Au début, ce fut difficile pour Daenerys de s'adapter à sa nouvelle vie. Mais elle avait tellement grandie durant les quelques semaines passées. Même si c'était vrai qu'au début elle avait eu du mal à surmonter les douleurs à son derrière, ses jambes avaient suintées et s'étaient endolories. Mais maintenant, elle trouvait qu'elle s'était habituée à cette vie de départs et venues constants. Aux côtés de son Khal, elle s'était transformée en une terrifiante et passionnée Khalessi, embrassant son statut de reine autour de ces étranges et fiers guerriers en s'engageant à apprendre le Dothraki et leur mode de vie auprès des maîtres Jhiqui et Irri.
Ses cuisses, après avoir passées tant de temps à cheval n'étaient plus aussi douces mais s'étaient endurcies tandis que ses mains étaient devenues calleuses. Elle était déterminée à adopter leurs coutumes, apprendre à monter sa tente et pouvoir manier un arakh. Si elle voulait avoir plus d'autorité que par son seul nom, elle devait être plus que celle qui dirigeait un peuple. Elle devait être celle qui comprenait leurs mœurs. Elle devait gagner leur respect et leur loyauté et non pas l'exiger de la manière la plus ennuyante qui soit.
-Et quand le Khal s'apprête à commencer une bataille, il est usuel qu'il dise « Shieraki gori ha yeraan » expliqua Jhiqui à Daenerys qui faisait de son mieux pour rester concentrée. Cela signifie « Les étoiles arrivent pour vous » clarifia la jeune esclave qui avait aperçu sa maîtresse prendre un air absent.
Daenerys acquiesça déconcentrée et donna à l'esclave un sourire pour la rassurer, qui avait plissé les yeux d'un air concerné.
-Khalessi. Elle posa doucement sa main sur son épaule. « Est-ce que tout va bien ? Vous semblez pâle et …cela devient habituel. »
A vrai dire Daenerys s'était sentie mal toute la matinée, refusant de manger et avait refusé net la suggestion d'une des esclaves de reprendre la leçon sur les façons dont une femme pouvait faire plaisir à un homme. Très étonnant venant de sa part. C'était étrange. Elle avait toujours été un modèle de santé et avait la constitution d'un bœuf et n'avait jamais été malade un seul jour étant enfant. Pourtant aujourd'hui, elle avait mal à l'estomac.
Le monde chancela brièvement et elle se sentit tituber.
-Khalessi ? Jhiqui était maintenant à ses côtés, examinant son front humide avec des doigts avenants et cria aux autres servantes d'apporter un seau et de l'eau froide.
Le seau n'arriva pas à temps.
Daenerys se pencha violemment et vomit brusquement et dût prendre une grande inspiration pour respirer entre ses sanglots alors que ses trois servantes la calmaient et lui faisait boire de courtes gorgées d'eau quand ses hauts-de-cœur se calmaient. Après quelques minutes, sa tête cessa de tourner et ses entrailles se calmèrent. Elle se sentait étrangement vidée et tremblante mais tout bien considéré, se sentait mieux.
Dans une tentative désespérée de regagner une forme de dignité, Daenerys se redressa et essuya sa bouche avec le dos de sa main en donnant à Jhiqui un faible sourire.
« Les étoiles te font payer. » Pensa-t-elle alors que ses servantes se mirent autour d'elle. « Si élégante. »
Et la leçon continua alors.
Elle était enceinte. Il n'y avait plus aucun doute à ce sujet.
Daenerys plaça sa main droite sous son petit ventre, émerveillée. A vrai dire, il y avait un bourgeon naissant à l'intérieur mais elle ne se rendait pas encore compte qu'elle était vraiment en couches. Elle ne le verrait que quand elle tiendrait l'enfant dans ses bras.
