Chapitre 2

Seule dans ma chambre, je crois que je rêvai.

Je dis bien que je crois, parce que si je me souviens de l'avoir raconté à Maman, le lendemain, j'avoue ne plus savoir dans quelle mesure j'avais affabulé.

C'est Dominique que j'imaginai dans la nuit, bien entendu, Dominique cachée dans tous les recoins du Terrier, Dominique en pensée jusque dans le jardin.

Nous nous tenions debout dans l'herbe, serrant chacune la main de l'autre. Ensemble, nous attendions Poudlard ; du moins me semble-t-il – nous comptions les jours, alors j'en déduis que c'était la perspective de la rentrée qui nous agitait comme ça.

Et puis j'avais senti les doigts de ma cousine se resserrer autour des miens, leurs ongles devenus soudain des griffes.

- Tu me fais mal, lui avais-je dit d'une voix de rêve, d'une voix pas tout à fait là.
- Je ne fais pas exprès.

J'avais voulu lever les yeux vers la lune, histoire de voir, histoire de savoir à quoi elle ressemblait, cette nuit-là dans le jardin, mais je ne parvenais pas à bouger.

Je la sentais peser sur mes épaules, pourtant, immense et ronde, toute proche du sol.

[…]

Maman s'était fâchée, lorsque je lui avais raconté mon rêve.

Je me rappelle, elle s'affairait à préparer mes petits pains, ceux que je tartine toujours de marmelade au petit-déjeuner, et mon lait bouillonnait dans une casserole.

Le samedi matin, souvent, elle se levait très tôt et marchait jusqu'à Loutry Ste Chaspoule pour acheter des croissants, mais ce jour-là, je ne trouvai pas le sachet en papier kraft qu'elle ramenait d'ordinaire de la boulangerie.

Je ne lui en fis pas la remarque.

Comme de coutume, j'étais debout bien avant Papa. L'horloge indiquait sept heures, mais souvent, il lui prenait d'avancer ; c'était selon son humeur. Quoi qu'il en soit, je me trouvais seule assise à la table de la cuisine, les mains pressées contre l'arrondi de mon bol vide.

- Tu as bien dormi ? me demanda Maman, penchée sur le grille-pain.
- Plutôt bien. J'ai vu Dominique dans le jardin. Elle avait de grandes griffes.

Elle se retourna brusquement et ficha ses yeux dans les miens. Elle m'avait parue terriblement sévère, alors, même avec les cheveux emmêlés qui tiraient des traits rouges le long de son visage, même avec son peignoir qui bâillait un peu sur sa robe de nuit.

- Qu'est-ce que tu dis, Lily ?
- Rien, je répondis avec un peu trop de précipitation. J'ai fait un rêve, c'est tout.
- Tu es certaine que tu dormais ? insista-t-elle.
- Oui, je dormais. J'ai bien dormi. C'est vrai, je t'assure.
- C'est encore à cause de la remise ?
- Non. Y'avait pas de remise. Le jardin était comme il est maintenant. Promis.

Malgré mon insistance, elle ne cessa de me fixer, l'air suspicieux.

Cela aurait pu, je crois, durer encore longtemps si le lait n'avait pas débordé. Maman fit volte-face, étouffa un juron, retira la casserole du feu et entreprit d'éponger les dégâts.

Quelques secondes plus tard, le chocolat chaud fumant se déversait dans mon bol. Maman ébouriffa mes cheveux du plat de la main, et, trop heureuse qu'elle ait tout oublié de notre conversation, je n'osai pas lui demander de chasser ma cousine.

Ses inquiétudes, sans doute, étaient bien légitimes. Si les médicomages lui avaient assuré que je me portais comme un charme, elle n'en jugeait pas moins sage de me surveiller de près. Elle n'y avait jamais vraiment cru, à cette idée que c'était l'ennui qui m'avait fait voir des choses.

J'aurais dû lui préciser immédiatement, peut-être, qu'il ne s'agissait que d'un rêve. J'aurais dû la ménager. Mais cela, je ne l'avais compris qu'a posteriori, et déjà, il était trop tard.

Pour en revenir à notre histoire, nous entendîmes quelqu'un trottiner le long de l'escalier. Dans ce tout petit pas, je reconnus celui de ma cousine. En effet, ce fut elle qui apparut dans l'entrebâillement de la porte.

- Ne sois pas timide, viens t'assoir ! Ta Maman dort encore ?
- Elle s'habille. Elle m'a dit de descendre.
- Très bien, je vais lui préparer une tasse de café. Et toi, qu'est-ce que tu voudrais manger ?

Elle prit aussitôt place sur la chaise à côté de la mienne, ce qui ne manqua pas de m'agacer. Puis, après avoir contemplé pensivement le contenu de mon assiette, elle décida :

- La même chose que Lily, s'il-vous-plait.

