Thème 2.4 Etreinte
— Tu pars ? Encore ?
— Ce sera court, ne t'inquiète pas. Juste l'histoire de quelques jours.
Leia pinça les lèvres et se détourna de Han. Ses yeux se baissèrent sur le bébé qu'elle tenait dans ses bras et qui dormait paisiblement. Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis sa naissance et elle avait fini par se faire à son existence et au fait qu'elle fût désormais mère, à défaut de réellement comprendre comment une telle chose avait pu lui tomber dessus à un des pires moments de sa vie. La Nouvelle République avait besoin d'elle. Elle faisait partie de leurs sauveurs et de leurs meneurs et elle ne pouvait que prendre part à la reconstruction de la galaxie, qui en avait tant besoin après tant d'années passées sous la coupe de l'Empereur et de son terrible Seigneur Sith – rien de moins que son propre père. Elle frissonna et, instinctivement, elle serra le bébé un peu plus contre elle sans que ce dernier n'en fût troublé. La vérité avait été douloureuse à connaitre et l'encombrait d'un sentiment de responsabilité supplémentaire bien qu'elle ne ressentît rien à l'égard de son géniteur. Qu'il fût là n'arrangeait pas ses affaires mais elle endossait son rôle comme elle le pouvait – son double rôle désormais.
Mais Han, lui, préférait fuir, autant la politique que son propre enfant. Leia le comprenait dans le premier cas, moins dans le second. Elle aurait cru que leur fils aurait au moins eu le mérite de le retenir un peu parmi eux ; mais Han n'avait pas mis longtemps à retomber dans ses vieux travers et dans sa vie de contrebandier en compagnie de Chewbacca et de ses quelques amis peu recommandables. Et rien de ce qu'elle lui avait dit jusque-là n'avait fonctionné. Il disparaissait et revenait et était absent plus qu'il n'était là. Ils avaient sauvé la galaxie ensemble, s'étaient mariés et avaient eu un fils mais Han n'avait sans doute jamais été aussi lointain que depuis ces dernières semaines. Comme si tout cela ne comptait pas tant pour lui et qu'il vouait un amour plus que profond pour son activité, ou un désir irrépressible de fuite et de liberté. Comme si eux-mêmes étaient une forme de prison dont il s'efforçait de s'échapper sans pleinement l'assumer.
La gorge de Leia se serra alors qu'elle sentait la main d'Han se poser sur son épaule. Il la serra mais ce geste, plein de sollicitude, ne lui apporta aucun réconfort. Il n'agissait ainsi que parce qu'il avait perçu son silence et son agacement à son égard ; c'était difficile de ne pas le réaliser. Dans ses bras, comme s'il discernait l'affliction de sa mère, Ben commençait à s'agiter mais ses yeux fermés indiquaient qu'il n'était pas encore totalement sorti du sommeil pour autant.
— Je reviendrai, Leia. Ce n'est –
— Tu dis cela tout le temps, Han, fit-elle en se retournant promptement pour ancrer son regard dans le sien, sans réaliser que Ben avait ouvert les yeux, réveillé par son mouvement brusque. Et effectivement tu reviens, pour partir ensuite au bout de deux jours. Sommes-nous donc si pénibles à supporter ?
— Bien sûr que non !
Le bébé commença doucement à vagir et Leia ne manqua pas la grimace qui orna un instant les lèvres de Han avant de s'effacer, comme s'il avait réalisé avoir effectué un faux pas. La déception la remplit tout entière et ses épaules s'affaissèrent. Elle soupira, amère et désemparée. Jamais ses absences ne cesseraient. Il la laisserait seule, seule à s'occuper de leur enfant alors qu'elle-même avait tant à faire. Il ne l'avait jamais désiré et ne désirait pas s'en encombrer.
Han ne lui laissa pas le temps de répliquer et il l'étreignit soudain. Elle écarquilla les yeux, surprise par cet élan d'affection, tandis que Ben hoqueta et se figea un instant. Cet enlacement ne dura pas et quelques secondes plus tard, seules ses mains la touchaient encore, posées sur ses bras. En un certain sens, il entourait également leur enfant de ses bras mais ce n'était pas volontaire.
— Je m'efforcerai d'être plus présent à l'avenir, je te le promets. Mais là je dois vraiment y aller.
Après un instant de flottement, il l'embrassa brièvement sur les lèvres puis il se détacha d'elle pour partir. Il s'enfonça dans la foule et bientôt, il disparut de sa vue. A cette heure l'aire d'atterrissage des vaisseaux spatiaux fourmillait de monde, lui facilitant ainsi la tâche. Leia n'avait pas besoin de le suivre pour savoir où il se rendait ; le Faucon Millenium était visible depuis sa position. Elle se mordit la lèvre, dépitée. Ce n'était rien de plus qu'une promesse, comme toutes les autres ; comme d'habitude, il ne la tiendrait pas. Il la lui avait déjà faite tant de fois, à chaque fois qu'il partait ; cette scène ne cessait de se répéter, irrémédiablement.
Une certaine lassitude la gagna et elle sentit à peine son bébé s'agiter dans ses bras tandis qu'elle retenait ses larmes, épuisée.
— Princesse…
Leia se retourna et aussitôt confrontée à une de ses subalternes, elle réendossa son rôle de politicienne et oublia ses larmes. Retourna dans un monde où Ben n'avait pas sa place.
— Je sais, je vous suis. Laissez-moi juste le temps de le confier.
Ce ne fut que l'affaire de quelques minutes, tant la manœuvre était habituelle. Un droïde de forme humanoïde ne tarda pas à récupérer le paquet et à disparaitre à l'intérieur du bâtiment, alors que ce dernier gigotait de plus en plus violemment et s'était mis à pleurer. Leia en entendit les échos mais préféra ne pas en tenir compter et l'écarter de ses pensées sans sourciller. Elle avait des responsabilités auprès de ses concitoyens et elle les assumerait jusqu'au bout.
Et cela devait passer par quelques sacrifices.
