N.B : Bonsoir à tous, lectrices visibles et invisibles qui prenez la peine de m'accompagner dans cette belle aventure! Je salue particulièrement ma gentille cousine, miriamme, qui a prit la peine de me partager un gentil commentaire même si elle ne suit pas la série Le Mentaliste. Merci mimi! Je remercie aussi toutes les lectrices qui ont eu la gentillesse de placer ma première expérience Mentaliste dans leur Favori ou Follow et merci à tous pour vos charmants commentaires et votre bel accueil. Je vous souhaite une belle lecture dans ce nouveau chapitre et amusez-vous. Au plaisir de vous retrouver bientôt! France-Éna :) xxx
Marina en banlieu du compté de Sacremento
Vendredi : 6h30 AM
- Mais qu'est-ce que c'est que cette coquille de noix? Se moqua Patrick Jane en affichant une expression faussement scandalisée.
- C'est un voilier, Jane, le nargua Lisbon en roulant des yeux. Et pour votre gouverne, ce truc là flotte sur les eaux.
- Ah! répliqua nonchalamment le blondinet en soulevant la petite croix argentée que Lisbon portait toujours autour du cou. Ce n'est pas plutôt le type que la bible a nommé Jésus qui a démarré cette étrange mode de marcher sur l'eau?
Mal à l'aise, Lisbon se recula légèrement et chassa la main de Patrick en lui jetant un regard noir.
- Jane! Gronda-t-elle. Vous êtes impossible.
- Peut-être… mais j'ai la certitude que vous aimez ma proximité, petite coquine, la taquina-t-il en lui lançant un sourire narquois.
- N'importe quoi! Vous prenez vos rêves pour la réalité, Jane, grommela la brunette en retenant le rire nerveux qui la gagnait.
Van Pelt et Rigsby échangèrent un sourire complice.
« Ce long week-end promettait d'être très coloré et pas du tout ennuyant avec ces deux grands enfants qui se prenaient pour des adultes sages et raisonnables, » songèrent-ils en se dévisageant.
Lisbon qui avait remarqué l'expression de ses amis, s'empressa de changer de sujet.
- Au fait, qui aura l'honneur de conduire ce magnifique navire en location? Interrogea-t-elle en balayant du regard Van Pelt, Rigsby et Jane.
Van Pelt éclata de rire.
- Mais vous, patron, argua la rouquine en haussant un sourcil. Wayne et moi avons quelques rudiments. Mais nous avons su de source sûre que vous déteniez vos papiers de capitaine pour ce type de voilier.
- QUOI! S'emporta la brunette. Mais qui vous a donné cette information? C'est erroné! Je ne connais rien à ce truc, bougonna Lisbon en respirant par le nez pour se calmer.
- Menteuse! Rigola Patrick en pointant son index devant le visage enflammé de sa patronne qu'il trouva très mignonne avec ses taches de rousseur éparpillés sur ses joues et son nez retroussé. Il l'examina attentivement et plongea son regard d'azur dans ses prunelles émeraudes. Petite cachottière, va, continua-t-il espiègle. Pourquoi refusez-vous de nous dévoiler vos nombreux talents cachés. Tut! Tut! Tut!
- Je ne comprends pas où vous voulez en venir, Jane, s'impatienta Teresa. Et cessez de vouloir entrer dans ma tête, bon sang. J'ai horreur de ça et vous le savez!
- Bien sûr que je le sais, Lisbon, sourit Patrick. Mais ça m'amuse d'essayer. Vous me rafraîchissez l'esprit.
Le consultant s'interrompit un bref moment, se pencha sous les regards intrigués de ses trois amis et s'empara d'un étui rectangulaire en cuir rigide qu'il tendit à Lisbon. Celle-ci fronça les sourcils d'un air interrogateur mais n'osa souffler mot.
« Qu'est-ce que son insupportable consultant mijotait encore?… »
- Ouvrez-le, Lisbon! L'encouragea Jane avec entrain. Je vous jure que vous ne le regretterez pas.
- Vous avez intérêt, Jane, sinon je vous jette par-dessus bord quand nous serons en mer, le menaça Teresa sans conviction.
Van Pelt et Rigsby pouffèrent de rire mais cessèrent aussitôt devant l'expression meurtrière de leur patronne.
