Bonjour tout le monde, me voila avec le deuxième chapitre. Je ne voulais pas vous faire attendre trop longtemps pour avoir la suite!

J'étais été surprise et vraiment hyper ravie de l'accueil que vous avez réservé à cette fiction! Merci pour vos reviews! Merci à: Shona91, Odrey010, PatiewSnows, Kinoum, Dame-demeter, Lost-soulandheart, Virginiiiiiiiiiiie, Mafrip, Bluecatoun, Onja, Callice, Bellardtwilight, Rosabella01, Kara Walnes, LyraParleOr, Beyonce023, Alice'n'tom, Oliveronica Cullen Massen, Doudounord2, Jackye.

Merci aussi pour vos mises en alerte et favori.

Pov B

Je retournais dans la chambre qui m'avait été généreusement prêtée l'esprit empli de questionnements. Pour tout dire j'étais terrifiée, perdue dans un endroit que je ne connaissais pas. A l'heure qu'il était James s'était sûrement lancé à ma poursuite et je n'avais aucune idée de qui était Edward, peut-être était-il un ami de James et qu'il comptait me livrer à lui... Je connaissais très peu des amis de mon mari, et bien que j'ignorais tout du lieu où nous étions je me doutais que c'était le comté voisin du notre, ou peut-être même n'avais-je pas pu dépasser la frontière cette nuit, auquel cas mon hôte connaissait très certainement James et ne voulant pas s'attirer les foudres du maître, il lui livrerait sa femme fugueuse.

Perdue dans mes tergiversions douloureuses je laissais mon esprit dériver vers mon hôte. Malgré le peu de temps que j'avais passé en sa compagnie cet homme m'intriguait. Et ce manoir comportant seulement deux domestiques pour ce que j'en avais vu m'intriguait plus encore.

Le lieu était empli de raffinement, preuve que son maître était un homme cultivé et de la haute société, mais quel homme d'un tel rang se contenterait de deux domestiques pour le servir? Et surtout une vieille gouvernante et son mari à l'allure bourrue. Ce lieu était un vrai mystère. Je repensais aux mises en garde de la gouvernante "vous ne devriez pas vous aventurer seule dans le manoir" et au regard terrifié de son mari lorsque sa femme m'avait fait part de l'invitation de Monsieur...

Je secouais la tête pour chasser ces pensées, décidant que j'avais bien autre chose pour m'occuper l'esprit en ce moment. Je devais mettre de côté mes frayeurs et assumer ma fuite, et si jamais Edward comptait me livrer à James? Quelles chances aurais-je face à sa vengeance?

Si mon plan avait été mieux étudié j'aurais pris soin de vérifier la météo avant de m'engager sur les routes... Ou bien j'aurais choisi un autre chemin, plus peuplé ce qui m'aurait évité de me retrouver coincée dans ce manoir confortable mais néanmoins effrayant.

Plus tard dans la matinée je me rendis aux écuries afin de vérifier l'état de Libéria. En traversant l'allée pavée je rêvais presque à un miracle, que son pieds soit totalement remis depuis le matin et que nous puissions reprendre notre chemin, mais ce genre de miracle n'arrivait jamais, j'étais bien placée pour le savoir, et quelque soit le nombre de prières que l'on adressait au ciel.

Libéria n'allait en effet pas bien, enfermée dans un boxe soigneusement paillé, elle limitait le plus possible ses mouvements. J'entrais doucement dans son enclot, flattant son encolure alors qu'elle soupirait fortement. Son pieds suppurait abominablement, je n'étais même pas certaine que cinq jours de repos soient suffisants pour totalement la rétablir.

Je sortis du boxe et déambulais dans l'écurie à la recherche du palefrenier, le cataplasme avait besoin d'être changé. Mais je ne trouvais aucune trace de l'homme. L'écurie était silencieuse, la plupart des boxes étaient déserts mais parfois un cheval passait la tête par dessus la porte pour savoir qui venait troubler leur quiétude.

