Et voilà le deuxième chapitre ! Les derniers jours du roi de Férelden se poursuivent sur la route d'Orzammar.
Merci ledilettant pour ta review ! Il est vrai que nous ne sommes pas nombreux dans cette section…Ecrivez, fans de Dragon Age, qu'on ait quelque chose à se mettre sous la dent !
J'espère que cette suite vous plaira !
2 : Les derniers souvenirs
Alistair ne savait pas exactement combien de temps il lui restait à vivre avant d'être rongé entièrement par la souillure. Ce qui était certain, c'était que la douleur commençait à poindre en lui, comme une flamme sombre qui lui rongeait les entrailles. Mais il faisait comme si de rien n'était. Après tout, la situation aurait pu être pire. Il lui restait quelques belles journées devant lui, le soleil embrasait le ciel en descendant sur l'horizon et surtout il voyageait aux côtés de celle qu'il aimait. Que demander de plus ?
Ils se plaisaient tout deux à retrouver cette sensation de liberté sur les routes. Cela faisait si longtemps qu'ils en rêvaient sans se le dire.
-Dire qu'avant on faisait tout cela à pieds, dit soudain sa compagne.
Alistair se mit à rire :
-C'est vrai ! C'est qu'on était encore jeunes et fringants !
-C'est surtout qu'on était pauvres, releva-t-elle avec un sourire. Et puis, on avait l'Enclin à nos trousses alors on avait plutôt intérêt à être fringants si on ne voulait pas se faire grignoter les fesses !
Le guerrier sourit en hochant la tête. Ce n'était pas faux. Cette époque était révolue depuis longtemps et pourtant elle était encore fraîche dans son esprit. Il savait que c'était certainement le cas pour chacun des membres de leur petite troupe de l'époque. Après tout, ce qu'ils avaient tous traversé ne pouvait pas s'oublier aussi facilement. Sauf pour Sten peut-être. Le guerrier Quunari avait une étrange façon d'affronter la réalité. Pour lui, ce n'avait été sans doute qu'une aventure comme une autre.
-Et si on s'arrêtait là ? proposa sa femme en désignant une petite clairière un peu à l'écart de la route. Je ne suis plus habituée à chevaucher toute la journée et je commence sérieusement à fatiguer.
-D'accord.
Elle lui sourit en s'écartant de la route. Ces quelques mots rendaient Alistair heureux. Pourquoi ? Parce que jamais, jamais elle ne dévoilait ses faiblesses. A l'époque, peut-être parce que l'Enclin grondait, peut-être parce qu'elle ne se sentait pas en sécurité, elle ne disait jamais de telles choses. Les mots « je suis fatiguée » ou même « j'ai mal » ne passaient pas ses lèvres. Même la fois où une flèche avait traversé son épaule de part en part. Alistair avait cru mourir d'angoisse, exilé à l'extérieur de la tente, à faire les cent pas, attendant que Wynne et Léliana fassent leur office. Il n'avait entendu ni pleurs ni cris. Quelques gémissements de douleur étouffés. Ce fut tout. Et puis un jour, quelques années après cela, un peu après leur mariage, lors de leur long voyage à travers le pays, elle avait murmuré après une longue journée de marche qu'elle aimerait s'arrêter. Elle avait juste soufflé ces mots, en lui jetant un regard gêné et anxieux, comme si elle attendait avec inquiétude sa réaction. Il avait été à la fois surpris et…flatté. Heureux. Fier. Un mélange de tout ça. Il avait simplement acquiescé, se déclarant également épuisé. Alors elle lui avait souri, les joues légèrement rosées. Et il l'avait trouvée encore plus belle que de coutume.
Quelques heures plus tard, après avoir avalé leur soupe et leur morceau de pain, ils étaient blottis l'un contre l'autre à l'abri dans leur tente. Bien au chaud sous de lourdes fourrures, ils se remémoraient leurs anciens souvenirs avec tendresse et peut-être une pointe de nostalgie.
-Oh et ce tout premier ogre dans la Tour d'Ilshar ! fit soudain la guerrière dont la tête reposait sur le torse d'Alistair, ses bras fins entourant sa taille. Je n'avais jamais rien vu d'aussi énorme ! Par le Créateur, j'étais terrifiée par ce monstre !