- Allez! Ouvrez-le, patron, insista Grace. Ensuite, nous pourrons monter à bord du navire et mettre les voiles. On nous annonce une météo splendide aujourd'hui. Ça vaut le coup d'en profiter.
- D'accord, accepta Lisbon plus curieuse qu'elle n'osait le démontrer. C'est bien pour vous faire plaisir, Grace. Et je vous en prie. Puisque nous sommes en vacances, appelez-moi Teresa ou Lisbon. Nous sommes tous sur un même pied d'égalité ici.
- Merci, patron… hum… je veux dire, Lisbon, rougit la rouquine, ses yeux pairs brillant de plaisir.
Le cœur battant, Lisbon s'exécuta, souleva le couvercle de l'étui et s'esclaffa de stupeur. Un magnifique saxophone ténor dont les éclats dorés dansaient sous le soleil matinal lui coupèrent le souffle. Les mains tremblantes, elle caressa l'instrument, oubliant pour un instant le moment présent et les regards émus posés sur elle.
Transportée par une vague de souvenir, elle se revit, enfants, les cheveux sagement nattés, assise au piano près de sa mère adorée. Toutes deux s'amusaient à jouer à quatre mains l'hymne à la joie de Beethoven. Plus tard, au Lycée, elle avait adopté le saxophone. Lors du premier et dernier concert avec sa mère, elles avaient interprété un magnifique duo, le treizième mouvement du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns, « Le Cygne », pour piano et saxophone. Mais hélas, peu de temps après cette grande soirée, la petite Teresa et sa famille perdaient une mère et épouse bien-aimée.
Suite à cet événement tragique, la fillette n'avait plus touché à son saxophone sauf dans son esprit.
Dans ses rêves, sa maman et elle interprétaient leurs duos favoris dans une parfaite symbiose musicale. Certes, pour faire plaisir à ses frères quand ils se montraient trop agités, elle avait continué de leur jouer de belles œuvres au piano ou parfois à la guitare classique mais le saxophone était le jardin secret qui n'appartenait qu'à elle et sa mère. Même Jane qui avait tenté de lui arracher son secret quelques années plus tôt lorsqu'il l'avait invité à danser dans cette école, s'était heurté à un mur.
- Lisbon? L'interpella doucement Patrick qui la dévisageait avec inquiétude. Est-ce que ça va?
- Pardon? sursauta-t-elle, brusquement tirée de sa rêverie.
- Vous sembliez à des lunes d'ici, la relança Jane. Est-ce mon petit présent qui vous perturbe ainsi?
N'osant se prononcer, Lisbon jeta un regard en coin à son consultant. Elle hésita, puis décida de se jeter à l'eau mais sans trop se mouiller.
- Je vous remercie pour votre présent, Jane, souffla-t-elle en se raclant la gorge. Je vous promets que je vous revaudrai cela un jour, poursuivit-elle d'un ton énigmatique avant de pivoter vers Grace et Wayne.
Suivie de Jane qui ne semblait plus aussi pressé de monter à bord du grand bateau, Lisbon rejoignit Grace et Rigsby. Puis, tous se dirigèrent vers le voilier amarré au port.
Malgré le soleil éclatant, Lisbon frissonna. Un sombre pressentiment l'habitait. Était-ce l'effet de son rêve récurrent? Elle l'ignorait mais une étrange voix intérieure lui soufflait de demeurer sur ses gardes. Quelque chose se préparait et elle n'aimait pas ça du tout.
Bureau du CBI
Vendredi, 14 h.36 P.M.
À la troisième sonnerie, Kimball Cho qui sortait de la salle d'interrogatoire décrocha le téléphone.
- Kimball Cho à l'appareil. Que puis-je faire pour vous?
- Monsieur, Cho? Je suis Mira Smith du centre de climatologie de Los Angeles. Mon équipe et moi-même avons été mandatées pour aviser toutes les autorités de votre secteur d'une violente alerte météorologique. Une importante dépression s'est récemment formée dans le golfe du Mexique et se dirige droit sur Sacremento. Présentement, elle est au-dessus du Pacifique et d'après mes données, il semble qu'elle touchera d'ici deux heures une série de petites îles à proximité de Los Angeles, de la Baie de San Francisco et Sacremento.