Les chevaux ici semblaient de grand prix, je m'arrêtais devant une superbe jument grise, à la finesse de la tête et à la petitesse de ses oreilles je pouvais dire sans peine qu'elle venait d'Arabie.

Je continuais à errer dans l'allée mais nulle trace de vie humaine. L'écurie sentait bon, ce parfum si caractéristique de cheval, d'avoine et de foin. J'inspirais de grandes goulées d'air de ce parfum qui me rappelait mon enfance, dans l'immense propriété de la famille de mon père à l'ouest de Londres. En ce temps de douce innocence je passais des heures aux écuries à m'occuper des chevaux, au grand damne de ma mère qui craignait pour la douceur de mes mains et la fraîcheur de mon teint. Une jeune fille de bonne famille avait bien plus sa place au salon qu'à courir la campagne sur son cheval.

Je tenais cette passion de mon grand père qui s'amusait de me voir emprunter des chemins si peu conformes et dérangeants pour les femmes de la famille.

Si Franck le palefrenier était toujours introuvable, j'avais au moins déniché la sellerie. Je pris de quoi soigner ma jument, me sentant vaguement honteuse de me servir comme si j'étais chez moi, mais après avoir estimé que c'était un mal nécessaire je mis de côté mes remords et retournais dans le boxe de Libéria.

Je soignais sa plaie suintante avec le plus de soin et de douceur que je le pouvais, après tout si la pauvre jument était dans cet état c'était entièrement ma faute.

Je passais une dernière fois ma main sur sa douce encolure et quittais l'écurie.

Si la nuit dernière avait été abominable, on ne pouvait pas en dire autant du matin. Le soleil rayonnait doucement, englobant de ses filaments dorés la campagne luxuriante.

La rosée du matin n'avait pas quitté les herbes d'un vert tendre et scintillait de mille petits diamants d'eau dans ce soleil printanier.

Je regardais un peu plus attentivement les abords du manoir. Adossé à une forêt il était entouré de prairies où s'ébrouaient quelques chevaux. Je me demandais pourquoi Monsieur m'avait signifié ne pas avoir de chevaux à me prêter pour poursuivre ma route... ses près en étaient plein et ils semblaient tous en parfait état.

Cela ne fit que raviver mes craintes, si il ne voulait pas me permettre de quitter son manoir au plus tôt c'est qu'il comptait me livrer à mon mari.

Je savais que mon portait était connu dans les environs de Durhman, James toujours ostentatoire dans ses goûts aussi bien que dans ses dégoûts s'arrangeait toujours pour que nous soyons pris en photographie dans tous les événements mondains auxquels il me traînait. Il voulait montrer au monde l'image d'un couple parfait et d'une femme comblée d'attentions par son mari. Et même si la réalité était tout autre je devais l'accompagner sur les champs de courses ou aux galas de charité, lui offrant mon bras et à la foule un sourire ravi et rayonnant de bonheur. Moi qui autrefois ne savait pas mentir sous peine de rougir, j'étais passée maîtresse dans l'art de dissimuler mes émotions.

Edward semblait être un gentilhomme alors il ne devait pas ignorer qui j'étais, ou alors il ne m'avait pas reconnue, ce qui était tout aussi probable, mais j'avais peur que cette alternative ne soit pas la bonne. Tout m'indiquait qu'il savait qui j'étais, il n'avait pas cru un traître mot de mon histoire, il avait refusé de me prêter un cheval pour gagner Londres au plus vite, dans quel but à part celui de me livrer à James?

La tête pleine d'idées noires je retournais au manoir, je réfléchissais à toute allure pour trouver une solution à mon épineux problème, qui risquait bien de devenir un problème de vie ou de mort si James me retrouvait, je redoutais sa colère qui serait sans merci!

La gouvernante... je devais questionner la gouvernante, tenter de la faire parler pour qu'elle me révèle qui était Edward, peut-être que je reconnaîtrai son nom et je saurai dans ce cas si il avait des chances de m'avoir reconnue et si je devais m'en méfier ou non!

