Chapitre 2

Encore une fois, Akaashi ne fit pas l'entraînement personnalisé. Seulement, à l'inverse des fois précédentes, il resta sur le terrain, enfin, juste à côté. Il avait expliqué à Bokuto qu'il était hors de question qu'il se retrouve seul dans n'importe quelle partie du lycée. En plus, comme la nuit était tombée, les zones d'ombres s'étaient multipliées. Akaashi n'était pas du tout rassuré. Il ne quitterait pas le capitaine. Il s'était donc assis à côté du terrain, avait replié ses jambes contre son torse, croisé les bras et enfouit sa tête dedans. Il fallait qu'il dorme un peu. Cela faisait au moins quatre nuits qu'il n'avait quasiment pas fermé l'œil. Il se sentit partir. La sensation était agréable. Il se sentait en sécurité. Il entendait les bruits du match en cours : les rebondissements des ballons, le crissement des chaussures sur le parquet du gymnase et la voix de Bokuto-san. Ici, le monstre ne viendrait pas l'embêter. Bientôt les sons se firent de plus en plus sourds et Akaashi s'endormit pour de bon.

Il rêva qu'il se trouvait à la même place où il s'était endormi. Il n'y avait plus personne. Il était seul. La lumière était éteinte, mais la lune éclairait parfaitement le terrain désert. Akaashi se leva et commença à se diriger vers la sortie. Ses pas résonnèrent dans l'immensité de la salle, le son se répercutant sur les murs et les hauts plafonds.

Soudain, il sentit. Il était là, à l'autre bout du gymnase. Akaashi commença à avoir peur. La sensation l'envahit comme une vague de froid. Il avait extrêmement froid d'ailleurs. Tout n'était qu'obscurité dans ses rêves. Aucune lumière, aucune chaleur. Il faisait face à cette forme humanoïde, pétrifié. Il commença à avancer lentement. Click... click... click... C'était le bruit que faisaient ses pieds, ou ses pattes, Akaashi ne savait pas exactement, sur le sol. Une force invisible le fit se retourner pour qu'il puisse courir et lui échapper. Il ouvrit la porte du gymnase, et se retrouva dehors. Il faisait encore plus froid. Il essaya de courir. Il n'y parvint pas. Il avait l'impression de courir dans de l'eau, ses jambes marchaient au ralenti. Il se dirigea vers le bâtiment principal. À un moment, il tourna la tête. Il se trouvait sur sa droite, face à lui, à environ dix mètres. Il essaya d'accélérer. Il n'y parvint pas, mais il avançait quand même plus vite qu'il n'en avait l'impression.

Il se retrouva dans le lycée. Les couloirs étaient noirs. Noirs et froids. Il entendit de nouveau le click-click derrière lui, toujours aussi lent. Il ne devait pas le trouver. S'il le trouvait... Akaashi ne préféra pas y penser. En fait, le pire qu'il lui était arrivé était qu'il se soit approché très près de lui. Il ne l'avait pas touché... du moins pas dans ses rêves. La réalité était bien plus terrifiante. Mais Akaashi pensait que lui échapper dans ses rêves serait une sorte de victoire sur lui. Il lui prouverait qu'il n'était pas si puissant qu'il le croyait. Pour le moment, il avait toujours peur de se faire rattraper. Il fallait qu'il trouve une cachette. Il tourna à un angle d'un couloir. Il y avait un petit placard, ou un casier, juste assez grand pour qu'il puisse entre dedans. Il s'accroupit et referma tout doucement la porte. De longues stries horizontales avait été creusé dans le métal et lui permettait non seulement un apport d'air, mais aussi de quoi garder un œil sur ce qu'il se passait à l'extérieur.

Les click-click résonnaient en crescendo. Il savait qu'il se rapprochait. Son cœur battait de plus en plus vite. Il vit une ombre qui passa devant sa cachette. Les yeux d'Akaashi étaient tout proches des fentes dans la porte. Ils étaient éclairés par la lueur verte des sorties de secours. Il s'arrêta juste devant lui. Akaashi plaqua une main contre sa bouche et ferma fort les yeux. Il avait l'impression que les battements de son cœur résonnaient dans le périmètre restreint où il se trouvait. La porte vola et il tendit une main griffue vers lui.

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L'équipe de Bokuto était en train de gagner le petit match qu'ils s'étaient organisés. Cela faisait bizarre au capitaine de ne plus recevoir de passes de son passeur favori. Il regarda dans la direction du concerné. Il semblait s'être endormi. Cela fit légèrement sourire Bokuto. Du sommeil, il en avait bien besoin. Mais, alors qu'il se reconcentra sur le nouveau point, un cri vint emplir le gymnase. Bokuto tourna aussitôt la tête vers son protégé. Il avait l'air de se débattre et hurlait qu'on le laisse tranquille. L'argenté fut à ses côtés en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire. Il s'accroupit à son niveau et le secoua.

- Akaashi ! Akaashi, réveille-toi ! Akaashi !

Le brun sortit de son sommeil et regarda Bokuto avec effarement. On aurait dit qu'il ne comprenait pas où il se trouvait. "Bokuto... -san ?" Il tourna la tête pour identifier l'endroit où il se trouvait.

- Akaashi ? Tu vas bien ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Est-ce que c'était... ?

Akaashi déglutit et hocha la tête, le regard perdu dans le vide.

- Hey ! Tout va bien ici ? Akaashi, tu veux qu'on t'apporte un truc ? demanda Kuroo.

Akaashi secoua légèrement la tête, perdu dans ses pensées. Kuroo ne vit pas sa réponse, alors Bokuto répondit à sa place.

- Il n'a besoin de rien, c'est bon. On va s'arrêter là, vous en dites quoi ?

- Ouais, c'est vendredi, on n'a qu'à se poser entre nous ce soir.

- Ça me semble être une bonne idée.

Ils partirent tous du gymnase, Bokuto aux côtés d'Akaashi pour surveiller si jamais il faisait un malaise. Ils mangèrent, prirent leur douche et se posèrent dans une des salles laissées ouvertes à leur disposition. Ils commencèrent une partie de cartes, tout en discutant. Petit à petit, les jeunes partirent autre part ou se coucher, laissant les deux capitaines et le passeur seuls. Akaashi avait posé sa tête contre ses bras croisés sur la table. Son corps touchait celui de Bokuto. Ce dernier avait fait en sorte de maintenir un contact physique pour rassurer le brun. Cela avait bien marché la nuit dernière, alors il continuait. Il discutait avec Kuroo.

- Tu devrais peut-être le conduire aux dortoirs, non ?

- Il reste avec moi. Hors de question qu'il soit seul. Je lui en ai fait la promesse.

- Ok. Au fait, ça s'est arrangé son histoire de cauchemars ? Ça n'avait pas l'air d'aller tout à l'heure. Il nous a foutu les jetons.

- C'est vraiment trop bizarre ce qu'il se passe... Je ne peux pas t'expliquer, ça... ça dépasse l'entendement en fait...

Il sentit son passeur trembler. Il devait avoir froid. Il passa un bras autour de lui. Il sentit qu'Akaashi se rapprocha un peu plus et frotta son épaule contre le torse de Bokuto. Bokuto resserra son emprise. Ce geste n'échappa pas à Kuroo.

- Je vois que tu suis mes conseils.

- Comme toujours. Ça marche vraiment bien, pour le coup ! Et puis... il en a besoin, aussi. Il est mal en ce moment, je ne peux pas la laisser dans son coin. Il a besoin de moi.

- Je vois ça, sourit doucement Kuroo.

Comme l'heure filait, les garçons décidèrent d'aller se coucher. Bokuto avait gardé Akaashi contre lui jusque-là. Le garçon avait vraiment l'air d'avoir dormi. Et pas d'un sommeil agité comme tout à l'heure. Il avait été serein, cette fois. Cela l'embêtait de devoir le réveiller.

- Hey, Akaashi, on va aller se coucher, tu viens ?

- Hm... oui... deux secondes... j'arrive... Attends-moi...

- Prends ton temps, on n'est pas pressé.

- Bon, moi j'y vais ! Bonne nuit les mecs !

- À demain, Kuroo !