-Ah oui ? On n'aurait vraiment pas dit ! se souvint Alistair. Tu t'es précipitée sur lui en hurlant comme une démente ! Pour moi qui ne te connaissais pas à l'époque, cela ressemblait à une dangereuse crise de folie suicidaire.
-C'est parce que j'avais peur. J'ai besoin de crier dans ces moments là et de foncer tout de suite. Sinon, je me paralyse et je ne bouge plus.
-Ah. Ça explique le fougueux baiser du jour de notre mariage.
-Exactement ! dit-elle en riant. C'était encore pire que face à l'ogre.
Alistair haussa un sourcil avec un petit grognement interrogateur et elle se redressa sur ses coudes pour le regarder, sourire aux lèvres :
-Comme d'habitude, tu comprends tout de travers, le taquina-t-elle en lui pinçant le nez. Crois-moi, ce jour là, tu n'avais rien d'un ogre.
-Parce que les autres jours, si ?
-Je ne plaisante pas, le coupa-t-elle gentiment mais fermement. Tu étais magnifique. La plus belle chose qu'il m'ait été donné de voir.
Alistair sentit son cœur se serrer, mais également ses joues chauffer légèrement face aux yeux ambrés qui le dévisageaient avec gravité. Il leva la main pour lui caresser tendrement la joue :
-Merci, dit-il sincèrement. Même si je ne suis pas sûr que ce soit le genre de paroles qu'un homme doive être heureux de recevoir, ajouta-t-il avec un air réfléchi.
Elle se mit à rire avant de se pencher pour l'embrasser :
-Tu es adorable, souffla-t-elle avec un sourire.
-Ah, bah, tiens ! C'est exactement de ce genre de choses dont je voulais parler !
-Je sais, glissa-t-elle avec un regard espiègle. J'adore te torturer.
Il grogna de nouveau avant de l'embrasser à son tour :
-Je suis votre humble serviteur ma Dame.
-Tu as plutôt intérêt ! fit-elle en riant.
Il sourit et ils se réinstallèrent confortablement, lui, passant son bras atour de la taille fine de sa femme et elle se blottissant contre lui. Là, comme à leur habitude, ils poussèrent leur petit soupir de bien être. Au dehors, il y avait juste le bruissement du vent dans les feuilles et le renâclement des chevaux. Ils étaient loin de tout, seuls et cela leur convenait mieux que n'importe quoi d'autre.
Après de longues de minutes de silence où seul le bruit de leur respiration emplissait l'air, Alistair se mit à lui caresser doucement le dos. Elle poussa un petit soupir d'aise, signe qu'elle était toujours éveillée. Il hésitait. Il avait envie de lui parler, envie de lui demander…Mais avait-il le droit de rompre leur si douce quiétude ?...
-Parle donc idiot, grommela-t-elle en lui tapotant le torse sans bouger.
-Comment sais-tu que je veux te demander quelque chose ? s'étonna-t-il.
Elle se redressa du nouveau sur ses coudes et, prenant la main de son époux, elle la plaça sur son torse, juste à l'endroit où reposait sa tête quelques secondes auparavant :
-Ton cœur bat si fort qu'il pourrait réveiller un Archidémon, plaisanta-t-elle. Tu as encore beaucoup à apprendre de nos amis quunaris pour cacher tes émotions.
Alistair hocha la tête, sentant en effet les battements hiératiques de son cœur dans sa poitrine. Ainsi donc il ne pouvait plus le cacher plus longtemps…Les yeux ambrés de sa compagne étaient posés sur lui, doux et bienveillants. Légèrement inquiets peut-être. Par le Créateur, qu'il détestait être responsable de ce dernier éclat !
-Ce n'est rien de grave, la rassura-t-il en lui prenant la main. C'est juste une question que je me pose…
-Alors pose-la moi aussi. Je suis sure de pouvoir y répondre. Tu sais bien que j'ai toujours été plus intelligente que toi, le taquina-t-elle en prenant un petit air supérieur.
Le guerrier lui jeta un regard en biais accompagné d'un petit sourire avant de retrouver sa gravité.
