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DE VRAIES VACANCES
Si on avait dit à Megan un an plus tôt qu'elle passerait chez les Weasley un de ses meilleurs étés, elle ne l'aurait jamais cru. Elle passait beaucoup de temps avec les jumeaux, Ron et Ginny à jouer au Quidditch dans leur verger à l'abri des Moldus, à se lancer des pommes ou des boulettes de papier, et la benjamine de la famille se révélait parfaitement vivable lorsqu'elle ne se mettait pas à parler de Potter – ce qui arrivait tout de même bien trop fréquemment aux yeux de Megan. Percy présentait une autre forme d'agacement puisqu'il ne sortait de sa chambre que pour les repas au cours desquels il ne parlait que du ministère de la magie ou se réjouissait de la météo. Ron expliqua à Megan que son frère avait tout un plan de carrière en tête, avec pour objectif au long terme de devenir ministre de la magie, ce qui l'opposait en tous points aux jumeaux qui semblaient n'avoir pour seul projet que l'invention de nouvelles blagues ou l'écoulement massif d'un stock de pétards du Dr Flibuste dans leur chambre, ce que Megan trouvait bien plus distrayant.
La maison des Weasley était elle-même était une source d'occupation : une pendule avec une seule aiguille variait entre « heure du thé », « heure de nourrir les poulets » ou encore « tu es en retard », une horloge dont les aiguilles représentaient les neuf membres de la famille Weasley indiquaient « A l'école », « Au travail » et restaient loin de « En danger de mort ». Il y avait aussi un miroir au-dessus de la cheminée de la cuisine qui lançait parfois des remarques sonores sur la tenue vestimentaire de ceux qui passaient trop près. Ainsi Megan se vit plusieurs fois reprocher de porter des tenues trop sombres ou de mal coiffer ses cheveux. Elle découvrit aussi qu'une goule vivait dans le grenier après l'avoir entendue se lancer dans un concert infernal de tuyaux une nuit que la créature trouvait trop calme.
Megan ne s'enfermait pour lire que lorsqu'elle se sentait mal à l'aise, mais cela lui arriva de moins en moins au fur et à mesure que l'été avançait. Seul l'éternel discours de Ginny sur le fantastique Harry Potter la poussait à s'éloigner de la famille pour s'enfermer dans un monde de papier, d'encre et de savoir.
Harry Potter, lui, ne semblait pas penser aux Weasley. En effet, au milieu du mois de juillet, Ron commençait à se demander sérieusement pourquoi son ami n'avait répondu à aucune de ses nombreuses lettres.
- Je suis sûr que c'est la faute d'Errol, affirma Ron un matin au petit déjeuner. Il est trop vieux pour tenir la distance, si ça se trouve Harry n'a jamais reçu aucune lettre à cause de lui. Je voudrais vraiment pouvoir utiliser un autre hibou…
Megan, la tête dans son thé chaud et ses petits pains, ne fit aucun commentaire : chaque fois que Ron voulait envoyer une lettre à Potter, elle s'arrangeait pour qu'Eleyna, sa propre chouette, soit partie chasser pour un long moment : hors de question qu'on se serve de sa chouette pour faire venir Potter ici.
- Demande à Percy, dit Ginny. Son hibou est tout neuf, il sera sûr d'arriver à destination !
Megan jeta à la jeune fille un regard désapprobateur. C'était très bien que Potter reste coincé chez ses Moldus ! En effet, Percy s'était vu offert un nouvel hibou l'an dernier lorsqu'il avait été désigné comme préfet : Hermès. Il était bien plus probable que Potter reçoive ses lettres grâce à lui, contrairement au vieux hibou de la famille, Errol, complètement épuisé par ses longues années de bons et loyaux services.
- Déjà fait, ronchonna Ron. Mais il ne veut pas me le prêter, il dit qu'il en a besoin.
- Besoin pour quoi ? s'étonna George en arrivant à son tour dans la cuisine.
- Va savoir !
Après le petit déjeuner, Megan sortit dans le jardin, une étendue verte envahie de mauvaises herbes au milieu d'une pelouse abondante et désordonnée, avec des arbres noueux plantés le long des murs, des massifs débordant de plantes et de fleurs appartenant au monde magique, et au milieu une grande mare verte envahie de grenouilles. Elle voyait des gnomes s'agiter dans les massifs de pivoines, malgré le dégnomage qu'elle avait effectué trois jours plus tôt avec les frères, mais avant qu'elle n'ait eu le temps de se pencher vers la petite créature repoussante, un bruit anormal mais familier lui parvint depuis le garage délabré. Curieuse, elle s'approcha et trouva Arthur en train de donner des coups de baguette inutiles sur un appareil noir et vrombissant jetant des feuilles blanches à travers la pièce, que Megan identifia comme une imprimante.
