Auteur: Swato
Pairing: Tobey x Pete tout au long de l'histoire ; mais Tobey x Julia à la fin ^^
Disclaimers: Les personnages et l'univers de Need for Speed ne m'appartiennent pas.
Note: Je sais, je saiiiiiis. J'avais dit que c'était fini mais... J'ai pas pu m'en empêcher, je suis accro ! Donc voilà la suite et FIN (normalement ")
Note 2: Spoil bien sûr.
Note 3 : J'aborde des thèmes assez lourd, notamment le deuil et la dépression. Si ce sont des sujets qui vous défrisent... vaut peut-être mieux passer votre chemin... NAN JE DÉCONNE, VENEZ LIRE ! XD Bonne lecture !
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Je détends mes doigts sur le volant de la Mustang et ferme les yeux une micro-seconde. Comme à chaque fois que je m'apprête à me lancer dans une course, il y a un temps de battement. Un instant pendant lequel aucun son ne me parvient, juste le battement de mon cœur dans mes tempes, le sang qui pulse presque douloureusement dans mes veines, qui m'aide à me sentir vivant.
C'est encore mieux que de se défoncer.
Je rouvre les paupières. Finalement, le départ est donné. J'écrase la pédale de l'accélérateur.
...
- Ça ne peut plus durer, Tobey, déclare Anita en croisant les bras.
Je croise les bras sur mon torse et pose mes pieds sur le bureau. Mon bureau. J'examine le pot de crayon avec intérêt, les crayons à l'intérieur sont tous penché du même coté, sauf un. Un vieux stylos usé, le bout est pété, je suis pratiquement sûr qu'il n'écrit plus. Anita soupire avec agacement, s'approche et vire mes pieds du bureau.
- Tobey ! Tu m'écoutes !?
- Je vois pas de quoi tu te plains. J'ai gagné, il me semble, je rétorque.
- Ce n'est pas la question ! Tu te mets en danger. Exprès.
Le ton de Anita me fait grincer des dents, je lève les yeux au ciel:
- C'est un peu le but des courses de rues.
- Non. Le but des courses de rues, c'était de se faire de l'argent. Tu n'as plus besoin d'argent maintenant que tu as le garage. Et je le sais parce que je suis ta comptable, si tu te souviens bien !
Je grogne et enfouis une main dans mes cheveux. Bon sang, pas encore cette discussion. Je regrette presque de l'avoir embauché, ce qu'elle est énervante ! Je n'aurais jamais dû écouter Julia. Jamais.
- Lâche l'affaire, Anita !
C'est au tour de Anita de grogner. Elle s'affale dans le siège en face de moi sans grâce aucune, sans se soucier des apparences pour une fois. Elle enlève ses chaussures à talons avec une grimace de douleur. Mes yeux sont toujours fixés sur ce fichu stylo qui ne veut pas pencher du même coté que les autres.
- Il y a des limites à ce que je peux blanchir, Tob'. Et ça me rend mal à l'aise, tout cet argent.
Je renifle avec amusement en me disant que quand c'était Dino, ça ne la dérangeait pas tant que ça. Elle semble suivre le cours de mes pensées et rougit avant de lisser les plis sur sa robe. J'ai envie de lui dire "retourne dans ton bureau, bordel de merde" mais je me mords l'intérieur de la joue et me tais. Un silence s'installe.
- Tu n'arrives même pas à me regarder, pas vrai ? Dit-elle doucement.
Sa voix est emplie de pitié et ça m'horripile. Je relève délibérément la tête pour la dévisager, ses cheveux longs ondulent sur ses épaules, elle est légèrement maquillée, la couleur de ses yeux en ressort d'autant plus. Un coup au cœur. Je détourne les yeux.
- Oh, Tobey..., soupire t-elle.
Je serre les mâchoires. Elle ne lui ressemble même pas tant que ça. Pas la même teinte de cheveux, pas la même forme du visage, pas la même couleur d'yeux. Mais d'une certaine manière, ils sont liés, sa démarche, son comportement, quelques tournures de phrases, expressions...
- Est-ce que tu as pensé à aller voir quelqu...
- Retourne bosser, je la coupe.
- Tobe...
Je bondis sur mes pieds et contourne le bureau. Si elle ne quitte pas la pièce, ça ne me pose aucun problème de sortir. J'ai besoin d'air de toute façon.
...
Je passe deux jours sans personne, avec la Mustang, la route, à rouler, rouler...
C'est un drôle de tête à tête mais l'idée de retrouver Julia à la maison me serrait l'estomac.
...
- Je veux être le premier à te demander ça: est-ce que t'as perdu la tête ? Tu veux vraiment nous faire travailler pour Dino Brewster ? Se révolte Benny.
- Mec, tu veux pas travailler pour cette petite merde, insiste Beast.
- Oublie cet imbécile à col roulé, okay ? Dis-lui que tu refuses, on se débrouille très bien sans lui ! Appuie Finn.
Je vous ai pas écouté les mecs, je m'en veux tellement.
Si je n'avais pas accepté de réparer cette foutue Mustang pour lui, Dino serait retourné à Manhattan et aurait trouvé quelqu'un d'autre, Pete n'aurait pas participé à cette putain de course et il serait en vie.