Il attendit environ une minute qu'Akaashi se lève. Ils se dirigèrent vers leur salle de dortoir.

- Désolé qu'on se couche aussi tard.

- C'est pas grave. Je préfère encore les soirées comme celles-là. Au moins, je ne suis pas seul. Je suis content que tu sois à mes côtés. Ça me rassure. Vraiment.

Bokuto lui sourit. "Je t'avais dit, je ne te laisserai pas seul".

Il se couchèrent quelques minutes plus tard. Bokuto entendait Akaashi bouger et rebouger sur son futon. On aurait dit qu'il n'arrivait pas à trouver de position pour dormir. Finalement, il s'immobilisa. Il avait sûrement trouvé une position confortable. Bokuto s'endormit en mettant quand même une de ses mains sur le bras d'Akaashi comme il l'avait fait la veille.

Il fut réveillé plus tard dans la nuit.

- Akaashi ? Tu vas mal ? Tu veux qu'on sorte ?

- Non... Non, c'est bon... Je viens juste de commencer un de ces rêves... J'ai réussi à me forcer à me réveiller... il... Il allait m'attraper cette fois, j'en suis sûr et... et je sens que s'il m'attrape dans mes rêves... je ne pourrais jamais revenir...

- T'es sûr que tu ne veux pas sortir un peu ?

- Non, ça va aller... En fait... je voulais te demander si... si je pouvais... dormir à côté de toi cette nuit... enfin, je veux dire... comme tout à l'heure...

Bokuto ne répondit rien.

- Oublie ce que j'ai dit... c'était stupide, reprit Akaashi, j'aurai pas dû demander... Excuse-moi. Bonne nuit.

Il se recoucha en tournant le dos à son ami. Bokuto avait oublié de répondre. Il était juste resté sans voix suite à la demande du brun. Ce n'était pas tous les jours que Bokuto entendait un service de la bouche d'Akaashi. Encore moins un qui demandait de dormir avec lui. Il aurait dû lui dire oui aussitôt, mais il avait été trop surpris par la requête. Il ne fallait pas qu'Akaashi le prenne mal, surtout que déjà qu'il n'allait pas très bien, alors si en plus Bokuto brisait une promesse qu'il lui avait faite, le passeur ferait une dépression, c'était certain ! Il fallait qu'il corrige le tir.

Il se rapprocha de lui , passa son bras par-dessus ses côtes et mis sa main au niveau de son cœur. Il rétracta son bras vers lui, attirant en même temps le corps d'Akaashi contre son torse. Comme il était musclé, il le tira sans difficulté son ami vers lui. Akaashi n'était pas très lourd non plus.

- Bokuto-san... Qu'est-ce que tu fais ?

- Je prends soin de toi, Akaashi.

- Ne te sens pas obligé de faire ça... Si ça t'embête, j-

Bokuto le retourna face à lui. Il sentit qu'Akaashi était surprit. Un peu crispé aussi.

- Si tu te sens mieux en étant comme ça, alors ça ne me gêne pas. T'es confortablement installé ?

- Heu... oui... oui ça va...

Il semblait être mal à l'aise du fait de la situation.

- N'hésite pas si ça ne va pas.

Akaashi, qui n'avait pas osé bouger jusqu'ici, mit timidement ses bras contre le torse de Bokuto. Il commença à se détendre. Le capitaine le sentit et bougea ses mains dans son dos. Il avait passé son autre bras sous sa tête en le retournant vers lui. Il avait l'impression de tenir une peluche. Akaashi réagit à ses caresses [réconfortantes]. Il se colla un peu plus contre Bokuto et s'endormit dans les minutes qui suivirent. Bokuto attendit encore que le brun ne s'endorme. Il avait ensuite mis le nez dans ses cheveux, ses doux cheveux. Il sentait bon, il sentait même délicieusement bon. Et comme il était fin et léger, c'était agréable de l'avoir dans ses bras. En y repensant, il se dit que beaucoup de filles du lycée auraient tout donné pour être aussi proche de lui que Bokuto l'était en ce moment même. Mais dans son cas, c'était différent. Bokuto était son bouclier. Si cette chose revenait, il lui ferait sa fête avant même qu'il ne pose un doigt sur le passeur. Il protégerait Akaashi coûte que coûte.

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JOUR 6 :

La nuit se passa bien. Ce fut la première depuis le début de la semaine. Akaashi se réveilla dans les bras de son protecteur. Bokuto était déjà réveillé depuis un petit moment. En fait, Bokuto était toujours réveillé avant tout le monde, tant il avait hâte de commencer chaque journée. Il regarda Akaashi.

- Je suis content que tu aies passé une nuit normale, lui chuchota-t-il.

- Moi aussi. Merci Bokuto-san, je te suis redevable.

- Oh tu sais, ce n'est pas grand-chose. Je te prête juste une épaule sur laquelle t'appuyer.

- C'est plus que ça... C'est important pour moi. Je ne saurais pas ce que je ferai sans toi, il prononça ces derniers mots plus bas. En plus, je dois bien avouer que t'es plutôt confortable...

- Haha, ravi de l'apprendre. Bon, il va falloir penser à bouger, si tu ne veux pas que les autres nous voient comme ça... Non pas que ça me dérange, mais toi...

- Oui, je m'en vais dans un instant.

Quelques secondes plus tard, Akaashi se sépara de Bokuto et s'assit dans son futon. Le reste de l'équipe se réveilla à son tour avec la sonnerie de Komi.

La journée se passa bien. Surtout pour Akaashi qui avait enfin eu une nuit de sommeil complète (ou presque). Ses passes étaient redevenues précises. L'équipe était contente de le voir de nouveau dans un état normal. Certes, il était encore un peu fatigué, mais il semblait si heureux de reprendre le volley qu'il devait sûrement prendre sur lui. La journée s'écoula donc sans encombre. Le soir, le passeur participa même à l'entraînement avec Nekoma. Cela faisait un petit bout de temps qu'il n'avait pas contré les smatchs de Kuroo. Le premier le surprit et il laissa passer le ballon.

- Va falloir que tu te remettes dans le bain, dit gentiment Kuroo pour le taquiner.

- Hey, laisse mon passeur tranquille, face de chat, le stoppa Bokuto.

- Laisse, Bokuto-san. C'est normal que je ne sois plus habitué après autant de jours passés à louper les entraînements.

- Ouais, mais quand même...

Même s'il s'agissait de Kuroo, et même si la remarque avait été dite sur un ton léger, Bokuto ne l'avait pas appréciée. Akaashi avait été mal toute la semaine, il n'avait pas besoin de ça en plus... Mais bon, il laissa filer. Du moment que son passeur se portait bien, c'était le principal. Il ne voulait plus le voir souffrir comme il avait souffert ces derniers jours.

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La nuit se passa comme la précédente. Akaashi se coucha directement dans les bras de Bokuto, comme s'il faisait ça depuis plusieurs années. Bien sûr, tous les autres étaient déjà couchés et ne les virent pas. Apparemment, Akaashi ne voulait pas que les autres joueurs le voient comme ça. Bokuto n'était pas étonné : c'était dans le caractère d'Akaashi et il l'acceptait. De toute façon, le brun aimait être proche de lui, alors il n'allait pas l'empêcher de venir. Akaashi se lova contre lui et blottit sa tête contre le torse musclé de son capitaine. Bokuto sentait son rythme cardiaque régulier.

Une fois de plus, Akaashi ne se réveilla pas de la nuit. Du moins, Bokuto le garda tout le temps dans ses bras. Une autre nuit tranquille s'écoula. Tout était sûrement fini. C'était une bonne nouvelle. Cela resterait quand même une expérience assez terrifiante pour le jeune brun.

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Le dimanche se passa très bien aussi. Ainsi que le lundi. Akaashi faisait des nuits entières et avait retrouvé son dynamisme. Le lundi soir, quand le duo partit se coucher, tous les autres étaient déjà au pays des rêves (pas ceux d'Akaashi hein) et ils furent encore les derniers.

