Jeu de dames

Jeanne #001: La tentation du désert

Auteur: Rain

Disclaimer: Vu que nous ne sommes pas dans l'univers alternatif ou SK m'appartient, dirigez vos sous vers Hiroyuki Takei.

Personnages: Jeanne, Rackist, Hao, Shamash

Soundtrack: Out of the fire (Digital Daggers)

Note:

Scène bonus! Je l'avais écrite dans la version anglaise, mais j'avais pas mis ça dans la fic française: le passage de Jeanne dans le monde du "Tchô Senji Ryakketsu" vu que j'ai pris la version de l'anime pour ce passage là (en changeant quelques trucs, vous verrez). J'espère que c'est lisible et pas trop ésotérique (ça devrait pas l'être). Finalement, c'est pas tellement du bonus, plus "scène très importante."

Je vais probablement vieillir un peu tout le monde pour Echecs, mais je préciserai tout ça dans le prochain chapitre de la fic principale.


« J'ai hâte de voir ce que tu vas décider, » avait dit Hao, et ses gens derrière lui étaient autant de faces menaçantes, pleines de dents et de crocs. Ce n'était pas un défi, probablement pas, mais Jeanne l'avait pris comme ça, parce qu'elle savait que tout le monde le prendrait comme ça, et sans hésiter elle était entrée d'un pas décidé dans le portail ouvert à même la roche.

Elle n'était même pas sûre de savoir où elle allait. Ils avaient parlé d'une épreuve, d'un test; un test qui pouvait être mortel. Et elle y était allée comme ça, alors qu'elle venait à peine de se trouver un esprit à elle, alors qu'elle venait à peine de commencer à prendre ses marques.

Pour autant, même en s'approchant du voile, elle ne le regretta pas. Rackist était à l'intérieur; il fallait qu'elle l'en sorte. Traître ou pas, il était son seul repère dans ce monde, et elle ne le laisserait pas disparaître comme ça. Alors elle fit encore un pas en avant, et eut l'impression d'être comme électrocutée. Sa conscience court-circuita, et elle tomba dans le vide.


Elle inspira, puis expira. De son souffle naquirent des brises puissantes, des vagues gigantesques. Elle était le monde, et elle n'était rien.

Elle ne pouvait pas sentir ses pieds. Ou quoi que ce soit de son corps, en fait. Pour quelqu'un d'habitué à toujours avoir mal quelque part, c'était inquiétant, mais surtout très agréable, alors elle resta un moment-là, sans rien faire.

Puis elle ouvrit les yeux.

Elle n'était plus dans le camp. Kanna, les autres, Hao... Ils n'étaient nulle part, et Shamash non plus. Elle essaya de le chercher dans son esprit, de lui parler comme elle venait d'apprendre à le faire, mais elle n'entendait rien. Elle était seule dans les couleurs, cœur et corps du monde autour d'elle.

Après un temps qui ne lui parut ni long, ni court, elle se souvint d'une chose. Elle était entrée dans le monde qu'Hao avait créé, sur les talons de Rackist. Mais rien d'autre ne lui vint. Elle ne voyait pas Rackist non plus. Elle ne le sentait nulle part. Non, elle était vraiment seule dans cet océan chatoyant. S'étirant, elle tenta de se lever.

C'est à ce moment-là qu'elle tomba. Pas de très haut, et elle ne se fit pas mal, même en se rattrapant sur le bord d'une corniche rocheuse, mais cela suffit à la désorienter. La pierre rouge sous ses doigts était chaude de soleil, et en-dessous d'elle s'étendait une espèce de canyon peu profond. Hébétée, elle regarda autour d'elle, tentant de comprendre ce qu'elle faisait là... Puis elle l'entendit.

C'était un bruit rocailleux, une espèce de grognement de bête sauvage. Surprise, elle se retourna pour chercher l'ennemi, et remarqua des silhouettes au fond de la gorge.

Un homme seul se tenait sur le sol. Il était entouré par ce que Jeanne comprit comme des esprits. Il était impossible que ce soient des animaux normaux. Ils étaient deux, l'un rouge, l'autre bleu; tous deux ils étaient cornus, biscornus, épais. L'un des deux était si grand qu'il aurait presque pu grimper jusqu'à la corniche où elle se tenait.