La scientifique se tut un instant pour mesurer ses mot et poursuivit un ton plus bas.
Monsieur Cho, inutile de mettre des gants blancs. Votre ville et ses environs seront durement touchés et si la tendance se maintient, il existe de fortes probabilités que cette importante dépression se transforme en ouragan ou peut-être même en typhon. Je ne veux pas être alarmiste, monsieur Cho, mais je vous suggère fortement de vous préparer au pire et d'aviser les autorités concernées de planifier et coordonner une possible évacuation des régions à haut risque, dont la vôtre.
- C'est entendu, madame Smith, confirma Cho qui pâlit en songeant à ses quatre amis qui naviguait en mer dans une zone à risque, inconscient du danger qui les menaçait. J'en informe mes supérieurs et les autorités civiles afin que le plan d'évacuation soit exécuté immédiatement.
- Merci de votre coopération, monsieur Cho, le remercia Mira. Nous restons en contact. Si des changements se présentent concernant le possible ouragan, Roméo, je vous en avise sur l'heure.
- Ça va de soi, madame, approuva Cho qui s'emparait déjà de la carte maritime et des coordonnées que lui avait laissé Van Pelt pour les étudier avec attention.
Le cœur de l'asiatique s'emballa. S'obligeant à maîtriser la peur et l'inquiétude qui le gagnait, il récapitula mentalement les enseignements de ses maîtres en arts martiaux, se concentra et dirigea ses énergies dans la maison la plus calme de son esprit. Pour aider efficacement ses amis et les victimes du monstre qui fonçait droit sur eux, il devait rester calme et stoïque.
Fidèle à ses principes et à l'amitié sincère qu'il vouait à son équipe, Cho souleva le combiné du téléphone et commença ses appels d'urgence. Malgré tout le travail qui l'attendait, jamais il n'abandonnerait ses amis qu'il considérait comme sa véritable famille.
Océan Pacifique
Vendredi : 15 h.24 P.M.
Sous l'effet d'une mer de plus en plus houleuse, Patrick Jane sentit le navire tangué sous ses pieds. Il faillit perdre l'équilibre et s'agrippa à Lisbon bien campée devant le gouvernail.
Secondée par Van Pelt et Rigsby, la jeune femme n'aimait pas du tout la couleur du ciel qui fonçait de minute en minute. De lourds nuages cachaient le soleil, engloutissant la lumière et la chaleur qui à peine une heure plus tôt leur caressaient la peau.
- Nom d'un chien! Se lamenta Jane. Toutes ses secousses me donnent la nausée.
- Et moi qui croyait que vous aviez le pied marin, se moqua Lisbon afin de chasser ses appréhensions au sujet de cette foutue météo qui se gâchait à vue d'œil.
- Je suis un humain, Lisbon, pas un mammifère marin, riposta Patrick d'un ton bourru. Entre vous et moi, je préfère la terre ferme.
- Je comprends, Jane, s'adoucit Teresa. En revanche, je ne saisis pas ce qui se passe avec la météo qui s'annonce soudain aussi mal. Ce n'était pas prévu. Grace et Rigsby l'ont pourtant bien vérifiée ce matin. Celle-ci nous prévoyait un temps idéal pour la navigation. À présent, j'ai le sentiment que si le vent continue d'augmenter, nous risquons de gros problèmes. Je ne veux pas vous effrayer, Jane, mais si j'étais vous, j'enfilerais vite un gilet de sauvetage.
Joignant le geste à la parole, Lisbon tendit un gilet orange à Patrick qui l'endossa, un pauvre sourire sur ses lèvres desséchées par l'angoisse.
Lisbon enfila le sien à son tour.
- Grace! Ordonna-t-elle fermement. Dans votre état, je ne veux plus vous voir sur le pont. Enfilez votre gilet de sauvetage tout de suite et descendez en bas vérifier la radio. Essayez de joindre le garde côte pour indiquer notre position et intercepter les appels. Jane!… poursuivit-elle en se retournant vers lui, ses cheveux bruns plaqués sur son visage. Accompagnez Grace et aidez-la. Je serai plus tranquille en la sachant à vos côtés.