Personne d'autre que moi ne touchait jamais à ma confiture, et l'idée même de la voir y plonger sa cuillère me hérissait le poil. J'hésitai à lui suggérer autre chose – les céréales un peu molles qui prenaient la poussière dans le fond d'un placard, peut-être, ou bien le porridge, comme Papa ; je décidai, au final, de m'abstenir de lui adresser la parole, quitte à souffrir de partager mon petit-déjeuner.

Je pense d'ailleurs que je m'y serais tenue s'il n'y avait pas eu son chandail. Je le lui enviai immédiatement, et je crois bien que mon regard s'égara un peu trop longuement sur les perles et les broderies qui l'ornaient. J'avais toujours aimé les choses qui brillent. Elle ne manqua pas de le remarquer.

- Tu aimes bien ? s'enquit-elle en les caressant du bout des doigts.

Je n'appréciai pas le fait qu'elle s'adresse à moi comme à une amie, mais je fus forcée de reconnaître qu'il me plaisait drôlement.

- Moi aussi, c'est mon préféré. Maman me l'a ramené de France.

Puis, après un court silence, elle ajouta :

- Je te le prête, si tu veux.

Je crois bien que ce fut cela qui me décida à lui pardonner son offense de la veille.

Acceptant cette proposition comme un traité de paix, je poussai la jarre de marmelade devant elle. Sur la table, la gelée et l'écorce d'orange luisaient comme des pierres précieuses.

Lorsque nous en eûmes terminé de grignoter nos tartines, je balayai les miettes d'un coup de torchon, et Maman nous apporta des feutres et des feuilles de papier. Dominique décréta ne pas savoir dessiner, mais se porta volontaire pour colorier mes œuvres.

- Ça, c'est le plus petit de mes grands-frères, lui expliquai-je sans cesser de griffonner furieusement. Celui qui aime bien les trucs bizarres.
- D'accord. Je lui fais les cheveux rouges comme toi.
- En fait, il ressemble beaucoup à mon Papa.

J'examinai son portrait, puis, un petit bout de langue sorti, m'appliquai à ajouter deux ronds pour ses lunettes.

- Voilà, comme ça c'est mieux, décrétai-je.
- Il est beau, jugea-t-elle, et pour une raison qui m'échappa alors, cela m'agaça quelque peu.

Maman passa pour remplir nos deux bols de chocolat chaud (j'avais le droit de me resservir, en fin de semaine), et s'arrêta un instant pour détailler mon dessin. Un grand sourire étira ses lèvres, et elle s'exclama :

- Tiens, mais c'est Albus !
- Oui. J'ai dit à Dominique que je lui montrerais toute la famille. J'ai aussi fait Rose, Hugo et l'oncle George.
- C'est très joli, chaton. Je peux l'avoir pour mettre avec les autres, sur la porte du frigo ?

J'acceptai gracieusement.

A l'époque, je m'imaginai qu'elle ne s'était montrée si fière que parce que mon coup de crayon l'impressionnait. A présent que j'ai un peu gagné en modestie, je comprends que c'est l'objet de mon portait, davantage que son exécution, qui avait piqué son intérêt.

Sur le frigidaire, avant ce jour-là, il n'y avait que James. James de toutes les couleurs, sur des coins de nappes, des feuilles blanches et des serviettes en papier, James en bonhomme bâton ; toujours lui. Jamais l'autre. Jamais l'autre parce que quelque part, encore, je crois que je lui en voulais.

Afficher Albus à ses côtés, c'était comme signer notre armistice.

Dans le courant de l'après-midi, Maman m'intima l' ordre d'ajouter mon post-scriptum à la lettre qu'elle faisait parvenir à James et à Albus – si c'était souvent Papa qui écrivait le plus, il fut longtemps de tradition que chacun appose son petit commentaire.

Je griffonai quelques nouvelles de mes dernières activités et les bisous de circonstance en bas du parchemin, puis Maman le roula avant de le cacheter.

- Quand est-ce qu'ils arrivent ? m'enquis-je avec un agitation non-dissimulée.
- Demain dans la journée. Le Professeur MacGonagall a eu la gentillesse de se porter volontaire pour les amener par Portauloin au Chaudron Baveur.
- Ma grande-sœur vient aussi, intervint Dominique avant de planter ses dents dans un biscuit.

Maman la gratifia d'un sourire attendri. Il est vrai qu'elle était mignonne, à l'heure du thé, à ronger ses biscuits et laper son Earl Grey comme un chaton. Moi, j'y versais tellement de lait qu'on n'y pouvait plus goûter la bergamote, et c'est à peine si je m'en servais pour autre chose que pour tremper mes sablés.

Après nous avoir accordé un dernier regard, Maman quitta la pièce et s'engagea dans l'escalier.

