Richard,
A peine le téléphone raccroché suite à l'appel de Kate je pris la direction de la douche avant de me rendre au commissariat. Ce détail hygiéniste passé, je décidais ce matin de ne pas prendre de petit déjeuner je n'aimais pas faire attendre le lieutenant Beckett.
En arrivant devant le commissariat, je m'aperçus que j'avais oublié de prendre les cafés sur le chemin comme je le fais tous les matins. Il ne fallait pas que je change mon comportement, elle l'aurait remarqué tout de suite et je suis certain qu'elle aurait fait le lien avec les évènements d'hier. Je rebroussais donc chemin pour aller dans le Starbucks situé à une centaine de mètres du commissariat. Une fois les cafés commandés et pris je repris mon chemin initial.
Me voilà dans l'ascenseur, les deux cafés à la main je ne sais pas quelle attitude adopter, la réponse est le comportement habituel évidemment mais je m'en sens incapable. Comment suis-je habituellement ? Et même si j'arrivais à mettre des mots sur mes comportements habituels, impossible de les mettre en œuvre car tout a changé. Nous nous sommes embrassés. « Non Richard ne repense pas à ce baiser maintenant alors que tu vas la voir dans une fraction de secondes » me dis-je. Le « ding » de l'ascenseur m'annonça que j'étais arrivé à l'étage de la brigade criminelle. Seuls quelques mètres me séparaient d'elle. Mes mains étaient moites, ma bouche pâteuse, mes jambes flageolantes. Ca y est je l'aperçois elle est à son bureau en train de réfléchir un crayon à la commissure de ses lèvres. Que j'aimerai être à la place de ce stylo « stop avec ces pensées sinon tu ne vas pas passer la journée » me dis-je pour me raisonner. Elle est absorbée par ses pensées et ne me voit pas.
Bonjour lieutenant voici votre café.
Salut Castle et merci me répond elle en prenant le café que je lui tends. Comment va votre poignet ?
C'est un peu douloureux lui dis-je. Mais j'ai eu une infirmière de choc.
Castle…
Un léger silence s'installe, tout semble être normal entre nous. Comme à son habitude elle me reprend à chaque mot de travers.
Alors nous avons un cas ?
En fait non je fais de la paperasse ce matin.
Ah, mais pourtant au téléphone vous disiez qu'il y avait une affaire.
J'ai dit ça pour vous faire venir plus vite. Je voulais vous parler.
Me parler… Elle avait forcément vu mon changement d'attitude à ce moment là.
Oui. Castle je ne sais pas si je vous ai remercié pour tout ce que vous avez fait hier.
Bien sûr que si et vous n'avez pas à me remercier Beckett.
Si je le dois. Vous avez été présent tout au long de ce cas et m'avez quand même sauvé la vie alors que vous couriez un danger.
C'est normal Beckett, je suis votre partenaire.
Et puis…reprit-elle, vous m'avez également sauvé la mise avec le garde alors que j'allais sortir mon arme. J'ai failli tout faire planter et vous avez sauvé la mise en…
Elle fut coupée à ce moment là :
Alors Chuck Norris dirent Ryan et Esposito en arrivant ça va ?
Les mots ne sortaient pas de ma bouche, un silence c'était d'ailleurs installé dans le commissariat.
On vous dérange peut être….suggéra Ryan.
Non répondis-je. En ce qui concerne mon poignet ça va c'est douloureux encore mais beaucoup moins qu'hier. Et puis vous avez eu la vie légèrement plus dure vous deux. C'était une affaire à haute tension pour nous tous.
