Titre : Syndrome bipolaire

Auteur : Lilou Black

Genre : Romance

Paring : Mû/Saga

Rating : T

Disclaimer : Propriété de Masami Kurumada

bonne lecture


Un vent léger entrait par le soupirail entrouvert. La nuit serait encore fraîche, une de ces nuits où il fait bon se blottir sous trois couverture et contre un compagnon de lit, à tout le moins si l'on avait ce genre de bouillotte à disposition. Le ciel, qui s'obscurcissait progressivement, était dépourvu du moindre nuage. La lune était pleine et les étoiles apparaissaient les unes après les autres.

Saga des Gémeaux, assis à la table de sa cuisine, fumait sa dernière cigarette avant d'aller se coucher. Devant lui, un verre d'eau et quelques médicaments de différentes formes et couleurs dans une coupelle.

Antidépresseurs, anxiolytiques et stabilisateurs d'humeur à base de lithium.

Il détestait ce moment, celui où il devait prendre son traitement. C'était comme si ses erreurs et ses faiblesses, qu'il se donnait tant de mal à accepter, lui étaient renvoyés en pleine figure. Il savait que c'était pour son bien, que ces médicaments ne lui étaient pas imposés pour l'embêter ou lui rappeler qu'il était malade mais cela écorchait sa fierté, cet orgueil qui recommençait à pointer parfois, après des mois de dépression.

Il était spécifié sur les notices que la prise devait se faire le soir à heure fixe. Saga prenait sur lui quotidiennement pour avaler ses différentes drogues une heure après le repas, avant qu'il ne gagne son lit pour bouquiner ou profiter de la présence de Mû. En ces semaines de début de printemps, ce moment correspondait à la tombée de la nuit, à l'heure dite "entre chien et loup".

Saga aimait bien cette expression et trouvait qu'elle correspondait parfaitement à son état.

Il était bipolaire et il devait se soigner pour ça. Sa part d'ombre avait a priori disparu avant sa première mort mais tout danger n'était pas écarté. Il restait potentiellement instable sur le plan mental. Il était mi-chien mi-loup.

Le chien était, selon la formule consacrée, le meilleur ami de l'homme. Saga tentait de redevenir le chevalier dévoué qu'il avait été adolescent avant de se faire dévorer par sa double personnalité. Après l'épreuve qu'avait été leur retour à la vie, tout le monde lui avait pardonné ses fautes avant même qu'il envisage de ne plus se laisser dévorer par la culpabilité. Il s'était à nouveau parfaitement intégré au sein du Sanctuaire, il n'inspirait nulle crainte de qui que ce soit et se sentait même très proche de certains chevaliers. Et il y avait Mû. Le Gémeaux éprouvait tant de choses pour l'Atlante qu'il n'hésiterait pas à lui sacrifier sa vie si c'était nécessaire. Il traverserait tout ce que l'univers comptait de dimensions pour lui et le suivrait n'importe où.

Le chien était un animal fidèle. Saga était fidèle à ses amis par conviction, à Mû par amour et à sa Déesse parce que c'était son devoir.

Le loup, par contre, était un prédateur solitaire. Ç'avait été le lot de Saga durant treize ans. Grand Pope fantoche, être vaniteux et brutal, il avait tué sans scrupule quiconque s'était opposé à ses plans de conquête du monde. Il avait vécu isolé derrière son masque, ne se montrant qu'à ceux en qui il avait toute confiance et qui partageaient ses opinions : seul le pouvoir comptait. Il n'y avait eu que Deathmask, le psychopathe obsédé de force brute, l'adepte du crime gratuit et des cris d'agonie, et Aphrodite dont la cruauté venimeuse contrebalançait la beauté et cachait un mal-être évident, pour le suivre. Les autres l'avaient craint et l'avaient obéi sans résister, ce qui avait été loin de lui déplaire. Arpenter un territoire où il régnait en maître incontesté et où gouvernaient la docilité et la peur avait été la réalisation d'un idéal.

Un idéal de loup sanguinaire qui ne craignait pas l'impopularité. Il se moquait de ne pas être aimé. Seule l'obédience comptait. Celle que l'on jurait à un Dieu, ce qu'il croyait être à l'époque.

Saga avait payé cher le prix de ses erreurs, ses péchés et sa vanité et pourtant, il était sûr que le loup n'était pas mort, qu'il hibernait quelque part dans l'ombre du gentil chien domestique.

Les médicaments servaient à faire en sorte qu'il ne se réveille pas.

Alors, à nouveau, comme tous les soirs, il prit sur lui. Il écrasa sa cigarette et avala ses cachets avec un peu d'eau. Il avait fait son devoir, à la chimie maintenant de faire son boulot.

Après avoir refermé la fenêtre, il rejoignit Mû qui, déjà couché, lisait un essai de philosophie. En le voyant ainsi, si paisible et confiant, Saga pensa que même s'il détestait ce rituel, avaler des psychotropes avait bien des compensations.

Il se déshabilla sans un mot, se réfugia sous les couvertures et enfouit comme à son habitude son visage dans le giron de Mû. Ce dernier posa son livre et enfouit ses doigts dans l'épaisse chevelure bleue. Le Gémeaux poussa un petit soupir satisfait.

Il aurait bien voulu que ces caresses soient suffisantes pour tenir le loup à distance.