Bonjour mes petites wiccans ! Surprise, je suis de retour sur ce front aussi ! En fait, je suis de retour partout, et j'ai d'ore et déjà entamé la rédaction du Destin Parallèle au Brésil. Mais concentrons-nous sur Salem. Dans le chapitre précédent, qui date… pfiuuu… qui date (genre 6 mois ?)… nous avions fait la connaissance d'Amidala Kent, une geek née-no-maj' bègue mais ne manquant pas de ressources. Alors qu'elle avait réussi à fuir la sorcière de Salem qui venait la chercher pour l'emmener à l'Institut, elle rencontrait enfin en chair et en os (et en beaux cheveux) son petit-ami virtuel, Tony. Mais le lendemain, alors qu'ils faisaient connaissance, la sorcière apparaît devant elle encadrée de deux gorilles en costumes noirs, et ceux-ci l'enlèvent, transplanant sous les yeux ébahis du No-maj' de son cœur.
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Et mine de rien, quelques reviews auxquelles répondre ! Merci à tous !
Salut Suwan, mon estimé collègue ! Non, cette fic est un tome unique, désolé ! En revanche, certains de ses personnages reviendront plus tard, ailleurs… je n'en dit pas plus !
Ben parents geek, prénoms d'enfants geek ! Et Cressida elle a la classe. Cressida elle est incarnée par Nathalie Dormer. Et tout à fait entre nous, le fait qu'il existe une actrice nommée Cressida Bonas vaut le coup d'être souligné (oui oui, ça se prononce comme tu le penses).
Ouais hein ? Forcément, ça démarre tranquille. Mais une fois le Cercle Wiccan en jeu, tu verras qu'elles ne jouent pas à la dinette (commentaire misogyne labellisé Beaufs de France) !
Hey Ywëna, mon estimée modèle ! Oui, j'aime traumatiser des gens. J'aime creuser des trucs, et j'aime les Geek. Ironiquement, je suis pas super fan de Star Wars, mais c'est un univers assez riche pour fournir une fic en références cachées partout, alors j'en profite !
Coucou Amaia ! Ton pseudo me dit rien, t'es pas une habituée du Multivers, si ?
Je comprends, le bac, c'est important ! Les études, l'échec social, les SDF diplômés du Supérieur… Non je plaisante, un peu de cynisme, ça (me) détend !
Eh bien profites-en cette fois-ci alors !
Hey Drety ! Pour le Secret Magique… disons que la politique États-Unienne ressemble à s'y méprendre à du mépris exacerbé doublé de racisme en puissance. Entre ça, et le fait que la religiosité du pays joue en leur faveur, pourquoi s'inquiéteraient-ils qu'un gosse moldu issu d'une minorité ethnique ET d'un quartier pauvre (c'est redondant, non ?) aille raconter quoi que ce soit ? Personne ne le croirait !
Adultes cyniques, jeunesse désabusée. T'as déjà vu "God Bless America" ? Et le docu-animé sur le 2nd amendement dans "Bowling For Columbine" (ce cartoon est trouvable en VOST et en VF sur youtube ou dailymotion, et aussi marrant dans les deux langues) ? Les adultes américains sont des enfants terrifiés persuadés de valoir mieux que leurs propres enfants, à tel point qu'ils les terrifient à leurs tours. Pas franchement le meilleur exemple…
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Dans ce chapitre, une école dans un univers parallèle, un ascenseur unique au monde, et pas mal de frustration. Go !
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2) Salem la Glorieuse
Amidala fut comme happée dans un tourbillon de lumière et d'ombre, distordue, avec une étrange sensation de tension derrière le nombril. Quand elle émergea, elle était dans une rue déserte, à peine éclairée. Elle ne put se retenir de vomir. Elle sentit une main qui retint ses cheveux, et sursauta. C'était la vieille sorcière.
– Qu'est-ce q…q…que vvous m'avez f…fait !? haleta-t-elle.
Sans demander leur reste, les deux hommes saluèrent Mrs Valerian d'un signe de tête, et disparurent à nouveau.
– Nous avons transplané, répondit posément la sorcière. Aaaah… j'en ai connu, des coriaces. Mais toi, tu as placé la barre très haute ! Enfin… J'ai fait un marché avec ton père. Puisque l'éducation des jeunes sorciers est obligatoire, je t'ai emmené ici pour que tu découvres, bon gré mal gré, l'Institut de Salem. Si tu ne t'y plais pas, tu pourras rentrer chez toi, et ton père paiera les services d'un précepteur privé. Ça coûtera extrêmement cher, et l'argent qu'il a mis de côté pour les études de ta sœur comme de toi y passera en intégralité, ainsi que votre maison, probablement. C'est à toi de voir.
– JE VVEUX RETOURNER LÀ-BAS ! RAMENEZ-MOI CHEZ TONY !
L'onde de choc accompagnant le cri d'Ami fut telle que les alarmes de plusieurs voitures se mirent à sonner, et que les vitres de la plus proche de fissurèrent. Pourtant, la vieille sorcière n'avait pas bronché d'un iota. Elle sortit sa baguette magique, l'agita légèrement, et les alarmes se turent. Un second coup de baguette, et les vitres de la voiture furent réparées.
– Tu découvres l'Institut de Salem. Tu essaies de t'intégrer, tu assistes aux cours… Une semaine, c'est tout ce que je te demande. Pense aux sacrifices que devra faire ta famille si tu te bornes à refuser. Une semaine, et passé ce délai, tu seras libre de choisir d'étudier ici, ou d'étudier à la maison, avec tout ce que ça implique. La rentrée est après-demain. Aussi, avec l'accord de ton père, je vais t'accompagner demain dans tes achats scolaires. Même si tu ne restes pas, ils te seront utiles. En premier lieu, ta baguette. Tu penses tenir une semaine, ou c'est trop dur pour toi ?