Nous nous regardâmes tous les quatre en acquiesçant. En disant cela je pensais essentiellement à Beckett. Cette affaire était la sienne, celle de sa vie. Le meurtre de sa mère avait été un tournant radical dans sa vie. Comment serait-elle aujourd'hui si sa maman n'avait pas été assassinée ? Peut être ne l'aurais-je pas rencontré dans d'autres circonstances…
Kate, 26 janvier
Il est 8 heures du matin et je suis au commissariat. Compte tenu des évènements de la veille je n'étais pas repassée au bureau et avais donc de l'administratif à boucler. Ma tête était encore pleine de pensées relatives à Castle. Il faudrait qu'on parle mais étais-je prête à avoir cette discussion avec lui ? Que ressentais-je pour Josh ? Je me décidais à l'appeler en prétextant une affaire afin de voir comment les choses allaient tourner entre nous. Sans le vouloir, savoir qu'il allait arriver avant la prochaine heure me procurait des émotions contradictoires : excitation, impatience, crainte. Je ne savais vraiment pas où j'étais. Cela fait longtemps que je n'avais pas ressenti toutes ces choses en même temps. Ce comportement puéril m'exaspérait. Mais Castle avait pour habitude de me mettre face à mes émotions, et j'avais souvent du mal à emprunter des chemins de traverse.
Je raccrochais le téléphone et me rendis compte que ma main était chancelante. J'étais parcourue de frissons. Pour essayer de me calmer je fis un tour aux toilettes des dames pour me rafraîchir le visage et essayer de focaliser mes pensées sur ce que je devais faire : renseigner et classer les papiers. Je regrettais de ne pas avoir d'activité plus prenante à ce moment là car celle-ci ne m'empêchait pas de penser à autre chose, bien au contraire. Je regardais ma montre toutes les trois minutes pour à chaque fois trouver que le temps ne s'écoulait pas assez vite. De temps à autre je jetais une œillade vers l'ascenseur en m'attendant à voir Castle arriver. Encore lui, décidemment il m'obnubilait.
Il fallait que je confesse mes états d'âme à quelqu'un sinon j'allais devenir complètement cinglée à me ressasser cette scène. Je pris mon téléphone et composai le numéro de Lanie.
Lanie, c'est Kate tu as une minute ?
Oui Kate descends et puis mes clients peuvent attendre…
Très drôle Lanie. Bon j'arrive tout de suite.
Ma démarche était-elle raisonnable ? Lanie me tannait avec Castle depuis que ce dernier me suivait sur mes enquêtes, m'encourageant à prendre du plaisir avec l'écrivain. Mais il fallait absolument que j'en parle à quelqu'un. Lanie serait parfaite pour cette catharsis. Elle m'attendait dans le bureau jouxtant la morgue, elle avait préparé du thé et des sorti des gâteaux secs.
Ca fait longtemps que tu ne viens plus me voir comme ça pour parler.
Oui c'est vrai, répondis-je.
En fait depuis que tu es avec Castle je ne te vois plus seule.
Comment ça depuis que je suis avec Castle ? lui demandais-je bien trop rapidement.
Oui depuis qu'il te suit sur tes affaires. Qu'as-tu compris Kate ?
Rien de plus, fis-je en fronçant un sourcil.
Kate….
Quoi…Lanie ?
Dis-moi tout de suite ce que tu ne me dis pas. Ca se voit à 300 mètres sur ta tête.
Pour quelqu'un qui travaille avec des morts je te trouve très attentive et réactive aux humains.
Nous éclatâmes de rire toutes les deux.
Bon tu vas te décider à me le dire ou faut que je te mette sur ma table d'autopsie pour ouvrir ton cerveau.
Je vais te le dire mais tu dois me jurer de le garder pour toi.
Evidemment, mais dépêche-toi tu commences à m'inquiéter avec tes airs de grande Kate Beckett sérieuse.
Castle m'a embrassé.
Quoi ? Peux-tu me répéter ça ou me pincer je ne suis pas certaine d'avoir entendu.
Castle m'a embrassé.
Il en a mis du temps celui là, sourit-elle. Alors c'était comment ?
C'était une diversion.
Ce n'est pas ma question. Ca t'a plu ? Apparemment si tu m'en parles c'est que ça valait le détour.
Lanie c'était une couverture…
Ta dénégation veut tout dire Kate. Tu peux me l'avouer nous sommes les deux seuls êtres vivants ici, avantage du métier.
Oui j'ai aimé finis-je par dire dans un demi soupir.
