Bonjour à tous, les personnages ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, oui. :)

J'espère que vous avez apprécié ma version du passé de Ruby, dans ce chapitre-ci, vous allez voir comment elle vit dans le présent. Les deux premiers chapitres initient donc beaucoup le personnage, à partir du 3e, la trame va réellement commencer. J'essaierai de poster tous les samedis, puisque je suis d'avance dans l'écriture. N'hésitez pas à critiquer, tout ce qui est constructif ne fait qu'améliorer mon écriture. ;D


Storybrooke

Il faisait froid. Le carrelage était glissant, grisâtre, peu accueillant. L'ambiance du petit restaurant n'avait d'égale que celle de l'auberge: sinistre et vidée. S'il y avait des clients, c'était toujours les mêmes. Ce visage fermé, cette vie qui ne cessait de tourner en rond. Le même repas, tous les matins, la même salutation. Et ça ne dérangeait personne. C'était comme cela.

Ruby, parfois, allait fumer une cigarette dans la ruelle et apercevait de là, la cime de quelques arbres. Chaque fois, son corps en entier se figeait. Si elle prenait le temps de regarder dans la direction de la forêt, elle courait à sa perte, car à cet instant son regard ne pouvait plus se dérober. Il y avait une force magnétique qui l'attirait dans les alentours du Pont de Toll.

Mais Mère Grand l'empêchait toujours de s'y rendre, accrochée à ses jupons, ou plutôt l'absence de jupon. Ruby n'avait pas de parents, ils étaient morts, ses grands-parents ne semblaient jamais avoir existés, alors on l'avait confié à cette vieille fille ne s'étant jamais mariée. Mère Grand, qu'il fallait l'appeler. Ou Granny Smith, si on voulait rire du fait qu'elle gardait toujours un pommier à l'arrière de l'auberge; un arbre ne produisant plus de fruits depuis... trop longtemps pour que quiconque s'en souvienne.

Un pommier et des recettes à base de pomme. Tarte aux pommes, croustade aux pommes, compote, salade, renversé, sandwich, crème glacée... Tout goûtait les pommes, celles de la Mairesse. Le seul arbre encore bien vivant dans tout Storybrooke.

Ruby s'arrêtait parfois devant la voiture de Madame Mills, pour y cracher toute sa rage. Parfois, l'impression qu'on l'observait la faisait hésiter avant de poursuivre son geste, mais jamais elle ne s'était empêchée pour autant.

Il faisait donc froid, comme à l'habitude, dans l'habitacle fermé, pourtant très éclairé, qu'était le petit casse-croute du village. Archie s'était arrêté après la consultation d'Henry pour manger un morceau de flanc aux pommes. Sa seule gâterie de la semaine, pour décompresser. L'ambiance avait changé, frigorifiante, plus qu'à l'ordinaire. Un amas étrange d'énergie s'amassait dans l'âme des gens, les rendant nerveux, pour une raison que tous ignoraient. Ruby crut que c'était l'arrivée du psychiatre, sur qui elle avait toujours posé un dévolu plutôt malsain. Il était le seul à donner de bons conseils, le seul à l'écouter. Une petite amourette qui durait depuis aussi longtemps qu'elle puisse se rappeler, sans que rien ne se soit jamais divulgué entre eux; ce qui était étrange venant de la jeune femme la plus en demande chez les hommes de Storybrooke.

Ruby se dirigea donc vers la table d'Archie, attendrie de le voir assis bien droit, lisant le journal dont l'article principal portait sur la météo inchangée du village. Elle inspira profondément, troublée par l'énergie singulière qui rôdait aux alentours. Cependant, la certitude qu'elle n'aurait qu'à prendre une assiette de flanc aux pommes, de la passer au micro-ondes, d'y saupoudrer un peu de sucre et d'ainsi faire la journée de cet homme, cela avait le don de la tenir saine d'esprit.

« Que prendras-tu aujourd'hui mon cher Archie? »

Il leva la tête vers elle, esquissa un sourire plutôt contrit et demanda un peu de temps pour réfléchir. Troublée, déboussolée, la jeune femme se dirigea vers les cuisines où elle se versa un verre d'eau.

La routine était brisée. L'équation de son quotidien venait de se fracasser, simplement par le regard brouillé de celui en qui elle avait confiance. S'il ne suivait pas sa routine, s'il était hésitant, comment pouvait-elle foncer vers l'avant?