Brunhilde, notre chouette familiale, quoi qu'elle s'aventurât souvent hors de sa cage, vivait officiellement dans ma chambre, parce qu'elle se trouvait tout en haut de la maison et que chacun l'appelait « le perchoir de Lily ». Et puis, les gens qui m'avaient examinée à Sainte Mangouste avaient décrété qu'il serait bon que je m'occupe d'un animal de compagnie. C'était moi qui la nourrissais. Souvent, je l'envoyais à James, comme ça, sans rien, et elle me revenait les serres refermées autour d'une boîte de suçacides (mes préférées).

Mon frère était rien chouette, tout de même.

Je me tournai vers ma cousine et lui demandai :

- Elle est comment, ta sœur ?
- Grande, éluda-t-elle dans un haussement d'épaules.

Je m'habituais déjà à ses réponses qui n'en étaient pas, et n'y vis pas outrage.

Je réalise cependant, alors que j'écris, qu'il me serait utile de préciser quelque peu les événements :

Ce matin-là, lorsqu'elle avait fait irruption dans la cuisine, Fleur, toute apprêtée dans sa robe bleu vichy, avait demandé à Papa et Maman s'ils voyaient une quelconque opposition au fait qu'elle invite Victoire à séjourner avec nous durant la fin du weekend.

En effet, celle-ci n'avait plus eu l'occasion de revoir sa famille depuis la mort de l'oncle Bill.

- Bien entendu, avait répondu Papa. Ce serait peut-être une bonne idée de faire venir James et Albus, aussi. Je suis sûr que la directrice n'y verra aucune opposition, si nous lui expliquons les circonstances, d'autant que ce lundi est un jour férié. Et puis, Ginny et moi lui avions justement promis de donner un discours, alors nous pourrons les ramener à l'école lorsque nous ferons le voyage.

Nous étions le 29 avril. Dans trois jours, ce serait l'anniversaire de Victoire.

[…]

- Tu veux jouer au monstre ?
- C'est quoi, exactement ?
- C'est facile, lui expliquai-je. On dira que je suis le monstre, et puis je te courrai après. Si je t'attrape, je te mange, et tu as perdu.
- Je peux faire le monstre ?
- Si tu veux. C'est bizarre, normalement, personne n'a envie d'être le monstre.
- Moi si. J'aime pas qu'on me courre après.

J'acceptai, indifférente. Cela m'était égal, puisque de toute façon, je gagnais toujours.

Suivant mes instructions, Dominique se plaça face au mur, les yeux clos, et entreprit de compter jusqu'à dix.

Je filai comme une flèche en direction de la cave – voilà bien un endroit, songeai-je, où elle ne se risquerait pas à aller me cueillir.

A sept, ma cousine se lança à mes trousses. Je l'aurais traitée de mauvaise joueuse si je ne m'étais pas connu une certaine tendance à tricher moi aussi.

Avant qu'elle ait le temps de gagner du terrain, cependant, je me précipitai dans le couloir qui serpentait sous la maison. La clef se trouvait dans la serrure. Je la fis tourner sur elle-même, un geste vers la gauche, et un son métallique m'indiqua que la cave m'était accessible. Je pénétrai dans la pièce obscure, ne pris pas la peine d'allumer les lumières, et m'accroupis derrière une pile de cartons.

Dominique, si elle me talonnait, s'arrêta avant d'en passer le seuil.

- Je sais où t'es, me menaça-t-elle. Derrière les boîtes. Je t'ai vue.
- Viens me chercher, alors, la défiai-je.
- T'es méchante.
- Si tu viens pas, alors je t'ai battue.

Elle amorça un mouvement pour me rejoindre, puis parut se raviser.

- Tu peux pas me battre si j'arrête de jouer, dit-elle en croisant les bras.
- T'as pas le droit de faire ça !
- Si, je peux.
- T'es vraiment nulle. Regarde, moi j'y suis, et j'ai pas peur du tout.
- Je m'en fiche. Si tu sors pas, je joue plus, et t'auras qu'à t'ennuyer toute seule dans ta bête cave.

Force m'était de reconnaître qu'elle n'avait pas tort. Sans un monstre pour me chasser, l'activité perdait beaucoup de son intérêt.

- Bon, très bien. Si tu recomptes jusqu'à dix, je change de cachette.

Elle s'accorda un instant pour juger du fair-play de ma suggestion, puis acquiesça d'un signe de tête.

- Un, deux…

Je bondis hors de la cave et m'élançai dans l'escalier. Avec les marches qui grinçaient, elle ne tarderait pas à deviner où j'avais disparu, mais je ne m'en inquiétai pas outre mesure.

- Quatre, cinq… attends, me laisse pas toute seule ici ! l'entendis-je réciter.

Un bruit de pas m'indiqua qu'elle avait repris sa course. Elle n'accordait décidément pas une grande importance au respect des règles, et à ce titre se montrait une compagne de jeu idéale ; lorsque je m'amusais avec James, il n'avait de cesse de me reprocher d'appliquer mes lois comme bon je l'entendais. Avec Albus, c'était différent : il s'en fichait, mais il trichait mieux que moi, alors ça m'agaçait. De toute façon, à l'époque des faits, je n'avais plus passé de temps seule avec lui depuis près d'un an.