C'est de ma faute si Pete est mort. Ma faute.
...
Quand je rentre, personne ne me fait remarquer mon absence.
Je vais dans le local, prends ma première douche depuis mon départ, me change et grimace lorsque mes doigts râpent sur ma barbe de trois jours. Ça attendra.
Benny travaille sur sa transmission radio, Beast sur la voiture d'un client, Flinn s'acharne sur la pièce d'un moteur et la porte du bureau de Anita est fermée.
Tout est comme d'habitude.
...
- Deux jours, Tobey. Deux jours sans nouvelles !
Ou pas.
Julia tourne en rond dans le salon, les mains en l'air comme si elle n'en revenait pas.
- Comment tu voulais que je réagisse, exactement ? Au matin, tu me dis "à ce soir" et puis tu disparais pendant deux jours !
Est-ce qu'elle pense que ça va s'arranger en répétant "deux jours" sans arrêt ? Je me frotte les tempes en espérant que le mal de tête qui s'est installé à l'arrière de mon crâne va finir par s'en aller.
- Je sais pas, je grommèle.
- Tu ne sais pas, répète t-elle, incrédule. J'ai essayé de te laisser souffler mais là c'est trop. J'étais inquiète, tout le monde était inquiet ! On se demandait ce qui s'était passé, si tu étais quelque part en train d'agoniser, ou alors si tu étais blessé, tu imagines le stress pour nous ?
Ça commence à me gonfler.
- C'est bon, faut arrêter avec tes scénarios catastrophe, j'ai jamais été en danger.
- Et comment j'étais supposée le savoir vu que tu ne répondais pas à ton fichu portable ?
- Merde, Julia ! J'explose.
Mon éclat à le don de la faire taire. Je secoue la tête, exaspéré.
- J'avais envie de conduire, j'ai pris la voiture et je suis parti, c'est aussi simple que ça.
Julia secoue la tête, se passe la langue sur les lèvres et lève les yeux au ciel pour regarder le plafond, entre colère et tristesse.
- J'en ai tellement marre de tes conneries, Tobey. Tu ne me parles pas, comment je suis censée savoir ce qui se passe, ce que tu veux... Qu'est-ce que tu veux, bon sang ? Demande t-elle.
Qu'est-ce que je veux ? Qu'on me foute la paix, déjà. Ce serait géant. Julia s'essuie les joues et je réalise qu'elle s'est mise à pleurer. La culpabilité me tombe dessus tout aussi brusquement. Je suis qu'un connard, je foire tout ce que j'entreprends. Je pourrais dire quelque chose mais ça ne fera qu'empirer les choses alors je la ferme. Julia prend une inspiration pour se calmer et plante son regard dans le mien:
- Réfléchis et décide toi, Marshall. Parce que j'ai beau être patiente, je vais pas t'attendre indéfiniment.
Et sur ce, elle prend sa veste de s'en va.
...
Le lendemain, au bureau, je prend le stylo cassé et pose la pointe contre le papier pour signer un chèque.
Il n'a plus d'encre.
Il n'écrit plus.
Je ne sais même pas pourquoi j'ai essayé, je savais très bien qu'il était inutile.
Je le jette à la poubelle.
...
...
Aïe... Putain...
La sueur, le sang et la douleur.
Tout ça c'est bien réel.
...
Il y a cette jolie fille qui vient parfois au café, elle s'installe toujours à la même place, bien habillée, élégante et peut-être un peu précieuse dans sa gestuelle. Elle ouvre un livre et sirote son capuchino comme si elle avait tout le temps du monde, les habitués passent à coté d'elle sans la voir, comme si elle faisait partie du décor. Comment ils font ? Elle a l'air spéciale.
Je fais mes pauses ici et je la regarde. C'est en face du garage, ils passent de la bonne musique, le café est correct et pas cher.
Il me faut un mois avant de trouver en moi le courage d'aller l'aborder, je m'assois en face d'elle avec une assurance que je ne ressens pas, elle relève les yeux des pages de son livre et hausse un sourcil, un sourire perplexe au coin des lèvres. Je jette un coup d'œil à la couverture de son bouquin:
- Les hauts de hurlevent ?
- Tu sais lire, me fait-elle remarquer avec amusement.
Je lève les yeux au ciel avec bonne humeur et montre le livre d'un geste du menton.
- Tu t'infliges ça volontairement ou c'est une lecture obligatoire pour tes études ?
- Tu n'aimes pas ?
- Tu réponds souvent aux questions des gens par d'autres questions ?
- Seulement quand ils insultent mes choix de lecture, sourit-elle.
Elle tourne une page et prend une gorgée de son café avec désinvolture. Bon dieu, ce qu'elle me plait. Je souris et me passe une main dans les cheveux:
- C'est un bon bouquin. Même si je trouve la vengeance de Heathcliff assez mélo.
Elle penche la tête sur le coté et me lance un coup d'œil par dessus les pages, intéressée. Le livre finit sur la table, fermé. Je tends la main:
- Tobey.
Elle sourit, ses yeux pétillent avec malice:
- Je sais. Tu as une petite réputation dans le coin.