Le duo parlait beaucoup ces derniers temps, de tout et de rien en fait, mais ces discussions avaient encore plus rapproché les deux jeunes hommes. Kuroo avait passé les deux dernières soirées avec son équipe, et le duo de Fukurodani s'était isolé pour bavarder au calme. De nouveaux liens s'étaient créés entre eux. Ils avaient appris de nouvelles choses sur l'autre et s'étaient même découvert de nombreux points communs, notamment pour leurs goûts musicaux. Bokuto avait aussi découvert une nouvelle facette d'Akaashi qu'il ne connaissait pas : un Akaashi épanouit, passionné et plus bavard qu'il n'y paraissait. Ils se racontèrent leurs enfances, leurs collèges, leurs premiers amours. Sur ce dernier point, Bokuto avait été surpris d'apprendre que son passeur en pinçait pour une fille dans son ancien collège, mais qu'il n'avait jamais osé lui dire en face. Il était sorti avec une fille pendant sa seconde (Bokuto le savait mais ne lui en avais jamais parlé) mais il avait fini par la laisser tomber parce qu'elle n'avait absolument rien en commun avec lui. Il apprit plus tard, qu'elle lui avait juste demandé parce qu'elle était tombée amoureuse de son physique. En fait, c'était même la première fille à lui demander directement, il n'avait pas osé refuser, sans se douter que ç'avait été en réalité la première d'une longue série. Bokuto en avait appris aussi beaucoup sur sa personnalité qu'il connaissait déjà un peu. Il lui raconta ses plus grandes peurs, ses rêves, ses ambitions, ce qu'il aimait, ce qu'il détestait, etc. Bokuto l'écoutait attentivement. Il n'avait jamais écouté quelqu'un avec autant d'intérêt. C'était la première fois qu'Akaashi parlait autant d'un coup, comme s'ils se connaissaient depuis longtemps. Il était heureux qu'Akaashi se confie à lui aussi facilement, lui qui ne disait jamais rien de personnel. Ces informations-là, il ne les dévoilerait jamais à Kuroo. C'était comme un trésor. C'était son trésor.

Ils s'étaient assis dans une salle dont ils n'avaient éclairé que la moitié. Akaashi avait repris confiance en lui et ne voyait plus de forme dans la pénombre. Et Bokuto était à côté de lui, il devait se sentir en sécurité. Il fallut bientôt qu'ils aillent se coucher, même s'ils auraient bien encore parlé toute la nuit.

Ils se glissèrent dans leurs futons. Non, en fait, c'est inexact : Akaashi se mit sur le matelas de Bokuto avec lui. Ils s'endormirent paisiblement.

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Akaashi se réveilla pendant la nuit. Il ne savait pas pourquoi. Il dormait pourtant bien ces derniers jours. Il garda les yeux fermés. Il était toujours contre Bokuto. C'était à son t-shirt qu'il s'était agrippé, c'était son odeur qu'il sentait et c'était son souffle régulier qui caressait ses cheveux. Tout allait bien. Pourtant, Akaashi était mal à l'aise. Il devina immédiatement pourquoi. Il y avait dans la salle quelqu'un qui n'y avait pas sa place. Il le sentait. Il était revenu. Il était revenu pour lui. Il fit semblant de dormir jusqu'à ce qu'il sente le départ du monstre. Mais ça ne venait pas. Il ne rêvait pas, cette fois, c'était bien la réalité. Il sentit qu'on lui caressait les cheveux. Bokuto-san avait l'air de sentir que ça n'allait pas, même dans son sommeil, et avait posé sa main sur sa tête. Cependant, quelque chose gênait Akaashi. Il tira le t-shirt de son aîné vers lui, et pressa son corps contre le sien. Bokuto réagit aussitôt et accentua sa pression sur Akaashi pour le rapprocher de lui. Son cœur rata un battement. Une des mains de Bokuto était au niveau du bas de son dos, l'autre sur son épaule. Qu'est-ce qui venait de lui toucher la tête alors ? Le brun se mis à trembler contre sa volonté. Il avait envie de crier, d'appeler à l'aide, mais son corps ne répondait pas. Il se disait que s'il faisait le moindre geste, le monstre ne ferait qu'une bouchée de lui. Un murmure qui ressemblait plus à un grognement se rapprocha de son oreille. Il n'y avait aucun mot, c'était plus une respiration rauque et sifflante. Quelque chose lui effleura la joue et descendit jusqu'au niveau de sa bouche. On aurait dit un long doigt crochu. Il y avait cette matière visqueuse dessus. Elle laissa une trace de son oreille à sa bouche. Le doigt entra dans sa bouche. Akaashi n'avait pas d'autre choix que de se laisser faire. Il était pétrifié de terreur, et encore, c'était un euphémisme pour qualifier l'horreur dans laquelle il était. Des larmes se formèrent au coin de ses yeux à mesure que le doigt s'enfonçait sa bouche. Il sentait même une paume visqueuse appuyée contre sa joue. Une autre main crochue vint se planter dans son épaule alors qu'il sentait un liquide descendre dans sa gorge et des larmes sur ses joues. Il se sentit écrasé sous son poids. Il vint placer sa bouche juste à côté de l'oreille de jeune homme et articula lentement d'une voix rauque et rouillée '"Akaashi...".

S'en fut trop pour le passeur qui se dégagea vivement de son emprise, frappant Bokuto au passage. Le monstre disparu aussitôt. Le brun se dégagea des bras de Bokuto. Le capitaine se réveilla aussitôt. Akaashi, fidèle à lui-même, fit le maximum pour faire le moins de bruit possible. Il couvrit sa bouche avec sa main, mais sa respiration et quelques sanglots plus fort que les autres le trahissaient.

- Akaashi ! chuchota Bokuto. Akaashi, qu'est-ce qu'il s'est passé ?!

Le passeur s'était assis et pleurait en silence, le corps secoué de violents spasmes.

- Tu veux qu'on sorte ?

Il ne répondit pas, trop choqué par ce qu'il venait de vivre. Il porta une main à ses cheveux, ils étaient visqueux à un endroit. C'était donc bien ça... Il avait envie de partir loin d'ici, loin de cette obscurité, loin de ce froid constant. Il voulait tout arrêter, il voulait-

Bokuto le prit dans ses bras et l'attira contre lui. Il essaya de le calmer, mais rien n'y faisait. Son traumatisme était trop fort, ce n'était même plus comme la dernière fois. Quand il lui avait saisi le pied, Akaashi s'était calmé relativement vite. Mais là, il se sentait violé, il avait senti ce doigt inconnu dans bouche et ce liquide froid descendre lentement le long de sa trachée. Bokuto le couvrait de caresses en lui promettant que tout irait bien désormais, même si lui-même n'en était pas sûr.

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Il avait beau couvrir le corps de son ami de caresses, il n'arrivait pas à le calmer. Il ne savait pas vraiment ce qu'il s'était passé, mais le monstre était revenu et avait touché Akaashi à plusieurs endroits : sa tête, son épaule et sa joue. Peut-être aussi autre part, mais il n'avait pas remarqué. La respiration saccadée d'Akaashi résonnait dans la pièce. Et il n'arrivait pas à se calmer. Il était en pleine crise. Malheureusement, il n'y avait rien à faire sinon le rassurer, rester avec lui et surtout, ne pas le lâcher. Une autre voix se fit entendre.

- Hey, qu'est-ce qu'il se passe ?

Le capitaine reconnu la voix de Konoha.

- Akaashi fait une crise de panique. Mais je gère, t'en fais pas.

- Quoi ? Faudrait peut-être aller chercher un prof, nan ?

Bokuto réfléchit.

- S'il vient là, tout le monde va se réveiller, je n'ai pas envie qu'ils le voient comme ça, tu comprends... Et il ne peut pas marcher.

- Pas grave, écoute, Bokuto, on ne peut pas le laisser comme ça, imagine c'est plus grave que ça ?

- Mouais, t'as raison. Tu peux aller le chercher, ça ne te dérange pas ?

- T'inquiète, je suis déjà parti !