-Crois-tu que nous nous reverrons un jour ? s'enquit-il en la dévisageant.
Elle ne répondit pas tout de suite, ses yeux ne quittant pas ceux de son époux. Elle se redressa jusqu'à s'asseoir, les fourrures tombant de ses épaules. Elle tenait toujours sa main dans la sienne et il sentit ses doigts fins se crisper légèrement sur les siens. Il regretta ses paroles. Il s'apprêtait à ouvrir la bouche pour lui dire d'oublier ce qu'il venait de dire, que c'était stupide, quand elle prit la parole :
-Je ne sais pas quoi te répondre, avoua-t-elle, l'air perturbée. Je ne sais pas ce que tu veux entendre.
-Seulement ce que tu penses, rien d'autre, répondit-il aussitôt. Je crois que l'heure n'est pas aux fioritures.
Les yeux ambrés le dévisagèrent un long moment jusqu'à ce qu'elle pousse un soupir :
-Je n'ai jamais été très proche de tous les dogmes de la Chantrie et tu le sais. J'aimerai croire que nous nous retrouverons tous dans un autre monde après la mort…Mais si c'est le cas, je doute que je serai à tes côtés.
-Et pourquoi ça ? s'enquit-il en s'asseyant à son tour, soudain angoissé.
Elle sourit et il sentit son cœur se serrer face à la tristesse sur son visage :
-Je suis une meurtrière.
-J'ai tué aussi, rappela-t-il.
-Jamais des enfants. Moi si.
Alistair sentit les doigts fins enserrer les siens à lui couper la circulation. La douleur de sa femme, il la partageait de toutes les fibres de son être. Il se souvenait. Bien sûr, comment aurait-il pu oublier ? Mais depuis ce jour là, ce jour tragique où il avait vidé son sac une fois revenu au camp, où elle avait tout encaissé en reconnaissant sa faute et son erreur, ils n'en avaient jamais reparlé. Pas une seule fois. Alistair avait décidé de l'aimer pour ce qu'elle était, pas pour ce qu'elle avait fait. Mais il savait que le fantôme du petit garçon hantait souvent les rêves de sa compagne. Et qu'il ne pouvait rien faire pour l'éloigner.
-Il ne se passe pas un jour sans que je demande à Connor de pardonner mon geste, continuait-elle, le visage baissé. Les excuses telles que « c'était la seule solution » et « il était perdu » ne me soulagent plus. Surtout depuis que nous avons eu Asala. Comme je comprends Isolde…J'entends encore ses cris, je sens toujours sa haine autour de moi et la colère de Connor. Même le regard doux et dénué d'accusations d'Eamon était pour moi la pire des tortures.
Elle releva les yeux vers lui. Et pour la première fois depuis longtemps, Alistair les vit luire d'une douleur qu'il ne connaissait que trop : la haine d'elle même.
-C'est pour ça que si nos âmes s'envolent quelque part après la mort, je souhaite de tout cœur que nous ne nous retrouvions pas, finit-elle avec un sourire triste. Parce que l'endroit où je me trouverai sera certainement pire qu'un nid infesté de dragons. Et que je ne souhaite pas t'y voir. Là n'est pas ta place, mon amour. Toi, tu mérites les prairies fleuries, les cascades cristallines et, qui sait, les jolies nymphes ! ajouta-t-elle d'un ton qui se voulait léger.
Avant même qu'elle n'ait pu ajouter un autre mot, Alistair avait pris son visage en coupe entre ses mains solides et l'embrassait. Le baiser était dur, peut-être un peu désespéré. Mais il s'en fichait. Il voulait juste effacer toutes ces idées de l'esprit de sa compagne, les faire disparaitre à jamais. Toutes ces choses qu'il n'avait pas vu pendant des années, qu'il avait peut-être sciemment évité pour ne pas avoir à affronter cette confrontation…Toute sa lâcheté lui remontait à la gorge. Il croyait l'avoir rendu heureuse. Et il avait oublié toute cette partie d'elle qui souffrait en silence. Quel mari pitoyable il faisait !
Elle se détacha soudain de lui, un peu brusquement, braquant ses yeux ambrés dans les siens :
-Arrête, lâcha-t-elle d'un ton ferme.
