The Journey

Chapter one : "Cold out here"

Et tout se bousculait insidieusement, dans la réalité mais aussi et surtout dans les têtes.

La division était d'évidence mais refusée d'être admise, collégialement, comme un ultime réflexe de défense, comme une utopie désespérée… Leur dernière union paradoxalement…

Harry n'était plus qu'une épave perdue en elle-même. Une épave dérivant au gré des évènements.

Il ne pensait plus. Penser faisait trop mal.

Il ne parlait plus. Parler c'était se lier et se lier faisait trop mal.

Il agissait là où et comment on lui disait d'agir. Et il obéissait. La plupart du temps pour avoir mal.

Et Harry n'aimait plus. Parce que les illusions finissent toujours par se déchirer, et dire que çà faisait mal était un bien médiocre euphémisme.

La résistance perdait de son essence profonde, se délitait dans des habitudes pour se rassurer… Les jours passaient et l'emprise de Lord Voldemort sur le Monde Magique ne faisait que croître… Les champs de bataille s'acharnaient à collectionner les victimes… Tuer devenait d'une banalité affligeante. Le poids de ces méfaits, pourtant nécessaire, étouffait subrepticement les partisans et les membres de l'Ordre du Phénix… La plupart étaient si jeune. Comment auraient-ils pu évoluer sans coups férir ?

Les ténèbres gagnaient et elles jouissaient d'une force d'éternité écrasante…

Le soleil ne brillait désormais plus que par une présence physique de plus en plus incertaine… Et de moins en moins chaleureuse…

La ville de Londres semblait souffrir d'une apathie généralisée : tout semblait dominé par la grisaille brumeuse et morose d'un hiver précoce en ce mois d'octobre…Les âmes ne se reconnaissaient plus et seule l'habitude était devenue un mot utile, un repère rassurant… La méfiance était dans chaque regard, la suspicion une arme au moindre geste sortant de la norme bien pensante, bien pensée…

Les voisins n'échangeaient plus le simple bonjour qu'ils avaient relégué aux oubliettes pour y préférer un net regard perçant et hostile. L'animosité devenait une carte de présentation….

Les familles s'abîmaient dans leurs querelles. Réveillant les ancêtres, réveillant les morts, impliquant chaque nouveau né en lui posant une hérédité déjà malsaine.

Discorde était le maître mot. Hommes et femmes, adultes, vieux et enfants, riches et pauvres… Nul n'était épargné de cette vague glacée qui tendait l'atmosphère jusqu'à son ultime point de rupture…

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Darkness forever

Neverending night

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Blaise semblait le seul représentant d'une lueur mystérieuse et persistante. Un moustique gênant qu'il faudrait écraser tôt ou tard pour parfaire l'œuvre de destruction.

Blaise était seul.

Snape avait disparu avec Dumbledore dans leur défense désespérée de Beaux Bâtons, à l'appel d'une Madame Maxime déjà plus morte que vive…

Maugrey Fol'œil avait succombé pour sauver Tonks de la mort. Vain sacrifice puisque la jeune femme était plongée dans un coma profond, sans espoir de retour…

Lupin n'avait pu tenir tête à une nouvelle attaque de Greyback. Son âme dévorée, l'Ordre n'arrivait à se résoudre à l'achever alors que lui ne prodiguait aucune pitié dans les arènes infernales…

Après Bill et Arthur, après la trahison de Percy, Molly Weasley avait encore payé un cher tribut en la personne de Charlie, son aîné… Son escouade de Dragons s'était brillamment illustrée face aux géants. La dernière victoire de l'Ordre. Mais à quel prix ? Nul n'en était revenu.

Personne n'avait réussi à s'étonner de la totale absence de réaction de Ron. Face au drame. Face à l'effondrement de sa mère. Face à la tristesse sans bornes de sa sœur…

Mais Ron vivait déjà dans la haine. Celle-ci à son apogée, il n'avait plus de limites à briser. Se battre et tuer restaient ses seuls repères.

Blaise l'avait compris. Hermione le savait. Neville aussi. Mais lorsque Zabini avait interpellé Harry sur le cas, celui-ci avait émis une apathie incohérente tout en assurant qu'il ne fallait pas s'en inquiéter et que ce problème n'en était déjà plus un, qu'il s'occupait de la question.

Blaise luttait contre l'image de cet échange où Harry avait eu un sourire triste pour commencer, et un sourire étrangement sarcastique, malsain, pour conclure…

Dans les profondeurs des égouts de la ville, Lord Voldemort songeait à provoquer l'acte final. Pour que Potter lui appartiennent définitivement…

Et à tous, dans un coin de leur inconscient collectif, persistait une flammèche sur les braises… Mais que pouvait-elle contre ce froid glacial qui régnait sans partage ?

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Flames in the ashes

Water turns to ice

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Si Blaise croyait encore en des perspectives d'un avenir meilleur, c'était parce que Luna, contre toute attente, lui donnait la conviction intime d'y croire. Certes, la jeune femme n'était plus présente dans leur réalité… Elle était murée dans un comportement autistique dont seul Neville la rattachait encore à eux… Mais elle avait des visions, et il arrivait à Blaise, lorsqu'il était seul avec elle, de prendre doucement la jeune fille et de la bercer… Elle lui transmettait alors parfois ses visions clairvoyantes…

Cette forme blonde étendue, baignant dans le sang mais ceinte d'une aura d'émeraude sans commune mesure… Ces soldats de l'ombre, les regards éteints, au bord d'un abîme… Qui étaient-ils ? Cette main tendue sortant d'une mare spongieuse, un marasme de noirceur, de puanteur, de putride, d'obséquiosité, cette main que Blaise était certain, sans trop savoir comment, être celle de Harry… Cette main qui refusait la sienne et qui se tendait vers cette autre, pâle, qui gémissait dans le vent « Pourquoi ? »…

Blaise était perplexe. Il savait qu'il devait traiter ces informations, trouver leur message, leur sens… Il ne doutait pas du drame mais les pièces du puzzle étaient trop éparses et incomplètes pour qu'il puisse encore mettre à jour la solution…

Puis le réveil était douloureux. Et systématiquement, Luna pleurait… Mais, Blaise était aveugle de lucidité. Non par incompétence, mais il semblait que quelque part, une force inconnue veuille préserver l'espoir qu'il incarnait… Car si lui aussi devait sombrer, qui pourrait sauver l'Ordre ?

Il faisait déjà si froid dehors. Si froid.

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Oh, it's cold out here

It's cold out here

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Et Harry comptait les jours. Trois mois de survivance à Draco.

Trois mois de sursis pour Ron Weasley.

Et il avait froid. Si froid.

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