Alors lorsque la bonne vint frapper à la porte de la chambre que j'occupais pour m'informer que le déjeuner était servi dans le même petit boudoir que ce matin je fis défiler dans ma tête la liste de questions que je voulais lui poser.

Un seul couvert était installé, parfait je déjeunerai donc seule! Ce qui me laissais la possibilité de questionner la gouvernante.

Elle me servit le premier plat avec la discrétion et la réserve qui la caractérisaient. Je la remerciais chaleureusement et la complimentais sur le plat pour le mettre dans de meilleurs dispositions. Plat qui était par ailleurs succulent.

"-Excusez moi cette question un peu stupide, mais dans quel comté sommes nous?"

"-Dans le Yorkshire madame, d'où m'avez-vous dit que vous veniez déjà?" hum de nulle part je ne l'ai pas dit.

"-Du Nord, je me rends à Londres..."

"-Ah oui, pour affaires? Et vous vous êtes perdue en chemin?"

"-Oui en effet je me rends à Londres pour affaires. Mon étude des cartes a du être insuffisante, j'ai du pendre le mauvais chemin à une quelconque intersection. Je pensais que nous étions dans le compté de Durham."

"-Non Durham est plus au nord, vous avez du le traverser d'ailleurs."

"-Oui je l'ai traversé, mais je n'avais pas tout à fait conscience des limites. Monsieur n'est pas ici?"

"-Il vous prit d'excuser son absence mais il est souffrant depuis ce matin." Elle parlait de lui avec réserve et parcimonie, comme si elle ne souhaitait pas trop en dire. Il ne m'avait pourtant pas semblé souffrant du tout le matin, j'espérais qu'il ne s'était pas rendu chez James pour l'informer de ma présence au manoir. La peur me faisait devenir littéralement paranoïaque!

"-Oh, vous lui souhaiterez bon rétablissement pour moi."

"-Je n'y manquerai pas madame, il m'a par ailleurs chargé de vous inviter à utiliser sa bibliothèque si le temps vous paraît trop long. Je vous montrerai où elle se trouve après votre déjeuner."

Je n'avais pas appris grand chose en dehors du lieu où nous nous trouvions. Je ne voulais pas éveiller les soupçons en me montrant trop pressante avec mes questions, mon histoire leur paraissait suffisamment fausse comme ça. J'étais certaine que la gouvernante ne croyait pas non plus un mot du motif de mon voyage.

Après le déjeuner je découvris un endroit plein de charmes et d'enchantements.

La gouvernante me conduisit comme promis à la bibliothèque. Ce lieu représentait à peu près tout ce dont j'avais toujours rêvé. Le mobilier vert amande tendre s'accordait parfaitement avec les étagères de bois massif surchargées de livres en tout genre dont les reliures précieuses semblaient briller dans la lumière printanière.

Un guéridon orné de marqueterie trônait au centre de la pièce et invitait à l'étude sérieuse. Dans un coin près de la fenêtre un salon composé de poufs et de causeuses de la même couleur tendre était voué à la détente paisible. Il y avait aussi un piano dans ce petit paradis qui semblait façonné à mon image. Tout ici était si féminin. Je me demandais si Monsieur avait été marié, ou même si il l'était encore, aucune maîtresse de maison ne semblait occuper la demeure mais l'ameublement était digne et révélateur d'une femme de goût.

Je m'approchais, comme fascinée, du bois clair et laqué du piano. J'aimais le son apaisant de cet instrument, cela faisait bien longtemps maintenant que je ne m'étais pas exercée, depuis mon mariage pour tout dire. Le seul piano du château de Durhman était désaccordé et servait juste d'apparat. Tout ces aspects de mon ancienne vie me manquaient... la musique me manquait, autant que la gaieté.

Faisant contre mauvaise figure bon cœur et décidant de laisser à la porte de la bibliothèque mes soucis je commençais à parcourir des yeux les rayonnages.