Si elle vivait encore à Westeros, une énorme fête aurait été organisée avec toutes les familles les plus importantes venant de loin pour présenter leurs respects au futur Targaryen, pour ce qu'elle espérait, serait le futur des sept royaumes. Il y aurait eu des banquets et des festins pendant de longues nuits, des robes de soie tournoyant avec beauté autour d'elle, portées par des jeunes filles de bonne famille tandis qu'elle-même aurait été courtisée par des gentilshommes de la cour. Il y aurait eu des jours de joute et de chasse, des prix gagnés et des honneurs décernés ainsi que des cadeaux sans fin qu'on aurait présenté à ses pieds pour son nouveau-né. Des poèmes auraient été composés pour eux, des livres auraient été écrits. Les gens se seraient bousculés pour pouvoir lancer un regard à leur reine belle, jeune et féconde.
Elle aurait été glorifiée et acclamée par la population, adorée et respectée par les gens qui se seraient soudain sentis en sécurité avec un héritier pour le trône de fer, ce qui signifiait stabilité pour le royaume. Elle serait restée aux côtés de son mari, un homme certainement de haute naissance, avenant et bien éduqué. Ils auraient contemplé leur royaume alors que ce dernier aurait été exactement comme ils l'auraient voulu.
Ça aurait été sa vie à Peyredragon.
Elle sentit le feu à l'intérieur d'elle-même s'allumer une fois de plus en repensant à ce droit de naissance volé pour elle et son enfant.
Daenerys sentit la bile remonter dans sa gorge quand ses pensées se tournèrent vers sa propre mère.
Elle se demanda si un festin avait été donné lorsqu'on avait appris sa prochaine arrivée dans la famille. Avait-il fêté sa venue sans compter, malgré les situations politiques à cette époque ? Y avait-il eu un sursis entre les guérillas des vassaux Targaryen ? Est-ce que le Régicide et l'Usurpateur étaient venus présenter leurs respects à sa famille avant de détruire tout ce que les Targaryen avait fait pour le royaume ?
Avaient-ils eu des œufs de caille, de la tourte au pigeon, des paons et des canards rôtis, de la gelée et un tas d'autres douceurs ?
Sa mère avait-elle rit avec joie et naïveté alors qu'elle sentait un coup du bébé dans son ventre ? Avait-elle tenu l'espoir de donner un meilleur futur à sa famille ?
Ou n'avait-elle ressenti que de la peur alors que les évènements se déroulaient autour d'elle alors que la mort et l'obscurité les talonnaient de près ?
Sa pauvre mère. C'était pour elle que Daenerys avait fait tout ça. Elle aurait pu se morfondre dans l'anonymat pour encore des années voir le reste de sa vie mais cela aurait signifié que le sacrifice de sa mère aurait été vain et que l'Usurpateur aurait gagné.
Inacceptable.
A la place, elle avait été mariée à un homme qu'elle craignait, avait été élevée au rang de Khaleesi, s'asseyait maintenant en tant que Reine d'un peuple dont elle ne connaissait rien et enfin, concevait un enfant pour perpétuer la dynastie. Westeros connaîtrait à nouveau un vrai roi et Daenerys ne mourait pas avant de voir les traîtres qui se tenaient sur le trône de sa famille se réduire en poussière, leurs noms se faire oublier de tous, se disperser par le temps tandis que sa famille s'élèverait des cendres pour reconnaître leur gloire.
Le feu ne tuait pas les dragons. Il ne faisait que les raviver pour les rendre plus forts qu'auparavant.
De feu et de sang.
Ces pensées la ramenèrent à sa situation. Elle n'était pas une princesse dans les salons de Port Royal, passant patiemment dans des salles luxueuses où tout le monde l'attendrait patiemment. Elle était la Khaleesi du plus grand Khalassar, elle était une reine guerrière. Loin du confort de sa « demeure ». Ce jeu des trônes était si ridicule au final. Une Reine au sang le plus pur possible pouvait visiblement vivre auprès des sauvages.
Viserys voyait peut-être tout cela comme un injuste châtiment, cette attente pour sa couronne si convoitée et devoir habiter auprès de ces bestiaux mais Daenerys ne trouvait pas plus belle opportunité.