Ah je le savais fit Lanie quasi triomphante. Bon tu vas me raconter oui…
C'est alors que je lui fis le récit de l'idée de Castle de nous faire passer pour un couple ivre au sortir de la voiture pour faire diversion.
Et comment en êtes-vous arrivés là ?
Eh bien la diversion ne marchait pas alors je voulais abattre le garde. C'est là que Castle m'a empêché de le faire, m'a attiré vers lui avec autorité et m'a embrassé. En nous voyant nous embrasser le garde a fait demi tour et c'est là que j'ai pu l'assommer.
Vous deviez être convaincants…dit-elle.
Lanie…
Pardon je ne pouvais pas m'en empêcher.
Enfin cela m'a fait beaucoup d'effet. Je t'assure que si tu ébruites cela nous allons devoir trouver un autre légiste et son premier cadavre sera le tien. Mais la manière ferme dont il m'a amené à lui, ses lèvres sur les miennes, la façon dont il m'a embrassé je ne m'en remets toujours pas.
Je vois ça, tu as viré au rouge en m'en parlant. Que vas-tu faire maintenant quand il va arriver ? L'emmener dans la salle d'interrogatoire en le prenant par la chemise et l'embrasser fougueusement ?
Non Lanie, ce n'est pas possible avec Castle.
Comment ça ? Il t'aime, il te veut. De ton côté tu fantasmes sur lui où est le problème ?
Nous sommes partenaires, amis notre relation est compliquée et puis….et puis il y a Josh.
Ah c'est vrai il est là celui-là. Des nouvelles du médecin qui sauve le monde ? dit-elle ironiquement.
Oui il m'a appelé hier.
Et ?
Je n'ai pas répondu.
Ah, ah, triompha-t-elle.
Hum, fis-je.
Kate si tu veux mon avis Josh est un divertissement au mieux, Castle est l'homme qu'il te faut.
Lanie j'aime Josh.
Mais tu as pris ton pied en bécotant l'écrivain.
Bon je remonte car il va arriver, dis-je en éludant cette dernière remarque.
Pense à la salle d'interrogatoire…
Je ne répondis pas à cette énième provocation. Lanie ne m'avait pas aidé comme je m'y attendais, mais au moins j'avais pu en parler à quelqu'un. Je retournais m'asseoir à mon bureau constatant que Castle n'était pas encore arrivé. Cette fois-ci ma concentration fut totale quand je me remis à mes dossiers. Je ne l'entendis donc pas arriver quelques minutes plus tard.
Bonjour lieutenant voici votre café.
Salut Castle et merci lui répondis-je en prenant le café qu'il me tend. Comment va votre poignet ?
C'est un peu douloureux dit-il. Mais j'ai eu une infirmière de choc.
Castle…
Alors nous avons un cas ?
En fait non je fais de la paperasse ce matin.
Ah, mais pourtant au téléphone vous disiez qu'il y avait une affaire.
J'ai dit ça pour vous faire venir plus vite. Je voulais vous parler.
Me parler… Je le vis réagir tout de suite.
Oui. Castle je ne sais pas si je vous ai remercié pour tout ce que vous avez fait hier.
Bien sûr que si et vous n'avez pas à me remercier Beckett.
Si je le dois. Vous avez été présent tout au long de ce cas et m'avez quand même sauvé la vie alors que vous couriez un danger.
C'est normal Beckett, je suis votre partenaire.
Les mots de Castle firent écho dans ma tête. Je le revoyais hier dans mon appartement me disant que cela me plaise ou non il était mon partenaire
Et puis…repris-je, vous m'avez également sauvé la mise avec le garde alors que j'allais sortir mon arme. J'ai failli tout faire planter et vous avez sauvé la mise en…
C'est à ce moment le plus mal choisi que Ryan et Esposito firent leur entrée, interrompant de ce fait ma conversation avec Castle. Peut être était-ce mieux ainsi, après tout je n'avais certainement pas assez réfléchi et je ne devais m'emballer avant d'en parler avec Castle. Et d'abord devais-je lui en parler ?