C'est d'ailleurs la porte de sa chambre que j'ouvris d'un coup de pied. J'examinai rapidement les lieux pour m'assurer que l'endroit était sûr, puis plongeai sous son lit.

A peine avais-je rabattu les couvertures pour parfaire mon camouflage que Dominique arpentait déjà le couloir.

- Je sais que t'es ici, lança-t-elle en s'arrêtant juste devant la chambre d'Albus. T'as laissé la porte ouverte.

Je gardai le silence.

Je ne fus pas qu'un peu surprise d'entrevoir, quelques instants plus tard, le bout de ses chaussures qui foulait la moquette. Je lui avais dit, pourtant, qu'elle avait tout à craindre de cette pièce. Elle qui m'avait parue si peu courageuse, je ne l'aurais pas pensée capable d'y entrer sans y être forcée.

Un grincement me laissa supposer qu'elle m'avait crue terrée dans l'armoire. Je m'enfonçai dans ma cachette, mais ce fut inutile. Un moment s'écoula, elle s'agenouilla, puis son visage m'apparut, la joue pressée contre le sol. Un sourire triomphant releva les coins de ses lèvres.

- Trouvée !

Sa main glissa vers moi, et son index s'enfonça dans mon épaule.

- Et j'ai gagné ! s'exclama-t-elle.

Bonne perdante, je roulai de sous le lit et m'étalai auprès d'elle, les bras en croix.

- T'es pas mauvaise du tout, déclarai-je.
- Toi non plus.
- Donc maintenant, c'est moi le monstre.

Elle se redressa, puis tordit nerveusement ses mains.

- On pourrait pas faire autre chose ?
- Ben si, si tu veux.

Peut-être vous êtes-vous souvenu de ce qui se trouvait sous le lit d'Albus. Ce n'était pas mon cas. Aussi sursautai-je lorsqu'un gargouillis brisa notre silence, étouffé par les draps qui tombaient jusqu'au sol.

- Ben ça alors, il est toujours là-dessous ! J'ai eu de la chance qu'il m'attaque pas.
- C'était quoi, ça ?
- Le journal d'Albus.

Elle fronça les sourcils, mais avant qu'elle n'ait le temps de poser sa question, je m'attachai à lui donner les détails.

- J'ai essayé de l'ouvrir, il y a pas longtemps, mais il m'a mordue et est allé se mettre sous le lit. Je pensais qu'il était parti, depuis. Sans quoi, je serais allée ailleurs.

Pour souligner mon propos, je lui montrai mon pouce, sur lequel une minuscule coupure cicatrisait doucement.

- T'as toujours envie de le lire ? m'interrogea-t-elle.
- Pour sûr.
- On l'attrape ?

Je ne pus qu'approuver. Il me fallait reconnaître que Dominique me plaisait de plus en plus.

Il fut convenu que je prendrais la direction des opérations. Je saisis un oreiller à deux mains, et me tins prête. Puis, j'indiquai à ma cousine qu'il était temps de déplacer le lit. Elle s'y attela en grimaçant, car le meuble était lourd. Elle le tracta si bien qu'il laissa un sillon dans la moquette. Finalement, le livre se trouva à découvert.

Avant que celui-ci eût le temps de ramper dans un autre coin de la pièce, je l'écrasai sous l'oreiller et y appliquai tout mon poids.

- Je le tiens !

Dominique laissa échapper un cri de victoire et s'empressa de prendre place à mes côtés. Puis, perplexe, j'ajoutai :

- Mais comment je fais pour l'ouvrir ?

Dominique se pencha sur l'oreiller, et en souleva prudemment un coin. Deux petits yeux jaunes et protubérants dardaient des éclairs sur la couverture. Il claqua soudain ses pages comme deux mâchoires, et je manquai de le lâcher sous l'effet de la surprise.

- Tiens, mais je le reconnais, s'étonna ma cousine. Victoire en a un aussi, c'est Le monstrueux livre des monstres.
- Le quoi ?
- Un livre d'école. Je crois que tout le monde en a un, à Poudlard.
- Tu crois qu'Albus aura inversé les couvertures juste pour m'embêter ?
- C'est possible. Il est rigolo, ton grand-frère.

Je passai ma langue sur mes lèvres, et éludai :

- Ses blagues sont pas toujours très drôles.

Je tournai la tête vers la fenêtre. Dominique me contempla un moment en inclinant son visage sur le côté, à la manière d'une chouette. Finalement, elle essaya d'accaparer à nouveau mon attention.

- Lily, je crois que je sais comment l'ouvrir.
- Vraiment ? Tu m'expliques ?
- Il faut le caresser.
- T'es sûre ? m'inquiétai-je, méfiante.
- Oui. Celui de Victoire s'était échappé, je me rappelle. C'était Papa qui l'avait capturé.