Les livres semblaient si précieux que je me délectais de passer mes doigts sur leur tranche douce.

Tout était parfaitement entretenu, aucune poussière... de sorte que je ne pouvais voir quel livre avait été lu récemment. J'en fus quelque peu déçue, j'aurais aimé savoir quel type de lecture Monsieur affectionnait, cela m'en aurait plus apprit sur son personnage.

Je passais quelques temps à feuilleter un journal de photographies de Paris, ce lieu exerçait sur moi une fascination irraisonnée. Parfois je sentais comme si mon sang français chantait dans mes veines et m'appelait vers ce lieu magique. J'espérais pouvoir m'y rendre un jour, mais depuis que ma vie s'était brusquement assombrie j'avais cessé d'y songer.

Je me perdais donc dans les photographies. Tout semblait avoir tant changé maintenant, je conservais au plus profond de mon âme un souvenir du Paris de l'ancien temps, celui que l'on pouvait admirer sur les gravures des livres d'histoires, le seul que je connaissais de part les histoires de mes grands-parents.

Je regardais comme fascinée la tour de Monsieur Eiffel, armature gigantesque et élégante de fer. Le journal présentait des photographies de l'Exposition Universelle de 1900, je me souvenais avoir demandé mille fois à James que nous nous y rendions, nous étions mariés seulement depuis deux ans à cette époque et je me berçais encore d'illusions. J'espérais qu'il m'offrirait le cadeau de ce voyage mais tous mes espoirs avaient été déçus... Je devais me contenter des photographies de cet événement que j'aurais tant voulu vivre. On sentait en regardant ces images une certaine exaltation, la science explosait de toutes parts, révolutionnant le monde de ses découvertes prodigieuses.

Paris triomphait en cette dernière année du XIX ème siècle, exposant sa suprématie et son raffinement au monde. Haut lieu de la mode et du savoir vivre, il se révélait en cette année aussi celui de la science et des techniques. Nombre de mes connaissances s'étaient rendues à cet événement, j'avais du me contenter de le suivre de loin, subissant une fois de plus les caprices de mon mari qui ne s'intéressait pas à de telles choses.

Loin était le temps insouciant de ma jeunesse, lorsque tout était fait pour développer l'esprit. Je repensais avec bonheur au jour où j'avais rencontré monsieur Pasteur. Invité à un événement mondain où se rendaient mes parents, il avait été convié à déjeuner chez nous le lendemain. Cette homme m'avait fait grande impression, son intelligence n'avait d'égale que sa rigueur et sa curiosité, je me souvenais l'avoir choisi comme modèle, avant de m'apercevoir que ma condition de femme, que je maudissais tant aujourd'hui, ne me permettrait jamais d'atteindre un tel niveau d'excellence. Mon rôle était au salon...

Et pourtant toutes les femmes de mon siècle n'avaient pas ma faiblesse ou ma malchance, ou peut-être que leur intelligence bien supérieure leur avait ouvert de nombreuses portes ordinairement fermées pour notre sexe. Il y avait quelques mois à Paris une jeune femme avait brillamment obtenu une thèse de science. J'enviais la chance de cette Marie Curie d'avoir pu s'écarter du carcan traditionnellement réservé aux femmes. Je n'avais jamais eu la chance de la rencontrer mais on la disait brillante et moderne.

Je refermais le journal illustré l'esprit tout empli de nostalgie. J'avais passé le dernier quart de ma vie à me sentir décalée, pas à ma place et cette situation était assez pénible à vivre.

Pour me distraire de ma mélancolie je cherchais un ouvrage dans la section romanesque de la bibliothèque. Je découvris avec bonheur le dernier roman de monsieur Jules Verne, la surveillance constante de mes achats qu'effectuait James ne m'avait pas encore permis de l'acquérir, il qualifiait souvent cet auteur de médiocre très certainement parce qu'il savait que je l'affectionnais beaucoup. La vie avec mon époux était une guerre perpétuelle rythmée par des chamailleries sans fin.