Amidala croisa le regard plein de défi de la prof. Se sachant prise à son propre jeu, elle ne se démonta pas, et releva le menton.
– Ri…rien n'est ttrop du…dur pour mmoi.
– À la bonne heure !
– À pa…pa…part par…ler.
– Bien sûr. Nous pourrons faire quelque chose, pour ça. Tu comprendras vite que la magie permet bien des choses que tu aurais jugées impossibles auparavant. Peut-être même… guérir le bégaiement ? À toi de voir si tu veux le découvrir. Une semaine.
Le soir même, Amidala dormit dans une chambre d'hôtel réservée par la prof, qu'elle retrouva le lendemain matin. Bien décidée à faire le minimum d'effort, Ami ne décrochait pas un mot, et Mrs Valerian faisait la conversation toute seule.
– Les personnes n'étant pas sorciers sont appelés no-maj', ou moldus. Ils ne doivent pas savoir que la magie existe. Aussi, tout enfant sorcier en âge d'être formé doit impérativement passer par l'une des vingt-sept écoles de sorcellerie du monde pour apprendre à maîtriser ses pouvoirs, dans le but avoué d'éviter de révéler aux no-maj' notre existence. L'âge est généralement de onze ans, mais il existe quelques exceptions dans le monde. Par ailleurs, les États-Unis comptent trois écoles, et l'une d'entre elles n'est accessible qu'à partir de l'âge de treize ans. Mais tout élève s'y inscrivant aura déjà fait au moins deux années ailleurs. C'est le Collège de Sorcellerie Appliquée Readviper. Plus classique, l'Institut de Salem accueille principalement les jeunes sorciers de la côte Est. Enfin, le Lieu de Partage d'Ozarkhawk accueille les élèves de la côte Est. Il est possible d'étudier dans une autre école que celle à laquelle nous sommes assignés à la naissance… mais c'est peu commun, surtout chez les nés-non-maj'. Voilà, c'est ici.
Mrs Valerian entra dans une boutique de tailleur qui avait l'air désaffectée de l'extérieur. Pourtant, l'intérieur était tout neuf, et d'une effrayante propreté. Les murs, sol, plafond, meubles et uniforme du vendeur étaient d'un blanc immaculé. L'homme au teint mat, la trentaine, s'inclina. Une mèche de ses cheveux blonds tomba devant son œil droit, aussi gris que le gauche. Quand il se redressa, sa mèche remonta comme par magie — à moins que ce ne soit réellement le cas.
– Mesdames ? Que puis-je pour vous ?
– Une nouvelle élève vient acheter sa baguette, présenta Mrs Valerian.
– Bien, s'inclina à nouveau le vendeur.
Il sortit sa propre baguette de sa poche, et l'agita. Amidala ne put retenir un ricanement. C'était la deuxième fois qu'elle assistait à un tour de magie, et c'était la deuxième fois que l'exécutant se contentait d'agiter vaguement un bout de bois en l'air. Ça ne semblait pas très compliqué, la magie, au final. Un mètre de couturier lévita jusqu'à la jeune fille, et commença à la mesurer sous toutes les coutures.
– Tu es droitière ou gauchère ? demanda le vendeur.
– Gau…gauchère, répondit Amidala d'une toute petite voix.
– Plutôt chat, ou hibou ?
– J…j'ai un teck…kel. Dopp…ler.
– Écarte bien les bras. Lève la tête. Plus que ça… merci. Voilà, tu peux rebaisser les bras.
Ami s'exécuta. Avec grande surprise, elle remarqua enfin les boîtes en carton allongées, blanches elles aussi, qui lévitaient à la file jusqu'à s'empiler parfaitement sur le comptoir. Le vendeur en prit une, et l'ouvrit. Il en sortit une longue baguette de bois noir, parfaitement ronde à l'exception d'une excroissance triangulaire à l'extrémité la plus large.
– Chêne truffier, cœur en plume de phénix, trente-et-un centimètres un quart, rigide. Prend-là. Tu agites.
Ami fit le même geste que celui qu'avaient fait les deux sorciers présents auparavant. Il ne se passa rien du tout.
– Un tempérament de feu, hein ? La plume de phénix n'aime pas trop la concurrence, et on dirait que le feu qui brûle en toi lui fait de l'ombre. Alors… essayons du dragon !
Il prit une autre boîte, et en sortit une baguette toute biscornue et nerveuse, qui ressemblait à une branche de buisson grossièrement taillée.
– Olivier méditerranéen, cœur en ventricule de dragon. Vingt-huit centimètres et demi, cassante.
Amidala la prit, et l'agîta. Elle la lâcha violemment, s'étant brûlé la main. Lorsque le vendeur la remonta sur le comptoir d'un sort, elle fumait encore.
– Ah, si même le dragon se rebelle, c'est que ton feu intérieur est indomptable… Essayons alors de le compenser.
Il prit une boîte tout en dessous de la pile, l'observa un moment, puis la reposa. Il agita sa baguette, et une autre boîte arriva à grande vitesse droit dans sa main. Il en sortit une baguette orangée, légèrement striée, qui ressemblait à un grissini bien doré. Il la tendit à Amidala, qui l'agîta. La baguette émit comme une lueur vibrante, avant de retrouver son aspect normal.
– Évidemment, ponctua le vendeur, sans s'adresser à personne en particulier. Aulne et écailles de sirène, Vingt-six centimètres trois quarts, rigide. Une baguette idéale pour compenser les ardeurs de son propriétaire afin d'en sortir une belle et délicate magie.
Sans qu'il n'ait quoi que ce soit à demander, la prof lui tendit une bourse de pièces, qu'il ne prit même pas la peine d'ouvrir pour vérifier.
– Je vous souhaite une bonne rentrée, Mesdames.
