Disclaimer : Saint Seiya et ses personnages ne m'appartiennent pas.
Il ouvrit doucement les paupières, accueillit comme chaque nuit par les ombres colorées qui s'effaçaient sur son visage. D'un regard, il scanna l'endroit qu'il connaissait déjà parfaitement bien. Il y avait une étrange tristesse dans ses yeux cette nuit là et Camus ne fit pas un pas, pas un geste. Il attendit, seul, hanté par ses propres inquiétudes. Tant de choses se passaient dans son monde, jour après jour, ce dernier lui échappait.
Les chevaliers étaient prisonniers d'un temps qui n'existaient plus, d'une sorte de bulle dans laquelle l'Antiquité Grecque demeurait comme à l'âge d'or le monde moderne n'avait pas sa place au Sanctuaire. Il eut cependant de la chance dans son malheur : il était chevalier d'or. Des choses affreuses se passaient autours d'eux, parfois à seulement quelques lieux mais la plupart des combattants l'ignoraient, plongés dans cette si douce utopie que leur offrait la déesse Athéna. Les bronzes et les argents étaient totalement pris par ce beau rêve sans même en voir ses limites.
« Quel air sombre, ne t'a-t-on jamais apprit à sourire ? »
Le verseau sursauta légèrement, ayant oublié l'espace d'un instant ce qui rodait dans l'ombre. Hadès était là, debout entre les arches, à seulement quelques mètres à peine de lui. Il semblait pourtant si loin, tant que Camus plissa les yeux. Tout lui semblait flou, épart, même les vitraux teintés. Il distingua le dieu froncer les sourcils avec ce qui semblait une certaine inquiétude.
« Que s'est-il passé ?
- Qui a dit que quelque chose était arrivée? », répondit Camus du tac-au-tac d'un ton qui ne laissait place à aucune discussion.
Le dieu demeura d'un calme imperturbable, se contentant d'enfin avancer dans l'endroit baigné de lumière plutôt que de rester à la frontière des ténèbres. Il y avait toujours eu autours des douze Olympiens cette sublime majesté qui aurait put faire courber n'importe quoi sur terre, mais encore une fois, Hadès n'était pour certain plus vraiment considéré comme l'un d'eux, en partie parce qu'il ne demeurait pas au sommet d'une montagne. Seulement, il était bien loin de cette aura d'ange déchu qu'on lui prêtait et bien plus loin encore de celle du diable. Il n'y avait pas grande chose de plus que cette douce indifférence autour de lui, une sensation qui semblait cruellement familière au chevalier.
« Non. »
Camus sentit malgré lui toute sa colère et sa frustration fondre comme la neige au soleil il voulait s'accrocher à ces sentiments un peu plus longtemps. Assez pour avoir l'impression de vivre, de vraiment exister en tant que personne plutôt que… Mais qu'est-il exactement ? Il n'en était plus sûr lui-même.
« Cependant, cette fois quelque chose s'est vraiment passée, je me trompe ?
- Non, mon seigneur. », finit-il par souffler.
Le dieu releva légèrement la tête et jaugea de son regard céruléen l'homme à ses côtés. Camus pouvait sentir sur son visage le violet et le jaune le trancher, comme le vert émeraude et le rouge bordeaux se battre ses mains. L'église semblait pourtant si terne aujourd'hui, alors qu'un million de pensées essayaient de passer le barrage de ses lèvres. Il avait tant à dire, tant d'histoire à raconter et pourtant si peu de mots lui échappaient. Souvent lorsqu'il était seul, Camus avait envie de crier. Il voulait attraper la première personne venue et lui dire tout ce qu'il gardait pour lui l'humain se le promettait à chaque fois. Jamais il n'avait réussit pourtant. C'était plus fort que lui, comme si sa voix se gelait ou ne pouvait passer sa gorge, alors il se contentait d'un sourire aimable et de quelques mots. Ce n'était que du vent.