Je baisse les yeux sur ma main tendue avec insistance, elle glisse la sienne entre mes doigts, délicate:
- Anita.
...
- Entre, j'en ai pour une seconde.
Anita me fait entrer dans l'appartement avec une moue contrite. La télé est allumé et un ado est assis devant, une manette à la main, il se débat avec un jeu vidéo, une expression concentrée sur le visage. Anita suit mon regard et me sourit:
- C'est mon frère. Pete ! Tiens compagnie à Tobey pendant que je vais me changer, tu veux ?
Pete ne lève pas les yeux de son jeu, il lève les coudes comme si ça pouvait l'aider à mieux manœuvrer la voiture à l'écran. Anita disparait dans le couloir avec un sourire et je hausse une épaule. Quitte à attendre, autant me mettre à l'aise. Je m'affale à coté de son frère, il remarque enfin ma présence.
- Oh, hey, me salue t-il sans interrompre son jeu. Tobey, c'est ça ?
- Hm hm...
Je le regarde jouer, un petit silence s'installe. Le silence ne me dérange pas, je n'ai jamais été du genre très bavard. Je fronce le nez:
- Si tu prenais tes virages plus courts, tu gagnerais au moins une longueur d'avance à chaque fois.
Pete m'adresse un rapide coup d'œil et prend mon conseil en considération. Au prochain virage, il gagne une place dans le classement. Un sourire content étire ses lèvres, il met sur pause et se tourne vers moi avec les sourcils froncés avant de me dévisager. Il est marrant ce gamin. Il me montre sa manette:
- Tu veux jouer ?
- Ouais, pourquoi pas.
Il me passe sa manette et prend celle qui traine sur la table basse.
- Tu vas t'en mordre les doigts !
- C'est ce qu'on va voir.
On joue depuis dix bonnes minutes quand Anita revient dans le salon. Elle croise les bras sur sa poitrine et secoue la tête:
- J'aurais dû savoir que vous présenter était une très mauvaise idée.
Pete se marre et me donne un coup de coude:
- Je vais te piquer ton petit-copain, Nita. Il est bon à ce jeu !
- Sûrement parce que c'est Tobey Marshall, répond t-elle avec un sourire.
Le jeu se met soudainement sur pause, je me tourne vers Pete avec surprise. Il me regarde avec des yeux ronds comme des soucoupes, au grand amusement de Anita.
- Tobey Marshall ? Comme dans Marshall Motors ? Demande t-il avec espoir.
- Hmm...
Je fronce les sourcils et envoie une œillade inquisitrice à Anita, elle me répond en détournant la tête avec un sourire. La traitresse.
- Oui ? Je réponds.
Ma réponse décroche la mâchoire de Tobey, il se laisse tomber en arrière sur le canapé avec un long soupir extatique.
- Maintenant c'est officiel. Nita, tu vas devoir partager ton rencard avec moi maintenant. Garde partagée ?
- Un week-end sur deux.
- Un week-end sur deux et un jour de la semaine ! Marchande Pete en se redressant.
Anita penche la tête sur le coté pensivement. Je me demande dans quoi je suis tombé.
- Vendu ! Déclare t-elle avec un sourire.
- Est-ce que je devrais flipper ?
Pete et Anita se contentèrent d'éclater de rire à ma mine perdue.
...
Le soleil tape fort mais le vent empêche de ressentir réellement sa chaleur, les vagues s'écrasent sur le sable, trop fort pour qu'on puisse aller se baigner. Allongé, j'étends les bras, le sable rappe sur ma peau, il est agréablement tiède. A coté de moi, Pete a fait un bonhomme des neiges version sable, il est au milieu, il ne manque plus que l'auréole et l'illusion serait complète.
Quand j'ai appris qu'il n'avait jamais vu la mer, il fallait que je l'amène. Ma Ford Gran Torino nous attend patiemment sur la digue, Pete a passé le trajet à toucher à tous les boutons de la radio, excité comme une puce.
Après avoir fait quelques pas dans l'eau, il s'est vite calmé avant de s'écrouler au sol comme un idiot. Et nous voilà.
- T'as toujours voulu faire de la compétition ? Me demande t-il soudainement.
Sa question me prend de court, je fronce les sourcils et y réfléchis.
- Mon père tient le garage depuis que je suis gamin, c'est lui qui m'a mis le pied à l'étrier je suppose.
- Mais est-ce que tu conduis parce que tu aimes ça ou...
- J'adore ça, je le coupe.
Ce n'est peut-être pas ce que je voulais faire quand j'étais gosse, je me souviens avoir entretenu une envie de devenir pompier ou alors policier ? Peut-être bien cowboy aussi. Mais me retrouver derrière le volant d'une caisse, rouler à fond ? C'est ce qui me faisait me sentir vivant.
Pete me jette une poignée de sable qui atterrit sur ma main, je ris.
- Pourquoi tu me demandes ça ?
Je me tourne vers lui au moment où il hausse une épaule. Il a l'air pensif:
- Je sais pas. Je me disais que vous aviez tous un avenir tracé d'une certaine façon.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Ben...
Il se redresse sur un coude et replie les jambes contre lui pour me faire face. Ses mains jouent avec le sable, il trace des ronds dedans sans vraiment me regarder.