- Megan ! s'exclama l'homme en levant les yeux un instant. Je suis un petit peu occupé pour le moment, cet engin refuse de s'arrêter…
Il y avait une imprimante dans le bureau de Roger, que Megan avait déjà dû utiliser quelques fois. Mais l'imprimante d'Arthur voletait dans la pièce, ce que celle de Roger ne faisait pas.
La jeune fille entra dans le garage, attrapa l'appareil au vol et appuya sur le bouton power. Aussitôt l'imprimante s'arrêta et retomba sur le sol avec fracas.
- Incroyable ! s'exclama Arthur, admiratif. Comment tu as fait ?
- Pour arrêter les appareils Moldus, il faut le débrancher, enlever les piles ou juste appuyer sur le bouton on/off, répondit Megan en haussant les épaules. Mais d'habitude les imprimantes ne volent pas, fit-elle remarquer.
- Euh, oui, je sais, répondit le père de famille d'un air un peu gêné.
Megan regarda autour d'elle et constata que le garage était rempli d'objets Moldus dont certains avaient subi des modifications comme une table à repasser dotée de pieds de canard ou un étendoir à linge pourvu de bras humains.
- Qu'est-ce que c'est que tout ça ? demanda-t-elle d'un ton vaguement intéressé.
- Un passe-temps, avoua Arthur d'un air coupable. Je… récupère des objets Moldus et je leur fais subir quelques expérimentations magiques.
- Intéressant, admit Megan. Bien que totalement illégal.
- Certes, enfin, non, si tu regardes bien la loi…
- Je m'en fiche, affirma-t-elle d'un ton neutre. Vous pouvez bien faire ce que vous voulez. Tant que vous vous faîtes pas attraper…
Arthur hocha la tête, pris de court par la réaction de la jeune fille. Celle-ci quitta le garage et alla se promener dans le jardin, profitant du soleil et du calme pour réfléchir. La nuit passée, elle avait à nouveau rêvé de Voldemort, elle entendait sa voix l'appeler, encore et encore. A la fin de l'année dernière, elle avait aidé Potter à empêcher Voldemort s'emparer de la Pierre Philosophale, et ce dernier s'était enfui. Depuis, elle ne pouvait s'empêcher de se demander où il en était, ce qu'il devenait, et si elle allait à nouveau croiser sa route. Si l'occasion de contribuer à son retour se représentait, quel choix ferait-elle ? Une nouvelle ascension du Seigneur des Ténèbres pourrait signifier le retour de la gloire des Malfoy, la fin de Potter, permettre à Megan de connaître la vie que lui avait décrite les Malfoy, lorsque les gens comme elle, comme ses parents ou comme les Malfoy n'avaient rien à craindre, pouvaient assumer leurs convictions et leurs allégeances au grand jour, lorsqu'Azkaban n'était pas une menace. Mais dans cette vie-là, les Weasley seraient en danger, en tant que traîtres à leur sang, amis des Moldus et fervents opposants à Voldemort, Hermione encore plus, elle qui était une moins que rien car née de parents Moldus.
Megan avait trop de questions, et pas assez de réponses. Elle voulait savoir quel était la bonne voie, elle voulait savoir pourquoi elle avait été envoyée à Gryffondor, elle voulait savoir qui avait tué ses parents, elle voulait savoir si elle devait aider Voldemort à revenir ou au contraire l'en empêcher. Mais si elle posait ces questions à des gens tels que les Weasley, Potter, Granger ou encore Lee Jordan avec qui elle s'entendait si bien, elle connaissait déjà la réponse, et il en était de même si elle s'adressait aux Malfoy ou à Snape. Aucun d'eux ne semblait connaître la vérité, chacun ne voyait que ses propres intérêts. Elle, elle avait quelque chose à gagner dans chacune des options.
Megan s'assit sur le muret qui entourait le jardin des Weasley. Une araignée grimpa sur sa main et elle la regarda courir sur sa paume, en faire le tour alors que Megan tournait sa main pour l'empêcher d'en descendre.
- Eh, Maman demande si tu as des allergies, elle veut faire une tarte aux rognons pour ce soir.
Megan tourna la tête vers Ron qui arrivait dans sa direction.
- Non, rien, répondit-elle en reportant son attention sur l'araignée qui gambadait toujours sur sa main.
- Qu'est-ce que tu – Oh, non !
Megan s'alarma aussitôt, prête à dégainer sa baguette, mais il n'y avait aucun danger. Ron avait simplement fait un bond en arrière en voyant l'araignée.
- Qu'est-ce que t'as ? demanda Megan en fronçant les sourcils.