Lorsqu'elles furent sorties, Mrs Valerian se dirigea vers une ruelle sombre, d'aspect encore moins accueillant que la devanture de la boutique de baguettes. Amidala frissonna, puis emboîta le pas à la prof.
– Au bout de cette rue se cache la boutique de l'alchimiste. Elle n'est pas aussi facile d'accès que la Baguetterie de Barthomew Carlysle… Viens, approche, tu vas découvrir quelque chose qui ne te quittera plus lorsque tu auras le tiens.
La sorcière tira sur le collier glissé sous sa robe. Le pendentif, jusqu'alors caché, représentait un croissant de lune en pierre bleutée, grossièrement taillée. Elle la prit dans sa main, et posa son autre main sur le mur le brique devant elle. Une porte se dessina sous sa paume, avant de prendre du relief. D'une pression, elle s'ouvrit dans un grincement. Une sonnette retentit.
– J'arrive, j'arrive ! s'exclama une voix de vieille femme.
Amidala entra dans la boutique à la suite de la prof. Dedans étaient exposés des centaines de bocaux remplis de choses plus étranges les unes que les autres, étiquetées de noms n'ayant aucun sens pour la jeune fille : ailes de doxy, dards de billywigs, plume de jobarbille, croc de nundu… par la Force, à voir son croc, l'animal devait être gigantesque !
Une minuscule vieille femme, si recourbée par l'âge qu'elle ne dépassait pas le mètre vingt, arriva derrière le comptoir bas, appuyée sur un déambulateur qui flottait au-dessus du sol.
– Bienvenue dans l'humble commerce de l'apothicaire-alchimiste-potionniste de Salem, que puis-je pour vous ? récita la commerçante d'une voix monotone.
– La jeune fille aurait besoin d'un kit 1st Grade, s'il vous plait. Et il me faudrait une fiole de venin d'acromentule du Grand Nord, ainsi que trente-sept feuilles de dictame fraîches, et cinq livres de pancréas de furet.
– Un mélange très inusuel, commenta l'apothicaire. Je vous mets un flacon de bile de tatou avec ça ? Arrivée ce matin en provenance de Floride.
– Non merci, j'ai ce qu'il me faut, déclina l'enseignante.
– Vous payez pour la jeune fille ?
– Oui oui.
– Ça fera cinquante-trois gallions, douze mornilles et trois noises pour le tout.
Mrs Valerian grimaça, mais paya sans rechigner. Lorsqu'elles furent dehors, elle se laissa tout de même aller à un petit commentaire acerbe.
– Je suis sûr que cette vieille harpie se fait une marge supérieure à la limite légale ! Malheureusement, le cours du venin d'acromentule est tellement fluctuant qu'on ne peut rien prouver…
– Je… je ne s…s…sais p…pas combbien ça représente.
– Ça fait $540.88.
– Hein !?
– C'est vrai que dit comme ça, c'est assez effrayant… C'est pour cette raison que je ne fie jamais à l'argent no-maj' pour compter.
– Ça… ça veut dire que ma ba…ba… baguette vaut… $80.56 !?
– En effet, c'est pour ça que tu as tout intérêt à y faire très attention. Tu m'impressionnes, constata sincèrement la prof. J'espère que tes connaissances en littérature classique sont aussi développées que tes capacités en calcul mental.
– Ah… ah ça…
Après avoir fini les achats scolaires de la jeune fille, la prof laissa Ami dans un fast-food, et après s'être assurée qu'elle avait assez d'argent no-maj' pour payer, elle la quitta, après lui avoir donné rendez-vous sur la Grand-Place en haut de la rue.
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L'après-midi même, à Salem… La ville de Salem. Sur une place bondée de jeunes sorciers de 1st Grade. La ville de Salem, oui, pas l'Institut de Salem. Parce qu'à en croire les bavardages qu'Amidala captait d'une oreille attentive, l'Institut d'avait pas d'existence physique. Et effectivement, une très vieille femme, probablement si vieille qu'elle avait assisté aux fameux procès de Salem, leur expliqua d'une voix chevrotante mais étonnamment puissante que les salles et aménagements de l'Institut de Salem se trouvaient, d'une certaine manière, dans des mini-dimensions parallèles. En touchant le collier de Salem, seul signe distinctif des élèves de l'Institut, d'une main, et en poussant une certaine porte de l'autre, à condition qu'on se trouve dans les heures d'ouverture, la porte ne s'ouvrait pas sur ce qui se trouvait physiquement derrière, mais sur l'une des ailes de l'Institut. Ainsi, les lieux étaient stratégiques : la porte de l'hôtel où elle avait dormi s'ouvrait sur l'internat des filles. La porte du restaurant au coin de la même rue s'ouvrait sur le réfectoire. La porte de la bibliothèque moldue s'ouvrait sur la bibliothèque sorcière. Et ainsi de suite, le tout dans une logique plutôt solide. Une fois la présentation des lieux terminée, et les colliers distribués, les élèves furent répartis par petits groupes, chacun mené hors de la place par un élève plus âgé.
– Bonjour à tous, salua la jeune fille à la peau mate et aux sourcils épais qui guidait le groupe d'Ami. Je m'appelle Defne, préfète de 5th Grade, je serai votre guide tout au long de l'année. Si vous avez la moindre question, le moindre problème personnel, n'hésitez pas à venir me voir. En revanche, si votre problème est d'ordre conflictuel ou scolaire, adressez-vous plutôt à la préfète-en-chef, Maria. C'est la grande brune, là-bas, à côté de Mrs Valerian. Allez, c'est parti !
Defne s'éloigna, et fit signe à son groupe d'élève de la suivre. Le premier bâtiment, d'après le plan qu'Amidala avait rapidement eu le temps de voir, était à cinq bonnes minutes de marche. Defne en profita pour expliquer le fonctionnement de l'Institut.