Ruby attrapa un verre de jus de pomme, qu'elle posa sur son plateau en vitesse, puis elle se dirigea de nouveau vers Archie. Une moue séductive posée sur les lèvres, elle lui offrit le breuvage d'un large sourire et laissa son décolleté à la vue de tous en attendant une réponse. Le psychiatre ne regarda même pas ce qui se trouvait sous ses yeux, il contemplait plutôt le regard enflammé de la serveuse. Le sien, encore brouillé, n'avait pas la sagesse d'avant.

« Merci. »

Mais ce n'était pas une plaignade qu'elle voulait entendre, ce n'était pas un remerciement murmuré par gentillesse sous l'éclairage miteux et l'odeur insipide des cuisines, c'était la force. Elle voulait avoir des certitudes, alors que tout débalançait et dans son corps et dans sa tête. Il y avait dans l'énergie de Storybrooke une chose inexplicapable, qui faisait frémir tout et chacun. Ou peut-être n'était-ce qu'elle.

Archie en vint à choisir l'omelette aux chapignons, avec un potage de courge et de pommes vertes en à côté. Jamais il ne dérogerait de cette règle biologique; au moins un fruit béni par Granny Smith, car elle était la meilleure pour cuisiner le fruit défendu, qu'il soit de la Mairesse ou des arbres chétifs de l'entrée de la forêt. Archie n'avait pas regagné l'aspect calmant d'auparavant, ce qui effraya davantage la jeune femme. De retour aux cuisines, elle cria la commande et s'adossa contre le mur. Les yeux fermés, elle inspira.

Tout tournait dans sa tête et la hauteur de ses escarpins ne facilitait pas la tâche. Pourquoi avoir choisi d'être une croqueuse d'homme? Une cannibale se rassasiant du désir sexuel des autres, beaux, laids, tendres, brutaux? Ce choix s'était fait tout naturellement, même jeune elle avait su qu'elle ne serait jamais comme Granny.

Une vieille fille. Seule. Jusqu'à ce que Mr Gold dépose un bambin sur le pas de la porte, mais pas à n'importe quel prix.

Jamais. Plutôt coucher avec tous, même lui l'horreur réincarnée, plutôt que faire affaire avec ce monstre pour détruire la solitude. Détruire la solitude à coup d'enfances dérobées. Granny l'avait condamné à Storybrooke, elle ne pourrait jamais partir, jamais la laisser seule. D'ailleurs, sa voiture défoncée par Ashley n'aidait pas la fuite.

Ruby pourrait remuer infiniment ces pensées, car elle le faisait déjà lorsque les clients désertaient le restaurant, mais le moment ne s'y apprêtait pas. En cette journée étrange, il lui fallait rester forte. Elle s'en crut capable, jusqu'à ce qu'elle s'écrase au sol, le souffle court, une cheville tournée et rien d'autre que des abrutis qui en profitèrent pour regarder sous sa jupe. Archie se leva aussitôt, voulant l'aider, mais il fut devancé.

« Il me semble que des talons aussi hauts, ça n'a pas sa place dans un restaurant qui roule comme le vôtre. »

Elle leva la tête, troublée par cette voix grave qui la chavira un instant. Ne pas reconnaître l'homme était d'ailleurs plutôt étonnant, puisqu'il commandait un café tous les matins. Shérif.

« On doit tous faire notre argent d'une manière ou d'une autre, moi c'est en flirtant, vous c'est en couchant avec la Mairesse. »

Après l'avoir aidé à se remettre debout, lui avoir tendu sa chaussure et en ayant ramassé le change tombé de ses poches, Graham tourna les talons sans répliquer quoi que ce soit. Le silence était pire que la rage. Ruby aimait jouer avec le feu, elle était connue pour ça, elle ne portait pas le rouge pour rien, alors cette brèche auditive, ce calme plat, c'était difficile à gérer. Archie esquissa un sourire en sa direction et replit place, calmement, comme toujours, vaillant homme, gentil, pur... Ennuyant? Prévisible?

Mais qu'est-ce que devenait cette journée pour que la jeune femme se mette à penser du mal de ce coup de coeur qui la tourmentait depuis des années.

