"Harry ? Ça va ?" l'interrogea Hermione, le faisant brusquement sortir de ses pensées.

Ses deux meilleurs amis le fixaient d'un air qui semblait à la fois moqueur et préoccupé. Harry hocha la tête, et grimaça de douleur quand Ron lui balança un coup de pied dans le tibia.

"Reveille-toi, vieux ! Ça fait trois fois que je te demande ce que tu vas faire de Bobby," fit Ron avec un large sourire.

"Dobby," corrigea machinalement Harry.

"Oui, c'est ça, Dobby. Alors ? Tu vas le garder à ton service ?"

"Harry ne va pas du tout le garder à son service ! Je trouve ça ignoble de traiter ces pauvres elfes de cette façon, c'est de l'esclavage pur et simple ! On devrait s'assurer que-" commença Hermione avec véhémence, avant d'être interrompue par Ron.

"Oh ça va, Hermione, Harry fait comme il veut. Et puis d'abord, cette situation dure depuis des années, franchement, ça m'étonnerait que ça change demain ! Pauvre petite innocente, tu croyais vivre dans un conte de fées ?" lui demanda Ron en croisant les bras avec ce que Hermione considéra comme de l'insolence.

Harry décida de laisser passer le fait qu'ils parlent de lui comme s'il ne se trouvait pas à moins d'un mètre d'eux, et s'installa plus confortablement dans le grand fauteuil vert qu'il occupait. Oui, que pouvat-il bien faire de cet elfe ? Il ne pouvait pas le laisser ici, puisque le cottage appartenait maintenant à Ron et Hermione, mais il n'avait pas besoin non plus d'un serviteur dévoué qui le suivrait comme son ombre. Lui rendre sa liberté n'était peut-être pas une si mauvaise idée. Après tout, s'il avait si bien aidé le professeur Dumbledore, il lui semblait juste qu'il en soit récompensé.

"Dobby !" appela t-il alors, décidant de régler tout cela avec le principal intéressé.

Hermione n'eut pas le temps d'ouvrir la bouche pour lui demander ce qu'il comptait faire, qu'un crac ! sonore avait retenti, et que deux bras malingres s'étaient enroulés autour des genoux du jeune sorcier brun.

"Oh Harry Potter, monsieur, Dobby est si heureux de faire votre connaissance, le professeur Dumbledore n'a pas cessé de raconter à Dobby à quel point vous étiez un grand sorcier, oh oui un grand sorcier, Harry Potter, monsieur !" débita à toute vitesse une petite voix fluette.

Harry baissa la tête pour contempler l'étrange créature qui semblait s'être approprié ses genoux. L'elfe de maison était assez petit, avait de grands yeux verts et un nez en forme de mine de crayon. Ron le regardait la bouche grande ouverte, et Hermione pinçait les lèvres avec une expression impénétrable. Harry s'agenouilla, et éloigna l'elfe délicatement pour pouvoir le regarder dans les yeux.

"Dobby, le professeur Dumbledore m'a également beaucoup parlé de toi. Je voudrais te remercier d'avoir pris soin de lui, et je suis prêt à t'accorder tout ce que tu voudras – même à te rendre ta liberté si tu le désires."

L'elfe se figea subitement. "Harry Potter... serait prêt à rendre sa liberté à Dobby ? Mais alors, Dobby n'aurait plus de maître ?"

Harry acquiesça lentement, et après un court silence, l'elfe éclata brusquement en sanglots.

"Oh, Dobby savait que vous étiez un grand sorcier !" parvint-il à bégayer.

Harry se releva alors, et regarda autour de lui à la recherche d'un vêtement qu'il pourrait bien lui donner. Son regard s'attarda un instant sur une vieille paire de chaussettes, mais ce fut ce qu'il aperçut près de la cheminée qui le fit prendre sa décision. D'un mouvement de baguette, il rapetissa les chaussures, les épousseta un peu, et les tendit à l'elfe qui les enfila aussitôt.

"Ah ben ça alors, c'est bien la première fois que je vois un Elfe Botté !" s'exclama Ron, avant d'éclater de rire devant le visage émerveillé de la petite créature. L'elfe se redressa alors, et déclara d'un air farouchement résolu :

"Dobby vous sera éternellement reconnaissant, Harry Potter, monsieur ! Et pour vous remercier, Dobby vous suivra partout quoi qu'il arrive, oh ça oui... Dobby en fait la promesse, monsieur !"

Et ce fut effectivement ce qui arriva. Lorsque Harry quitta le petit cottage le surlendemain, Dobby l'Elfe Botté le suivit. Les deux compères se mirent à sillonner le pays, transplanant chaque jour dans un endroit différent. Harry s'accordait de longs moments de vol sur son balai, se rendant pleinement compte d'à quel point il appréciait la sensation de liberté qui s'emparait alors de lui, faisant battre son coeur plus rapidement. Dobby, pendant ce temps, s'occupait de préparer le dîner, dressait la tente, et lustrait ses bottes une énième fois. Quoi qu'il en soit, il était certain que ce train de vie convenait parfaitement aux deux compagnons de voyage, et la vie semblait leur sourire à pleines dents.