Konoha s'en alla à pas de loup hors de la chambre. Bokuto préférait faire comme ça. Il ne réapparaîtrait pas devant plusieurs personnes. Il attendit quelques minutes. Akaashi ne se calmait toujours pas. Il était presque recroquevillé sur lui-même. Bokuto déposait parfois des baisers sur son front ou dans ses cheveux. Il ne savait pas pourquoi il faisait ça, mais ça ne lui paraissait pas ambigu. Surtout dans cette situation. Il faisait déjà le maximum pour essayer de recouvrir tout le corps de son ami avec ses bras, même s'il savait que théoriquement, c'était impossible.

Leur professeur arriva enfin. La lumière était allumée dans le couloir. Konoha rentra dans la salle et aida Bokuto à amener Akaashi en dehors. Ils l'assirent contre un mur. Maintenant que Bokuto le voyait très distinctement, son cœur se serra. Akaashi tremblait vraiment fort, il entendait presque ses dents claquer. Ses yeux étaient grand-ouverts et fixait un point sur le sol devant ses pieds. Ses pupilles de forme un peu félines s'étaient rétractées pour ne plus former que deux traits dans ses yeux bleu océan. Ses joues étaient mouillées de larmes, sa bouche était entrouverte et sa lèvre inférieure tremblait. On aurait dit qu'il venait de voir le diable en personne. On lui apporta un verre d'eau qu'il dût tenir avec ses deux mains pour ne pas le faire tomber. Il le tenait entre son torse et ses jambes qu'il avait ramenées contre lui. L'eau tremblait dedans. S'il avait été rempli ne serait-ce qu'un peu plus, il aurait débordé à cause de ses mouvements.

Akaashi ne disait pas un mot. Il tentait de tenir son verre sans le renverser. Il but une gorgée tout en continuant de fixer le sol.

- Bokuto-kun, que s'est-il passé ? demanda leur professeur.

- Je ne sais pas exactement. Quand je me suis réveillé, il était assis et sa respiration était déjà irrégulière. Je crois qu'il a dû faire un cauchemar. Parfois, ils sont très réalistes...

- Tu penses vraiment qu'un simple cauchemar puisse mettre quelqu'un dans cet état ?

- Ce n'est pas impossible. Vous savez, on a chacun des secrets et si Akaashi a fait un rêve en rapport avec un élément de sa vie qu'il aurait préféré oublier, forcément il est dans cet état-là.

Bokuto savait très bien de quoi il s'agissait en réalité. Il n'allait pas le dire à leur professeur. Il le prendrait pour un fou. Même lui avait eu du mal à croire Akaashi au début. Il retourna s'asseoir à côté de lui et essaya de lui parler. Sauf que son passeur ne disait toujours rien. Konoha était toujours avec eux dans le couloir. Akaashi était son ami aussi et le voir dans cet état lui faisait peur. Il ne l'avait sûrement jamais vu ainsi. Bokuto reporta son attention sur son passeur. Ses tremblements semblaient s'être un peu calmés. Il lui caressa l'arrière de la tête. Akaashi ferma les yeux et se concentra sur sa respiration. Il prenait de longues inspirations par le nez et soufflait doucement par la bouche. Au début, son souffle tremblait légèrement, mais il redevint vite normal. Tout en gardant les yeux fermés, il demanda presque inaudiblement :

- Bokuto-san… est-ce qu'on peut aller se recoucher ?

- On y va Akaashi.

Konoha et lui soulevèrent le brun pour le mettre sur ses jambes encore tremblantes et le ramenèrent dans leur salle. Leur professeur leur souhaita une bonne nuit et les quitta. Ils reprirent leur place dans leur futon. Bokuto eut de nouveau Akaashi dans les bras.

- Hé, Konoha.

- Quoi ?

- Merci pour tout à l'heure. Je n'oublierai pas ce que t'as fait, t'es vraiment un pote.

- T'en fait pas, c'était la moindre chose que je puisse faire. Il va mieux ?

- On dirait oui. Il tremble encore un peu, mais je le sens plus serein.

- C'est quand même flippant ce qui est arrivé. Je me sens mal rien qu'en y repensant. J'espère que ça ne se reproduira pas...

- Ouais, moi aussi... Au fait, je peux te demander de rien dire aux autres ? J'aimerai que l'affaire ne s'ébruite pas trop.

- Je ne dirai rien, t'en fais pas. Tu sais bien que je ne suis pas du genre à tout crier sur les toits. Bon, dormez bien !

Ils se recouchèrent. Bokuto berçait un peu Akaashi qui essayait de se faire tout petit contre le torse de son capitaine. Il ne sut pas combien de temps le brun mis avant de complètement s'endormir, mais Bokuto patienta au moins une bonne heure.

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JOUR 9 :

Le matin, les deux garçons ne se levèrent pas avant tous les autres. En fait, ce sont les autres qui durent les réveiller. Leur position ne gênait pas Bokuto en soit. Mais il pensa directement à Akaashi, qui lui, était toujours endormi. Un des remplaçants fit justement une petite remarque sur le duo. Du tac au tac, Konoha lui balança un "Ferme ta gueule, Haruda". L'autorité naturelle du troisième année fit son effet sur le première année qui s'écrasa aussitôt. Tout le monde s'écrasa d'ailleurs, et plus personne ne fit de remarque. Ils sortirent tous prendre leur petit-déjeuner, laissant le duo dans la salle.

- Akaashi... Hey, Akaashi, faut que tu te lèves maintenant...

- Je ne sais pas si j'ai envie de me lever...

- Hey, pas de coup de déprime tant que je suis là, hein !

- Je veux rester avec toi, ici.

En disant ses mots, il bougea un peu pour mieux se caler contre Bokuto.

- Je suis bien, là.

Bokuto sentit ses joues un peu rougir. Pourquoi est-ce que ça lui faisait cet effet-là ? Akaashi était étrange de dire ça comme si de rien n'était, ça ne lui ressemblait pas trop... Après, c'était sûrement parce que tout le monde était parti et qu'ils étaient seuls. Comme les deux derniers jours, ils s'étaient parlé franchement Akaashi se sentait juste plus en confiance. Au bout d'un moment, il dû quand même l'obliger à se dégager.

- Faut qu'on y aille maintenant.

Ils s'habillèrent et descendirent. Ils étaient dans les derniers, bien sûr. Quelques regards se tournèrent vers eux mais sans plus.

La matinée se passa bien. Akaashi n'était pas dans son assiette, mais joua un match entier quand même. Sinon, il restait sur le banc, silencieux et les yeux fermés, comme lui avait conseillé Bokuto. Il retourna jouer l'après-midi. Il fit quelques bonnes passes. À un moment, il en envoya une à Bokuto qui marqua un superbe point. Toute l'équipe cria de victoire, même si le match n'était pas fini. Bokuto regarda Akaashi. Ce dernier le fixait d'un regard qu'il ne lui connaissait pas. On aurait dit que son corps était vide d'âme. Il n'avait vraiment aucune expression. Akaashi se dirigea lentement vers lui. Bokuto ne bougea pas. Il ne savait pas ce que le brun voulait faire. Quand il fut à sa hauteur, Akaashi mis ses mains sur les joues du capitaine et l'attira à lui. Il posa ses lèvres sur les siennes. Tout le gymnase s'arrêta de faire le moindre geste. Même les terrains d'à côté. Les managers avaient la mâchoire décrochée, surtout celles de Fukurodani qui connaissaient bien les deux garçons. Bokuto était aussi surpris que tout le reste. Pourquoi faisait-il ça ? Il ne sut pas combien de temps ils restèrent ainsi, le temps sembla s'arrêter. Plus personne ne bougeait, il n'y avait plus aucun bruit. Ce qui gêna Bokuto ne fut pas tellement le geste en lui-même, mais ce que ce baiser communiquait. Rien. Il n'y avait pas l'ombre d'un sentiment là-dedans. Bokuto avait déjà embrassé une ou deux filles, il savait comment rendre un baiser passionnant. Mais dans celui-ci, c'était le néant. Soudain, Akaashi ouvrit subitement les yeux et sembla se rendre compte de sa position embarrassante. Il repoussa Bokuto et mit de la distance entre eux-deux. Sa main se plaqua sur sa bouche, comprenant que trop bien ce qu'il venait de faire. Il le regardait interloqué, comme s'il ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer, comment cela était arrivé. Il avait l'air d'avoir retrouvé son âme subitement, se dit Bokuto. Akaashi ne comprenait pas la situation. Ses yeux essayaient de chercher la réponse dans ceux de Bokuto. Il rougit un peu et sortit du terrain. Tout le monde l'avait suivi du regard. Ils reportèrent leur attention sur Bokuto qui était encore sous le choc du geste d'Akaashi. Konoha se décida à bouger.