– Les élèves sont séparés en cinq Divisions : Zeta, Iota, Kappa, Lambda et Sigma. Nous, nous sommes la Division Sigma. Chaque année, le niveau est réévalué, et des élèves sont changés de Division afin d'équilibrer les niveaux. Cette année, vous avez été répartis totalement au hasard. Chaque Division est représentée par trois préfets, et ces préfets réfèrent au préfet-en-chef. Le préfet de 5th Grade — dans votre cas c'est moi — est responsable des 1st, 3rd et 5th Grade. Le préfet de 6th Grade est responsable des 2nd, 4th et 6th Grade. Et enfin le préfet de 7th Grade est responsable du 7th Grade, et assiste le préfet-en-chef pour tout chapeauter. Jusque-là ça va ?
Il y eut de vagues murmures, que la jeune préfète prit pour des oui.
– Parfait ! La discipline à Salem repose sur un système de points individuel. Chaque action positive, chaque bonne note, chaque réponse correcte donnée en classe vous rapporte des points. Ça peut monter très vite, si vous êtes motivés. Plus vos points seront élevés, plus vous aurez d'avantages. D'avantages scolaires, bien entendu : emprunts de livres dans la section restreinte, priorité d'accès aux salles de travail, possibilité de neutraliser une note de coefficient inférieur ou égal à 1 qui pourrait faire baisser votre moyenne générale, etc… En revanche, ça peut baisser encore plus rapidement. Chaque minute de retard à un cours vous coûtera autant de point, de même que chaque point en dessous de la moyenne à un examen. Chaque jour de retard pour le rendu d'un devoir vous en coûtera une dizaine. Une heure de retenue vous en coûtera vingt-cinq. Dans le cas où vous seriez en négatif, plusieurs choses entrent en ligne de compte : premièrement, tout privilège, tout avantage, tout… loisir vous sera interdit tant que vous n'aurez pas passé la barre du zéro. Ensuite, vous aurez une heure supplémentaire d'étude obligatoire chaque jour. Et enfin, chose à garder à tout prix en mémoire : la durée de toute retenue administrée à un élève ayant un compteur négatif sera doublée.
L'annonce du système de points en fit grimacer plus d'un, dont Amidala, horrifiée à l'idée de devoir participer en classe pour ne pas être pénalisée.
– Vous commencez l'année avec cinquante points. Cela correspond à un 0/100, mais aussi à deux heures de retenue, la peine maximale que pourra vous infliger le préfet-en-chef. Les autres préfets, eux, ne peuvent pas monter au-dessus d'une heure. Sachez que si je déteste mettre des heures de retenues, qui me semblent être une perte de temps, je n'hésite en revanche pas à retirer les points par dizaines aux petits malins qui se croient au-dessus des règles. Parce que s'il y a un problème et qu'il n'est pas sanctionné et signalé par un préfet, c'est le préfet qui est sanctionné. Alors n'attendez pas la moindre pitié de ma part. Ceci étant dit, nous pouvons entamer les réjouissances. Les amis, voici les dortoirs !
Amidala grimaça. C'était l'hôtel dans lequel elle avait passé la nuit ! La dénommée Defne empoigna son pendentif d'une main, et poussa la porte de l'autre. Tout le groupe la suivit à l'intérieur. Intérieur qui n'était définitivement pas le même que celui que la jeune Indianienne avait découvert la veille. Là, l'intérieur du bâtiment rappelait une maison de maître du XIXe siècle, avec des boiseries d'un blanc immaculé, et de larges fenêtres. Un immense escalier en spirale montait sur huit étages.
– Au rez-de-chaussée à gauche, le réfectoire. Il s'étend en L jusqu'à derrière l'escalier. À droite, la salle de détente, et l'accès à la cour. Premier étage, à gauche, le dortoir des filles de 1st Grade. À droite, celui des garçons. Deuxième étage pour les 2nd Grade, et cetera. La chambre du préfet ou de la préfète est la première en entrant sur le palier. En cas de problème vous frappez. Ne vous inquiétez pas, le système d'alarme se déclenchera, et je serai obligatoirement réveillée. Celui qui joue avec ça, ou qui entre dans ma chambre sans frapper, même si c'est une urgence, je le jette du cinquième étage. C'est non négociable. Eh la blondasse ! Ça te fait rire, ce que je dis ?
– Non ! répondit l'intéressée, ricanant de plus belle.
– Parfait ! Alors j'ai autre chose pour toi qui ne te fera pas rire non plus. Le fait que tu vas commencer l'année avec dix points de moins que tes camarades.
– Mais…
– … Mais avant d'insister, la coupa Defne, n'oublie pas que j'ai le droit de monter jusqu'à vingt-cinq, et même d'y accoler une heure de retenue.
La jeune sorcière baissa la tête.
– Voilà, je préfère ça. Il y a une chose ici qui est absolue et immuable : le respect. Vous trouvez ma réaction sévère ? Mais mes pauvres lapins, quelqu'un qui se permet un tel manque de respect envers un professeur pourra s'estimer heureux s'il ne s'en tire qu'avec quatre heures de retenue ! Oh, il y en a chaque année, des petits malins, comme ça, qui se permettent de jouer les malins. Sachez que les points ne sont pas remis à zéro d'une année à l'autre. On peut descendre très bas, en sept ans. Et sachez en dessous de -1000, vous n'aurez même pas le droit de vous présenter aux examens pour le diplôme de fin d'année. Ça représente dix fois quatre heures de retenue. Dix manques de respect envers un professeur strict comme Mr Grahams, ou Mrs Valerian. Ici, ce n'est pas la loi du plus fort qui règne. C'est la loi du plus discipliné. Allez, sortons maintenant, la bibliothèque n'est pas très loin.