Un jour, alors qu'ils avaient établi leur campement dans une forêt aux arbres majestueux, et qu'Harry était parti se baigner dans une rivière voisine, Dobby entendit soudainement le crac! caractéristique d'un transplanage. Il fit immédiatement volte-face, et plongea dans deux yeux marrons et globuleux. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre qu'il s'agissait d'une elfe, plus petite que lui et ne portant aucun vêtement.

"Quelle honte ! Quel déshonneur ! Un elfe libre... Winky a presque envie de vomir !" siffla la créature en fixant avec mépris les bottes de son vis-à-vis.

"Mais Dobby est très fier d'avoir été libéré par le grand Harry Potter !" répliqua Dobby en bombant le torse.

"Harry Potter ? Winky n'a jamais entendu parler d'un sorcier pareil, sûrement un miséreux qui ne serait même pas digne de balayer le sol devant mon cher maître adoré," lâcha Winky d'un air supérieur.

"Mais de quoi l'elfe se mêle ? Dobby n'a rien demandé, il n'est pas allé la chercher, et Winky arrive pour critiquer ses bottes adorées et insulter le meilleur sorcier que Dobby ait jamais connu avec le professeur Dumbledore !" dit alors Dobby, jetant un regard furieux à la petite elfe.

"Winky voulait juste te prévenir. Tu te crois meilleur que Winky parce que tu es libre, mais Winky sait que les sorciers et les elfes ne sont pas faits pour être égaux ! Si tu restes avec ce sorcier, qui n'est même pas ton maître, alors il ne t'arrivera que des malheurs ! Sur ce, Winky souhaite bien des bonnes choses à Dobby," lança la créature avant de disparaître à nouveau dans les bois.

"Dobby ? Un problème ?"

L'elfe haussa les épaules, et tendit un bol de soupe au jeune sorcier qui venait d'arriver. "Rien qui puisse inquiéter monsieur Potter," dit-il en tentant un petit sourire.

Mais lorsque que les deux compagnons de voyage se remirent en route le lendemain matin, Dobby n'avait toujours pas cessé de ruminer les paroles de Winky. Harry avait bien remarqué sa mine renfrognée, mais préférait attendre que l'elfe décide de se confier à lui. Soudain, il fut aveuglé par une étrange lueur qui lui fit plisser les yeux. En se rapprochant, il constata que cette lueur émanait des profondeurs de la rivière dans laquelle il s'était baigné la veille. Dobby, intrigué lui aussi, se pencha au bord de l'eau et, après quelques secondes de perplexité, se tourna vers Harry avec un visage rayonnant de joie :

"L'épée de Godric Gryffondor, monsieur Harry Potter, elle est là, au fond de l'eau ! Dobby la croyait perdue à jamais !"

Remarquant qu'Harry plissait les sourcils, Dobby ajouta d'un ton surexcité : "Un autre grand sorcier, monsieur ! Cette épée possède des pouvoirs inimaginables, et Dobby est sûr que posséder cette épée ferait de monsieur Harry Potter le plus heureux des hommes."

Harry ne voyait pas du tout en quoi posséder cette épée – qui devait sûrement avoir rouillé, depuis le temps qu'elle était au fond de la rivière – ferait de lui le plus heureux des hommes. Il ne saurait même pas s'en servir ! Non vraiment, de quelle utilité lui serait-elle ? Ce n'était pas comme s'il comptait affronter des monstres effrayants, des serpents, des dragons, des basilics, ou que savait-il encore... Mais après tout, cette épée était là et lui aussi, et il ne savait pas quoi faire de sa journée.

C'est pourquoi Harry se dévêtit, plia soigneusement ses vêtements sur la berge, se jeta un sortilège de Têtenbulle, et plongea courageusement dans les eaux glacées. Dobby s'assit sur un tronc d'arbre moulu, et s'amusa pour passer le temps à attraper des Botrucs imprudents. Mais ce petit jeu le lassa très rapidement, et les paroles de Winky se remirent à le tourmenter. Il ne comprenait qu'on puisse insulter l'un des seuls sorciers à l'avoir jamais traité comme son égal, et la colère se mit à bouillonner en lui. Sans qu'il n'y prenne garde, sa magie commença à crépiter, et lorsque Harry resurgit brusquement, avec un "J'ai trouvé !" et une épée à la main, Dobby sursauta. Et un rayon de magie fusa alors, droit sur les vêtements de Harry. Lesquels prirent feu instantanément, sous les yeux ébahis des deux compagnons.