Je me plongeais avec délectation dans cette œuvre d'aventure qui me fit oublier ma vie et mes tracas. Je laissais pour quelques temps tous mes doutes et mes problèmes pour me faufiler dans une autre histoire qui ne m'appartenait pas mais qui me distrayait follement.

La gouvernante vint à cinq heure précise me porter le thé accompagné d'une légère collation. La vie du manoir semblait très calme et les visites peu nombreuses mais elle se montrait telle une parfaite ordonnatrice de maison mondaine.

Je passais presque la journée à lire. Une fois le soir venu, voulant me rendre utile, je supportais difficilement de me faire entretenir, surtout dans une maison que je ne connaissais pas, je pris le plateau et le portais à la cuisine, que j'eus toutes les peines du monde à trouver! Tous les tracas que j'avais momentanément oubliés me retombèrent dessus à peine la porte de la bibliothèque franchie.

Proposer mon aide à la cuisine serait un bon moyen de me changer les idées.

La gouvernante fut réellement surprise de me voir arriver avec les reliefs de la collation, mais la préparation du dîner était terminé et il n'y avait pour moi rien à faire aux cuisines.

Je retournais à ma chambre un peu dépitée par ce manque d'activité.

Avant le dîner je fis une nouvelle visite à Libéria qui n'allait pas vraiment mieux. En quittant l'écurie je levais les yeux vers l'imposante façade du manoir, je sentais comme un regard posé sur moi, un regard pénétrant et insistant, mais lorsque mon regard se fût porté vers ce faisceaux invisible je ne vis rien. Tout était parfaitement immobile à l'intérieur, pas même le frémissement d'un rideau ne trahissait une présence. Je secouais la tête, troublée, mes pré-sentiments n'avaient d'ordinaire pas l'habitude de me tromper.

Une fois de plus je dînais seule, je supposais que Monsieur était toujours souffrant, ou qu'il ne voulait pas subir ma présence. Je préférais ignorer la possibilité d'un voyage inopiné qui aurait pour but de me dénoncer à mon mari.

Le boudoir semblait désormais être la pièce qui m'était assignée, là encore la délicatesse féminine qui transparaissait dans l'aménagement me surprit. J'avais désormais la quasi certitude que Monsieur était marié ou étant donné l'absence de sa femme, l'avait été. La modernité de décors excluait l'idée que sa mère s'en soit chargé.

J'étais dans ma chambre, occupée à ne rien faire devant l'âtre de la cheminé, je n'avais pas osé emporter avec moi Les frères Kips que je lisais dans l'après midi.

Toute la demeure semblait plongée dans le sommeil. Je tentais tant bien que mal de trouver une solution à ma situation. A l'heure qu'il était James s'était sûrement lancé à ma poursuite, je savais que pour venger l'affront il tenterait par tous les moyens de me retrouver. Il était à peu près certain qu'il se rendrait chez mes parents, et peut-être qui sait, en voyant que je n'y étais pas il ferait chemin inverse? Mon retard aurait peut-être du bon finalement! Je m'accrochais de toutes les forces de mon âme à cet espoir. Il ne me restait plus que ça pour espérer... Et supposant qu'Edward ne me livrerait pas, rien ne m'assurait que mes parents ne le ferait pas... c'est ce point qui me faisait je crois le plus trembler.

Alors que je pensais que les quelques habitants du manoir dormaient, j'entendis une mélodie jouée au piano flotter jusqu'ici.

Pensant d'abord au piano de la bibliothèque je sortis de ma chambre et me dirigeais vers cette pièce, attirée par la musique comme un papillon le serait de la lumière vive d'une lampe.

Mais plus je m'approchais de ma destination plus il me semblait que la musique s'éloignait.