-Arrêter quoi ? s'enquit-il, légèrement choqué et blessé, ses mains retombant lourdement sur ses cuisses.
-Arrête de culpabiliser, répondit-elle en posant ses mains sur les siennes. Tout cela n'est pas de ton ressors et encore moins de ta faute.
Il la dévisagea avec attention, une centaine de répliques souhaitant passer ses lèvres. Jusqu'à ce qu'il se rende compte que cela ne servirait à rien. Il était trop tard, bien trop tard pour espérer réparer ses erreurs. Il ne voulait pas passer ses dernières heures à la torturer avec toutes ces mauvaises pensées. Et elle ne le souhaitait pas non plus. Aussi, il repoussa toutes ces idées avec un soupir. Et comme de coutume, elle comprit son attitude sans même qu'il ne prononce une parole. Tendrement, elle se pencha vers lui pour déposer un baiser sur ses lèvres avant de le repousser gentiment en arrière et se pelotonner de nouveau contre lui.
Alistair l'entoura de ses bras, sentant son souffle chaud tout contre son cou. Son odeur l'enveloppait, familière, rassurante. Depuis qu'ils avaient dormi ensemble la première fois, il avait cessé de faire des cauchemars. Elle avait une emprise tellement apaisante sur lui qu'il était certain de pouvoir dormir comme un enfant au cœur même des Tréfonds si elle demeurait à ses côtés. Il n'avait jamais souhaité personne d'autre. Une fois, un chevalier s'était étonné du fait qu'il n'ait pas de maitresses. Il avait été même ébahi d'apprendre que la reine avait été la seule femme du guerrier. Ce dernier n'avait pas vraiment compris la cause d'une telle réaction. Il l'aimait. Elle. Et juste elle. Alors pourquoi aller chercher ailleurs ?
Il la sentit bouger légèrement contre lui et il resserra légèrement son étreinte.
-Qu'est-ce que tu veux me dire ?
-Comment sais-tu que je veux te dire quelque chose ? s'étonna-t-elle en se détachant légèrement de lui pour le regarder.
Il sourit. Décidément bien assortis.
-Tu as toujours cette drôle de respiration quand tu hésites à parler, expliqua-t-il. Mais je serai incapable de te l'imiter, ajouta-t-il en la voyant hausser un sourcil.
Elle garda le silence un instant, lui jetant quelques regards par en dessous, jusqu'à ce qu'elle inspire profondément :
-C'est quelque chose que je…dont j'ai toujours voulu te parler sans vraiment trouver la force de le faire.
-Je crois que le moment est parfaitement choisi, remarqua-t-il avec un sourire. Après tout, dans quelques jours, je serai dans une plaine fleurie entouré de jolies nymphes donc je n'aurais pas le loisir de t'écout…
Il s'interrompit en riant alors qu'un léger coup de poing atteignait sa poitrine. Il la vit lui jeter un regard noir feint de toutes pièces avant de retrouver sa gravité. Elle avait une expression qu'il lui avait rarement vue, ou en tous cas, seulement lorsqu'elle se croyait seule. Cela ressemblait à…une étrange solitude. Il pressa gentiment ses mains reposant au creux de ses reins contre elle et elle leva ses yeux ambrés vers lui. Le gentil sourire sur les lèvres du guerrier sembla lui redonner du courage car elle inspira de nouveau profondément :
-Promets-moi que tu ne tourneras pas ça à la rigolade.
-Est-ce que j'ai jamais fait ça ?
-Alistair, grogna-t-elle.
-D'accord, d'accord, fit-il vivement, pressentant une colère. Promis. Je garde mon sérieux.
Elle le jaugea un instant avant de parler :
-Je veux te parler de ta nuit avec Morrigan.
Alistair sentit son cœur se serrer alors qu'un seau d'eau glacé tombait dans son estomac. Pardon ? Sa quoi ? Et pourquoi maintenant ? Il sentit la panique monter en lui alors que les yeux ambrés le scrutaient avec attention. Et le fait qu'ils arrivent à lire en lui comme dans un livre ouvert ne faisait qu'ajouter à sa terreur. Car contrairement à lui, elle n'abandonnerait pas le sujet avant d'avoir obtenu toutes les réponses qu'elle souhaitait.