Une question me brûlait le bout des lèvres mais je me doutais bien, déjà, qu'il n'était pas de bon ton de la poser. Pourtant (et peut-être est-ce parce qu'en un sens, peu m'importait d'affecter la cousine qui m'avait tant blessée la veille), je ne sus me retenir.

- Il te manque, ton Papa ?
- Pas vraiment.

Elle marqua une pause réflective, puis poursuivit :

- C'est mieux avec juste Maman et Victoire.

Est-il utile de préciser que je ne fus pas qu'un peu prise de court par cette déclaration ?

Le monde, je ne l'imaginais pas sans mon Papa – sans doute, en un sens, parce qu'en son absence, il n'y en aurait pas eu, de monde pour moi. Je ne pouvais me figurer un univers composé simplement de Maman, James et Albus ; celui de ma cousine, ainsi, me fascinait.

- A table ! résonna une voix dans l'escalier.

Et je ne pus pousser plus loin mes réflexions.

[…]

C'est Papa qui ramena mes deux frères du Chaudron Baveur, le lendemain. Lorsque je vis James s'extirper du siège arrière de La Ford Anglia, je me précipitai vers lui, les bras grands ouverts. Il fit de même, et nous nous retrouvâmes enlacés au milieu du jardin. En me soulevant, il me fit voler.

Mes deux pieds furent à nouveau sur le sol, puis Albus nous rejoignit d'un pas peu pressé, les yeux fixés sur les bouts de ses souliers.

- Albus ! me réjouis-je avant de lui sauter au cou.

Cela ne manqua pas de le surprendre, bien sûr ; il faillit même nous faire tomber tous les deux. Au bout d'un instant, cependant, il cessa de tanguer sous mon poids et me fit tournoyer à son tour – un peu plus maladroitement que James, mais je crois me souvenir que ce n'était pas mal.

- Salut, Lily ! Ça va bien ?
- Plutôt, oui.

J'hésitai à lui avouer la perte de Maugrey, les pulsions un peu étranges que Dominique m'inspirait parfois, et la mort à laquelle je n'arrêtais pas de penser depuis qu'on m'avait dit, pour l'oncle Bill. J'ignorais, cependant, s'il était de bon ton d'évoquer de telles choses en compagnie de mon grand-frère.

Qui savait combien de temps cette mystérieuse entente allait durer ? Je ne tenais pas à le fâcher alors qu'il se montrait si amical.

Tandis que je pesais le pour et le contre, Maman, sortie de la maison dans un froufrou de sa robe jaune (celle qui lui va le mieux), le saisit par le bras.

- Jeune homme, lui chuchota-t-elle, viens par ici deux minutes, j'ai à te parler.

Albus dégagea son bras d'un geste souple, comme une couleuvre, et gratifia Maman de l'un de ses drôles de sourires qui s'étirent seulement d'un côté.

- Papa m'a déjà briefé dans la voiture.
- Hum, hum. En ce cas, j'imagine qu'il t'a également demandé de présenter tes excuses à une certaine personne ?

Il tourna sa tête vers moi :

- Pour le journal, désolé Lily, je voulais faire une blague à Rose. Je ne pensais pas qu'une petite fille aussi sage que toi irait fouiller dans mes affaires.

Je croisai les mains derrière mon dos tandis que le coin droit de sa bouche remontait de nouveau.

- Je fouillais pas, je l'ai trouvé en jouant à cache-cache avec Dominique.
- Dis donc, Lily, est-ce que je ne viens pas de te prendre en flagrant délit de mensonge ? me reprit Maman.

James leva le menton, fier, sans doute, d'être L'Enfant le plus facile à vivre de la triade Potter, et Maman soupira en secouant la tête.

Avant qu'elle me laisse même le temps de protester, nous entendîmes le bruit d'une malle qui se fracassait contre le sol, et toutes les têtes se tournèrent vers la Ford.

Victoire se tenait debout près du coffre, et s'affairait seule à décharger la voiture.

- Victoire ! Bonjour, ma belle ! Merlin que ça fait longtemps, s'enthousiasma Maman avant de lui prêter assistance.
- Bonjour, Ginny, répondit-elle de la voix la plus atone qu'il m'ait été donné d'entendre au cours de toute une vie. Ma mère est à l'intérieur ?
- Oui. Elle ne se sentait pas très bien, alors je lui ai suggéré de rester allongée. Je suis sûre que ce n'est rien de grave, cela dit.
- Oh, j'en suis certaine aussi. Ça lui arrive souvent, en ce moment.
- Je t'aide à monter ta malle ?
- Non, ça ira, merci. Je connais un sortilège.

Fascinée, j'observai le poignet de Victoire décrire un cercle, et les valises s'arrachèrent du sol. D'un nouveau geste, plus sec, cette fois, elle les guida à l'intérieur de la maison.

- Tu te souviens d'elle ? me demanda James.