Je m'aventurais alors dans le cœur du manoir en suivant le flot mélodieux de la musique, songeant vaguement aux paroles d'avertissement de la gouvernante "vous ne devriez pas vous aventurer seule dans le manoir". Mais après tout que pouvait-il bien m'y arriver?

Mes pas me portèrent devant une porte entre-ouverte. Malgré l'impolitesse de mon geste je m'y aventurais le plus silencieusement possible. Mais la musique qui était magnifique et poignante exerçait sur moi une telle fascination qu'il m'était impossible de me retenir.

J'arrivais dans un petit salon confortable, simplement éclairé par les flammes de la cheminé et une lampe à huile au globe de verre abîmé posée sur un guéridon.

Une fois que mes yeux se furent habitués à la demie pénombre je pus distinguer un homme de dos assis devant le plus magnifique piano que je n'avais jamais vu.

La laque noir du piano à queue semblait scintiller dans la lumière douce. Je contemplais fascinée les doigts longs, agiles et délicats caresser les touches d'ivoire d'une blancheur immaculée.

Les cheveux d'Edward dans un désordre improbable lui donnaient un air sérieux et presque torturé, mais cela augmentait aussi considérablement son charme qui était déjà immense.

Je sentis mon pouls s'accélérer sans raison, le flot de mon sang pulsait dans mes artères, comme affolé, fébrile presque. La musique qui s'élevait dans la pièce était comme une longue complainte déchirante et poignante de beauté, je n'avais jamais rien entendu de si beau. C'était comme entendre la voix de Dieu nous parler, mais un Dieu malheureux et torturé...

Edward n'était pas un homme heureux... Cette femme dont je sentais comme le fantôme planer sur le manoir en était-elle la cause?

Je restais toujours silencieuse, comme paralysée. La musique s'éteignit doucement sans que je n'ai pu esquisser le moindre geste.

"-Madame Swan... Je vous en pris entrez, ne restez pas sur le seuil." Comment m'avait-il reconnue? Il ne s'était pas encore retourné. Peut-être mon pas qui ne lui était pas familier m'avait trahie, mais avec la musique il devait avoir une ouïe fine pour l'avoir entendu.

"-Oh euh pardonnez-moi j'ai entendu de la musique et..."Il se retourna doucement et fixa sur moi son regard émeraude pénétrant. Ses lèvres rouges et sanguines me firent monter comme une bouffée de chaleur. Je restais une nouvelle fois complètement ébahie par sa beauté.

"-Asseyez-vous je vous en pris. Comme ça vous aimez la musique?"

"-Merci, oui je l'aime énormément..." Je m'assis dans une chauffeuse de velours rouge que je remarquais juste maintenant. Monsieur quitta le banc de son piano et vint s'asseoir face à moi. Un détail me frappa, en dehors de son teint pâle, qui pourtant était le même qu'hier, il ne semblait pas du tout souffrant.

"-Je croyais que vous étiez souffrant?" je fus surprise du ton de reproche qui transparaissait dans mes paroles. Pour tout dire il en sembla lui aussi surpris.

"-Je me sens beaucoup mieux, je vous remercie de vous en soucier." Je ne répondis rien, il était clair qu'il ne l'avait jamais été, ou alors sa capacité de guérison était très rapide, je me demandais où il avait été dans la journée, et penser à ça ne fît que raviver mes craintes.

Mon regard parcouru la pièce qui avait une allure raffinée mais clairement masculine. Mes yeux se posèrent sur un portait immense sur le montant de la cheminée que je n'avais pas encore remarqué. Le visage d'une femme, d'une très grande beauté et d'une au moins aussi grande douceur nous faisait face. Ses cheveux de miel détachés encadraient son beau visage. Elle devait être un peu plus vieille que moi, guerre plus de six ou sept ans. Son regard brun clair, presque caramel transpirait de bonté. Qui était-elle? La fameuse femme peut-être? Mais tout de même un peu plus âgée que son mari.

Elle était trop jeune pour être sa mère, sa sœur? Trop peu de ressemblance en dépit des lèvres rouges et de la pâleur de son teint, mais après tout en Angleterre cela n'avait rien de rare.