Cependant elle devait avouer que l'attrait de leur ancienne vie était parfois puissant.
Par exemple, un puissant contraste disposait les galantes cérémonies de Westeros d'un côté et de l'autre…Disons que les traditions Dothrakis de femme enceinte avaient quelque chose de légèrement plus…Dothrak. Daenerys avait récemment découvert, quand Irri l'avait averti, qu'il serait attendu d'elle qu'elle mange un cœur d'étalon cru dans une cérémonie qui prédirait le destin du jeune guerrier qui grandissait dans son ventre et lui donnerait la force d'une puissante bête. S'il est vrai que l'idée l'avait dégouté au plus haut point au début, elle s'était vite raisonnée. En tant que Khaleesi, elle dévorerait ce cœur avec toute son âme et rendrait le Khal fier de l'appeler la mère de son enfant. Le disgracier devant toutes les personnes qui seraient réunies n'était pas une option.
Oui, elle ne pouvait pas mentir sur le fait que les joutes et les danses nocturnes l'intéressaient davantage que les cœurs d'animaux à vif.
Il y avait du bon à se rappeler pourquoi on se battait.
-Jalan atthirari anni, appela une voix rauque venant de l'entrée de la tente. Son mari rejeta le tissu qui couvrait son épaule et se dirigea vers sa femme, fixant intensément ses yeux violets. En privé, il avait pris pour habitude de lui donner des noms affectifs dothraks. Celui-ci signifiait « Lune de ma vie ». Drogo lui avait dit qu'il était réservé aux amants. Elle devait avouer qu'elle avait été choquée la première fois qu'elle avait entendu ce terme dans sa bouche.
-Shekh ma shieraki anni, lui répondit-elle en souriant à son dur visage. Elle aurait voulu attraper si elle avait pu l'expression de tendresse qu'elle vit sur le visage de son époux et se mit à rougir en frissonnant quand il caressa sa mâchoire de ses doigts rugueux.
C'était la première phrase en Dothraki qu'elle avait apprise afin d'être capable de répondre à Drogo en termes intimes. Cela signifiait « Mon soleil et mes étoiles » et Daenerys trouvait que l'émotion transmise était si belle, si poétique pour une langue de guerriers nomades. En vérité, elle réalisait qu'elle avait largement sous-estimé la langue Dothrak et avait eu des préjugés. Si on cherchait un peu plus loin que son nez, on voyait une vraie beauté dans ce langage et non une culture barbare et primaire.
Hommes-Bêtes comme son frère aimait les appeler.
Oui en public ils étaient rustres, oui ils se battaient et violaient tous ceux à leur portée, oui ils vivaient dans des tentes et non dans des palais. Pourtant, ils ne cessaient de lui montrer jour après jour la beauté des choses simples. Elle finissait par trouver à ce peuple violent un charme qu'elle n'avait jamais vu ailleurs.
Jhiqui avait pour habitude de traduire consciencieusement les dialogues entre les époux mais chacun essayait de pratiquer au maximum la langue de l'autre.
-Aujourd'hui je vais te apprendre à tirer à l'arc avec des flèches. Sa voix était lente, à la limite du grognement. Son accent Dothraki donnait aux mots un ton grave, encore plus que d'habitude. Puis, il lâcha brusquement la main de Daenerys et tourna les talons, attendant qu'elle le suive, ce qu'elle fit. Elle avait hâte de tester une nouvelle expérience.