Jane hocha la tête, plongea ses yeux bleus dans ceux de Lisbon et s'approcha péniblement d'elle en luttant contre une violente rafale de vent qui le projeta contre le corps de la jolie brunette. Le souffle coupé par le choc, Teresa laissa échapper un hoquet de surprise et de douleur.
- Aïe! Nom de dieu! Faites attention, Jane. Vous avez failli me briser les os.
- Je suis désolé, Lisbon, s'excusa Patrick. Il empoigna la main gauche de la jeune femme pour la libérer discrètement de sa douleur tout en profitant de son contact et de sa chaleur. Je ne voulais pas vous blesser. Ce fichu vent m'a poussé malgré moi.
- C'est bon, Jane. Se désola à son tour Teresa. Pardonnez ma réaction. Je sais bien que vous n'y êtes pour rien. C'est moi qui suis à cran.
D'un geste synchronisé, le blond et la brunette levèrent la tête vers le ciel pour vérifier ce qui les attendaient.
Une fraction de seconde plus tard, Wayne et Grace les imitèrent.
Horrifiés, les quatre amis se serrèrent les uns contre les autres comme une portée de chatons effrayés, incapables d'émettre le moindre son. Une forme cylindrique, monstrueuse et noire, se dirigeait droit sur eux pendant que l'océan en colère se gonflait d'immenses vagues. Secoué par les éléments déchaînés, le navire sous la direction habile de Lisbon luttait ferme pour se maintenir à flot.
Comble de malchance, une pluie diluvienne d'une violence inouïe s'abattit brusquement sur le petit groupe.
- Je n'y vois plus rien, paniqua Grace, ses longs cheveux roux ruisselant dans son dos. Frigorifiée, la jeune femme claquait des dents et grelottait de tout son corps. La pluie et les vagues nous empêchent de discerner les obstacles. Nous naviguons à l'aveuglette, cria-t-elle au travers le hurlement du vent pendant que les vagues rugissantes soulevaient le bateau de plus en plus haut.
- Je sais, hurla Teresa. Les instruments s'affolent et il me semble que certains sont défectueux. Elle s'interrompit lorsqu'un éclair zébra le ciel et qu'une série de claquements de tonnerre leur déchira les tympans. Jane! Reprit-elle en tentant de maîtriser les tremblements de sa voix. Qu'est-ce que vous attendez? Descendez immédiatement avec Van Pelt.
- Pas avant que vous enfiliez un blouson chaud, Lisbon. Se buta-t-il. Ne vous sauvez pas. Je reviens dans peu de temps.
- Ne vous inquiétez pas, Jane. Je reste au poste, s'efforça-t-elle de plaisanter.
- Lisbon? La prévint Rigsby en hurlant. Ça va secouer de plus en plus. S'il vous plaît… Tournez-vous vers moi. Il sortit une corde jaune d'allure très robuste utilisée par les marins pour jeter l'ancre, l'enroula autour de sa taille fine et l'attacha solidement à une poutre. Il fit de même pour lui, puis il lui tendit un couteau suisse très effilé. Vaut mieux être attachés, patron. Ça va nous éviter de passer par-dessus bord, grommela Wayne. Il plissa les yeux pour percer la muraille de pluie et d'obscurité pendant que Teresa reprenait le gouvernail et conduisait le voilier dans une montagne russe liquide qui soulevait et abaissait leur embarcation dans cet océan hostile.
De son côté, Patrick guida péniblement Grace vers la cale en la soutenant fermement et l'amena devant la radio et le système de communication.
En s'asseyant, la jeune femme émit un faible gémissement qu'elle ne put contenir et rougit, légèrement embarrassée.
- Ça ne va pas, Grace, s'inquiéta le mentaliste qui avait perçu la faible grimace de douleur qu'elle tentait de lui dissimuler. Son teint livide ne le rassurait guère. La jeune femme semblait épuisée et à bout de nerfs. Il la comprenait parfaitement.
- Ça va aller, Jane, le rassura Van Pelt.
Rapide et efficace, elle tapa différentes commandes sur son clavier, tourna quelques boutons lumineux et plaça son oreillette au sommet de sa tête pour lancer ses appels S.O.S. et informer les secours de leur position. Elle croisa les doigts en espérant que la tempête ne les ferait pas trop dévier de leur position initiale.