- Vous êtes tous des pro de la mécanique mais vous avez chacun vos spécialités en quelque sorte. Benny vole et te donne les itinéraires, Beast et Finn s'occupent des détails techniques et tu pilotes comme un dieu.
- Petey, je souris.
- Nan, sérieusement, insiste t-il.
Son expression se plisse, comme si quelque chose le chiffonnait. Je crois savoir quoi, je laisse un silence s'installer et joins les mains sous ma tête avec décontraction:
- Ça nous a pris des années pour en arriver là. Benny n'a pas toujours été doué pour voler, ni pour me guider, Beast et Finn pareil...
- Non, ce que je veux dire c'est que... vous savez où vous vous situez, ce que vous aimez faire.
Sacré gamin, toujours extatique pour tout et n'importe quoi mais flippé pour un rien.
- Encore une fois: ça nous a pris des années. T'es encore jeune, t'as le temps de découvrir ce que tu aimes faire.
- J'aime conduire, répond t-il, la voix ferme.
Je souris, il me fait penser à un mini James Dean, avec des rêves pleins la tête et une flamme dans les yeux que rien ne semble pouvoir éteindre.
- Alors conduis.
Le sourire qu'il me renvoi est ridicule. Je me lève brusquement, le soulève et le balance sur mon épaule pour aller le foutre à la flotte.
Lorsqu'il réapparait à la surface en fronçant le nez et me faisant signer d'approcher, je m'exécute sans me poser de question. Ce n'est qu'en le voyant gonfler les joues et en recevant une gerbe d'eau salée à la figure que je réalise mon erreur.
Il éclate de rire, je le pousse à l'épaule et il tombe sur les fesses, toujours aussi hilare.
Impossible de ne pas craquer et de ne pas rire à mon tour.
...
A force de traîner au garage avec nous, Pete en apprend plus que n'importe qui sur la mécanique, il est naturellement doué, comme s'il avait été élevé dans le garage avec moi. Pour son dix-huitième anniversaire, Beast, Benny, Finn et moi lui avons préparé une surprise de taille.
Quand Anita arrive avec lui, mon père nous prévient et nous rejoint tous. Pete fronce les sourcils avec un petit sourire perdu et nous regarde tour à tour.
- Quoi ? Demande t-il avec un rire dans la voix.
On se décale pour dévoiler une Chevrolet Camaro 396 flambant neuve.
- Bon anniversaire !
- Joyeux anniversaire, mon pote !
Les yeux de Pete s'écarquillent avant de chercher les miens, l'air de dire "Sérieux ?". Je souris et lui balance les clefs qu'il ne rattrape que par réflexe. Il s'approche lentement, comme si la voiture allait lui mordre les fesses ou disparaître. Il en fait le tour et l'effleure du bout des doigts avant de se pencher pour regarder le tableau de bord en se mordant les lèvres. Benny lui énumère tous les changements que nous avons fait dessus, Beast mordille son cure-dent en levant les yeux au ciel tandis que Finn bombe fièrement le torse avec un sourire idiot.
Anita se poste à mes cotés, me sourit et entremêle ses doigts aux miens. Pete finit par réaliser et bondit sur tout le monde comme un chiot en manque d'affection.
- Je pense que ça lui plait, rit Anita.
- Tu crois ? Je rétorque en reniflant avec amusement.
Pete se tourne vers moi, les yeux brillants, il prononce silencieusement "meeeec", fou de joie. Je lui montre la bagnole du menton:
- Tu devrais la prendre et faire un tour avec elle.
- C'est un "il", pas une "elle", mon pote, se plaint Benny.
- Une minute, avant que vous partiez, j'ai encore un cadeau pour Pete.
Je me tourne avec surprise vers mon père. Pete rougit:
- Je pense que j'ai été assez gâté comme ça, Monsieur Marshall, proteste t-il.
- Ne t'en fais pas, c'est juste une formalité, vraiment. Alors... Qu'est-ce que tu dirais de venir bosser ici après les cours ? De façon officielle ?
Les gars se regardent entre eux avec un étonnement ravi. Pete en perd ses mots, j'avoue que j'ai du mal à trouver les miens aussi.
- Vous... Vous m'embauchez ? Bafouille t-il.
- Si ça ne nuit pas à tes études...
- Ça sera pas le cas ! Affirme Pete en fixant mon père avec espoir.
- Alors dans ce cas oui.
Le regard qu'il a... C'est comme si c'était le plus beau jour de sa vie.
- Merci, Monsieur Marshall !
- De rien, fiston. Passe dans mon bureau lundi, j'ai un contrat à te faire signer, sourit-il.
Je souris à mon père qui se contente d'ébouriffer les cheveux de Pete et de me donner une tape affectueuse sur l'épaule.
- J'ai du travail, je vous rejoins tout à l'heure, dit-il avant de retourner à son bureau.
- Allez, mec ! On doit absolument l'essayer ! S'excite Benny.
Pete sautille sur place et me montre les clefs avec espièglerie avant de se précipiter vers la portière conducteur de sa toute nouvelle voiture.
- Tu viens !?