« Ainsi donc tu te décide à rester muet cette nuit ? Je vois. Grand bien t'en fasse… »
Camus n'accorda même pas l'ombre d'un regard à Hadès qui prenait délibérément ce ton moqueur dans l'espoir de le faire réagir –ce qui habituellement marchait-. Comprenait-il seulement qu'il voulait parler mais n'en trouvait pas le courage, ni même la force ? Et toutes ces nuances si éclatantes qui paraissaient se moquer ouvertement de lui !
« Dans ce cas, laisse moi te raconter une histoire pendant que ton esprit dérive je ne sais où. »
Le verseau ne protesta pas mais encore une fois, il ne réagissait juste pas.
« J'ai connu un être il y a bien longtemps, qui comme toi, rêvait d'être libre. »
La voix du dieu était si apaisante, chuchotant à mi-mot son récit, pourtant Camus se raidit aux quelques paroles prononcées, se retenant de jeter un regard des plus noir au dieu. À la place, il préféra brûler de ses yeux incendiés la fresque qui se dressait face à lui. Y avait-il quelque chose derrière ces murs ?
« Il était parmi les immortel, le plus vif et brillant mais préférait passer son temps le regard accroché aux étoiles plutôt que sur les terres qui s'étalait à ses pieds. Au détriment de son père et de ses frères, jamais il n'eut le désir de conquérir ou de soumettre, seulement de vivre sur sa montagne à faire paître ses moutons. »
D'un regard, le verseau vit un maigre sourire sur les lèvres pâles du dieu, lui qui pourtant gardait cette air si neutre. L'homme pencha légèrement la tête, intrigué par l'être dont on lui faisait l'éloge.
« Il me rappelait les papillons que l'on voit voler, insouciants parmi les fleurs.
- Que s'est-il passé ? »
Hadès tourna alors la tête vers lui et serra légèrement les dents, ce même rictus fragile qui peinait à rester.
« Qui a dit que quelque chose était arrivée ? »
Camus ne répondit alors rien et baissa le regard, honteux lorsque ses propres mots furent retournés contre lui. Le dieu reporta alors ses yeux sur la fresque avant de s'en rapprocher, tout doucement. Quel personnage mystérieux que celui du seigneur des Enfers, lui qui partout était craint. Était-il vraiment mort ? Était-ce seulement possible pour une entité qui représentait le monde des spectres de pouvoir mourir ?
Il vit les longs doigts d'Hadès tracer les motifs brouillons comme lui-même le faisait parfois. Sa main tremblait légèrement, elle tressaillait alors qu'elle arrivait à un croisement et hésitait lorsqu'elle frôlait le verre glacé. Et soudain, quelque chose frappa le chevalier, quelque chose d'anodin. Abasourdi, il regarda avec intensité l'être qui se dressait à la lumière, comme si il le voyait pour la première
« C'est la première fois…, le dieu tourna légèrement la tête vers lui. C'est la première fois que vous me racontez quelque chose de personnel. »
Il entendit alors Hadès rire légèrement, sachant exactement où il voulait en venir. D'un sourire aimable, il se tourna entièrement vers lui et posa l'une de ses mains sous son menton. Le rouge et le doré qui venait s'égarer sur ses yeux lui donnaient cet air si fatigué, à moins que ce ne soit le cas.
« Tu penses que cela est assez pour dire que je ne suis pas un simple rêve, je me trompe ? »
La certitude qui avait gagné Camus quelques secondes auparavant disparut tout doucement. Il paraissait si simple pour le dieu de voir en lui, lui qui pourtant était le maitre pour dissimuler la moindre de ses pensées. Cette barrière que le verseau avait su dresser autour de lui ne semblait rien de plus qu'une porte ouverte pour Hadès. Peut être qu'après tout ce n'était rien de plus qu'un rêve pourquoi n'arrivait-il pas à seulement l'accepter.
Camus frotta légèrement son poignet, perdu sa tunique était d'un vert sapin profond cette nuit là qui ne s'accordait pas réellement à sa chevelure, ni même à la teinte si particulière de sa peau. Ses doigts brossèrent légèrement le velours ça pouvait être ridicule mais il n'avait pas l'habitude de porter un tel tissu, lui qui comme tout chevalier avait des habits de lin.