Edward surprit mon regard sur le portrait mais ne dit rien, préférant détourner la conversation.

"-Alors la chambre vous est-elle agréable?"

"-Elle est parfaite oui merci!"

"-Tant mieux, si elle ne vous convient pas n'hésitez pas à me le faire savoir, il y a dans ce manoir plus de chambres que je ne pourrais jamais en occuper!"

"-Merci mais tout va bien."

"-Bien et votre cheval, il se remet de ses peines?"

"-Difficilement... Je crains que sa blessure ne mette du temps à cicatriser."

"-C'est fâcheux pour vos affaires! Ne risque t-on pas de s'inquiéter de votre retard à Londres?"

"-Non je ne pense pas... les routes sont souvent semées d'embûches"

"-En effet, et j'imagine que pour une femme qui voyage seule, dans un petit cabriolet qui plus est, les difficultés doivent être plus nombreuses." Je me tus, mon regard s'était fait plus fuyant que je le l'aurais voulu.

"-Dites-moi Bella, que fuyez-vous?" Je le regardais surprise, il m'avait totalement devinée. Je me sentais coincée, mentir serait stupide et surtout inutile. Soit il savait qui j'étais et dans ce cas je ne pourrais pas contrer ses plans de me livrer à James, soit il l'ignorait et dans ce cas je ne pourrais pas m'en sortir par un mensonge, et je ne craignais pas grand chose à lui révéler dans ce cas là.

Je tentais une dernière fois de m'en sortir par une pirouette.

"-Mais rien, quelle étrange question" qui échoua lamentablement!

"-Allons ne me mentez pas c'est grotesque! Je ne connais personne pour prendre la route en pleine nuit d'orage pour le simple plaisir d'admirer les étoiles... ni pour affaires urgentes alors que vous n'avez prévenu personne de votre petit contretemps. Cela n'a aucun sens! Qui êtes vous Bella? Et que fuyez-vous? Swan n'est pas votre nom n'est-ce pas?"

"-C'est celui de naissance de ma mère. Je fuis mon mari."

"-Votre mari qui est?" Il semblait réellement curieux, peut-être qu'après tout il ignorait qui était James...

"-James de Durham!"

"-Vous êtes donc la très convoitée comtesse de Durham."

"-Convoitée?"

"-Allons les femmes vous envient toutes le charme de votre mari et sa richesse. Bien que sa réputation soit celle d'un véritable pervers."

"- Pour envier ma situation il faut tout ignorer du caractère difficile de mon mari. Comment savez-vous tout cela?"

"-Hum j'ai une ouïe assez développée!" Il sourit comme s'il partageait avec lui même une bonne plaisanterie. C'était la première fois que je le voyais sourire vraiment, il était encore plus beau et plein de charmes ainsi. J'avais toutes les peines du monde à détacher les yeux de son visage parfait qui affolait tous mes sens.

"-Je pense que vous avez eu raison de fuir, vous semblez à bout de souffle! Où comptez-vous vos rendre?"

"-Chez mes parents à Londres" Je décidais de me livrer totalement, après tout qu'avais-je à perdre maintenant qu'il connaissait mon identité? Je ne pourrais pas l'empêcher de me livrer à James si tel était son projet. Et puis il ne semblait pas porter mon époux dans son cœur, chose assez rare pour être soulignée.

"-Ils sont prévenus de votre arrivée?"

"-Non..."

"-Et vous pensez qu'ils vous accueilleront avec joie?" sa voix semblait maintenant chargée de mépris, sans que je ne comprenne pourquoi.

"-Je l'espère, je n'ai nulle part d'autre où aller..."

"-Vous n'avez pas prévu de destination de secours? Quelle imprudence! Pensez-vous à ce qu'il vous arrivera si votre mari vous rattrape? Ou si vos parents, comme il est à peu prêt certain qu'il le feront, vous réexpédient chez lui?"