J'acquiesçai d'un signe de tête. De tous les Delacour, Victoire était celle que j'avais aperçue le plus récemment. Sur le quai de la gare, il y avait de cela moins d'un an, je l'avais longuement dévisagée lorsque Rose me l'avait décrite comme étant « la fille qui faisait des bisous à Teddy Lupin ».

L'ainé de mes frères esquissa un sourire compatissant. Sans doute s'imaginait-il que j'étais toujours entichée de Teddy. C'était de l'histoire ancienne, pourtant, et ses cheveux tour à tour roses puis oranges avaient depuis longtemps cessé d'aimanter mes regards admiratifs.

Une voix au-dessus de nos têtes nous fit lever les yeux.

- Hello !

Dominique, assise sur l'appui de sa fenêtre, adressait à sa sœur un signe de la main. Celle-ci le lui rendit tandis qu'elle ébauchait son premier sourire de la journée, puis passa la porte d'entrée du Terrier.

Je m'apprêtais à faire de même quand la voix de Dominique me parvint.

- Hey, Lily, tu me vois ? Fais-moi bonjour !

Elle paraissait tout petite, là-haut sur son perchoir.

Je fis mine de l'ignorer, et saisis la main de James dans la mienne.

Il était temps pour elle de se faire à l'idée que je ne pouvais pas jouer avec elle quand bon lui semblait. J'avais mes grands-frères, à présent.

Je réalise bien, aujourd'hui, que cette pensée était des plus egoists ; d'autant que Dominique, sans doute, était seule à même de me comprendre : elle aussi passait l'année scolaire à se tourner les pouces en attendant sa première rentrée. La renier au profit d'Albus et James sous prétexte qu'ils daignaient enfin m'adresser la parole, c'était cruel. Pourtant, vous devez essayer de comprendre que, à l'époque, j'attribuai leur amabilité au fait que je devenais enfin une grande. Je ne pouvais savoir, alors, que dans la voiture, Papa les avait priés de se montrer gentils avec moi.

« Lily parait aller mieux, » leur avait-il sûrement dit. « Albus, il semblerait qu'elle soit prête à faire une croix sur le passé, alors essaie de lui parler, veux-tu ? Ca fera vraiment plaisir à Maman. Tu peux bien lui accorder ça. Et puis, ta sœur n'est pas méchante. Si vous prenez tous les deux bien soin d'elle, je suis persuadé qu'elle finira par se calmer. »

Peu importe, cependant. Le fait est que Dominique me lança à nouveau, songeant, sûrement, que je ne l'avais pas entendue :

- Hey, Lily ! Lily !

Je m'appliquai à l'ignorer, et serrai plus fort la main de mon frère.

- On retourne à l'intérieur aussi ? lui suggérai-je.
- Tu as ta copine qui t'appelle.
- Ah bon ? J'entends rien, répondis-je perfidement.

James, me prenant au mot, leva la tête et pointa ma cousine du doigt. Des yeux, je suivis son geste, et constatai alors que Dominique se tenait à présent debout dans l'encadrement de la fenêtre.

Lorsqu'elle s'adressa à nouveau à moi, sa voix n'avait plus grand-chose d'amical. Elle me menaça :

- Si tu ne réponds pas, je saute.

Je pinçai les lèvres, déterminée à ne pas céder à son chantage. Albus, sans proférer le moindre mot, pointa sa baguette magique sur Dominique et se tint sans bouger. James, lui, écarquillant ses grands yeux, appela du plus fort qu'il put :

- Madame Delacour ! Madame Delacour !
- Ca ne sert à rien, lui répondit Dominique en se penchant un peu plus en avant sur le vide. Elle viendra pas.
- Tu es Dominique, c'est ça ? s'enquit James, dont la voix se faisait plus anxieuse. Dominique, je t'en prie, ne saute pas, tu vas te blesser !
- Ca m'est égal.
- Lily, bon sang, réponds-lui !

Mon regard croisa celui de ma cousine, et je demeurai campée sur mes positions, muette.

Je ne saurais insister suffisamment sur le fait qu'alors, j'ignorais qu'elle sauterait vraiment. Lorsque je l'ai vue basculer, je n'ai pu que plaquer mes mains sur ma bouche et fermer les yeux. Juste à ma gauche, la voix d'Albus avait scandé :

- Levicorpus !

Et Dominique s'était retrouvée suspendue par un pied à un mètre au-dessus du sol.

[…]

Maman arpentait la cuisine d'un pas nerveux, les mains sur la taille. Papa, lui, s'était installé sur une chaise qu'il avait tirée de sous la table. Il gardait les bras croisés, et nous regardait sans nous voir. Albus, James et moi-même nous tenions debout et silencieux. On aurait entendu une mouche voler.

Enfin, Maman se décida à s'énerver pour de bon.