- Comment tu peux la prendre sur ta main ? s'exclama Ron en fixant l'arachnide. C'est dégoûtant, c'est…
- Quoi, t'as un problème avec les araignées ? demanda Megan, amusée.
- Quand j'avais trois ans, Fred a transformé mon ours en peluche en une grosse araignée répugnante, raconta Ron, plus blanc que d'habitude sous ses taches de rousseur. Depuis, elles me font horreur.
Megan ne put s'empêcher d'en rire. Elle se retint cependant de lancer l'arachnide sur son ami, bien que cela l'aurait beaucoup amusée.
Elle laissa la petite bête revenir à la nature, et suivit Ron à l'intérieur pour aider Molly à préparer le prochain repas. La mère de famille avait un grand usage de la magie dans ses préparations, mais des paires de mains supplémentaires n'étaient jamais de trop.
- Pourquoi tu n'es pas au travail, au fait, papa ? demanda George lorsqu'Arthur revint dans la maison, après visiblement terminé de se débattre avec l'imprimante volatile.
- J'ai pris ma journée, répondit l'intéressé en allant se laver la main dans l'évier où deux brosses ensorcelées faisaient la vaisselle. Je n'avais pas envie de revoir la sale tête de cet odieux Malfoy aujourd'hui.
- Lucius ? lâcha Megan sans réfléchir, se tournant vivement vers lui.
- Oui, Lucius Malfoy. Tu as peut-être déjà entendu parler de lui. C'est un type malsain et opportuniste. Et peu importe qu'il ait prétendu agir sous l'emprise de l'Imperium quand Tu-Sais-Qui était au pouvoir, je sais parfaitement que c'était un de ses fervents partisans.
Megan hocha la tête. Oui, elle savait mieux que personne que Lucius Malfoy et sa famille étaient devenus des Mangemorts sans qu'aucun sortilège n'ait été nécessaire pour forcer leur volonté. Mais elle ne pouvait rien dire devant Arthur, de plus aucun ici n'avait besoin de savoir combien elle avait été proche des Malfoy. Aussi, elle serra les dents et se retourna vers les pommes de terre qu'elle était en train d'éplucher – ce qu'elle n'avait encore jamais fait de toute sa vie.
Megan profita de ses fantastiques vacances auprès des Weasley, échangeant avec Hermione de temps à autres, jusqu'à ce que le nom de celui qu'elle haïssait plus que tout revienne assombrir le tableau. Fin juillet, Potter n'avait toujours pas répondu aux lettres de Ron, et celui-ci commençait à sérieusement s'en inquiéter. Il fit part de cette inquiétude à ses parents qui envisagèrent d'aller le chercher eux-mêmes le vendredi suivant s'ils n'obtenaient toujours aucune réponse d'ici-là. Megan n'était absolument pas ravie de cette perspective, car l'arrivée de Potter au Terrier signifiait la fin de ses belles vacances. Cependant elle ne pouvait pas dissuader Ron d'inviter son meilleur ami chez lui.
Le 30 juillet au matin, Ron entra en trombe dans la chambre de sa sœur pour réveiller Megan. Celle-ci, surprise, eut le réflexe de brandir sa baguette d'un air menaçant, effrayant quelque peu son ami.
- Viens dans la cuisine, chuchota-t-il pour ne pas tirer Ginny de son sommeil. On a eu une idée avec Fred et George.
Sachant pertinemment qu'une idée émanant des jumeaux signifiait une entorse à quelques lois et un peu d'aventure, Megan sortit de son lit en plissant les yeux pour s'adapter à la soudaine luminosité, enfila un pull par-dessus son pyjama et descendit à la cuisine. Il n'y avait que les jumeaux, qui étudiaient une carte.
- On devra seulement filer vers l'ouest, disait l'un des deux, Megan étant encore trop fatiguée pour les distinguer. En plus il y a peu d'autoroutes par-là, ce sera sans danger.
- On va où ? demanda Megan en se laissant tomber à côté d'eux tout en attrapant un pain et de la marmelade.
- A Privet Drive, Surrey !
- Et il y a quoi là-bas ? Un combat illégal de Fléreurs ? Une vente inédite du Dr Flibuste ?
- Non, c'est un quartier Moldu, c'est là qu'habitent l'oncle et la tante de Harry, répondit Ron.
- Mmmf.
- Comme il n'a toujours pas répondu et que c'est son anniversaire demain, on a décidé d'aller le chercher, annonça George.
- Et on va faire commeeeent ? bâilla Megan.
- Papa doit passer la nuit au ministère demain soir, expliqua Fred. Quand tout le monde dormira, on prendra la voiture, et on sera rentrés avant leur réveil.
- Surrey… C'est super loin d'ici en voiture, leur fit remarquer Megan. Pourquoi on y va pas autrement ?