- Tu devrais peut-être le rattraper, non ?

Bokuto ne répondit rien, mais hocha vivement la tête. Il partit sur les pas de son passeur. Les autres joueurs du gymnase commencèrent progressivement à parler sur le sujet et un énorme brouhaha remplit le gymnase. Un entraîneur souffla dans son sifflet, demanda le calme et la reprise des matchs.

o.o.O.o.o

Bokuto chercha Akaashi. Il était introuvable. Il avait beau faire et refaire les couloirs et salles du gymnase (qui était assez grand), il ne le trouvait nulle part. Il commençait vraiment à s'inquiéter. Il finit par sortir dehors. Il arpenta les passages abrités à la recherche de son passeur. Il finit par apercevoir une forme recroquevillée dans un coin. Il se précipita vers lui. "Akaashi !" L'interpella-t-il. Le concerné releva la tête vers Bokuto et ses joues s'empourprèrent de nouveau. Il cacha son visage dans ses bras.

- Va-t'en...

- Non, je suis là, je reste. Je... Qu'est-ce qu'il vient de se passer exactement ? Jsuis désolé, j'ai pas vraiment compris ce qu'il t'a pris...

- Ce n'était pas moi... J'aurai jamais fait ça...

- Comment ça, "pas toi" ?

- Après que je t'aie fait la passe, il a eu un noir. Quand j'ai repris connaissance, j'étais en train de... tu vois.

- Tu veux dire que tu te souviens de rien ?

- Absolument rien ! Tu penses vraiment que j'aurai fait ça devant tout le monde ? Non, c'était comme si quelqu'un d'autre contrôlait mon corps... attends... oh mon dieu...

Akaashi sembla avoir une illumination. Mais pas une bonne puisqu'il afficha un regard apeuré.

- ... C'est lui qui a fait ça...

- Lui ? Bokuto comprit aussitôt. Genre... il t'a possédé ?!

Akaashi hocha la tête gravement.

- Hier soir... il... il est revenu et... et il m'a..., il avait beaucoup de difficultés à expliquer son traumatisme de la veille, il m'a mis son doigt dans la bouche... et j'ai... j'ai senti un liquide couler dans ma gorge et... rien que d'y penser, j'ai envie de vomir... Si ça se trouve... c'est ça qui fait que... tout à l'heure...

Bokuto était horrifié à son tour. Alors c'est ce qu'il c'était passé ? Cela dépassait tout ce qu'il s'était imaginé. Non seulement il était revenu, mais en plus, la menace qu'il exerçait sur Akaashi était de plus en plus grande. Il regarda son passeur.

- Akaashi...

- Et maintenant, ça se produit... Je suis la risée de toutes les équipes... J'ai tellement honte que j'ai envie de mourir... Ils vont tous me regarder bizarrement... comme si... comme si j'étais un pestiféré... Ma vie est vraiment foutue... C'est ce qu'il veut : la foutre en l'air... Et maintenant, il peut me posséder, alors imagine le nombre de chose qu'il peut faire... Même toi, je suis sûr que je te dégoûte...

- Ne dis pas de bêtise, Akaashi. Tu ne me dégoûtes pas. Il n'y aucune raison pour ça. Je sais ce qu'il t'arrive, je suis le seul à savoir, et personne ne te comprendra mieux que moi, d'accord ? Ce n'est pas ta faute, c'est celle de ce... "démon" ! On va trouver un moyen de la faire partir, je te le promets !

- Et s'il n'y avait que ma mort qui puisse le faire partir ?

- Hors de question. Je t'interdis d'y penser. Il y a forcément une autre solution. Et on la trouvera. Ensemble.

- J'apprécie tous les efforts que tu fais pour moi mais je ne pense pas que ce soit une bonne chose que tu restes avec moi. Il va finir par te gâcher la vie à toi aussi... Je ne veux pas que ça se termine comme ça...

- Même si tu me dis de prendre mes distances ou de m'en aller, jamais je ne le ferai. Je t'ai fait une promesse et je ne la romprai jamais. Alors arrête de te mettre des idées bizarres en tête, et va de l'avant !

- Comment veux-tu que j'aille de l'avant après ce qui vient de se passer...

- Je suis là, moi ! S'il y a quelqu'un qui t'embête, je peux te dire que je l'enverrai valser à l'autre bout du gymnase ! Et puis, de toute façon, ils sont tous ouverts d'esprit sur ce genre de sujet, il n'y a aucune raison de flipper.

Il hésita un moment avant de continuer :

- Tu veux un câlin ?

Akaashi le regarda comme s'il venait de le frapper. Quelle demande inattendue… Bokuto était adossé à un poteau en face de lui. Cependant, Akaashi se leva et se dirigea vers lui. Il mit ses bras autour de son torse et posa sa tête dans le creux de son cou. Bokuto l'enlaça à son tour.

- Je ne mérite pas que tu sois aussi gentil avec moi, Bokuto-san... Surtout après tout à l'heure...

- C'est déjà oublié, Akaashi. Ce qui compte c'est que tu ailles bien.

En fait, il n'avait pas du tout oublié ce qui s'était passé quelques minutes auparavant. Comment pouvait-on oublier ce genre de chose. Certes, il n'y avait rien dans ce baiser, aucune sensation, et en plus ce n'était pas vraiment Akaashi qui lui avait fait. Mais c'était bien le corps d'Akaashi qui avait été contre le sien, ses mains qui avaient été contre ses joues, ses lèvres contre les siennes. Elles étaient douces. Tout était doux chez lui. Il n'avait pas trouvé ça dégoûtant. Au contraire, c'était même plutôt agréable en fait. Il n'était pas gay. En fait, il n'y avait jamais pensé. Les garçons en général ne l'attiraient pas. Mais il ne savait pas pourquoi, Akaashi ne le laissait pas autant de marbre que ça... C'était peut-être juste dû au fait qu'ils avaient beaucoup parlé ces derniers jours et s'étaient considérablement rapprochés. Il ne savait pas vraiment... Il verrait bien avec le temps.

Ils séparèrent et se dirigèrent vers le gymnase. Akaashi ne voulait pas vraiment rejouer mais Bokuto l'encouragea à y aller. Heureusement pour eux, c'était la pause. Ils purent rentrer dans les rangs discrètement. Beaucoup de regards furent, bien sûr, tournés vers Akaashi. Il n'aimait pas ça... Il essaya de ne pas les regarder et resta dans un coin. Un petit groupe s'approcha de lui, composé de quelques garçons et de trois managers, dont celles de Fukurodani. Akaashi sentait les problèmes arriver.

- Akaashi ? Tu vas bien ? commença Yukie.

- Si vous pouviez me laisser seul, ça m'arrangerait.

- On n'est pas venu pour t'embêter, ne t'en fait pas. Non, au contraire, on trouve que c'était carrément courageux ce que tu as fait !

- Hein ?

- Bah oui, continua un autre garçon, il faut des tripes pour embrasser quelqu'un devant tout le monde ! Moi je t'admire carrément ! C'est super cool d'oser !

- Exactement ! On est juste venu te dire à quel point tu nous as impressionnés sur ce coup-là, Akaashi !

- Et fais pas gaffe si des gens te font des remarques. Il y a peu de personnes qui osent assumer, alors ignorent-les. Nous on est là si t'as besoin de soutient !

Ils s'en allèrent plus loin. Akaashi était abasourdi. Est-ce qu'il avait bien entendu ce qu'il avait entendu ? Bokuto vint vers lui avec un verre.

- Ils te voulaient quoi ?

- Ils... m'ont félicité...

- Ah ? Ah ça ne m'étonne pas, ils sont cools. Je t'avais dit de pas t'en faire.