Les 1st Sigma sortirent en rang, et se dirigèrent vers la bibliothèque de quartier dans un silence absolu. Amidala était effarée. L'Institut n'était pas une école, c'était une véritable maison de correction ! Cependant, la nature humaine reprenait vite le dessus, et le silence fit place aux chuchotements, qui firent rapidement place aux bavardages. Un grand garçon pâlot aux cheveux bruns mi-longs, filasse, et aux yeux gris, entama la conversation avec Amidala.
– La majorité des membres de ma famille a commencé ici. Certains ont préféré aller à Ozarkhawk, faire joujou avec le chamanisme. Mais quasiment tous ont fini par aller étudier à Readviper. Tu connais Readviper ?
– N…non, lâcha timidement Ami.
– Readviper, c'est la seule école de magie au monde où il faut avoir treize ans, et un excellent dossier pour y rentrer. Ils y étudient des trucs de dingues, comme la magie combattive, les arts martiaux… il paraît même qu'ils font de la magie noire. Mais j'y crois pas vraiment. C'est mon frère Michael qui m'a raconté ça. Il entame sa troisième année là-bas, c'est fou. Et toi, t'as envie d'y aller ?
– Je… je ne s…ssais pas trop…
– Moi oui, j'ai hâte ! Je vais bosser comme un dingue pendant deux ans ici… et je me tire ! Je veux dire, c'est sympa, Salem, mais… je suis pas une fille, quoi.
La jeune geek jeta un regard surpris à son camarade.
– Ah, mais t'es peut-être pas au courant ! T'es née-no-maj', c'est ça ?
– J…j'aurais plutôt d…d…dit née-sor…sorcière.
– C'est vrai que ça paraît plus logique, concéda le bavard. Eh bien tu vois, ici, il y a deux lois. La loi de L'institut, incarnée par les profs et les préfets… Et puis il y a la loi wiccane. Le Cercle Wiccan est autant, sinon plus influent ici que l'Institut lui-même. Et ces filles sont très dangereuses, paraît-il. Oui, c'est que des filles. Ma mère a fait partie du coven, quand elle était ici, mais n'a jamais pu entrer au Cercle. Le rite de passage était bien trop horrible à son goût. Mais elle ne m'en a jamais parlé. T'as de la famille sorcière ? Ah non, c'est vrai. Tout ma famille, l'est, en fait. Les Bailey s'étendent un peu partout dans le pays, et au Royaume-Uni aussi. Ha, je crois que je ne me serais jamais plu à Poudlard. Ils passent leurs journées à jouer au Quidditch et à boire de la bièraubeurre… Eh, mais je me suis même pas présenté !
Il tendit une main aussi pâle et décharnée que son visage, actuellement tendu par un sourire sincère.
– Je m'appelle Ultimaas Bailey. Et toi ?
– A…Amidala. Kent.
– Enchanté, Amidala Kent. T'as l'air sympa, je suis sûr qu'on va bien s'entendre !
La nature faisait tellement bien les choses qu'Ami s'était fait un ami avant même de commencer les cours. Un ami qui parlait largement pour deux, ce qui arrangeait bien la petite bègue. Après avoir visité la plupart des bâtiments parallèles qui composaient le campus de l'Institut, sous la montagne d'explications et d'histoires du jeune Bailey, Ami fut enfin confrontée à la toute-puissance de la magie, lorsqu'ils pénétrèrent dans le Musée des Arts, ou plutôt le bâtiment parallèle à celui-ci.
– Bienvenue dans le Hall des Sigiles, annonça gravement la préfète.
Sous les yeux ébahis des jeunes Sigma s'étalait le plus ahurissant des spectacles. Le bâtiment était parfaitement carré, et les étages étaient traversés par des passerelles sans barrière, mais aucun escalier n'était visible. Au centre du carré, une colonne de lumière bleutée montait jusqu'au plafond, et provoquait une étrange vibration de l'air autour d'elle. Et dans cette colonne de lumière… des élèves et professeurs lévitaient. Certains passaient d'un étage à l'autre d'un bond souple depuis leur passerelle, et montait ou descendait. D'autres plongeaient la tête la première dans le vide, et semblaient d'arrêter miraculeusement devant leur étage. Un garçon qu'une quinzaine d'année, à moitié débraillé et tentant de ranger son sac à dos en marchant arriva au pied de la colonne, plia les genoux… et se propulsa à toute allure jusqu'au dernier étage, qui devait être le neuf ou dixième, à plus de vingt mètres du sol. Tous, même Ultimaas, étaient bouche bée.
– Ça en jette, hein ! s'exclama Defne. Loué soit le Cercle qui trouvait que les escaliers étaient démodés !
Amidala frissonna. Si ce qu'Ultimaas lui avait dit était vrai, et que le… machin devant eux était l'œuvre du Cercle Wiccan, il y avait effectivement largement de quoi les craindre.
– Venez, on monte, les invita la préfète. Vous entrez dans la lumière, et vous sautez en pensant très fort au huitième étage. Huitième étage. Et ensuite… eh bien vous grimpez sur la passerelle, et vous marchez jusqu'au palier. Nous irons à droite. Un volontaire pour se lancer en premier ?
Un garçon roux à l'air hautain en bouscula quelques-uns, et se propulsa dans la colonne de lumière jusqu'à la huitième passerelle, sur laquelle il atterrit sans effort. Galvanisés par l'exemple, plusieurs se lancèrent à sa suite. Il n'y eut pas d'incident à déplorer, à part un garçon un peu trop pressé qui s'était cogné sous la neuvième passerelle, et une fille qui avait loupé sa passerelle, et qui avait lévité sans attaches quelques instants avant que l'idée de nager vers la passerelle ne traverse son esprit. Oui, nager était le terme exact. Quand Amidala entra dans la colonne de lumière, elle eut l'impression de se retrouver au fond d'une piscine. Et quand elle se propulsa, elle se sentait si légère, et l'air était si épais… comme de l'eau dans laquelle elle aurait pu respirer. Elle attrapa le bord de la passerelle du bout des doigts, et s'y hissa. Puis elle marcha jusqu'au palier, où attendaient ses camarades. La sensation en sortant de la colonne était des plus étranges. C'était comme sortir de l'eau, mais le poids de son corps revint d'un seul coup à la normale, la faisant chanceler.