-Que…que veux-tu savoir ? réussit-il à articuler sans coasser.
Elle sembla hésiter, un faible instant seulement, avant de se reprendre :
-Est-ce que tu as apprécié ?
Alistair sentit son esprit se vider. Cette situation était pire encore que tous les cauchemars qu'il avait fait ! Parler de cette nuit dégradante avec la femme qu'il aimait ! C'était insensé !
-Apprécié quoi ? répéta-t-il bêtement, essayant puérilement de gagner du temps.
-Tu veux que je te fasse un dessin ? Non, ajouta-t-elle rapidement en voyant son regard s'allumer. Je ne te ferai ni dessin, ni démonstration. Réponds simplement à ma question.
-Mais pourquoi ? répliqua-t-il tel un enfant. A quoi cela t'avancera-t-il de le savoir ?
-J'ai besoin de le savoir !
-Absolument pas ! Est-ce que moi je t'ai demandé si tu avais apprécié ta nuit avec Zevran ?
Elle pâlit alors qu'il crispait ses poings. Mince ! Il s'était toujours promis de ne pas faire ressurgir une telle chose. Quel idiot ! Dire qu'ils se balançaient de vieilles blessures de plus de quinze ans à la figure alors qu'il ne lui restait que quelques jours à vivre ! Il voulut s'excuser mais il était trop tard. Elle s'était redressée, à présent assise, et le regardait avec un mélange d'angoisse et de femme trahie :
-Tu savais ? souffla-t-elle d'une voix blanche.
Alistair se redressa à son tour avec un soupir :
-Je t'ai vue entrer dans sa tente juste après la bataille de Golefalois, fit-il à voix basse, la gorge serrée par la douleur du souvenir. Je ne te blâme pas, ajouta-t-il rapidement en la voyant se décomposer un peu plus. J'étais…idiot à l'époque, bien incapable de pouvoir te soutenir après une telle épreuve. Je n'étais même pas sûr de ce qu'était cet étrange sentiment que j'éprouvais pour toi. C'est juste que…
Il s'interrompit, ne trouvant plus ses mots. Elle était suspendue à ses lèvres, le regard fixe et le visage blême. Il secoua la tête, probablement aussi retourné qu'elle :
-Ça m'a fait mal de te voir le rejoindre au lieu de venir voir, moi.
-Je…J'aurais voulu…commença-t-elle, la voix brisée. C'est juste…que j'avais besoin de…enfin…tu…à l'époque, nous…
Il la dévisagea un instant, la regarda se dépêtrer dans ses paroles. Il l'avait rarement vue comme ça. Jamais à vrai dire. Elle semblait si…faible. Oui. Une femme faible. Et, pour la première fois, il voulut abuser de cette faille dans son armure indestructible pour lui poser la question qui l'avait toujours taraudé, sans qu'il ne veuille vraiment l'admettre :
-Tu l'as revu après ça ?
Elle posa sur lui des yeux écarquillés, en faisant non de la tête. Il se sentit rassuré. Terriblement rassuré. Mais pourtant…
-Même…pendant cette nuit que j'ai passé avec Morrigan ? ajouta-t-il péniblement.
-Non ! hurla-t-elle soudain en le faisant sursauter.
Il se pétrifia en voyant des larmes poindre à ses yeux alors que le joli visage était tendu de colère :
-Comment oses-tu imaginer une chose pareille ? Tu es un monstre !
-Excuse-moi d'avoir pensé ça ! répliqua-t-il, soudain piqué. Mais tu es déjà allée chercher le réconfort dans son lit une fois ! Alors dis moi pourquoi pas deux ?
-Parce que je t'avais toi !
De nouveau, Alistair resta sans voix. Devant lui se dressait une femme splendide, pétrie de colère, de douleur et d'un amour sans borne. Il lisait tout ça dans les yeux ambrés qui débordaient désormais de larmes. Et il se sentit à la fois le plus méprisable et le plus heureux des hommes.