Elles attaquèrent à ce moment-là. L'homme réussit à éviter le coup du premier, et disparut de là où il se tenait pour réapparaître un peu plus loin. Jeanne cligna des yeux, perplexe – avait-elle eu un moment d'absence? Mais il le refit pour éviter un nouveau coup, et elle dût se rendre à l'évidence: il bougeait tellement vite qu'il ne donnait pas l'impression de bouger. Mais non, ce n'était pas un mouvement; il disparaissait et réapparaissait comme si l'espace n'avait plus de sens pour lui.

Il lui faisait face maintenant, et Jeanne remarqua qu'il ressemblait à Hao comme un faux jumeau. C'était comme si on avait laissé l'adolescent grandir jusqu'à devenir un homme... Ou plutôt qu'on avait cherché son sosie et qu'on l'avait habillé de façon similaire. Ses traits étaient un peu différents, comme brouillés. Son visage était plus... pointu, ses yeux plus petits; il avait l'air plus... noble, peut-être? Plus digne, plus calme. Elle n'était pas très sûre. C'était lui, et ce n'était pas lui.

Les deux bêtes ne lui laissèrent pas le temps d'affiner ses observations. La première bondit vers l'homme. Cela sembla l'amuser, et alors que le monstre – le démon, entendit-elle souffler par celui qui n'était pas tout-à-fait Hao – s'approchait un piège se déclencha. Une étoile scintillante apparut sur le sol au moment où le démon marchait dessus, et il sembla immédiatement se figer.

Son partenaire hurla de douleur et se précipita vers celui qui était, dans ce combat, le véritable prédateur, brandissant un poing qui devait bien faire toute la hauteur du Shaman. Debout entre les deux esprits, le presqu'Hao semblait presque... petit. S'il était touché, il serait réduit en bouillie.

Mais il ne fut jamais touché. Un geste de la main créa une barrière qui le protégea du coup terrible. Instantanément, il se téléporta derrière la créature et créa un autre pentagramme scintillant, immobilisant le démon.

Presqu'Hao se redressa. Il ne semblait même pas essoufflé; il y avait un sourire satisfait sur son visage alors qu'il commençait à parler aux deux démons. Sans protester, ils passèrent sous son contrôle.

Jeanne s'agita sur le rocher. Il les avait maîtrisés si vite… Elle avait fait le bon choix en passant le portail. Elle avait besoin d'apprendre ces secrets, ce... pouvoir. Avec lui, elle pourrait tenir tête à qui elle voulait. Elle pourrait sauver Marco et il serait fier d'elle, il comprendrait pourquoi elle avait dû rester dans le camp d'Hao... elle 'devait' l'avoir. La jeune fille crispa ses poings dans sa robe. Comment...?

Puis elle se rendit compte que l'homme n'était plus en-dessous d'elle.

Elle cligna des yeux, et soudain il flottait devant elle. Autour d'eux il faisait sombre. Non, il faisait noir, comme s'ils flottaient dans le vide. Puis le noir sembla se remplir de volumes obscurs. Des murs de roche rouge les entouraient et bloquaient la lumière. Mais... il y avait une autre source de lumière, en-dessous d'eux. Elle baissa les yeux, et son souffle se bloqua. Ils se tenaient au-dessus d'un lac de lave bouillonnant; et elle se rendit compte que l'air était plus chaud qu'avant. Mais cela restait étonnamment supportable, bien plus supportable qu'il aurait dû être s'ils étaient vraiment à l'intérieur d'un volcan en activité. Quelque chose la protégeait.

Le Hao adulte se mit à rire. Elle releva la tête pour le regarder, les yeux écarquillés. Il était assis sur ses talons, juste au-dessus de la roche en fusion. La chaleur devait être impossible à cet endroit; ses cheveux et son habit auraient dû prendre feu, et lui avec. Mais il ne bougeait pas. Il ne semblait même pas inquiet. « C'est ce que tu pourrais faire, si tu te donnais à moi, » entendit-elle. Sa voix ne semblait cependant pas sortir de sa bouche; elle était tout autour d'eux, nichée au creux de son oreille comme un murmure délicieux. Il n'avait pas la voix du Hao qu'elle connaissait, non plus. Celle-ci était plus grave, moins rieuse, plus posée; elle ressemblait presque à celle de Shamash. Jeanne secoua la tête pour essayer de s'en libérer, avant de se figer en voyant Hao se pencher pour faire couler la lave entre ses doigts, comme s'il s'agissait de sable, ou d'eau inoffensive. « Tu n'as pas besoin d'avoir peur, petite fille. Avec ton pouvoir et mes secrets, tu seras invincible. Tu n'auras plus mal. Plus peur. Viens maintenant. Viens jusqu'ici. Il ne t'arrivera rien. »