- Enfin, je ne peux tout simplement pas y croire ! Je vous laisse seuls cinq minutes, cinq toutes petites minutes, et vous vous débrouillez pour mettre la maison à feu et à sang. Vous savez, vous savez tous les trois que nous traversons une période difficile : j'attendais de vous que vous montriez, faute de chagrin, un minimum de respect.
- Mais puisqu'on te dit qu'on a… tenta de protester Albus.
- Qu'est-ce qui a bien pu te passer par la tête ? Lancer un Levicorpus à ta cousine ! Tu trouves vraiment ça drôle ? As-tu la moindre idée de qui l'utilisait, ce sortilège, pendant la guerre ?

Albus pinça les lèvres de colère contenue. Il tenait en horreur le fait d'être interrompu.

James, timidement, se décida à lever une main en l'air, comme il l'aurait fait devant un Professeur.

- Et toi, ne fais pas le fier, trancha Maman. Laisser tes cadets tourmenter une petite fille, c'est honteux ! Comment vais-je expliquer ça au Ministère ? Parce que le Ministère va s'en mêler, croyez-moi. Un enfant qui utilise un Levicorpus ! Je suis mortifiée.
- Mais ils disent la vérité ! C'est Dominique qui a sauté ! Albus a juste essayé de l'empêcher de se faire mal !

Papa, articulant lentement ainsi qu'il l'aurait fait pour s'adresser à un enfant bien plus jeune que James, prit la parole :

- Et pourquoi, je te le demande, aurait-elle fait une chose pareille ?
- Mais j'en sais rien ! se défendit James, qui déjà paraissait sur le point de fondre en larmes.
- Et si vraiment Dominique a sauté, comment expliques-tu le fait que Fleur affirme vous avoir vu lancer le sort alors qu'elle ne faisait que vous saluer depuis la fenêtre ?
- Parce qu'elle ment, siffla Albus tout en le fusillant du regard.

Papa tourna la tête vers lui. Son visage demeura impassible, mais ses mains se crispèrent tant et si bien qu'on en distinguait les phalanges. Albus avait adopté la même attitude, et, si l'atmosphère ne s'était pas avérée aussi électrique, j'aurais probablement jugé leur ressemblance comique.

- Tu as l'intention d'ajouter la calomnie à la liste de tes exploits ?

Mon frère ne pipa mot, mais soutint son regard.

Papa croisa les mains sous son menton et soupira profondément.

- Ta mère et moi sommes déçus, Albus. Très, très déçus. Nous pensions que tu avais appris de tes erreurs, depuis l'histoire de la remise.

La remise. Ma gorge se tordit. Soudain, j'eus du mal à respirer. Ma poitrine se souleva plus rapidement, et un chuintement fila d'entre mes lèvres. Les larmes me montèrent aux yeux, et je me sentis brusquement incapable de me tenir debout sur mes deux jambes.

- Lily, tout va bien ? me demanda James ou Albus ou Papa ou Maman.

J'ouvris la bouche pour répondre, mais mon souffle se fit sifflant, et je perdis tout sens de la parole. J'enroulai mes bras autour de mon torse, et mes genoux ployèrent. Mes pensées s'échappaient dans tous les sens, mon cœur cognait contre mes côtes et les parois de mon crâne, et je crois bien que je me mis à pleurer.

- Lily, calme-toi ! Lily, tu m'entends ? Essaie de respirer profondément. Lily, Lily ?
- Arrête cette comédie, bon sang, Lily !

Ce n'est que lorsque Maman me redressa et glissa un verre de lait chaud entre mes mains que je réalisai que j'étais tombée.

- Bois ça, chaton, ça va te faire du bien.

Papa enfouit ses mains dans ses poches. Je ne tardai pas à constater qu'à nouveau, une ride traversait sa cicatrice de part en part. Je mordis anxieusement ma lèvre inférieure. C'était rarement de bonne augure.

- Félicitations, ma fille, tu t'en es encore sortie à bon compte.

Je n'osai pas répondre, ne comprenant pas tout à fait ses accusations, mais Maman prit ma défense.

- Je ne te permets pas, Harry, siffla-t-elle Ca lui fait encore peur, tu le sais bien.
- Non, elle n'a pas encore peur. Elle a simplement compris qu'il suffisait qu'elle pleure un peu pour qu'on lui passe tout.
- Tu vois bien qu'elle vient de nous faire une crise d'angoisse, tout de même ! Tu as l'intention de me convaincre qu'elle simule ?

J'avalai une première gorgée de lait qui me brûla l'œsophage.

Papa passa une main dans sa tignasse, dégageant son front. Sur un ton plus posé, il reprit :

- Je dis juste que tu la couves un peu trop.
- Je ne la couve pas un peu trop, rétorqua Maman d'une voix plus grave que d'ordinaire, menaçante, presque. Elle a besoin de beaucoup d'attention, et il faut que quelqu'un s'occupe d'elle.

Le regard de James s'égara tour à tour sur Papa et sur Maman. Ses yeux, un peu mouillés de larmes, ne cessaient de s'ouvrir davantage, et il avait l'air de ne pas bien comprendre ce qu'il faisait encore là.