Les derniers montèrent, puis Defne les rejoignit. Elle leur fit signe de s'engager dans un couloir annexe, puis les fit entrer dans une salle de cours où les attendait un homme ressemblant à une caricature de Merlin l'Enchanteur, vêtu d'une robe bleue couverte d'étoiles jaunes, avec un chapeau conique assorti sur la tête. Il avait également une longue barbe blanche et des sourcils broussailleux, et portait le Croissant de Salem (nom officiel du collier magique, d'après Ultimaas) autour du cou. Il fit signe aux élèves de s'asseoir, et se mit à écrire sur le grand tableau noir. Il n'avait pas décroché un mot, avant de lire ce qu'il venait d'écrire.
– Mr Sharton, professeur de Sortilèges, Maléfices, Enchantements, Malédictions, Métamorphoses, et Autres Réjouissances Magiques. Je serai votre professeur principal tout au long de l'année, et également celui que vous verrez le plus, puisque nous avons douze heures de cours par semaine ensemble. Quatorze heures, pour les plus courageux qui rejoindront le cours optionnel de magie combattive du vendredi soir. Tout au long de votre scolarité, vous apprendrez à maîtriser de nombreux actes magiques. Et c'est notre rôle, à nous professeurs de SMEMMARM, de vous les enseigner. Aujourd'hui, TAS DE CORNICHONS !
Son cri fit violemment sursauter toute la classe.
– Aujourd'hui, je disais, nous commencerons par une petite leçon pratique à la hauteur de n'importe quel individu doté de pouvoirs magiques et d'une baguette, aussi stupide soit-il, continua-t-il d'un ton monotone. Je parle bien sûr du sortilège d'allumage de baguette. La formule est Lumos, et le sort ne nécessite aucun mouvement de baguette. La seule difficulté dans cet exercice, GULSON, AU TABLEAU IMMÉDIATEMENT !
Encore une fois, son cri fit sursauter tout le monde. Le dénommé Gulson se leva, et hésita quand le prof reprit son discours.
– La seule difficulté, c'est la concentration. Il faut vous concentrer sur l'idée que votre magie va allumer votre baguette. Si vous pouvez le faire pour ce sort, vous serez en mesure d'en faire de même pour n'importe quel sortilège. Allons, Gulson, nous attendons !
Gulson alla jusqu'au tableau, peu rassuré par ce qui l'attendait. Le professeur l'invita d'un geste à faire une démonstration.
– N'oubliez pas : on se concentre, et on dit Lumos.
– Lu… lumos.
– Plus de fermeté, que diable !
– Lumos !
La baguette du garçon s'illumina. Chacun put ensuite s'essayer au sort. Presque tous y parvinrent en quelques instants, et chacun pouvait allumer et éteindre sa baguette à la fin à la fin des deux heures de cours de SMEMMARM.
Lorsque les 1st Sigma ressortirent de la salle de cours, Defne les attendait.
– Désolé, j'ai… oublié de vous prévenir que vous alliez assister à votre premier cours. Alors, chacun est en mesure d'allumer et éteindre sa baguette ? … Parfait ! Nous allons faire un tour du côté des laboratoires, et ensuite nous pourrons retourner à l'internat pour assister au pot de bienvenue avant le dîner. Et cela va sans dire, mais je le répète encore, aucun usage de magie dans les rues ne sera toléré. Si vous voulez vous entraîner en plein air, il y a l'arena, c'est-à-dire la place où a eu lieu le discours de rentrée, et le complexe sportif, qui comporte une zone de duel au premier sous-sol. Pour vous déplacer dans les rues la nuit, pour les jours où le soleil se couche avant l'heure du couvre-feu et que les lumières de rue ne suffisent pas à vous rassurer, vous pouvez vous procurer des torches factices à bas prix auprès du préfet de 7th grade de votre division. Dans notre cas, il s'agit de Babur Al-Kiran, un garçon très sympathique qui passe tout son temps libre à la piscine, du côté moldu du complexe sportif, ou au terrain de Quidditch, de l'autre côté. Ces torches sont en réalité de simple boîtiers munis d'une lentille, dans lesquels vous pourrez glisser votre baguette, pour vous éclairer uniquement.
Les dirigeant vers le prochain bâtiment, Defne expliqua aux 1st Sigma que le premier cours surprise de SMEMMARM était une tradition à Salem depuis des dizaines d'années. Ça permettait d'évaluer rapidement leur capacité à réagir en situation imprévue. Après leur avoir fait visiter les laboratoires et la tour d'astronomie, la préfète les ramena devant l'internat.
– Levez la tête. En haut de ce clocher d'apparence délabré se trouve la cloche de l'Institut. Elle sonne aux heures les plus importantes de la journée, et à l'heure du réveil le matin. Peut importe où vous vous trouver dans la ville, vous l'entendrez clairement. En revanche, aucun moldu ne l'entendra. La cloche sonnera à dix-neuf heures tapantes. Dès que vous l'entendrez, vous aurez moins d'une heure pour vous rendre au réfectoire pour le dîner, alors ne vous éloignez pas trop. Vous avez quartier libre…
Des exclamations de joies jaillirent de la jeune assemblée.
– … mais surtout, respectez bien le règlement de l'Institut, et n'importunez pas les moldus. Vous êtes des personnes civilisées avant d'être sorciers, alors ne faites pas honte à notre communauté. Je vous retrouve à la fin du dîner. Bonne fin de journée.