La jeune fille tituba en avant, sans bien comprendre comment elle était capable de marcher si aisément dans les airs. Alors le volcan disparut, et une prairie couverte d'or prit sa place. Marcher devint plus simple, elle aurait presque pu courir jusqu'à lui. Il lui fit signe de s'asseoir, et elle obéit sans hésiter. Elle sentait battre contre ses veines toute l'énergie de cet homme capable de faire danser la lave et chanter le monde. Ce pouvoir énorme était à portée de ses doigts, et elle en avait besoin. Besoin pour quoi, déjà...? Elle n'était pas sûre de se souvenir. Il se pencha vers elle et commença à murmurer des choses à son oreille, lui faisant oublier sa vague inquiétude.

Cela dura une seconde ou un an, elle n'aurait pas pu le dire. Quand il se redressa et s'appuya contre l'écorce noire, Jeanne ne bougea pas. Elle ne pouvait plus. Du furyoku crépitait autour d'elle, mais elle n'aurait su dire si c'était le sien ou celui de son interlocuteur. Elle savait seulement qu'il était énorme et qu'il faisait comme une grande cape chaude dans laquelle elle pouvait s'emmitoufler.

Le décor changea et elle dut se remettre sur ses pieds en hâte pour ne pas tomber dans le vide. Elle se tenait sur l'extrémité d'une falaise. Hao était toujours devant elle, debout aussi, mais debout dans le vide. Le vent jouait dans ses cheveux, et il souriait toujours, calme, apaisant. « Viens, » murmura-t-il de nouveau. La gravité semblait en action à l'instant, elle ne pouvait pas simplement sauter en l'air sans retomber; mais elle avait pu flotter auparavant. Elle pourrait sûrement voler de nouveau s'il le fallait. Ce n'était pas grave si la falaise était haute, si des rochers se dressaient en-dessous; cela n'avait plus aucune importance pour eux.

« Viens, » dit Hao, impérieusement doux.

Et Jeanne fit un pas en avant.

« Quelle grossièreté... Pour qui se prend-il, celui-là? »

Jeanne cligna des yeux. Il y avait quelqu'un près d'elle, quelqu'un qu'elle n'avait pas remarqué avant. Avait-il été là tout le temps? Elle n'en avait pas eu l'impression. En fait, elle était plutôt convaincue qu'il n'y avait eu personne... si? La confusion était insupportable. Une espèce de marteau tapait dans son crâne. Ecouter l'homme en face d'elle était plus simple, bien plus simple... Une espèce de coup de jus parcourut son visage, la forçant à détourner ses yeux de l'avatar d'Hao. Instinctivement, elle se frotta les yeux, le front, les tempes. C'était comme si elle retirait un voile de son visage, ou plutôt une espèce de toile d'araignée collante et visqueuse. Lorsqu'elle regarda de nouveau, elle put voir un homme basané, enveloppé dans une grande robe de prêtre. Ses cheveux crépus étaient noirs à leur base, mais prenaient des accents dorés en s'éloignant de la racine, comme une auréole. Et ses yeux... ses yeux étaient blancs, aveugles, et pourtant il fixait Hao.

C'était la personne qu'elle avait vu en rêve, la forme humaine de Shamash. Il lui avait dit qu'il ne pouvait pas l'utiliser dans le monde réel... Alors n'était-elle que dans un rêve?

« Sh-shamash? » Sa voix lui paraissait altérée, éloignée, comme si elle parlait à travers de l'eau. Sa bouche était remplie de mélasse épaisse, les mots sortaient difficilement.