" Ne vous inquiétez pas. Tout se passera bien pour moi… " Elle se tut un bref instant et ajouta en changeant brusquement de sujet : " Hé, Jane?… Si vous souhaitez remettre du matériel à Lisbon et Rigsby, ne tardez pas et soyez prudent."
Munie d'un esprit raffiné, la jeune femme savait que Patrick était très soucieux de la sécurité de Lisbon tout comme elle s'inquiétait pour Wayne. Depuis des années, leur équipe avait vécu des joies et des peines qui avaient renforcé leur complicité et leur amitié.
Déterminé, Jane fouilla dans un placard.
Lorsqu'il trouva enfin ce qu'il cherchait, il retira quatre blousons imperméables et deux mallettes. De la première, il en sortit quelques fusées éclairantes et photographia mentalement les lieux, mémorisant chaque détail ou objet risquant de leur être utiles au cas où… De la manière dont se présentaient les événements, il était possible qu'ils en eussent besoin plus tôt qu'il ne le pensait.
- Tenez, Grace, l'encouragea aimablement Jane d'un ton presque calme. Endossez ce blouson pour vous tenir chaud. Je vais revenir vous assister très vite.
- Merci, Jane, lui souffla Grace entre deux appels.
- Il n'y a pas de quoi, sourit bravement le consultant.
Il aida la belle rousse à enfiler son blouson et son gilet de sauvetage pendant qu'elle continuait inlassablement ses appels de détresse. Ensuite, il se vêtit à son tour avant de remonter dans la tourmente. Il avait une chose importante à communiquer à Lisbon et cela ne pouvait attendre.
Sur le pont, Lisbon et Rigsby trempés jusqu'aux os et dégoulinant de pluie se débattaient contre la violence des éléments. Tous deux grelottaient de froid et de peur mais s'accrochaient courageusement à leur mission de maintenir le navire à flot.
- Attention! hurla Lisbon en serrant les dents. Vite Rigsby! Aidez-moi à tourner ce moulinet à bâbord. Il faut éviter d'attraper la prochaine vague de front, sinon on va chavirer.
Les deux amis réussirent à se fondre dans la vague mais ils n'étaient pas au bout de leur peine. Loin de là!
Luttant contre les violentes rafales de vent, Patrick Jane, courbé en deux, s'avança vers Lisbon et Rigsby. Comme ses deux compagnons, le consultant s'était concocté un système de sécurité à la manière des alpinistes. Attaché et guidé par une corde horizontale, il rejoignit les deux navigateurs.
- Je vous apporte ceci, s'égosilla-t-il pour dominer de sa voix le rugissement des vagues et le grondement du vent. D'une main, il tendit un des blousons à Rigsby et enveloppa Lisbon de l'autre.
À la vue du piètre état de la belle brunette, le cœur de Jane se serra. La pauvre faisait peine à voir ainsi grelottante et trempée jusqu'aux os. Ses joues livides, ses traits tirés et les cernes noires sous ses yeux verts démontraient à quel point elle était épuisée. Ainsi exposée au froid et à l'humidité, Jane craignait que Lisbon ne souffre bientôt d'hypothermie.
Il la frictionna vigoureusement pour la réchauffer et sentit sous ses mains les soubresauts de son corps. Pourtant, Teresa continuait de s'acharner à piloter le navire sans se plaindre.
- Mer… Merci, Jane, grelotta-t-elle. Maintenant, je vous suggère de…
Ses yeux émeraude s'écarquillèrent brusquement et un hoquet d'horreur franchit ses lèvres lorsqu'elle vit l'immense vague qui fonçait droit sur leur navire. Jamais leur voilier résisterait à un tel monstre. Ils étaient foutus. Elle en était presque certaine.
- Rigsby! Hurla-t-elle en déglutissant. Allez chercher Van Pelt. Je veux que nous restions ensemble. Jane!... Haleta-t-elle en lui jetant un rapide coup d'œil. J'ai besoin de vous pour maintenir ce rafiot et attaquer la prochaine vague.