"-Je n'en ai aucune idée, c'est ma plus grande crainte, mais j'espère que le récit de mes déboires les attendrira."

"-Si je peux vous donner un conseil, ne comptez pas trop là dessus, après tout je pense que c'est eux qui vous ont mariée au comte non?"

"-Oui..." ma voix était toute petite et faible face à son ton chargé d'une colère que je ne comprenais pas.

"-Vous n'avez pas de la famille ou des amis chez qui vous pourriez vous réfugier?"

"-En dehors d'une cousine à Paris je n'ai personne."

"-Bon c'est déjà un début." Il semblait réellement soucieux de mon sort, bien que je ne comprenais rien à ses motivations cela fit enfler une bulle de chaleur au fond de mon ventre. C'était agréable d'avoir quelqu'un qui se soucie de vous.

"-Je pense que vous devriez rester ici quelques semaines. Le comte ne viendra jamais vous chercher ici, et vous pouvez être assurée de ma discrétion et de celle de mes domestiques."

"-c'est vraiment généreux de votre part, mais je ne voudrais pas vous causer de soucis."

"-Si vous faites référence au comte soyez assurée que je ne le crains pas! Et puis cette maison manque désespérément de vie et de chaleur humaine!"

"-Merci beaucoup. Je peux vous poser une question?"

"-Tout ce que vous voulez, j'y répondrais dans la mesure du... possible." Il hésitait bizarrement sur le dernier mot, de façon tout à fait incompréhensible.

"-Pourquoi avoir dit que vous n'aviez pas de chevaux à me prêter pour la suite de mon voyage? Vos écuries en sont pleines."

"-Je l'avoue je voulais découvrir votre secret, vous êtes intrigante Madame Swan." Il utilisait mon nom d'emprunt avec complaisance et une note d'amusement.

"-Et puis ce sont des chevaux de monte peu adaptés à l'attelage, et nerveux."

Il se leva et prit ma main gracieusement.

Son baise main affola de nouveau tous mes sens, je me sentis fébrile et comme flottant sur un nuage lorsque je quittais le salon.

Son regard me suivit et il me souhaita une bonne nuit d'une voix envoûtante teintée d'un soupçon de nostalgie que je ne compris pas.

Cet homme était décidément un véritable mystère.

Je regagnais cette chambre qui allait être la mienne pendant les prochaines semaines. J'étais encore un peu étourdie d'avoir confié tant de choses à un homme que je ne connaissais pas. Peut-être qu'après tout il m'offrait réellement sa protection. Je n'avais vu dans ses yeux aucune trace de perfidie ni de mensonge. Il semblait réellement soucieux de m'aider.

Le cœur plus léger je marchais rapidement dans le couloir faiblement éclairé lorsque je croisais la gouvernante qui accompagnait une femme.

Elle était grande et élégante. Un capuchon de satin couvrait sa chevelure dorée. Ses lèvres étaient délicatement roses, ses yeux ourlés de Khôl, ses traits fins et délicats, ses joues rosies malgré son teint de porcelaine.

Elle me salua d'un sourire agréable et curieux. Sa beauté était si grande et voluptueuse qu'elle semblait irradier dans le couloir.

Elle ne ressemblait pas du tout à la femme du portrait. Qui était-elle?

En me retournant je vis la gouvernante frapper à la porte du petit salon et introduire la belle femme.

Je m'empressais vivement ne voulant pas être prise pour une indiscrète. Je ressentais un pincement de jalousie inexplicable en voyant cette femme rejoindre le magnifique Edward à une heure si tardive. Nulle doute que la beauté délicate de cette femme ne devait pas le laisser indifférent. Et cette idée m'était étrangement très désagréable...

Voila j'espère que vous avez aimé ce chapitre!

Pour ceux qui suivent Une nuit d'été nouveau chapitre je pense jeudi.

Merci de me lire et n'hésitez pas à me laisser vos impressions!

A très vite