Détournant son regard d'Hao, le prêtre eut comme un sourire dans les yeux. Sa bouche resta plissée de colère, mais ce n'était pas pour elle, loin de là. « Concentre-toi. Souviens-toi de qui tu es, d'où tu es. Pourquoi te laisses-tu avoir par cette petite comédie? Quelle vérité y cherches-tu? Tu ne vas pas au fond des choses. Tu ne comprends pas le mécanisme, tu t'arrêtes à sa surface. »

Elle fronça les sourcils. « Je suis là pour... Pour...? » Elle ne se souvenait pas. Elle regarda dans la direction du double d'Hao. Elle pouvait encore le voir du coin de l'œil, la main tendue pour la faire approcher, la faire sauter – mais lui aussi semblait loin maintenant, si loin. Elle avait mal au crâne.

« Ne le regarde pas. Ne cède pas à son appel. Ton âme mourrait, » prévint Shamash d'une voix égale. « Elle se perdrait dans la sienne pour toujours, et seule une enveloppe sortirait d'ici. Tu deviendrais la meilleure des armes d'Hao, sans conscience, sans individualité. Je ne suis pas là pour te juger – toi seule entre tous – mais il faut que tu choisisses en connaissance des conséquences. »

L'espace autour d'elle semblait vibrer au son des mots de Shamash, et Jeanne se mit les mains sur les oreilles pour bloquer l'écho. Le néant... ce chemin l'y mènerait tout droit. Elle n'aurait plus jamais à réfléchir. Plus jamais besoin de souffrir ou de faire des choix compliqués... Mais pourquoi son cœur hésitait-il? C'était affreusement... tentant. Pourquoi...?

« Tu sais pourquoi, maîtresse, » dit Shamash. « Mais songes à tout ce que tu perds si tu choisis cette voie. Tu ne pourras plus trouver d'apaisement, de satisfaction. Tu n'accéderas pas au dénouement. Aucune des personnes impliquées ne le pourra. C'est le point final, si tu y vas. »

Il avait raison, évidemment. Quelque chose comme une nausée remonta dans sa gorge. « Si je retourne dans le monde réel... j'obtiendrai tout ça, tu crois? Un dénouement... » Elle hésita. Ça ressemblait un peu au néant. Peut-être que cela lui suffirait bien.

« J'en suis sûr, » souffla Shamash. Son apparence semblait parcourue de tressautements, comme s'il était vu par une mauvaise caméra. Il faisait plus chaud tout d'un coup, non? Elle se redressa et tenta de s'éloigner de la falaise, mais la gravité semblait avoir augmenté tout d'un coup. Son âme ne voulait plus bouger; chacun de ses pas demandait une énergie folle. Le sol tremblait sous elle, et ses oreilles sifflaient, l'empêchant de se concentrer. Mais elle devait... elle devait partir...

« Viens à moi, » entendit-elle Hao dire derrière elle. Shamash grogna et envoya comme une espèce d'onde jusqu'à lui, figeant toute l'image. Le sang qui battait aux tempes de Jeanne sembla se calmer.

« Nous n'avons plus beaucoup de temps. Il faut sortir d'ici, » dit-il. Jeanne acquiesça. La terre était en train de s'émietter sous elle, de redevenir couleur, de redevenir énergie. Sans personne pour croire au rêve, celui-ci partait en paillettes... Elle se souvint de l'avertissement. Il arrivait que les gens ne s'en sortent pas. Il arrivait que les gens se perdent, ici, et elle avait failli se perdre.

« Comment fait-on? » Il n'y avait pas de porte, pas de coin de l'image qu'elle pourrait déchirer. Hao était toujours là, la main tendue vers elle. Seuls ses yeux semblaient vivants; ils la suivaient, la demandaient encore.

C'est alors qu'elle se rendit compte qu'elle ne se souvenait plus de ce qu'il avait pu lui dire dans la prairie. Les mots étaient tombés dans son oreille comme des notes magnifiques, mais elles étaient ensuite tombées dans le néant, et il n'en restait rien. L'idée lui fit paniquer.

« Shamash, » dit-elle à haute voix, « Shamash, je ne me souviens pas. Je l'ai vu faire, je sais - mais je ne sais plus! » Elle revoyait le Shaman louvoyant entre les deux démons, disparaissant et réapparaissant comme si les lois qui gouvernaient le monde n'avaient plus de sens. C'était sûrement le moyen de sortir d'ici. Mais lui avait-il seulement dit comment faire? Elle ne se souvenait de rien.

