Atmosphère

Le vice-capitaine Ise était de mauvaise humeur ce matin. Ses subordonnés l'avaient compris à quelques signes imperceptibles – un sourcil un peu plus froncé que d'habitude, un pas plus vif, une parole plus sèche. Aussi s'écartèrent-ils prudemment devant elle tandis qu'elle regagnait son bureau.

Nanao détestait se trouver dans cet état, et le fait de ne pas avoir de maîtrise sur elle-même la mettait d'une humeur encore plus massacrante. Heureusement, elle savait que personne ne viendrait la déranger aujourd'hui, sauf cas d'urgence extrême. Elle commença à batailler avec les comptes de la division, mais c'était une de ces journées où même les chiffres semblaient s'ingénier à la contrarier.

La porte du bureau s'ouvrit brusquement. Nanao n'avait même pas besoin de lever la tête pour savoir qui venait d'entrer : une seule personne oserait entrer dans son bureau sans prendre la peine de s'annoncer ni même de frapper à la porte.

Le capitaine Kyōraku s'avança dans la pièce. Manifestement insensible à l'atmosphère ambiante, il irradiait la bonne humeur. Face à tant de légèreté, l'exaspération de Nanao atteint son seuil critique. Tandis que Kyōraku lançait d'un ton enjoué : "Bonjour, Nanao-chan !", celle-ci pointa un doigt accusateur vers une pile de papiers qui encombrait le coin de son bureau.

-Capitaine, commença-t-elle d'une voix glaciale, la semaine dernière je vous avais informé que vous deviez valider ces dossiers et les envoyer à la première division, hier étant le dernier délai. Alors comment se fait-il qu'ils se trouvent encore sur votre bureau ?

-C'est que, fit Kyōraku en guise d'excuse, j'avais l'intention de les relire avant de les transmettre, et puis j'ai manqué de temps... Mais tu aurais pu les envoyer toi-même, je suis sûr qu'ils sont parfaits puisque c'est Nanao-chan qui les a rédigés, acheva-t-il avec un large sourire.

-Pas sans votre sceau ! explosa Nanao.

-Mais Nanao-chan, tu sais très bien que mon sceau est rangé dans le tiroir du haut de mon bureau, objecta son capitaine. Si c'était si urgent, tu aurais pu les tamponner toi-même, non ?

Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Avec beaucoup d'énergie et dans les termes les plus vigoureux, Nanao rappela à son capitaine qu'il y avait des règles et des procédures qu'ils étaient tenus de respecter, et que ce n'était pas à elle de pallier les déficiences de son supérieur – déficiences qu'elle lista par le détail. Pour avoir la paix, Kyōraku fit amende honorable, et promit de faire tout ce que Nanao lui demanderait.

L'orage passé, leurs subordonnés commencèrent à arriver timidement dans le bureau. Ils y trouvèrent une Nanao presque calme, qui travaillait aux côtés d'un Kyōraku à l'air contrit. Une fois de plus, leur capitaine avait servi de déversoir à la mauvaise humeur de leur vice-capitaine.

Quelquefois, les shinigamis se demandent s'il ne fait pas exprès, pour le bien-être de la division. Difficile d'imaginer que cet homme ordinairement si perspicace puisse être aussi inconscient des humeurs de sa vice-capitaine.