Sans savoir qu'il avait déjà tourné la page et qu'il était prêt à tout oublier, elle continuait à étaler sa douleur, tout comme ses sentiments :
-J'ai passé ma nuit à pleurer, roulée en boule dans ton lit, à essayer de retrouver ton odeur dans une de tes tuniques ! Ça a été la nuit la pire de mon existence ! J'avais l'impression de mourir à chaque minute passée seule alors que tu étais avec elle !
-Ça n'a pas été différent pour moi, répondit-il doucement alors qu'elle levait les yeux vers lui. Ça n'a rien eu de…plaisant. J'étais même plutôt terrifié, pour te dire vrai.
Il la vit s'adoucir lentement au fur et mesure de ses paroles. La colère semblait la quitter, ne laissant que la femme qui l'aimait.
-Avec toi, les nuits étaient magnifiques, continua-t-il en lui prenant la main tandis qu'elle souriait timidement. Je n'y connaissais pas grand-chose, mais je savais que je me sentais bien lorsque j'étais allongé avec toi. Là…
Il ne put retenir un frisson et il sentit les doigts fins se crisper sur sa main.
-J'avais l'impression d'être une souris désarmée qui allait se faire dévorer par un chat vicieux et pervers. C'était horrible.
La sensation éprouvée à cet instant et le souvenir semblaient si vivaces qu'il frissonna une seconde fois, bien malgré lui. Sa compagne se rapprocha aussitôt de lui, se glissant sous son bras pour se blottir à ses côtés, essuyant ses larmes.
-Pourquoi ne pas l'avoir dit tout de suite ? demanda-t-elle d'un ton réprobateur, non sans lui prendre gentiment la main.
-Et avouer par là même que j'ai eu peur d'une femme au lit ? releva-t-il avec une grimace. Tu vois, mon amour, c'est exactement ce genre de choses, avec entre autres celles évoquées précédemment, qui peuvent grandement remettre en doute ma virilité.
-Mais moi je ne remets pas en doute ta virilité, ronronna-t-elle en se pressant contre lui.
-Heureusement ! Sinon je n'aurais plus qu'à m'acheter un corset et à porter un jupon !
Elle éclata de rire alors qu'il déposait un baiser sur son front, sourire aux lèvres. Il ne savait pas comment ils y arrivaient…mais rarement une discussion leur laissait un gout amer. Plus jeune, il fuyait sans cesse les responsabilités et les explications difficiles. Depuis qu'elle était à ses côtés, il avait appris à les affronter et même à en retirer quelque chose. Elle l'avait vraiment changé. Et il était sûr d'être devenu un homme meilleur. Peut-être pas le meilleur qu'elle ait pu trouver, il était loin de se considérer digne d'elle. Mais au moins, il n'avait plus honte de ce qu'il était. Ca ne faisait plus mal de penser à son passé et à son lignage. Il était en paix avec lui-même. Grâce à elle.
Quelques minutes passèrent dans le silence avant que, de nouveau, il entende sa respiration changer. Il ne put retenir un sourire, malgré l'appréhension de la question lui serrant le ventre :
-Oui ?
Elle continua à caresser son torse quelques instants, comme si elle essayait de gagner du temps pour trouver les bonnes paroles, puis elle poussa un soupir, renonçant.
-J'ai souvent pensé à l'enfant de Morrigan, déclara-t-elle soudain d'une voix faible. Est-il normal ? Où sont-ils passés tous les deux ? Les reverrons-nous un jour ? ce genre de choses…
Elle s'interrompit avant d'inspirer profondément :
-Et toi ? As-tu déjà pensé à… ?
-Jamais, répondit Alistair sans même réfléchir.
Elle se redressa vivement pour le dévisager, le visage grave. Elle essayait de lire en lui, recherche l'éventuel mensonge…Mais il lui rendit un regard franc et dénoué de doutes. Et vit avec plaisir les yeux ambrés briller de douceur et de reconnaissance :
-Jamais ? répéta-t-elle, légèrement intriguée. Tu ne t'es pas même demandé s'il s'agissait d'un garçon ou d'une fille ?
-Qu'est-ce que cela changerait ? répliqua-t-il en haussant des épaules.