Deux mains se posèrent sur ses épaules. « Du calme, » fit le prêtre derrière elle. « Ce qu'il t'a dit, tu t'en souviendras en temps et en heure. Aujourd'hui, je peux te ramener si tu me le demandes. Songe à l'endroit où tu veux aller, fais-en un tableau dans ton esprit, et appelle-moi, » tenta-t-il d'expliquer. Par leur lien, il envoyait des images aussi, d'elle soudain dans le désert, la neige, le trottoir d'une ville. Il suffisait de s'imaginer là-bas. Jeanne avait l'impression de comprendre, sans bien avoir compris. Sans se décourager, elle se concentra sur l'extérieur. « Plus précis. » Son lit en toile, dans la tente d'Hao. La lumière orangée qui enveloppait tout et saturait tout. Les duvets qui bruissaient d'une façon si agréable. Ses affaires pliées soigneusement dans son coffre. Puis elle leva la main, et Shamash vient s'y nicher, lui donnant l'impression d'un filet d'eau qui courait le long de son bras.

Alors le monde autour d'elle disparut, et elle se retrouva assise sur le coffre qu'il lui servait de valise. Comme elle n'avait pas imaginé 'tomber' de cette façon, elle glissa et faillit se faire mal.

Une espèce de vivat s'éleva au-dehors. La jeune fille fronça les sourcils et regarda autour d'elle: la chambre était vide, et la porte fermée. Ils étaient donc en train d'applaudir à quelque chose d'autre. Se redressant, la jeune fille s'assura qu'elle était entière. Elle ne se souvenait toujours pas de ce qu'Hao avait pu lui dire dans la prairie; mais Shamash n'avait pas été inquiet, alors elle décida de ne pas s'inquiéter non plus. Poussant le pan de tissu, elle jeta un coup d'œil dehors... et sursauta en arrivant nez-à-nez – ou plutôt nez-à-torse – avec Hao. 'Son' Hao, celui qui n'était pas encore adulte, celui qui souriait et dont la voix flûtée annonçait sa moquerie. Le revoir si tôt après renforçait son impression de l'avoir regardé dans un miroir déformant. Celui qu'elle avait vu... était-ce son 'vrai' visage? Est-ce que son âme correspondait à cette forme-là, en vrai?

Hao la regarda de haut en bas, puis sourit. « Tu as perdu ta langue, princesse? Ou quelque chose d'autre? »

L'albinos revint au présent. « N-non. Je n'ai rien perdu. Je veux juste sortir, mais vous me barrez le passage, » indiqua-t-elle en enfonçant son index dans le ventre du Shaman de feu. Il était chaud, tangible, humain. Au moins en apparence. Bon. Au moins elle était vraiment sortie du monde des illusions.

Hao ricana et s'effaça avec une révérence moqueuse. « Je m'en voudrais. Rackist vient de sortir aussi, il a l'air entier... Rassurée? Je t'avais dit que je ne lui ferais pas de mal. »

Jeanne leva un sourcil sceptique, mais ne dit rien. Elle n'était déjà pas sûre d'être elle-même intacte, alors le croire sur parole pour Rackist... Hao ne sembla pas s'en formaliser.

« Il devrait rester de la soupe, si tu te dépêches. »

C'était une façon comme une autre de la congédier, et Jeanne ne s'y trompa pas. Sans plus le regarder, elle sortit de la tente.

Hao la regarda rejoindre les autres, les yeux plissés. Elle était ressortie, c'était bien. Sans aide, encore mieux. Cette jeune fille-là était bien partie pour devenir dangereuse. Baissant les yeux, le brun vérifia sur le petit outil shamanique que Yamada lui avait bricolé. Elle scintillait désormais à deux cent cinquante mille points d'énergie. Oh oui, elle pouvait devenir dangereuse.

Pourtant, il ne se sentait pas inquiet.

'Shamash' lui avait dit qu'il pouvait l'emmener là où elle voulait aller. Et elle avait seulement pensé à ce lit dans leur tente, sans se poser de questions. Sans lui demander de retourner chez les X-Laws. Sans même se demander, à elle-même, comment son esprit aurait pu la suivre dans une épreuve qui n'était destinée qu'à elle et à Rackist. Ces deux-là n'étaient pas prêts de se comprendre, et pourtant même maintenant...

Non, il n'était pas inquiet.