Je me tourne vers Anita tandis que les gars s'entassent à l'arrière en se poussant et en grommelant. Elle me sourit et hoche la tête:
- Vas-y, je serais au café d'en face, dit-elle avec un clin d'œil entendu.
Mes doigts abandonnent les siens et je grimpe dans la voiture, à coté de mon meilleur ami.
Accoudé à la fenêtre, le paysage de Mount Kisco défilant au fil des kilomètres de bitume avalés, mes yeux s'attardent sur le sourire béat de Pete lorsqu'il soupire:
- C'est de loin le meilleur anniversaire de toute ma vie.
...
Ouvrir les yeux ne m'a jamais paru aussi difficile. Bon dieu, qui a décrété que le soleil devait briller si fort ?
Je grogne et plisse les paupières. Où est-ce que je suis ?
Un rideau bleu délavé, une chaise dans un coin, c'est plutôt vide ici mais je reconnais une chambre d'hôpital quand j'en vois une. Je grogne une fois de plus. Alors ça y est, je l'ai eut ce fameux accident qui me pendait au nez.
Il ne me reste plus qu'à évaluer les dégâts. J'examine mon corps avec la minutie d'un médecin bigleux, fronce le nez en voyant le plâtre qui recouvre ma jambe de mi-cuisse jusqu'aux orteils, mon regard remonte plus haut jusqu'à ma main dont l'index et le majeur sont collés et coincés dans une atèle. Je me sens des éraflures et des coupures un peu partout et j'ai un mal de crâne terrible, des nausées et si j'en crois les meubles qui font des vagues sous mes yeux, des vertiges aussi.
En conclusion: il semblerait que mon coté gauche ait morflé.
Ma question suivante est: mais bordel, qu'est-ce qui s'est passé ?
Je me doute qu'une course a mal tourné mais je ne me souviens plus du tout de ce qui m'a cloué ici. Est-ce que j'ai merdé ? Est-ce qu'un connard m'a coupé la route ou rentré dedans ? Impossible de me rappeler.
La porte s'ouvre au bout d'une heure, j'en ai profité pour appuyer comme un dingue sur la pompe à morphine. Ce qui m'entoure perd un peu en netteté mais je m'en fous royalement. Une infirmière entre, me dit avec le sourire que j'ai une commotion de grade 5 (aucune idée de ce que c'est mais ça a l'air sérieux), me montre la pompe à morphine (merci, j'ai vu et j'en fais bon usage) et m'informe qu'un médecin va passer me voir dans la matinée (ok, génial).
J'ai du me rendormir.
Forcément vu que quand j'ouvre les paupières pour la deuxième fois, un médecin me secoue comme un prunier en me promettant une batterie de test (ça, c'est de la menace, mec) et en me posant dix milles questions/minutes.
Bon dieu, il faut que je descende qui pour avoir la paix ?
...
Julia est là.
De toutes les personnes susceptibles de me rendre visite, je ne m'attendais pas à la voir, elle.
Elle me dévisage durement et le poids de son regard me hérisse les poils, il semble dire "voilà, j'en étais sûre".
J'ai envie de lui répondre "A quoi tu t'attendais en te mettant avec un pilote de course ?" ou Comme si tu ne savais pas d'où viens toute cette merde" ou encore "Voilà, la vue te plait ? La porte est là-bas" mais ma bouche reste close. A quoi bon ?
Le médecin finit par arriver pour donner son topo.
Pied et jambe cassés en de nombreux endroits, genou explosé, doigts cassés et articulations déviées, commotion cérébrale de grade 5 avec perte de conscience d'une journée entière, wow !
Et ma dernière question sans réponse:
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
Le médecin jette un coup d'œil à Julia qui s'est postée dos à la fenêtre, les bras croisés et les yeux dans le vague, perdue dans ses pensées.
- Vos amis vous ont amené ici suite à une tentative de suicide.
Impossible. Tentative de suicide ? N'importe quoi. Ça me ressemble pas du tout. Je me tourne vers Julia, sourcils froncés:
- Quoi ?!
Elle semble revenir au présent, décroise les bras et se déplie comme une carte routière fatiguée, sans ordre. Les cernes sous ses yeux sont énormes, comment elle fait pour tenir debout en ayant l'air si épuisée ? Julia soupire:
- Tu t'es mis au milieu de la route. Beast et Finn ont donné un coup de volant au dernier moment mais ils t'ont quand même percuté. Tu t'es jeté sous leurs roues, Tobey, crache t-elle, des larmes dans la voix.
Le médecin lui lance un sourire triste, elle se détourne. Le choc m'envahit par vague. Je n'y crois pas. Moi ? Tenter de me suicider ? Ça ne colle pas.
- Je suis pas suicidaire, dis-je avec fermeté.
- Le déni est une phase de la dépression... Il n'y a aucune honte à...
- Puisque je vous dis que je suis pas suicidaire !
Une douleur aiguë explose dans ma tête et mes derniers mots sont étouffés par un gémissement. Je ferme les yeux et me force à respirer par le nez. Il n'est pas impossible que je vomisse dans les minutes qui suivent. Le médecin bafouille, me dit de me reposer et qu'on en reparlera plus tard avant de poser un bassin à coté de ma tête. Je dois avoir viré au vert pour être si transparent.