Ils reprirent les matchs juste après. Tout se passa pour le mieux. Toute l'équipe l'accueillit comme si de rien n'était. Ils ne semblaient pas particulièrement choqués de l'avoir vu embrasser leur capitaine. Tant mieux, Akaashi était plus détendu qu'il ne l'était tout à l'heure avec Bokuto. Il devait être rassuré que les autres l'acceptent. L'après-midi se déroula alors sans encombre. Le soir, Bokuto préféra ne pas aller s'entraîner avec Kuroo. Ils se remirent dans un coin pour parler. Après les évènements de la nuit et ceux de la journée, Akaashi était épuisé. Ils s'installèrent dans une salle vide et s'assirent contre un mur.

Ils parlèrent encore beaucoup. Bokuto était encore surpris du débit de parole de son ami. Même fatigué, il était encore bavard comme les veillées précédentes. Il lui raconta des détails vraiment très personnel sur sa vie personnelle. Par exemple, il était très proche de son grand-père paternel quand il était petit. Il le voyait tous les jours comme il vivait avec sa famille. Ses parents lui avaient proposé d'habiter avec eux quand sa femme était décédée. Akaashi ne l'avait jamais connue, et aussi loin que ses souvenirs lui permettaient, il avait toujours connu son grand-père habitant chez lui. Il lui avait appris plein de choses. Il était professeur avant et lui avait enseigné tout ce qu'il y avait à savoir sur le monde. C'est pour cela qu'Akaashi n'avait jamais eu de problèmes avec ses études. Vers ses dix ans, son grand-père tomba malade. Un cancer. Il le vit dépérir petit à petit. Il mourut l'année d'après. Cet évènement marqua énormément Akaashi. C'était la première fois de sa vie qu'il assistait à un enterrement. Plus jamais il ne voulait revivre ça. Il disait que depuis, plus rien n'avait été pareil. Il souriait moins, par exemple. Ce n'est pas parce qu'il pensait à son grand-père, c'est juste qu'il en avait perdu l'habitude. Ils se racontèrent plein de petites anecdotes sur leur vie. Ils débordèrent encore sur leurs histoires de cœur. Bokuto apprit une chose à laquelle il ne s'attendait absolument pas. Akaashi s'en était rendu compte qu'il n'aimait pas les filles. Il y en avait pourtant de très jolies qui lui demandaient de sortir avec lui. Mais il ne leur trouvait rien. Il était comme insensible à leur charme. Après, cela ne voulait pas non plus dire qu'il aimait plutôt les garçons. Il se disait que ses sentiments pour les filles... non ses sentiments pour n'importe qui, se réveilleraient un jour ou l'autre. Il attendrait jusque-là, il n'était pas pressé. Bokuto n'en revenait pas. Akaashi n'était pas sûr de son orientation sexuelle. Voilà qui était plus qu'intéressant. Attends, pourquoi Bokuto était presque réjoui de cette information ? Il n'y avait aucune raison à ça... Ah, voilà que Bokuto recommençait à avoir des pensées étranges. Il les balaya de son esprit. Akaashi était son meilleur pote, ça ne changerait pas. Ils reparlèrent de plusieurs choses après ça. Bokuto fut franc avec lui et il lui dit qu'il ne s'attendait pas à ce que le brun lui dise une telle chose, mais qu'aussi il était heureux qu'Akaashi lui fasse part d'un détail aussi intime que ça. Ils parlèrent encore un peu et allèrent se coucher.

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Ils reprirent encore une fois de plus la position dans laquelle Akaashi dormait le mieux. Bokuto était vraiment confortable. Il était difficile pour le brun de se lever le matin, non pas parce qu'il était fatigué, mais parce qu'il allait quitter la chaleur du corps de Bokuto. Parfois, il sentait la jambe de Bokuto passer au-dessus les siennes et le capitaine renforçait son emprise sur lui. Il ne serrait pas particulièrement fort, mais juste assez pour qu'Akaashi se sente bien. Ils s'endormirent vite.

Pendant la nuit, Akaashi eut très soif et dut se lever pour aller chercher la bouteille d'eau qui était dans son sac. Il ne sentait aucune présence démoniaque, ce qui l'encouragea à se lever. Il marcha à tâtons jusqu'à son sac et prit une gorgée dans sa bouteille d'eau. Il repartit vers son futon. Il s'y allongea et souffla un peu. Il sentait que cette nuit allait bien se passer. Dieu pouvait bien lui accorder, après tout ce qu'il avait enduré, non ? Il chercha le bras de Bokuto. Quand il le trouva, il s'agrippa à lui. Il n'avait pas le souvenir que le bras de Bokuto était mouillé. Soudain, il réalisa. Mais avant qu'il pût faire le moindre bruit, une énorme main visqueuse vint lui couvrir la bouche. La prise était d'une force... Akaashi paraissait n'être qu'une vulgaire brindille. Il avait l'impression qu'une simple pression pouvait lui écraser le crâne. Il manquait d'air. Il ne pouvait plus respirer ! Il essayait de se dégager avec ses bras, mais ça ne servait à rien. Tout à coup, il sentit qu'il était tiré en direction de la porte. Il voulait l'apporter en dehors de la salle. Son cœur battait à cent à l'heure. Il était si paniqué son instinct de survie avait pris le dessus sur sa peur. Il pensait seulement à sauver sa peau maintenant. La porte s'ouvrit et il fut traîné dans le couloir. Il pouvait le voir à présent. Celui-ci se retourna soudain vers lui. Il était entièrement noir. Il approcha son visage de celui d'Akaashi. Le jeune homme ne put pas distinguer ses traits mais en revanche, il vit très nettement, les lueurs vertes dans ses yeux blanc. Sa bouche se déforma en un rictus d'où des dents blanches et pointues se révélèrent. Akaashi comprit qu'il ne s'en tirerait pas aussi bien que la nuit dernière cette fois-là.

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Bokuto se réveilla. Quelque chose n'allait pas... Akaashi ? Où était Akaashi ?! Il passa sa main sur le futon voisin : vide. Même la place où il était avant avait refroidie. Bokuto commença à paniquer. Cela ne présageait rien de bon. Il chuchota son nom dans la salle. Seul le silence lui répondit. Cela signifiait qu'il était dehors. Seul. Son cœur s'accéléra. Il sortit précipitamment de la salle en essayant de faire le moins de bruit possible pour ne réveiller personne. Il arpenta les couloirs en chuchotant des "Akaashi ?", personne ne lui répondit. Au détour d'une cage d'escalier, il trouva un lambeau de vêtement. Attends, il provenait du t-shirt d'Akaashi, il le reconnaissait. Au fur et à mesure qu'il avançait, de plus en plus de lambeaux parsemaient le sol. C'était mauvais signe. Bokuto tourna la tête vers le bas de l'escalier. Il plissa les yeux pour mieux discerner la forme qui s'y trouvait. Une fois qu'il comprit, il les écarquilla. "Akaashi !" Il descendit les marches quatre par quatre. Akaashi était allongé sur le sol, ses vêtements complètement déchirés. Il essaya de voir s'il était blessé. Quand il le toucha, il sentit qu'il était recouvert de cet étrange liquide visqueux qui suintait du monstre. Il l'appela une nouvelle fois. Akaashi sembla reprendre conscience. Il murmura un "Aide-moi" douloureux. Bokuto n'arrivait pas à voir où il avait mal, il faisait beaucoup trop sombre et il ne pouvait pas se risquer à allumer la lumière pour réveiller tout le monde. Il eut une autre idée.

- Akaashi ? Tu peux t'asseoir ?

Il le mit, comme il le put, en position assise. Ses vêtements n'étaient plus que des bouts de tissus qui pendaient sur son corps. Même son short était dans un sale état. Akaashi commençait à bouger, il reprenait petit à petit ses esprits. Il porta une main à sa tête. Ne pouvant pas le laisser presque nu comme il était, Bokuto enleva son short et lui donna. Le capitaine avait gardé ses sous-vêtements. Heureusement car ce n'était pas dans ses intentions de se trimballer les fesses à l'air dans les couloirs ! Akaashi enfila le short et Bokuto l'aida à se relever. Le brun s'agrippait de toutes ses forces à son aîné, comme si ses jambes menaçaient de le lâcher à n'importe quel moment. Il avait le souffle court et ses mains tremblaient, il le sentait à la prise sur son t-shirt. Akaashi manqua une fois de tomber. Ses pieds se dérobèrent de nouveau sur lui deux pas plus loin. Bokuto ne réfléchit pas et le porta dans ses bras. Il n'était pas très lourd, même beaucoup plus léger qu'il ne l'aurait parié. En même temps, il mangeait de moins en moins ces derniers jours. Ses cauchemars lui avaient fait perdre tout appétit.