A la vue de son regard, il comprit soudain ses craintes et il lui prit la main, la pressant fortement entre ses doigts :
-Quand bien même ce soit un mâle, ce ne serait et ne sera jamais mon héritier, déclara-t-il d'un ton sans réplique.
-Mais tu aurais un fils ! fit-elle, meurtrie. N'est-ce pas ce que tout roi désire plus que tout ?
-Pas moi. Je ne désire rien de plus que ce que j'ai.
Elle semblait satisfaite de sa réponse mais il vit bien que le sujet la taraudait toujours. Il savait. La question de l'héritier avait toujours été un poids lourd sur leurs épaules, depuis qu'Alistair avait accédé au trône et depuis qu'elle avait accepté de l'épouser. Lorsqu'Asala était venue au monde, Alistair avait recommencé à respirer et hurlé sa joie à Férelden tout entier. Ils avaient eu un enfant ! Ils avaient déjoué la nature cruelle envers leur sang souillé et conçu une nouvelle vie. Tous les deux. Mais il savait qu'il n'en était pas de même pour elle. Oh, bien sûr, elle aimait Asala plus que tout. Elle reconnaissait en elle la chance insolente qu'ils avaient eue. Cependant, l'ombre planait toujours sur ses pensées. Moins lourde, moins oppressante. Mais toujours présente.
Aussi il se redressa à son tour et prit le joli visage entre ses mains. Comme toujours lorsqu'elle souffrait en silence, elle posait sur lui ses yeux ambrés luisants et cherchait une réponse dans son regard. Au début, cela lui avait fait peur. Comment une femme aussi belle, aussi forte, pouvait-elle se reposer sur un écervelé benêt comme lui ? Et puis, avec le temps, il avait pris confiance en lui. Il accueillait ce regard sans crainte désormais. Il voulait juste le faire disparaître à tout jamais.
-Tu m'as donné plus, bien plus que tout ce que j'aurais pu imaginer, dit-il avec douceur en caressant les joues pâles de ses pouces. Quand je repense dans quel sombre abîme j'étais plongé après la mort de Duncan, après Ostagar, jamais, jamais je n'aurais pensé me sentir aussi bien un jour.
Elle lui adressa un sourire timide, levant la main pour la poser sur la sienne :
-Tu as toujours été plus fort que tu ne voulais le croire, souffla-t-elle.
-Non, l'interrompit-il gentiment. Non, tu te trompes. Sans toi à mes côtés, je me serai terré dans un coin, qui sait, dans la hutte de Flémeth et je lui aurais servi de marmiton jusqu'à la fin de mes jours.
Elle se mit à rire doucement alors qu'il souriait aussi. Puis il reprit, plus sérieux :
-Et regarde-moi aujourd'hui. Garde des Ombres vainqueur de l'Enclin, Roi de Férelden, père et époux comblé. Que pourrais-je désirer de plus ?
Il posa son front contre le sien, fermant les yeux :
-Je me fiche de Morrigan et de son rejeton démoniaque. Ce n'est pas le mien mais le sien, uniquement. Tout comme je me fiche de ne pas avoir eu de fils. Un enfant était le plus beau et inespéré des cadeaux que tu aurais pu me faire après m'avoir épousé. Et tu me l'as fait. Je ne sais pas comment, ma douce enchanteresse, mais tu as réalisé ce miracle. Pour un idiot comme moi. Tu m'as offert une vie parfaite. Parfaite.
Il sentit des larmes chaudes rouler sur ses mains et il ouvrit les yeux pour rencontrer le regard ambré débordant de larmes. Elle passa ses bras autour de son cou et l'embrassa, un peu aveuglément, ses mains fines se perdant dans les cheveux blonds parsemés d'argent.
-Merci…souffla-t-elle entre deux baisers alors qu'il la serrait contre lui. Merci de m'avoir épousé, mon idiot…
-Ce fut un plaisir ma Dame, répondit-il d'une voix brisée par les émotions qui les envahissaient.
Là, sous cette petite tente de toile, au milieu de la campagne endormie et sous le ciel étoilé, ils renouvelèrent leurs vœux d'amour éternel que même la mort ne pourrait briser. Ils en étaient certain.
A suivre…
Chapitre 3 et fin : Le dernier combat