La gorge serrée, Patrick hocha la tête tandis que Rigsby, le cœur battant la chamade, s'empressait d'aller chercher Grace. S'ils devaient sauter par-dessus bord, elle serait à ses côtés.
Lorsque le jeune homme rejoignit Grace qui continuait inlassablement de lancer ses appels de détresse, le bateau tanguait tellement qu'il se demanda s'il n'était pas en train de chavirer.
- Viens, Grace! La pressa Rigsby en l'attirant vivement vers lui. Partons d'ici. Nous risquons de chavirer.
- Le bateau pneumatique... on peut l'utiliser? Interrogea brièvement la rousse.
- Jane s'en est occupé, lança Rigsby au hasard, souhaitant intérieurement ne pas se tromper. Allez! Viens! Lisbon veut qu'on reste ensemble.
D'un geste rapide, Wayne noua une corde autour de la taille légèrement arrondie de son épouse, puis noua l'autre extrémité autour de son torse.
Grace attrapa deux lampes frontales. Elle en glissa une autour de ses cheveux roux et tendit l'autre à Rigsby qui fit de même.
Une fois sur le pont, le couple se courba jusqu'à ramper sur le sol mouillé. Le vent puissant les propulsait sans cesse vers l'arrière et les empêchait de respirer, rendant difficile leur avancée pour rejoindre Jane et Lisbon.
Une forme noire vola soudain dans leur direction et heurta violemment le couple. Grace poussa un hurlement de douleur. Terrifié, Wayne se retourna pour lui porter secours mais elle était disparue. Mort de peur, il ouvrit la bouche pour crier son nom mais une force inouïe le souleva dans les airs et le catapulta contre le mât qui s'effondra en même temps que lui. Une douleur intolérable, cuisante, le frappa de plein fouet au niveau de sa cage thoracique. Incapable de reprendre son souffle, Rigsby sombra dans les ténèbres.
Postés devant le gouvernail, Lisbon et Jane entendirent au travers les rugissements du vent et des vagues les cris de détresse de Van Pelt et Rigsby. Folle d'inquiétude, Teresa fit un mouvement pour courir à leur secours mais Jane la retint.
- Laissez-moi, Jane! Se débattit la brunette d'une voix à la fois furieuse et désespérée. Jamais je n'abandonnerai Van Pelt et Rigsby! Laissez-moi, bon dieu! sanglota la brunette sans même s'en rendre compte.
- Tout comme vous, Teresa, je refuse aussi de les abandonner, riposta Jane avec force. Je vous le jure! Nous les retrouverons vivants. Mais nous ne pouvons rien faire pour l'instant. TERESA... insista-t-il en articulant lentement son prénom. Nous avons besoin de vous. Vous seule pouvez conduire ce bateau dans cet enfer.
La mâchoire serrée sous l'effort, Lisbon ne répondit pas mais hocha imperceptiblement la tête, signifiant ainsi à Patrick qu'elle avait saisi l'importance de leur enjeu. SURVIVRE.
Une fois de plus, Lisbon et Jane combinèrent leurs forces pour guider le navire qui se fondit dans la vague.
Secoué de tous côtés, le voilier monta et descendit, tanguant dangereusement à gauche et à droite mais ne chavira pas.
Malheureusement, un fort courant aspira le bateau qui tourbillonna comme un manège dans la tourmente.
Jane et Lisbon se pétrifièrent soudain d'horreur lorsqu'ils discernèrent dans l'obscurité une ombre immense, menaçante, qui se dressait face à eux.
- Je crois que nous sommes foutus, Jane, chuchota Lisbon d'un air désolé.
Pour toute réponse, Jane prit la main de la brunette entre les siennes et la pressa très fort, désireux de lui démontrer qu'en dépit de tout, il n'avait aucune intention de l'abandonner, ni elle ni les autres. Mais tous deux savaient qu'ils ne pouvaient plus lutter contre la puissante rafale de vent qui propulsa leur bateau contre le récif.
Sans desserrer leurs mains, Jane et Lisbon inspirèrent profondément et sautèrent par-dessus bord, engloutis par le froid glacial et les ténèbres.
*** À SUIVRE ***
Je sais que la fin de ce chapitre est dramatique, mais soyez confiant(e)s. Nos héros sont coriaces. Au plaisir du relire et à bientôt!