Il se dirigea vers les douches du lycée. Ce genre de lycée avait aussi été conçu pour accueillir des groupes scolaires, d'où l'existence de douches. Comme ça, ils n'auraient pas besoin d'aller jusqu'au gymnase. Bokuto alluma la lumière et alla tout au fond de la pièce. Il déposa Akaashi sur un tabouret. Il l'inspecta vite fait. C'était plus grave que ce qu'il pensait. Son dos était en sang. D'ailleurs, comme il l'avait porté, Bokuto en avait lui-même plein son t-shirt. Sa peau était couverte de blessures, d'entailles plus ou moins profondes, Bokuto n'arrivait pas vraiment à juger. On aurait dit que des griffes lui avaient lacéré la peau. Par chance il y avait une armoire à pharmacie juste à côté de la salle de douche. Mais avant, il fallait qu'il le débarrasse de cette étrange texture qui lui couvrait tout le corps.

- Je reviens. Je vais chercher de quoi te laver et d'autres vêtements.

- Non... me laisse pas... je t'en supplie... Me laisse pas tout seul...

- Je ne serai absent que 30 secondes.

- Bokuto-san... s'il te plaît..., l'implora-t-il.

- 30 secondes, Akaashi. Tout va bien aller, je laisse la lumière.

Il partit en courant. Il remonta les escaliers en deux secondes et atterrit dans la chambre. Il prit le sac d'Akaashi dans lequel il y avait toutes ses affaires et redescendit. Sauf que, lorsqu'il arriva devant la salle de douches, il n'y avait plus de lumière.

- Merde, souffla-t-il.

Il entra en trombe dans la pièce et alluma aussitôt la lumière. Il se souviendrait toute sa vie de la scène qui se déroulait devant ses yeux. Le short qu'il avait passé à son ami avait été arraché et jeté plus loin sur le sol. Akaashi était face contre terre. Ses blessures étaient bien apparentes, d'autant plus que le bas de son dos était relevé. Il était derrière lui, à genoux. Il tenait fermement Akaashi par les hanches lui plantant au passage ses doigts crochus dans la peau. Du sang commençait à perler sur le sol. Même si Bokuto les voyait de face, il devina ce qu'il était en train de faire. Akaashi était en train de se faire violer.

Bokuto attrapa une bouteille de champoing et la lança sur lui. Il était terrifiant. Il faisait bien deux mètres de haut, si ce n'est plus. Deux grands yeux blancs se démarquaient sur son visage de cendre. Il n'avait pas vraiment de traits faciaux. C'était indescriptible. Bokuto était incapable de dire s'il avait de la chair ou non. La bouteille le toucha à la tête. Il lâcha sa prise et disparût aussitôt.

Le capitaine s'élança vers son ami qui gisait sur le sol. Ses poings étaient serrés. Quand il le redressa, il vit que son visage était crispé et qu'il serrait les dents. Ses joues étaient mouillées de larmes.

- Mon dieu, Akaashi... Qu'est-ce qu'il t'a fait, bon sang...

Il le serra contre lui comme il l'avait fait la veille. Il devait être en train de rêver. Tout cela ne pouvait pas exister. Tout cela ne pouvait pas arriver à Akaashi ! C'était impossible ! Il regarda Akaashi. Il avait enfoui sa tête dans son torse et pleurait toutes les larmes de son corps. La torture qu'il subissait depuis la semaine dernière avait atteint son paroxysme. Il ne pouvait pas en supporter plus. Personne ne le pourrait. Bokuto essayait de lui adresser des gestes affectueux, mais avait peur de lui faire mal. Il avait mal au cœur de le voir ainsi, lui qui avait toujours été très droit, sérieux et impassible. Il avait découvert de nouvelles facettes de sa personnalité, mais il aurait préféré éviter de voir celle-ci. Jamais il n'avait été aussi mal en la présence de Bokuto. Et jamais Bokuto n'avait assisté à un viol, surtout à celui de son meilleur ami. On parlait toujours de l'horreur de ces actes. Eh bien, même si Bokuto n'avait pas été à la place d'Akaashi, il était d'accord avec cette opinion. C'était pire que n'importe quelle autre chose. S'il le retrouvait, il l'étriperait. Il étendrait ses tripes partout autour de lui, il le jurait.

Akaashi hoqueta, ce qui rappela à Bokuto dans quelle situation il se trouvait. Akaashi, son Akaashi... dans cet état. C'était impardonnable. Il tremblait de tout son corps. Bokuto le serra un peu plus contre lui, espérant que ça le calmerait. Il se rappela soudain qu'Akaashi était littéralement nu contre lui. Et surtout qu'il fallait qu'il lui enlève l'étrange liquide qui lui couvrait le corps. Il attendit encore quelques minutes. Akaashi ne semblait pas gêné par sa position. Il avait d'autres choses à penser. Il fallait qu'il pleure un bon coup, ça lui faisait du bien. Ses gémissements résonnaient dans la pièce carrelée. Bokuto lui caressa la tête. "Je t'en prie, calme-toi Akaashi", pensait-il. Ses sanglots continuèrent, ainsi que ses tremblements. Il devait se sentir souillé, sale et déshonoré. Il paraissait tout petit dans les bras de Bokuto. Au bout d'un moment où il semblait s'être un peu calmé, Bokuto lui dit doucement :

- Viens, Akaashi, assieds-toi ici.

Il amena le petit tabouret prêt du passeur et l'installa dessus. Akaashi ne parlait pas. Bokuto partit chercher le savon dans le sac du brun et se déshabilla à son tour. Akaashi le regardait faire.

- Il n'y a pas de raison pour que tu sois le seul à poil...

C'était vrai. Il devait être un peu gêné d'être le seul sans vêtements. Cela ne dérangeait pas Bokuto, il était du genre impudique. Et puis, cela mettait sûrement Akaashi en confiance. Il avait préalablement rempli une bassine d'eau qu'il déposa juste à côté d'eux. Il n'allait pas allumer le jet de la douche, ce ne serait pas vraiment pratique. Il commença à laver Akaashi. Il lui parlait en même temps. Il lui disait des mots pour le rassurer. Akaashi tremblait encore un peu. Il avait le regard perdu dans le vide. Bokuto ne savait même pas s'il l'entendait vraiment.

Ce n'était pas la première fois qu'il voyait Akaashi complètement nu. Ils se voyaient souvent en tenue d'Adam à la sortie des douches, et aucun des deux n'était vraiment pudique. Pour être honnête, ça avait surpris le capitaine la première fois qu'il s'était retrouvé face à Akaashi nu. Pas parce qu'il avait un corps magnifiquement dessiné (il faut dire ce qui est), mais parce qu'il pensait encore à ce moment-là qu'Akaashi était quelqu'un de réservé. C'était devenu une habitude pour eux de se voir ainsi, et ils n'étaient pas gênés par leur « tenue » respective. Et voilà qu'il se retrouver à le laver. Bokuto se surprit à admirer chacune de ses courbes. Tout le corps du passeur était finement sculpté et parfaitement bien proportionné. Bokuto lui lava d'abord les bras. Il mettait le savon à même ses mains. Il n'avait pas de gant de toilette ou quoi que ce soit. Il massait en même temps les muscles tendus du brun. Bokuto avait déjà été massé plus d'une fois avant ou après un match et il savait à peu près comment se débrouiller. Il continua par son dos. Il faisait attention à ne pas trop toucher ses blessures. Parfois, Akaashi sursautait de douleur. Bokuto s'excusait et continuait. Il le désinfecterait après. Il le débarrassa assez rapidement de l'étrange matière visqueuse. C'était vraiment dégueulasse, heureusement que ça s'en allait bien. Il lui versa de l'eau sur le dos pour le rincer. Il partit chercher de l'eau et entreprit de laver son torse. Il passa sur le torse musclé du brun, sur ses côtes et sur ses abdominaux. Il lui lançait parfois de rapides coups d'œil, mais Akaashi restait de marbre. Il affichait une expression d'abandon, comme si l'envie de se battre contre lui avait disparue. Bokuto reprit ses gestes. Il arriva au point sensible.