« Mon seigneur… », murmura-t-il faiblement.
Il regarda ses mains, comme hypnotisé par leur teinte lavande et ambre mêlées de bleu. L'homme ne savait que dire, ses pensées dissipées n'étaient qu'un épais brouillard, un mot sans lien avec un autre. Rien qu'un flot sans discontinuité dont lui même n'arrivait pas à saisir le sens. Tant de chose mais pourtant le néant…
« Mon seigneur, reprit-il, êtes-vous réel ? »
Un temps. Le dieu lui offrit un demi sourire désolé. Puis il tourna la tête vers la fresque celle-ci n'avait pas changé, elle demeurait éclairée par la même lumière qui jamais ne changeait d'intensité. Ses petits bouts de verres dessinaient toujours les mêmes arabesques. Pourtant, quelque chose semblait si différent et c'était ce qui le tracassait.
« Qui sait ? »
Camus releva légèrement le menton, inspirant profondément, ses yeux posés sur le mur. Il ignorait si la réponse qu'on lui avait donnait le satisfaisait, il avait eu une réponse.
« Je n'arrive plus à distinguer la réalité, finit-il par avouer. Je n'arrive plus à comprendre le monde autour de moi. Parfois, je marche auprès de mes pairs et soudainement, quelque chose ne va plus. Les escaliers semblent s'éloigner et le ciel... n'est plus aussi bleu, juste digne d'une vague peinture. C'est comme si tout ce que j'avais connu n'était rien de plus qu'une illusion. »
Il se stoppa un instant, jetant un regard sur ses mains tremblantes les traitresse trahissaient son émotion. Camus les cacha vivement dans ses longues manches d'un geste automatique sous le regard patient de la divinité. Il sentit sa gorge se resserrer et avala difficilement sa salive la poussière volait lentement, tel un millier de paillettes dans les raies de couleurs.
« C'est absurde.
- Le monde est absurde Camus, et il n'y a rien que l'on puisse y faire. »
Ce fut au tour du verseau de se taire et d'écouter alors qu'Hadès posa de nouveau son menton sur une de ses mains.
« Chaque geste, chaque décision que l'on prend à un impacte sur le monde Camus. Nous avons tous un rôle à jouer et malgré nous nous le jouons, comme de simple marionnette. Seulement parfois, les fils se cassent est c'est dans un univers étrange que la figure de bois se retrouve, ne pouvant rien faire d'autre que d'observer cette ridicule farce.
- Les dieux ne sont-ils pas libre ?
- De tout les êtres qu'il puisse exister, les dieux sont les plus restreints de tous. Toi plus que n'importe qui d'autre l'a remarqué, n'est-ce pas ? »
Camus fronça les sourcils, incertain de la réponse qu'on attendait de lui.
« Le monde actuel est régit par la science Camus, cela n'a pas du t'échapper et les hommes considèrent sans grand mal que nous autres dieux n'avons plus notre place dans cet univers. Peut être ont-ils raisons. Après tout, ce n'est pas Zeus qui aurait cherché à prolonger leur vie ou même à les laisser comprendre les mystères qui les entouraient. Tu me demandes si je suis réel, je ne peux cependant pas te répondre car notre existence même n'est qu'une étonnante singularité. Qui sommes-nous ? Nous qui ne connaissons pas le temps et ses affres. Sommes-nous de simples concepts, des idées éthérées que les hommes ont créés quand le monde leur échappait ? Ou sommes-nous ceux qui ont rendu cet univers dans lequel tu évolues une réalité ? Mais plus important encore, qui es-tu ? »
Le dieu se tourna alors vers lui, ses longs cheveux bruns masquaient une partie de son visage. Il laissa le temps à Camus de parler, si ce n'était pour dire quoi que se soit, juste une phrase ou un mot, cependant le chevalier était trop abasourdi pour répondre.