- On peut pas y aller en balais sans se faire repérer et les maisons de Moldus ne sont pas reliés au réseau de la poudre de Cheminette, répondit George. Mais la voiture à un réacteur d'invisibilité, on peut se cacher dans les nuages, et puis de toute façon la nuit personne ne risque de nous voir.
- Les nuages ? répéta Megan. Comment tu vas cacher la voiture dans les nuages ? Elle… Oh ! Arthur l'a bidouillée pour qu'elle puisse voler, c'est ça ?
- Exactement.
L'arrivée de Molly dans la cuisine interrompit la conversation sans qu'elle ne s'aperçoive de rien, et Fred s'empressa de dissimuler la carte. Les quatre enfants prirent leur petit déjeuner sans plus en reparler. Lorsque Percy arriva à son tour dans la cuisine, il était d'une bonne humeur louche, mais Megan ne s'intéressait pas là lui, elle le trouvait bien trop ennuyeux.
- Papa est encore là ? demanda-t-il à sa mère.
- Oui, comme il va faire une très grosse journée demain, il fait quelques réserves, répondit Molly en lui servant des saucisses dégoulinantes de graisse. Oh !
Tous les regards se tournèrent vers la fenêtre que Molly fixait, une poêle toujours suspendue au-dessus de l'assiette de Percy. Megan vit alors une chouette hulotte arriver droit vers le Terrier en portant une grande enveloppe carrée et Percy alla ouvrir la fenêtre pour la laisser entrer. La chouette atterrit sur la table de la cuisine entre le beurre et le jus de citrouille et leva la patte droite. Percy dénoua la ficelle sous les regards de toute sa famille. Il ouvrit l'enveloppe et parcouru des yeux le parchemin qu'elle contenait. Lorsqu'il eut terminé, il hocha la tête avec un léger sourire.
- Très bien, dit-il seulement.
- Très bien ? répéta Molly. Mais enfin montres-nous !
Avec toujours ce petit sourire, il leur tendit le parchemin, très calme. Fred, George, Ron, Megan et Molly lurent alors les résultats qu'avait obtenu « Perceval Igniatus Weasley » au Brevet Universel de Sorcellerie Elémentaire.
- Douze BUSE ! s'exclama fièrement Molly en allant serrer son fils dans ses bras. Félicitations ! Comme Bill !
Megan leva la tête vers Fred et George. Tous deux grimaçaient, visiblement pas impressionnés le moins du monde par les résultats de leur frère.
- Ça sent le deuxième préfet-en-chef, ronchonna Fred.
- Vous feriez bien de prendre exemple sur Percy et Bill ! lança leur mère, rayonnante de fierté. Vous passerez vos BUSE l'an prochain !
Bill était le fils aîné de la fratrie Weasley, travaillant en Egypte pour Gringotts, la banque des sorciers, et les jumeaux n'avaient pas l'intention de suivre ses traces, Megan le savait parfaitement.
Percy récupéra ses résultats, termina son petit-déjeuner puis remonta dans sa chambre sans commentaire supplémentaire. Les jumeaux firent immédiatement part de leur surprise : il ne s'était absolument pas vanté de ses brillants résultats. Cette remarque eut le don d'agacer Molly qui se mit à tempêter sur les mauvais résultats des garçons comparés à ceux de leurs frères aînés et sur le mauvais exemple qu'ils donnaient à Ron, Ginny et Megan. Cette dernière voulut protester mais Fred lui écrasa le pied : il était inutile de tenter quoi que ce soit quand sa mère était en colère, il fallait seulement attendre que la tempête passe.
La tempête passa par ailleurs rapidement, car lorsqu'Arthur arriva dans la cuisine, habillé d'une longue robe verte et prêt à partir travailler, Molly eut la joie de lui annoncer les résultats de leur fils, et les garçons et Megan filèrent dans les étages pour ne pas avoir à entendre à nouveau combien il était fabuleux que Percy ait lui aussi obtenu douze BUSE.
- Megan, j'ai écrit une lettre à Hermione pour lui dire qu'on va libérer Harry demain, et lui demander des nouvelles. Tu veux signer ? demanda Ron en s'arrêtant devant la porte de sa chambre.
- Donnes.
Il poussa la porte, et comme chaque fois qu'elle entrait, Megan cligna des yeux tant les couleurs étaient agressives : le couvre-lit, les murs et le plafond, tout aux couleurs des Canons de Chudley, l'équipe de Quidditch préférée de Ron. Elle alla s'asseoir sur le lit et utilisa une BD de Martin Miggs, le Moldu fou comme support pour signer la lettre, bien qu'elle ne soit pas aussi enthousiaste que son ami à l'idée de leur projet du lendemain.