Rapidement, la classe commença à se disperser, dans la rue ou dans l'internat. Ultimaas sourit à Amidala.
– Alors, on fait quoi ?
– Il me f…faut une connexion internet, annonça Ami. Vite.
– Une connéquoi !? s'écria le sang-pur.
– Internet. Techn…no…nologie no-maj'.
– Bon. Soit.
Le duo partit donc à la recherche d'un lieu susceptible d'abriter un hotspot. Ils tombèrent sur un cybercafé, dans lequel Amidala entra avec allégresse, suivi par un Ultimaas réticent, et plutôt intimidé par les machines vrombissantes.
– Bienvenue au cybercafé Lalumenia, énonça l'hôtesse. Que puis-je faire pour vous ?
– Bon…bonjour, je voudrais un ac…ccès wi-fi simple, pour une de…demi-heure.
– Nos décomptes sont à l'heure uniquement, indiqua la jeune femme. Une heure vous convient ?
– Oh. Ou…oui. Merci.
– Voici votre code. Il est valable durant une heure non fractionnable à partir de la première validation. Bonne connexion !
Amidala se dirigea vers une table libre, et sortit son ordinateur de son sac. Ultimaas se jeta élégamment sur la chaise à côté d'elle, et soupira.
– Alors c'est ça que ressentent les nés-no-maj' qui débarquent dans le monde magique ? J'ai rien compris, c'est horrible…
– Je…je…je v…vais entrer ce c…ode dans mon ordinat…teur, et je pourrai aller sur inter…internet pendant une…heure.
– Et c'est quoi, internet ?
– Un système po…postal avec des super-hiboux élec…triques qui voy…voy…voyagent dans les fils à toute vi…vitesse, expliqua Ami en souriant ironiquement.
– Ça a l'air cool, répondit Ultimaas en lui rendant sincèrement son sourire.
Après avoir entré son code, Amidala lança son client de messagerie, et rédigea trois mails. Un à destination de son père pour l'avertir qu'elle était bien arrivée à Salem (même s'il devait déjà être au courant), Un à Fiona pour lui assurer qu'elle ne prolongerait pas son séjour au-delà de cette semaine d'essai, et un pour Tony. Elle réfléchit longuement à ce dernier, avant de se lancer.
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Salut, Tony. Je suis sûre que tu te demandes ce qui s'est passé, et si je vais bien. Si ce n'est pas le cas, sache que je te déteste violemment (mais te connaissant t'as déjà appelé le FBI et la garde nationale :-p ). On a toujours été honnêtes l'un envers l'autre (bon OK j'ai pas trop insisté à propos de mon bégaiement…), alors je ne vais pas y aller par quatre chemin. Je suis une sorcière, et la femme qui m'a "enlevée" est une prof de l'Institut de Sorcellerie de Salem, où je me trouve actuellement. J'ai trouvé un cybercafé pas loin de l'internat, et comme tu le sais j'avais de l'argent liquide et mon ordi sur moi quand elle m'a emportée (nous avons "transplané", parait-il). J'essaierai d'y aller le plus souvent possible, mais les tarifs ne sont pas donnés, alors que pense que ça va se restreindre à une heure par jour jusqu'à ce que je fuis d'ici, ou une fois par semaine si je ne peux pas partir (c'est pire que la prison, ce truc. C'est carrément le camp de concentration, avec des élèves nommés "préfets" qui semblent prendre du plaisir à appliquer des punitions aux autres élèves). Au risque de parler dans le vide : ne fais rien de stupide. Ça, c'est MA spécialité. Ta princesse qui t'adore,
Ami
PS : T'étais encore plus beau en vrai qu'en photo.
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– Tu ne m'avais pas dit que t'avais un copain ! souligna Ultimaas.
Amidala lui jeta un regard en biais.
– Sourit, la vie est belle ! ricana le garçon. On dirait que tu viens d'écrire une lettre de condoléances, pas une lettre d'amour. Allez viens, on va faire un tour à la confiserie. Côté sorcier ou no-maj', peu m'importe. Tant qu'on fait le plein de glucides !
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Après le repas, Ami se rendit à une agence immobilière. À cette heure tardive, elle était fermée depuis longtemps. Pourtant lorsqu'Ami poussa la porte, une main autour de son pendentif, celle-ci s'ouvrit sur le plus long et le plus étroit couloir qu'elle eût jamais parcouru. Sur les portes, des plaques indiquaient le nom et la fonction de l'occupant du bureau. Les noms étaient dans l'ordre alphabétique, aussi dût-elle parcourir une certaine distance avant d'atteindre le bureau du professeur Valerian. Elle frappa doucement à la porte, qui s'ouvrit d'elle-même.
– Entre, l'invita la prof sans lever les yeux du parchemin sur lequel elle écrivait. Assieds-toi.
Elle continua d'écrire pendant près de deux minutes. Enfin, elle rangea le parchemin dans un dossier, et daigna lever les yeux.
– Amidala Kent. J'ai discuté de ton cas avec un spécialiste…
– Un ps…ps…psychomage ? se braqua la jeune fille.
– Ne me coupe pas, s'il te plaît. C'est impoli. Non : avec un spécialiste de la Magie Élémentaire, un collègue d'Ozarkhawk. D'après les éléments que nous avons pu rassembler, il semble évident que ce pouvoir qui se manifeste quand tu te mets en colère, et qui est aussi probablement ce qui te fait bégayer, n'est autre qu'une forme innée de géomancie.
– De gé…gé… quoi ?