Qui il était ? Le chevalier d'or du verseau, serviteur d'Athéna depuis des millénaires maintenant, fervent défenseur d'une cause auquel il ne croyait plus. Seulement, tout ceci n'était qu'un masque, une image dont il n'avait d'autre choix que de se parer alors qui était-il au fond ? Il n'en avait pas la moindre idée.
Voyant le jeune homme sans voix, Hadès continua, son nez éclairé de rouge vif.
« J'ai envié les humains, eux et leur finalité.
- Mourir n'est-il pas considéré comme un mal? »
Hadès hocha doucement la tête négativement son le regard désormais terne. Il paraissait doucement perdre cette malice qui le caractérisait au profit d'une atone mélancolie. Il ressemblait à un après-midi pluvieux.
« Mourir est le plus beau cadeau fait aux mortels. Certains ne désire rien de plus que l'immortalité sans même savoir le fardeau que cela implique. Vivre, chaque jour et chaque nuit. Vivre encore et encore, sans aucune chance de pouvoir s'échapper du passé est une chose que nous autre dieux subissons. L'amour à pour nous le même goût que la cendre.
- L'amour ?, fit Camus en fronçant les sourcils.
- Oublie, tout ceci ne sont que des divagations. »
Le dieu semblait si seul, si triste, se fondant parfaitement dans le cadre bariolé et pourtant si simple de l'église. Il ressemblait à une statuée autant qu'une apparition car il avait beau être là, devant les yeux de l'humain ce dernier n'arrivait pas à savoir si il était de chair et d'os ou de fumée. Le verseau plissa les yeux et s'avança d'un pas sans même s'en rendre compte. Il commençait doucement à arrêter d'essayer de comprendre car il savait au fond de lui déjà tout.
« Votre ami, que lui est-il arrivé ?
-Il a été assassiné.
- Je suis… désolé. »
Hadès inspira lentement, son torse se souleva alors qu'il releva légèrement la tête. Ses poings étaient serrés, ses ongles plantés dans sa chaire et ses yeux. Rien, seulement l'éclat particulier du violet qui les voilaient.
« Ne le soit pas, murmura-t-il la mâchoire crispée. C'est moi qui l'ai tué. »
Les épaules du chevalier s'affaissèrent alors qu'il regarda avec désolation l'être qui se tenait à quelques pas de lui. Ce n'était qu'une ombre, un dieu féroce qui avait cherché à effacer l'humanité plus d'une fois et pourtant le voici devant lui, triste comme l'hiver. Camus se rappela alors tous les apprentis qui étaient partis sans honneurs et mémoire, tous ceux qui avaient osés crier et d'énoncer mais dont le corps ne furent jamais retrouvés. Il se rappela les cadavres qui déchiraient parfois la terre de leurs ongles brisés, ses figures en décompositions d'hommes qu'il avait connu, qu'il avait tué parfois. Depuis son enfance, il avait connu la mort.
« Mon seigneur… » les morts se sont levés.
Il referma la bouche, ainsi que les paupières et n'ajouta pas un mot. Était-il lâche ? Non, il ne pensait pas, il voulait seulement oublier toute cette folie l'espace d'un court instant.
« Tu cherches à tromper le vide Camus.
- Est-ce un crime ? »
Hadès le regarda croisant ses mains dans son dos.
« Non. »
Le silence s'installa alors, laissant le temps au chevalier de calmer son esprit embrumé. Cette histoire n'avait aucun sens, mais il n'était plus vraiment à ça près…
« Ne t'en fais pas, souffla Hadès dans un silence. L'éternité n'est pas si longue. »
Donc finalement j'ai décidé d'en faire une courte histoire. J'ai essayé de faire ressortir le côté brouillon et disparate des pensées de Camus plutôt que de décrire une centième fois la fresque. Je ne pense pas que cette histoire ne dure très longtemps, cependant je vous préviens : ça va faire mal.
Je pense me focaliser un peu sur Hadès PARCE QUE… Je n'ai aucune explication. Désolée.
Voilà, voilà !
Earwen de Sirfalas : Merci ! J'avais vraiment envie d'écrire ça depuis un petit bout de temps et voilà !
Aquarius-no-Camus : Merci beaucoup !