Ruby entendit le son de cloche signifiant que l'omelette et la soupe du psychiatre étaient prêtes. Elle balança la chaussure dans la poubelle et se défit de l'autre tout aussi vite. Pas le temps de changer, elle devrait terminer le service pieds nus. En vitesse, elle amena la commande, chercha à retrouver la flamme qui avait toujours été présente, sans succès.

Cette foutue énergie, elle détruisait le confort de la routine, détruisait l'amour ou le similacre d'amour qu'elle ressentait pour Archie. Foutue journée. En plus, il faudrait servir le traître. Joie. Allégresse. Hypocrisie.

Déterminée à tout de même gagner le même salaire, Ruby entama ce qu'elle faisait le mieux et cela était la luxure. Tremper l'index dans la soupe, lécher le même doigt, embrasser la joue d'un client, offrir son décolleté à vue d'oiseau, chanter des chansons coquines en français histoire d'émousser cette fausse connaissance qui attirait à tord par son exotisme.

Rendue à Graham, cependant, elle ne put s'empêcher d'être sèche. Dans sa tête, une réplique miniature de Granny se débattait en vociférant qu'un client est un client. Pas lui.

« Je n'ai pas le droit au petit spectacle de la coquine de service? s'enquit à la blague le Shérif.

-Vous vous y collez déjà trop pour que tout Storybrooke soit au courant.

-Je n'ai pas encore fait la une. »

Enragée, la jeune femme aux cheveux noirs comme la nuit posa violemment ses mains sur la table, faisant tanguer le réceptacle plastifié du menu.

« C'était Gaston, pas moi. Je n'ai jamais accepté que l'on me filme. Ce connard s'est mis dans les mauvaises dispositions de la Mairesse et l'a revendu.

-Pauvre Gaston, il ne vient plus manger vos délicieux oeufs depuis...

-Votre café, vous irez le prendre ailleurs Monsieur-la-pute-de-service. »

Elle était prête à le gifler quand elle sentit la prise de deux bras la retenant; les poignets forts et bourrus de Granny, nul doute. Un mauvais quart d'heure ne tarderait pas à s'entamer, en public d'autant plus, pressentait-elle. Ruby vit du coin de l'oeil que Archie s'était levé, laissant son repas refroidir pour la défendre. Un rictus étrange s'esquissa sur les lèvres de Graham.

« Jamais seule sans son valet. »

À ces mots, il déposa un bon pourboire considérant qu'il n'avait pas été servi, puis, se dirigea vers la sortie d'un pas rapide. À mieux le connaître, on aurait pu dire qu'il semblait nerveux, mais en apprendre plus sur cet homme était la dernière chose l'intéressant en cet instant.

Granny lâcha enfin la jeune femme, lui tapotant l'épaule comme pour la calmer, ce qui ne fit qu'empirer l'état émotif de Ruby. Celle-ci darda un regard poignant sur le psychiatre, qui lui tendit la main en signe d'affection. Ils serrèrent les doigts de l'autre, dans un geste de tendresse fraternelle qui n'eut pu durer bien longtemps.

Le calme plat, la discorde interne, mais jamais extérieure. Aujourd'hui, pourtant, tout se devait d'être chamboulé. L'entité qu'était la ville se fracassait, on le sentait au creux son estomac. Impossible de dissimuler plus longtemps... Ruby leva les yeux vers Archie, cherchant un réconfort quelconque, qu'il soit physique ou non, cela n'importait plus. Le simple réconfort de savoir que demain, tout redeviendrait comme avant... Elle qui avait toujours eu un instinct de tueuse... Peut-être n'était-ce que pour ne pas avoir à assumer que la routine était un bouclier l'empêchant de souffrir. Archie déposa un léger baiser sur la joue de la serveuse, l'espace d'une seconde. Un instant qui ne pourrait s'inscrire clairement dans leur mémoire, puisqu'il fut brusquement coupé.

La porte s'ouvrit avec fracas, Regina Mills en personne entrant dans le restaurant avec ce visage dessiné cruellement.

Elle était en colère.

« Avez-vous vu Henry? »


Ahhh, Regina, on l'aime tant... Eheh. Désolée pour les quelques fautes s'il y en a, sur l'ordinateur d'où je vous poste aujourd'hui, le correcteur ne fonctionnait pas. À bientôt pour le prochain chapitre. :)