Albus, lui, suivait l'échange avec attention. Sans doute avait-il conscience que son nom ne tarderait pas à être mentionné. Il finissait toujours par se faire enguirlander, lorsqu'on parlait de moi ou de la remise.

- Oh, et tu me reproches, s'énerva Papa, de ne pas passer mes journées avec elle ?
- Je te reproche de ne pas faire attention à elle alors qu'elle est malade.
- Tu ne penses pas qu'elle a déjà assez d'une personne pour la surveiller en permanence, non ?
- Je ne la surveille pas, je…
- Si tu n'accourais pas à chaque fois qu'une ombre la fait sursauter, elle irait déjà mieux.

A cet instant, Maman trouva son point de rupture. Sa bouche trembla, ses paroles s'entrechoquèrent, et Papa sut qu'il était allé trop loin. Lentement, il se pencha sur elle, une main sur son épaule, et lui chuchota ses excuses.

Je me tournai vers James, qui faisait lui-même face à Albus. Nous échangeâmes quelques regards interrogateurs, ne sachant pas si nous avions été tacitement autorisés à regagner nos chambres ou s'il nous faudrait rester et subir encore les foudres parentales.

Papa, sans pour autant lever la tête vers nous, mit fin à cet échange silencieux. Son ton était toujours marqué par la colère, mais il ne cria pas :

- Au lit, vous trois. On reparlera de ça très bientôt. Et que je ne vous reprenne plus jamais à faire de mauvaises plaisanteries.

Après avoir chacun acquiescé d'un hochement de tête et marmonné un « bonne nuit », nous nous avançâmes à petits pas dans l'escalier.

- Ils étaient drôlement fâchés, fis-je remarquer à demi voix. C'est injuste.
- Je crois qu'ils sont très affectés par la mort de l'oncle Bill, expliqua James. Il faut les comprendre, et essayer de leur faciliter la vie.
- Mais on n'a rien fait de mal ! protesta Albus. On a juste empêché leur précieuse nièce de se fracasser le crane !

James s'arrêta devant sa chambre, se gratta pensivement l'oreille, et marmonna comme pour lui-même :

- Et puis, c'est étrange, je suis certain d'avoir appelé Fleur, lorsque Dominique a dit qu'elle allait sauter.

Albus et moi tendîmes l'oreille, nous attendant à ce qu'il poursuive son discours, mais la porte claqua derrière lui.

- Bon, ben bonne nuit, hein, conclus-je.
- Bonne nuit, sœurette (drôle d'expression. Je ne me souvenais pas qu'il m'ait jamais appelée ainsi).

Comme nous nous apprêtions à nous quitter, un cri sonore retentit derrière la porte de la chambre bleue. Albus plissa les yeux, m'agrippa par le bras, et me demanda :

- Qu'est-ce que c'est ?
- Je sais pas du tout. J'ai jamais entendu ça avant.
- Vite, suis-moi.

Albus m'entraîna au pas de course dans le couloir. Les Delacour logeaient tout au fond. Albus frappa son poing contre la porte, plusieurs fois, jusqu'à ce que celle-ci s'entrouvre.

Victoire nous apparut, ses cheveux courts et blonds légèrement emmêlés, son pyjama boutonné de travers. Je tentai de couler un regard à l'intérieur de la pièce, mais sa silhouette obstruait ma vision.

- Qu'est-ce que vous voulez, vous deux ? feula-t-elle en fronçant les sourcils.
- Quelqu'un a crié, répondit Albus sans se démonter. On voulait voir si tout allait bien.
- Personne n'a crié, vous entendez des voix.

Elle me détailla d'un regard méprisant.

- Apparemment, poursuivit-elle, ce ne sera pas la première fois.

Albus serra les poings, mais parvint à tordre la moitié de sa bouche en un sourire faux.

- C'était sûrement Ombrage. Pardon pour la confusion. Bonne nuit.

Après avoir plissé sur notre cousine deux yeux scrutateurs, il se résolut à tourner les talons.

Alors que je me faufilais dans son sillage, une main de grande personne se referma sur mon épaule.

- Toi, là. Je ne crois pas t'avoir autorisée à t'enfuir.

Je me retournai, et le visage nacré de Victoire se trouva juste en face du mien. A l'oreille, elle me chuchota :

- Ton frère tenait la baguette, mais je sais bien qui est derrière tout ça. On raconte beaucoup de choses sur toi, à Poudlard. Alors je te préviens : si tu n'arrêtes pas immédiatement de terroriser ma petite sœur, je me chargerai de ton cas, et même tes héros de parents auront du mal à recoller tes morceaux quand j'en aurai fini avec toi. C'est compris ?
- C'est compris, murmurai-je dans un filet de voix.

J'attendis que Victoire referme la porte, puis courus à toutes jambes en direction de ma chambre avant de tourner la clef dans la serrure.

Je me sentais toute faible, et comme faite de coton.