Julia me lance un dernière œillade avant de quitter la pièce.
Mes doigts agrippent le lit médicalisé avec force.
...
Beast, Benny et Finn trouvent le temps de venir me voir mais c'est gênant.
C'est comme de se retrouver à poils devant une foule de personne et ses parents en prime. Ou alors de se faire surprendre par ses parents avec une jolie fille.
Je donnerais tout pour être ailleurs quand Beast doit me tendre une serviette parce que j'ai dégueulé sur le sol avant d'avoir eut le temps de prendre le bassin, quand Finn se sent obligé de blaguer pour détendre l'atmosphère et quand Benny ne croise même pas mon regard plus d'une seconde.
Un trou dans le sol, une autre planète, n'importe où.
Mais ailleurs.
...
Un psy passe dans ma chambre.
Un putain de psy.
- Vous ne pourrez pas quitter l'hôpital tant que je n'aurais pas défini s'il y a des risques que vous attentiez de nouveau à vos jours.
- Je n'ai pas tenté de me suicider, je répète pour la millième fois.
- Peut-être tentiez-vous de mettre fin à vos souffrances sans pour autant avoir consciemment en tête de vous tuer.
Je ferais mieux de prendre mes aises.
Ça risque d'être long.
...
C'est le dixième jour de mon hospitalisation que tout me revient.
Une nouvelle course.
Je ferme les yeux, prends le temps de sentir le sang bouillonner dans mes veines à la perspective de ce qui attend dans les rues. Le moteur rugit quand j'appuie sur la pédale d'accélérateur.
Les virages sont serrés, le trafic est intense, je me faufile sans me préoccuper du fait que je défie la prudence, que mes manœuvres sont dangereuses.
J'ai l'impression d'être défoncé, dans un brouillard hors du temps. Je ne pense pas, à rien en dehors des voitures, des dangers qui m'entourent, je suis conscient et pas du tout à la fois, perdu dans un univers de vitesse, d'opportunités et de coups bas.
Ça ne m'étonne pas quand je suis percuté de plein fouet par une Porsche et que la voiture se retourne.
C'était presque écrit dans les étoiles.
Beast, Benny, Finn, Julia... Ils ont menti.
Je le savais.
...
- Vous mentez tous.
- On ne ment pas, Tobey, soupire Julia.
Je la toise avec défi. J'attends qu'elle me mente, en me regardant droit dans les yeux. Et elle le fait:
- Tu t'es jeté sous les roues de Beast, il a...
- Il a fait une embardé mais il m'a quand même touché, hm ? Je récite.
- Oui, c'est ça.
- Je me souviens.
Elle referme la bouche. Je la dévisage avec l'impression que je ne la connais plus. Julia se passe une main sur la figure et s'assoit sur le siège à mon chevet. Ses cheveux blonds sont emmêlés et ses yeux bleus paraissent brouillés.
- Tu te souviens, répète t-elle bêtement.
- Ça m'est revenu hier. La course, la porshe qui me rentre dedans... Ma voiture s'est retournée.
- Tout le monde a paniqué, ils ont déserté les lieux et ils t'ont laissé pour mort sans te sortir de la, poursuit Julia. Quand on est arrivé, la Mustang commençait à prendre feu et tu étais toujours à l'intérieur.
Les paroles coulent de sa bouche comme un aveu, elle marque une pause, perdue dans ses souvenirs. Je ne me rappelle que de la voiture qui se retourne et de ma tête qui heurte le volant.
- On t'a fait sortir, Finn a éteint le feu... On savait que tu retournerais en taule si on appelait une ambulance en disant que tu avais eut un accident pendant une course alors Benny a bougé la Mustang et Anita a trouvé cette histoire de tentative de suicide.
Julia s'essuie les joues mais elles sont sèches.
- Tu avais besoin d'aide et ça semblait parfait alors on a tous suivi. Je ne regrette pas, s'il fallait mentir encore, je le referais. Quand on t'a sorti de la Mustang... J'ai cru que tu étais mort.
Elle se replie sur elle-même, les bras enroulés autour de sa poitrine comme si on lui avait donné un coup de poing dans le cœur. A bout de souffle, Julia relève ses yeux bleus vers moi, elle donne la sensation de se noyer.
- Tu ne conduis plus de la même façon, Tobey. Avant, tu mesurais les risques, tu choisissais tes manœuvres... Mais maintenant ? Tu fonces tête baissée comme si tu voulais...
Je détourne le regard, elle s'interrompt. L'horloge murale nous assomme de son tic-tac, égraine les secondes et compte les minutes qui nous séparent de sa phrase restée en suspens. Les yeux fixés sur le mur en face de moi, je visualise ce qu'elle n'a pas prononcé, ma voiture emboutie contre un mur, le sol ou une autre bagnole, avec moi toujours à l'intérieur, réduit en charpie.
Un barrage saute.
Pas parce que je panique à l'idée de ce qui aurait pu arriver, non.
Au contraire.
Le barrage saute parce que pendant une fraction de seconde, l'idée de ma tête défoncée contre le volant apporte avec elle un sentiment d'intense satisfaction. Wow...