– Géomancie. Magie élémentaire de la terre. C'est une très ancienne magie, qui demande beaucoup de travail pour être maîtrisée. Si notre théorie est exacte, deux choix s'offrent à toi : soit tu apprends à maîtriser ce don, et ton bégaiement disparaîtra au fur et à mesure de ton apprentissage, soit tu ne fais rien, et ton bégaiement pourrait disparaître à mesure que ton pouvoir s'étiole naturellement.
– Pourrait ? releva Amidala.
– Il n'existe aucune preuve qu'un tel pouvoir puisse s'étioler. C'est intrinsèque à ta personne. Tu vois, chaque moldu a, dans une génération plus ou moins éloignée, un ancêtre sorcier. De même, l'inverse est vrai, même si les grandes familles se refusent à l'accepter. Il est probable que parmi tes ancêtres se trouvent de puissants manciens. Un "mancien" est un maître en magie élémentaire. Un peu le terme équivalent à "archimage" pour la magie occidentale. Tes parents sont d'origine chinoise, c'est ça ?
– Mon pè…père est né à Indianapolis. Ses pa…par…rents venaient de Kaifeng. Ma mère est a…rrivée ici pour faire ses études à Butler à di…di… à dix-huit ans. Elle est n…née à Wuxi.
– La Chine est reconnue pour ses manciens. Et plus particulièrement les pyromanciens, maîtres du feu, et les géomanciens, maîtres de la terre. Là où les pyromanciens se sont illustrés en tant que seigneurs de guerre, les géomanciens sont surtout reconnus pour leur sagesse et leurs efforts pour la paix.
– Vos philosophes, ils faisaient exploser des tr…trucs ? ironisa Ami.
– Tu as remarqué ? Quand tu es sarcastique, tu bégaies beaucoup moins. Tu changes juste de moyen de défense. Pour répondre à ta question, oui, mais la géomancie ne s'arrête pas à ça. C'est l'une des magies élémentaires les plus puissantes. Tout est terre quand on sait regarder : le sol sur lequel tout le monde marche. La pierre et le métal qui compose tous nos bâtiments. Les plantes : arbre et forêts tirent toute leur vitalité de la terre même. Imagine ce que peux faire quelqu'un qui maîtrise la terre ?
Sans attendre de réponse de la part d'Amidala, la prof ouvrit un tiroir de son bureau, et en sortit un caillou.
– Tu sais ce que ce caillou a de particulier ? demanda Mrs Valerian.
– Il est ma…magique ?
– Non. C'est un caillou parfaitement ordinaire.
Elle le posa dans sa paume ouverte. Le caillou se mit à monter, lévitant à plusieurs centimètres de celle-ci, et se mit à tourner de plus en plus vite.
– C'est un caillou parfaitement ordinaire, répéta la prof. Et moi, je n'ai pas le moindre talent en géomancie. Ce que tu vois là, c'est un simple exercice de base à la portée d'une amatrice éclairée comme moi. Ce que je te propose, c'est d'exploiter ton don aux côtés d'un véritable maître. Quelqu'un qui saura faire de cette énergie incontrôlable qui perturbe ton corps un véritable don de la nature. Il est trop tôt pour que j'affirme que tu as un grand avenir. Pour être honnête, tes résultats scolaires en primaire étaient plutôt moyens. "Ne fais aucun effort", d'après ton institutrice. Mais tu as du potentiel, et si tu ne t'évertues pas à le gâcher, tu as des chances de te faire positivement remarquer.
Le caillou s'arrêta de tourner, et retomba dans sa main.
– Ma proposition est très simple. Soit tu acceptes de rester pour de bon dès maintenant, et je fais venir ce maître, soit tu continues à faire la gamine capricieuse, et tu te débrouilles. C'est à mon tour, de jouer. Tu as cinq minutes pour réfléchir.
Ce soir-là, Amidala se coucha tard. Elle dormit très mal, et ses camarades de chambres, ponctuellement réveillées par ses pleurs étouffés, aussi. Le lendemain matin, elle ne put échapper aux moqueries et menaces de ses camarades.
– Alors, Amygdale, ta môman te manque ?
– Le bébé a eu un gros chagrin ?
– À cause de toi, je n'ai pas réussi à dormir. Tu vas me le payer !
Et cetera. Ami se disait qu'elle l'avait bien mérité, après tout. Quelle idée de pleurer dans un dortoir rempli d'une dizaine de langues de vipères ? Bientôt, elle eut l'impression que la moitié de l'école était au courant, et elle croisait des regards moqueurs un peu partout.
Elle évita le plus de gens possible toute la journée. À la sortie d'un cours de SMEMMARM, Ultimaas l'attrapa par l'épaule. Il en avait visiblement marre d'être ignoré de la sorte. Amidala se dégagea d'une ruade.
– Laisse-moi tranquille ! T…toi aussi tu es ve…venu te moquer de m…moi ?
Le garçon lui jeta un regard mi- vexé, mi- blessé.
– Je suis venu te dire de ne pas les écouter, qu'elles cherchent un bouc émissaire pour exorciser leurs propres problèmes. Et te demander, si ce n'est pas indiscret, pourquoi tu pleurais, et ce que je peux faire pour toi à ce propos.
Amidala se tourna vers Ultimaas, les yeux un peu embués. Il arborait un sourire sincère, comme toujours. Elle le trouvait un peu bizarre, franchement bavard… mais il était sincère. Ça ne semblait pas être le trait de caractère dominant ici, la sincérité. Alors elle se gifla mentalement, et décida de lui donner une chance.
Elle lui raconta tout. Depuis sa fugue jusqu'à l'accord que lui avait proposé Mrs Valerian, en passant par la révélation de celle-ci sur ce pouvoir qu'elle aurait.
– Et qu'est-ce que tu lui as répondu ? s'enquit Ultimaas. Qu'est-ce que tu as choisi ?
Ami soupira, et passa sa main dans ses cheveux d'un geste agacé.
– À ton avis ?
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