Alors qu'elle marchait à l'extérieur entre l'océan de tentes, elle se rendit compte du nombre de paires d'yeux sombres qui la fixaient. Les Dothrakis l'évaluaient lentement, curieux de voir jour après jour comment leur nouvelle reine s'adaptait à leur vie pour le moins rigoureuse que demandait leur mode de vie. Elle savait qu'elle ne serait pas respectée avant longtemps, mais si elle était honnête avec elle-même, Daenerys relevait avec plaisir ce défi. Voir l'admiration dans leurs yeux serait une récompense si douce. D'autant plus qu'elle savait qu'être la femme du Khal ou la mère du prochain ne lui suffirait pas pour gagner leur estime. Cela devrait être quelque chose qu'elle devrait apprendre elle-même avec du travail et du dévouement. Elle n'avait jamais eu la chance de prouver quoi que ce soit à quelqu'un, et s'il est vrai que certains jours elle avait peur d'échouer, d'autres elle sentait une détermination qui la poussait loin et la faisait se sentir bien. Se sentir puissante. Ces derniers jours, elle avait l'impression qu'elle pouvait affronter n'importe quoi, du moment qu'elle y mettait du sien, jeune et naïve qu'elle pouvait être.
Elle souhaitait certaines fois que Viserys la rejoigne pour l'aider à s'améliorer dans de nouvelles choses et qu'en retour, elle lui enseigne les coutumes et traditions Dothraks. Ne serait-ce que pour gagner de la popularité auprès de ce peuple qu'il dédaignait tant et qui en retour se moquait de lui pour les mêmes soies abimées qu'il avait coutume de porter quotidiennement. Elle espérait qu'il apprécierait la liberté qu'ils offraient, les frissons de l'équitation sur les plaines à la tête du Khalassar, la hâte de manier une de leurs armes. Mais elle savait mieux que quiconque à quel point il pouvait être arrogant et elle commençait à s'inquiéter de plus en plus qu'un jour, cela soit sa perte.
Il y eu un temps où, avant d'être mariée à Khal Drogo il y a de cela de nombreuses lunes, elle se souvint qu'elle n'avait jamais questionné son frère sur sa place en tant que roi légitime. Elle avait accepté la chose comme un fait indiscutable, comme elle avait accepté toutes les histoires qu'on lui avait contées et les descriptions de son frère en tant que sage et honnête. Étant donné qu'ils ne se voyaient presque jamais, elle avait commencé à penser que cela avait été de sa faute. Elle n'avait jamais remis les choses en question et le manque de jugement avait obscurci sa vision. Elle ne s'était pas demandé à un seul instant si son frère avait tort. Mais de telles pensées ne pouvaient être vraies. Son frère était le dragon, un homme de sagesse et d'une force réincarnée terrifiante, désigné par leurs Dieux pour apporter l'équilibre sur leur terre natale. Celle dont les seuls récits qu'elle possédait, étaient de ses contes d'enfant.
Pourtant quand elle l'observait plus précisément, elle ne pouvait que se demander si elle avait raison. Elle avait d'abord remarqué en regardant minutieusement comment son mari dirigeait son peuple et le contraste entre les deux hommes était frappant. Son frère faisait tâche. Elle avait au début démenti ces pensées qu'elle gardait pour elle, mettant ça sur le compte de leurs grandes différences de caractère. Ils avaient des cultures antagonistes. Ce qu'il fallait pour être un bon chef ici, était à des lieux de ce qu'il fallait pour en être un bon à Westeros. Enfin, de ce qu'elle pouvait en dire sans avoir jamais vu sa terre natale. Drogo était les muscles, Viserys le cerveau. Mais encore une fois, elle avait vu la ruse et l'intelligence de son Khal. Il était les deux tandis que Viserys n'était rien de tout cela. Ce qu'il réussissait à faire, c'était grâce aux conseillers autour de lui. Sans eux, il commençait très rapidement à perdre l'esprit, à mélanger ses pensées. Elle devait aussi admettre qu'il était lunatique et qu'il manquait considérablement de capacités en tant que leader. Il était particulièrement arrogant et ne revenait jamais sur le fait qu'il avait une suprématie totale sur les autres.
Foncièrement loyale, elle détestait penser de telles choses de sa propre famille. Mais avec le temps, le peuple Dothraki l'influençait et ça, c'était quelque chose qu'elle n'avait pas pu anticiper. Elle n'était plus la jeune fille qui croyait tout ce qu'on lui disait. Maintenant qu'elle avait des yeux pour voir, elle ne les laisserait plus jamais fermés.