Ok.
Peut-être bien que j'ai besoin d'aide finalement.
...
Le lendemain, je profite que personne ne soit là pour récupérer mes affaires. M'habiller n'est pas une mince affaire avec mon plâtre et ma main handicapée mais j'y parviens au bout d'un moment.
Je me glisse hors de l'hôpital et retrouve ma liberté.
...
Le vent est violent.
La voiture que j'ai volé est garée un peu plus haut, sur la digue.
Mes béquilles s'enlisent dans le sable, je les abandonne derrière moi et continue à marcher droit sur les vagues. Mes paupières se ferment et j'entends le rire de Pete, ce n'est plus qu'un écho.
Je m'enfonce dans l'eau jusqu'à la taille, les embruns de la mer mouillent mon visage, forment des sillons sur mes joues.
Une inspiration et je me laisse couler.
Le calme m'envahit. Paupières closes, je débats silencieusement.
Une pièce vient d'être lancée en l'air, j'attends de voir de quel coté elle va retomber.
Pile, la vie ? Face, la mort ?
- On se débarrasse pas de moi comme ça, Tob'.
A qui le dis-tu, vieux. A qui le dis-tu.
- J'espère que t'es pas trop déçu.
Tu me connais, je peux jamais t'en vouloir. Je veux pas me débarrasser de toi, Petey. Je veux vivre avec ton souvenir à défaut de pouvoir t'avoir à mes cotés, bien vivant.
- Désolé...
T'y es pour rien, bonhomme. C'est de ma faute. Je m'en veux... Attendre la mort n'a pas l'air si mal, c'est calme ici.
- Comme si ça allait arriver !
Pete...
- Je reste ici.
Mais pas moi ?
- Nan, sérieusement.
Rabats-joie.
- Vois le bon coté des choses: tu m'as toujours.
Un sourire étire mes lèvres. Sacré, Pete.
Je donne un coup de pied au fond avec mon pied valide pour remonter à la surface.
- Je m'en remettrai.
...
Je rentre au garage en taxi.
Le chauffeur a pitié du gars trempé qui galère avec ses béquilles. Il fait nuit quand j'arrive, je me glisse à l'intérieur sans faire de bruit mais personne n'est là.
Je vais prendre une douche chaude et passe des vêtements secs.
Au fond de la boutique, il y a une voiture que j'évite d'approcher et que personne n'ose toucher.
Aujourd'hui, je m'avance assez pour la toucher.
La Chevrolet Camaro SS 396 de Pete.
Mes doigts l'effleurent, comme l'avait fait Pete avant d'oser monter et l'amener faire un tour. La peinture est nickel, Benny avait mis des heures à s'assurer qu'elle soit parfaite. Il y a un accro sur le capot, souvenir d'une course où elle a échappé de peu à un carambolage.
J'en fais le tour et j'évalue ses imperfections mais elle en possède peu, Pete était prudent, il adorait sa voiture. Mon pied bute contre un pied de biche qui traine, mes yeux restent bloqués dessus.
Ma peau commence à me démanger furieusement, quelque chose bout à l'intérieur de moi, ça vient des tripes et ça s'étend, me monte à la tête, amer et si acide que ça en devient douloureux. Puis avant que je puisse comprendre quoi que ce soit, mes doigts se referment sur le pied de biche et je frappe.
Le pare-brise éclate comme si la vitre était faite en sucre cristallisé, comme dans les films. Ma main gauche brûle comme les flammes de l'enfer mais je ne m'arrête pas, je ne peux pas. Je frappe, frappe, encore et encore, le capot, les rétro, les vitres...
Et quand ça n'est pas suffisant pour apaiser le monstre qui gronde dans ma poitrine, je hurle jusqu'à ne plus avoir de voix.
Pete, Pete, Pete... Petey.
Le pied de biche échappe de mes mains fatiguées.
A bout de souffle, je m'assois au milieu des éclats et contemple mon travail.
La démangeaison est partie, ma respiration se calme. La Chevrolet Camaro est méconnaissable, elle est en piteux état.
Voilà comment tu nous as laissé tous les deux, Pete.
...
Le lendemain, les gars débarquent à 8h30, j'ai débarrassé le sol de tous les éclats de verre.
Beast mâchouille un cure-dent en me toisant avec prudence, Finn croise les bras sur son torse en levant le menton, tout sourire, Benny s'approche, volubile comme à son habitude et me donne une tape sur l'épaule:
- Comment tu te sens, mec ?
Beast grimace et Finn se crispe, ce n'est pas la question qu'ils redoutent mais bien ma réponse. Je prends une minute pour y penser. Ma main me fait un mal de chien, ma jambe est raide, coincée dans ce stupide plâtre, la terre a tendance à tourner aux moments les plus malvenus et c'est comme si je m'étais éclaté le crâne contre un mur.
Pourtant... Un poids s'est enlevé de ma poitrine.
Les gars attendent toujours ma réponse, je finis par répondre, honnêtement:
- Mieux.
...
Je passe la matinée à réparer la voiture de Pete, il y a du boulot, j'en ai pour au moins un mois.
Et demi.
Les gars sont venus me donner un coup de main pendant leur pause, silencieux mais avec un air entendu.