- Akaashi ? Ça te dérange si je..., il désigna la partie du corps pour lui faire comprendre où il venait en venir.

Toujours le regard perdu dans le vide, Akaashi secoua doucement la tête. Bokuto lui lava l'entre-jambe sans s'y attarder trop longtemps et continua avec ses cuisses, puis ses jambes. Ç'avait été égal à Akaashi que Bokuto l'ai touché. C'était comme il ne sentait rien. Bokuto décida de lui masser les épaules. Il était toujours tendu, ça lui ferait du bien. Il posa ses mains sur sa peau et fit des ronds avec ses pouces pour détendre ses muscles.

- Hey, Akaashi, je t'en prie, dis-moi quelque chose...

- ... me laisse pas..., murmura-t-il.

Bokuto lui répondit aussi bas : "Je ne te laisserai plus jamais, Akaashi. Je suis désolé, c'est ma faute..." Il déposa un baiser sur sa tête. Encore une fois, il avait fait ça sans réfléchir. Il allait falloir qu'il perde cette étrange habitude. Si ça se trouve, Akaashi n'appréciait pas... Il finit son massage et partit chercher une serviette pour le sécher. Il l'enroula dedans et entreprit de le sécher. Il lui mit ensuite autour des hanches. Ils se levèrent. Akaashi fixa Bokuto, les yeux dans les yeux. C'était un peu le même regard que celui de la veille, celui qu'il lui avait fait avant qu'il ne l'embrasse sur les lèvres. Sauf que dans celui-là brûlait une nouvelle lueur, une lueur faible mais belle et bien présente. Puis, sans le quitter des yeux, il se mit sur la pointe des pieds et rapprocha sa tête de la sienne. Il colla une nouvelle fois ses lèvres contre les siennes. Ce fut différent de la dernière fois. Il eut l'impression qu'il lui communiqua quelque chose au travers de ce baiser. Les lèvres d'Akaashi bougèrent contre celle de l'argenté. Bokuto finit par répondre à son baiser. Il ne pouvait rien faire, Akaashi y mettait tant de passion qu'il lui était impossible d'y résister. À mesure que les secondes passaient, ils s'embrassaient de plus en plus passionnément. Le capitaine commença à le prendre dans ses bras pour le serrer plus contre lui. Ses lèvres étaient chaudes et douces. Bokuto se sentit envahi par une vague d'une nouvelle sensation, vague soudain brisée par Akaashi se dégageant brutalement de son emprise. Il recula.

- Oh non... qu'est-ce que j'ai encore fait...?

- Akaashi ! Excuse-moi, c'est moi qui-

- Non... non, je suis un idiot, vraiment ! Je... je suis désolé... tellement désolé...

- C'était lui ?

- ... Oui... Oui, c'était lui... J'en peux plus, Bokuto-san... J'en ai marre..., sa voix se cassa dans des sanglots.

C'était encore reparti. Il était normal qu'Akaashi soit détruit psychologiquement. La moindre remarque, le moindre geste le faisait s'effondrer. Il fallait qu'il fasse attention à la manière dont il l'aborderait dans les prochains jours. Il s'approcha de lui, prêt à le reprendre dans ses bras. Akaashi le repoussa.

- Si tu viens encore prêt de moi, tu vas souffrir... Je… Je ne veux pas que ça arrive... Reste loin de moi... pour ton bien...

Bokuto n'insista pas. Il fallait qu'Akaashi se calme. Il reviendrait vers lui ensuite.

Il se rhabillèrent tous les deux et Bokuto lui dit qu'il devait désinfecter ses plaies. Akaashi ne broncha pas. Il savait que c'était nécessaire. Bokuto appliqua des contons imbibés de produit sur le dos et les hanches du passeur qui avait juste retiré son t-shirt. Tout se fit dans le silence total. Il sentait Akaashi vaciller sur sa chaise, il devait être épuisé après la nuit infernale qu'il venait de passer. Cela faisait environ une heure qu'ils étaient là. Personne ne les avait remarqués. Bokuto le couvrit de pansements et de bandes. C'était le minimum qu'il puisse faire. L'état de son ami l'inquiétait, et il ne parlait pas de son état mental cette fois-ci. Ses blessures étaient assez impressionnantes quand on les regardait de près. Il avait eu du mal à arrêter les saignements. Il fallait tôt ou tard qu'il en parle à un adulte. Il ne savait juste pas comment s'y prendre pour rester cohérent et faire passer cette histoire de démon pour vraie. Il y penserait plus tard. Le plus important, maintenant était Akaashi. Quand il eut fini, il lui donna un antidouleur, pour que son dos ne le gêne pas trop. Théoriquement, il n'avait pas le droit d'en prendre sans l'autorisation d'un professeur. Mais là, ils ne pouvaient pas attendre d'autorisation : il fallait que le brun en prenne un s'il ne voulait pas souffrir le reste de la nuit. Il l'entendait essayer de cacher ses gémissements, sans grand résultat.

Ils retournèrent se coucher ensuite. Akaashi n'était pas stable sur ses jambes, alors Bokuto le soutenait du mieux qu'il pouvait sans toucher les endroits douloureux. Ils arrivèrent finalement à leur dortoir. Bokuto se dit qu'il n'avait pas reparlé de son... viol à Akaashi. Il fallait que le brun en parle à quelqu'un. S'il gardait tout pour lui, ça ne ferait qu'empirer son état. Pas maintenant en tout cas. Il aurait une conversation avec lui demain. Il fallait aussi qu'il s'arrange pour qu'Akaashi en joue pas. Avec le dos qu'il avait, c'était hors de question. Ses blessures pouvaient se rouvrir à tout moment.

Il se couchèrent sur leur futon. Bokuto invita le brun à venir dans ses bras. Il refusa. Il ne savait pas si c'était parce qu'il avait décidé de ne plus lui parler ou de peur que Bokuto ne lui touche ses blessures. Il opta pour la deuxième option, ce qui était tout à fait légitime. En fait, Bokuto ne savait pas si Akaashi lui faisait vraiment la tête. Est-ce qu'il lui en voulait d'avoir répondu à son baiser de tout à l'heure ? Bokuto avait juste était emporté par le feu de l'action. Il devait avouer qu'Akaashi embrassait bien... ou que ce démon embrassait bien dans le corps d'Akaashi ? Non, non, on allait exclure cette hypothèse. Il se surprit à penser que si c'était à refaire, il recommencerait. C'était quelque chose de très agréable. Il n'aurait jamais pensé qu'embrasser un garçon était aussi fabuleux. Embrasser Akaashi était fabuleux, non, magique.

Bokuto n'arriva pas à se rendormir, il était trop perturbé par tout ce qu'il venait de voir... et de faire aussi. Il repensa au « monstre ». Il l'avait enfin vu. Il comprenait maintenant pourquoi Akaashi avait si peur de lui. Il était vraiment terrifiant. On aurait dit qu'il sortait d'un film d'horreur. Avec ce genre d'entité après soi, c'est sûr que cela ne laissait pas de marbre. Il entendait Akaashi se tourner et se retourner sur le matelas. Il ne trouvait pas de position confortable et qui ne lui faisait pas mal. Bokuto ne supportait pas de le savoir seul de nouveau. Il entendait parfois de petits gémissements, sûrement dus à la douleur. Il tendit son bras vers lui. Akaashi l'effleura de sa main, et vint bientôt enrouler ses bras autour de celui du capitaine des chouettes. Bokuto, de son bras valide ramena la couverture jusqu'à ses épaules. Il espérait de tout cœur que le calvaire d'Akaashi avait pris fin.


Alors, vous l'avez aimé ce chapitre ? Stressant, hein :D ? J'aimerai faire plein de commentaires, mais comme je posterai des explications plus tard ;)

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