Khal Drogo marcha silencieusement devant elle tandis qu'elle était plus distraite, perdue profondément dans ses pensées, jusqu'à ce qu'ils se trouvent dans une prairie éloignée des sons et odeurs du camp.
Brusquement, Khal Drogo leva une main pour lui dire de s'arrêter, pointant un arbre d'à peu près quatre-vingt mètres. Combien de temps avaient-ils marché, Daenerys ne saurait le dire mais les débuts de courbatures qui s'étendaient dans ses chambres lui indiquaient que cela faisait un moment.
-Ovvethas rekke feshith. Commanda t-il, utilisant des termes de Dothraki simples afin qu'elle puisse les comprendre et se familiariser avec. Tire dans cet arbre. Oui, elle pouvait faire ça.
Elle acquiesça et leva le menton, prenant l'arc et les flèches qu'on lui tendait. Puis, elle arrangea doucement son corps dans la position qu'on lui avait montré lors de la dernière séance : les pieds bien plantés au sol, le ventre rentré, le corps fixé sur l'objectif. Elle pouvait sentir son regard sur elle tandis qu'elle tendait l'arc et visait. Ses joues rougirent. Sous son observation, elle se sentit soudainement bête, maladroite dans sa tentative de viser juste.
A quoi jouait-elle ? Elle n'était pas une guerrière.
Mais j'en serais une bientôt, la voix dans sa tête résonna avec férocité alors qu'elle serra les dents en mettant toute son énergie sur sa cible. A quel point cela pouvait-il être vraiment difficile ?
Elle tendit la corde de l'arc, ce qui lui demandait un grand effort physique avant de viser une dernière fois et de lâcher la flèche en un soupir.
Et elle vit avec horreur la flèche parcourir trois ou quatre mètres avant d'atterrir sans ménagement à côté d'un carré de trèfles. Son visage se colora de rouge et sa respiration se bloqua. Elle avait si honte qu'elle ne pouvait pas regarder son mari après un échec aussi cuisant.
A sa grande surprise, il commença à rire avant d'aller chercher la flèche avec désinvolture puis de la lui tendre, une lueur dans les yeux.
-Kijinosos, lajaki. Il tapota tendrement sa joue. Vitisheras. Pas comme ça petite guerrière. Observe.
Elle sourit timidement à la note de fierté dans sa voix alors qu'il l'avait appelé lajaki. Petite guerrière. Puis elle nota mentalement les mouvements qu'il prenait en se positionnant. Elle ne fut pas surprise quand la flèche frappa l'arbre dans le milieu de son tronc. Elle n'espérait pas moins de Drogo, le Dothraki aux cheveux intacts jusqu'ici.
Pas impressionnée. La voix claqua une nouvelle fois alors que ce qu'elle fit ensuite la surpris.
-Non. Elle croisa ses bras et le fixa. Son sourcil se courba, elle secoua sa tête avec elle-même une lueur dans ses yeux. Un mélange d'espièglerie et de challenge. Elle voulait voir quelque chose de meilleur que ça. Elle savait qu'il avait mieux à offrir que cette médiocre démonstration, que frapper un arbre de quatre-vingt mètres n'était pas un test de ses véritables aptitudes. A la place, elle pointa une pomme posée vingt-mètres plus loin que l'arbre.
-Transperce cette pomme. Dit-elle aussi clairement qu'elle le put, en jouant avec des gestes précis pour lui faire comprendre.
-Qazer ? Il haussa un sourcil et lui fit un sourire un coin, qui fit rater un battement à son cœur et de nouveau pointer le fruit rouge près en direction de l'arbre.
-Oui. Transperce cette qazer. Elle acquiesça en plissant le nez comme si le langage Dothrak sonnait faux quand elle l'utilisait. Elle lui donnait un challenge digne d'un Khal, une lueur aux yeux qui délectait Drogo.