La fatigue me tombe dessus soudainement, j'ai à peine la force de me traîner jusqu'au canapé dans le coin détente avant de sombrer.
Lorsque je me réveille, je remarque que quelqu'un s'est donné la peine de poser une couverture sur moi, il est tard mais je suis sûr que je peux encore emmagasiner dix heures de sommeil de plus. Ce qui me pousse à me lever, c'est la voix que j'entends, pas loin.
Je fais quelques pas avec l'aide d'une de mes béquilles, lourdement appuyé dessus à cause de la vague de vertige qui m'assaille. Aouch. Je m'appuie contre le montant de la porte. Anita est à la porte du garage, son sac à main sur l'épaule, prête à partir, Julia toujours à l'intérieur.
Des fois, c'est bizarre de voir sa copine actuelle avec son ex. Surtout quand on ne sait pas si la copine actuelle est toujours d'actualité ou si elle aussi est devenue une ex.
Anita m'aperçoit, elle me lance un petit sourire qui ressemble à une grimace, dit quelque chose à Julia et s'éclipse. Je reste là où je suis, pas certain de parvenir à lâcher mon ancrage pour le moment. Julia se retourne et son regard tombe sur moi. Elle joint les mains devant elle, hésitante.
- Tu es réveillé.
- Ouais.
Je pose ma béquille contre le mur, Julia me dévisage. Un silence tendu s'installe entre nous, je me passe une main dans les cheveux et décide de le rompre.
- T'avais raison.
- Je sais, j'ai toujours raison, répond t-elle avec un sourire taquin.
La tension réduit et je lui rends son sourire. Perdu dans mes émotions, j'ai perdu de vue une chose importante: j'aime Julia. Vraiment. Même si le fantôme de Pete sera toujours là, une partie de moi. Je vais devoir apprendre à vivre avec, mais Julia n'est pas obligée de faire la même chose.
Elle penche la tête sur le coté:
- Sur quoi est-ce que j'ai raison, cette fois-ci ?
- J'ai besoin d'aide.
Julia fronce les sourcils en se rapprochant:
- Mais... tu as quitté l'hôpital..., commence t-elle avec perplexité.
- Non, l'aide dont j'ai besoin, je l'ai déjà.
Son expression s'éclaire, ses yeux se plantent dans les miens, toujours aussi bleus, plus bleus que les miens. Je remet une de ses mèches folles en place et le nœud dans mon estomac se dénoue lorsqu'elle ne me repousse pas.
- J'avais juste... pas remarqué.
Mes yeux accrochent la Chevrolet Camaro de Pete, ma gorge se serre.
- Je sais que c'est hyper égoïste ce que je vais dire mais... Je croyais que j'étais tout seul.
- Non, je comprends...
La main de Julia se pose sur ma joue, mes yeux lâchent la voiture pour l'examiner. Sa bouche est pincée en une ligne fine, de tristesse, pas de colère.
- Mais tu ne l'es pas. Seul, je veux dire, reprend t-elle, maladroitement.
- Je sais.
Je prends sa main et la retire gentiment de ma joue. Parce que ce que je vais dire n'est pas agréable à entendre, mais elle doit l'entendre. Ses sourcils se froncent d'autant plus.
- Je ne sais pas si je peux être avec toi. J'en ai envie, mais ce serait dégueulasse de ma part de te retenir alors que je sais pas où je vais... ou si je vais quelque part, dis-je avec un petit rire dépréciateur.
Julia ne se laisse pas démonter, elle me regarde avec attention, elle attend. Je ne sais pas comment elle fait, mais elle sait que je n'ai pas fini. Je montre la voiture de Pete de ma main défoncée, elle et moi tout aussi détruits l'un que l'autre.
- Il est là... et il sera toujours là. Il ne va nulle part.
Son regard suit ma main et s'arrête sur la voiture. Elle la fixe un long moment, en pleine réflexion. Je garde le silence, je me sens vidé et léger à la fois. J'ai déballé tout ce que j'avais sur la conscience, aux morts et aux vivants. Julia se tourne finalement pour me regarder, un brasier brille dans ses yeux.
- Moi non plus. Je ne vais nulle part.
Ça a le don de me surprendre. Je ne m'attendais pas à ça du tout. Qui accepterait de partager quelqu'un avec un fantôme ? Julia apparemment. Elle hausse un sourcils et penche la tête sur le coté, l'air de me défier de la contredire.
Je ne peux que soulever mon bras pour la serrer lorsqu'elle se glisse contre moi, j'enfouis mon nez dans ses cheveux et je respire son odeur.
- Je crois que je vais pas tarder à m'écrouler, si je reste debout, j'avoue à voix basse.
Elle rit et passe un bras sous le mien pour me soutenir tandis que je m'appuie sur la béquille avec l'autre.
- Allez viens, on rentre. Je conduis.
Je grogne longuement pour lui faire comprendre ce que je pense de ses talents de conductrice.
Julia sourit, je la vois sourire du coin de l'œil, malicieusement.
Elle est belle quand elle sourit.
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Fin (pour de bon cette fois ci :P)
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... Une review pour cette suite inattendue ? :)
