà dit beaucoup sur lui. Elle sentait sa curiosité malsaine et s'apprêtait à lui bredouiller des excuses lorsque le roux fini par répondre à sa question.

« Je te l'ais dit la dernière fois, je suis allé plus loin que personne d'autre dans mon art. J'ai recherché l'immortalité, j'ai recherché la jeunesse éternelle. Et je les ais obtenus. »

Il vit ses yeux s'écarquiller. De peur, de stupéfaction ? Elle resta un long moment à le regarder d'un air hébété. Puis elle avança ses mains vers le visage du marionnettiste et fit glisser ses doigts sur cette peau extraordinairement lisse. Sasori ferma les yeux pour profiter pleinement de ce toucher. « Incroyable » lui sembla-t-il l'entendre murmurer. Serait-elle en train de reconnaître la beauté de son art ?

Sasori ne tint plus. Il ouvrit les yeux et se pencha peu à peu vers la jeune adolescente jusqu'à ce que leurs lèvres se scellent. Elle entoura sa nuque de ses bras tandis qu'il l'enserrait par la taille. Ils fermèrent les yeux pour mieux savourer ce moment. Leurs langues se cherchèrent, se trouvèrent, s'enlacèrent, s'enlacèrent longuement. Malheureusement l'aube vint rappeler Sasori à ses obligations et il décolla ses lèvres des siennes en soupirant.

« Je reviendrais » lui murmura-t-il avant de s'en aller.