Il grogna comme si cette chose aussi simple à faire était au dessous de lui mais prépara quand même son arc. Visant avec une précaution exagérée, ils purent voir tous les deux la flèche voler vers la pomme et la couper en deux, directement dans son milieu, montrant une incroyable maîtrise du tir du Khal. Le Jus éclatait dans l'air comme le feu dans une nuit étoilée. Les morceaux de pomme et le jus qui s'en dégageait auraient très bien pu faire penser aux genres d'exécution qui faisaient parfois rire les enfants.
Ses yeux s'écarquillèrent tandis que lui, riait par-dessus son épaule.
-Chek. Il se marmonna à lui-même nonchalamment en lui tendant l'arc. Bien.
-Chek. Elle s'accorda. Elle attrapa la pomme d'un coup sec et commença à courir en le voyant la courser pour l'attraper. Il la rattrapa très facilement : les muscles de ses jambes étaient bien plus puissants que les siens. Quand à elle, elle cria d'indignation alors qu'il lui prit la pomme des mains, tira d'un coup sec la flèche qui y était logée et croqua avidement dedans, faisant couler le jus le long de son visage. Et tandis qu'elle essayait de lui reprendre avec espièglerie, il leva la pomme au dessus d'eux et l'écrasa, faisant couler sa chair et son jus sur leurs visages et eux, riaient comme des enfants.
Daenerys ne réussit pas à atteindre sa cible le lendemain. Ni le jour d'après. Ce ne fût qu'au troisième jour qu'elle réussit à atteindre l'arbre si convoité, n'en croyant pas ses yeux alors que la flèche franchissait l'écorce.
Elle avait alors regardé son mentor avec les yeux grands ouverts, bouche bée. Mais ce qui était le plus choquant, c'était l'énorme sourire fier qui fendait son visage. Pour une seconde seulement.
-Chek. Il acquiesça avec rudesse après avoir repris sa contenance. Il lui demanda par la suite de répéter ce qu'elle venait de faire plusieurs fois pour être sûr qu'il ne s'agissait pas d'un heureux hasard.
Tu feras peut-être de moi une Khalessi, pensa t-elle comblée.
Elle sentit alors une vibration s'allumer dans son ventre.
Quelques mois plus tard, après s'être grandement habituée à la langue Dothrak, elle annonça finalement à Drogo qu'elle attendait leur premier enfant. Elle avait voulu attendre suffisamment pour pouvoir le lui dire elle-même. Et maintenant, allongée nue dans des peaux d'animaux devant le feu, elle sentit que le moment était parfait. Le sourire qu'il lui avait donné lors de sa première réussite au tir à l'arc n'était rien comparé à la réaction qu'il eut à ce moment-là.
-Lune de ma vie, il pleura en la prenant dans ses bras. Allons-nous avoir un fils ?
-Un fort guerrier, comme son père. Sourit-elle en plaçant une main sur son ventre.
-Notre Khalakka. Murmura t-il doucement. Notre prince.
Elle plaça sa main au dessus de la sienne et le regarda dans les yeux. Son expression était tendre, ses yeux étaient mouillés de larmes brunes et ses lèvres tremblaient d'émotion. Elle ne l'avait jamais vu ainsi. Il avait l'air bouleversé, mais aussi heureux tandis qu'il la serrait contre lui et qu'une douce chaleur émanait d'eux.
Shekh ma shieraki anni, je crois que je suis en train de tomber amoureuse de toi.
Ils tombèrent tous les deux dans un délicieux silence alors qu'ils commençaient à imaginer à quoi ressemblerait leur vie avec leur futur enfant puis ils s'endormirent. Mais là encore, leur sommeil était rempli de rêves montrant toutes les possibilités qui les attendaient.
Dans un coin de la pièce, sur la coiffeuse de Daenerys, les trois œufs de dragons commençaient à scintiller de douces lueurs alors que quelque chose à l'intérieur bougeait. Daenerys sentit une étrange sensation alors que l'enfant au sein de son ventre remuait, à l'unisson avec ses frères.
-Notre temps arrive, petit frère. Un murmure dans son esprit. Nous arriverons bientôt. Avec le feu et le sang.
