Waouh ! Merci de votre accueil si chaleureux pour cette modeste fanfiction ! Déjà 20 mises en favori et 30 follows pour mon premier chapitre... ça fait chaud au coeur ! Merci de votre enthousiasme et de votre amour !
Voici le deuxième chapitre ! J'espère qu'il vous plaira autant... Au programme : la première apparition de Stiles ! :)
Merci encore à jacksonstilinskis d'avoir accepté de me prêter son histoire pour que j'en fasse cette modeste fanfiction ! Allez lire ses écrits sur Archive of Our Own et son blog Tumblr, ça vaut le détour !
Bonne lecture, et n'oubliez pas de reviewer !
CHAPITRE 2
The roots of loneliness are very deep …
They find their food in the suspicion that there is no-one who cares and offers love without conditions,
and no place we can be vulnerable without being used.
Les racines de la solitude sont profondes…
Elles se nourrissent du soupçon que personne ne s'inquiète ni n'offre d'amour sans conditions,
et qu'il n'existe aucun endroit où vous pouvez être vulnérable sans que l'on se serve de vous.
Henri Nouwen
Le lendemain matin, Jackson se réveilla à sept heures, après moins d'une heure de sommeil grappillé par-ci par-là. Il voulut faire sa toilette du matin, avant de se rappeler qu'il n'avait pas emporté de dentifrice ni de brosse à dents et qu'il n'avait pas d'eau à disposition, ni aucun cosmétique d'aucune sorte. Bien. Jackson serra les dents, refusant de laisser ces obstacles le contrarier. Il avait faim, mais il n'avait pas de quoi manger. Bien. Jackson retint un soupir.
Ses vêtements étaient froissés d'avoir servi de vêtements de nuit. Avec un soupir, il se changea, mal à l'aise d'ôter ses vêtements en pleine nature, mais sans qu'il puisse s'expliquer pourquoi. Il décida de conserver les vêtements de la veille comme vêtements de nuit. Il lissa sa chemise du jour au maximum, espérant atténuer les plis qu'il avait créés la veille. Il utilisa son rétroviseur pour tenter de se coiffer, avant de se rendre à l'évidence : s'il voulait faire illusion, il allait devoir y mettre les moyens.
Il roula jusqu'à une petite supérette où avec un peu de chance, personne ne le reconnaîtrait. Il acheta un pot de gel, une brosse à dents, un dentifrice et quelques provisions dont il calcula précisément la quantité et la durée. Il ajouta à ses achats une couverture, mais il n'y avait pas sa taille au rayon vêtements de nuit – « repassez en journée », lui dit la vendeuse qui semblait le prendre en pitié. La pitié. Il n'y avait rien de pire, décida Jackson. Rien de pire pour vous faire ressentir que vous êtes devenu un rien du tout.
Il mangea, se coiffa, puis rangea soigneusement toutes ses affaires dans le coffre. Personne ne devait savoir. Puis il prit la route du lycée.
Il arriva à l'heure habituelle. Il se gara à sa place réservée, en ayant l'impression d'usurper une position qui ne lui appartenait plus. Il était à présent sans famille, sans maison. Il était tenté de repartir, de ne pas aller au lycée. Il ne se sentait pas assez fort pour affronter ça. Il croisa son propre regard dans le rétroviseur, et fut presque étonné d'y voir autant de fatigue et d'égarement. Il passa ses mains sur ses yeux, prenant plusieurs inspirations et expirations longues et profondes, dans l'espoir de calmer un peu son cœur qui battait selon un rythme infernal et la terreur qui lui mordait les boyaux. Inspire. Expire. Ils ne devaient rien voir, rien savoir. Il ne fallait pas qu'ils s'aperçoivent de la faiblesse de Jackson, qu'ils s'aperçoivent qu'il n'était plus rien. Tout devait demeurer secret, ou sinon, il n'aurait plus personne. Il avait déjà perdu sa famille – il ne supporterait pas de perdre ses amis, il ne supporterait pas de perdre le respect dans les yeux des autres, de voir leurs yeux se teinter de haine, de mépris et de moquerie. Sa vie était déjà infernale, il ne pouvait pas se permettre qu'elle empire. Il voyait déjà ce qu'ils pourraient lui faire…
Jackson chassa résolument ces pensées de son esprit et sortit de sa voiture en claquant la portière aussi fort qu'il pouvait. Il se dirigea vers le lycée, la tête haute, revêtant un masque d'assurance et de perfection. Tu es Jackson. Tu es parfait. Il se répéta ce mantra tout du long. A défaut de se convaincre, il pouvait au moins convaincre les autres que rien n'avait changé, et ça suffirait bien. Ça suffirait.
─ Hello ! le salua Danny en l'attrapant par l'épaule. Ça va bien ?
Jackson dut retenir un sursaut. Il afficha son sourire le plus resplendissant.
─ Hey, Danny. Ça va bien, et toi, quoi de neuf, mon pote ?
Danny fronça les sourcils.
─ J'ai eu un appel d'Ethan, hier soir, après que tu sois parti.
Danny se lança dans une longue explication de ses déboires sentimentaux avec Ethan, tandis qu'ils récupéraient leurs affaires dans leurs casiers. Jackson dut s'efforcer de prêter une oreille attentive à son meilleur ami et à lui répondre. Il se sentait vaguement nauséeux et ses oreilles bourdonnaient. Il avait l'impression que tout le monde dans le couloir le regardait et ne parlait plus que de lui. Il pouvait les entendre d'ici – un raté, un minable ! Ses parents l'ont viré de chez eux parce qu'il était tellement nul ! Il est pas normal, celui-là, je te dis. Il faut l'éviter à tout prix. Qui sait où il vit ? C'est bien qu'il doit pas être fréquentable s'il a été mis à la porte… Il ne devrait pas être ici ! On devrait lui donner une bonne leçon !
Il s'exhorta au calme. Ils ne savaient pas, pas encore, du moins. Sa vie s'écroulerait lorsqu'ils sauraient. Le lycée deviendrait son enfer personnel, tout le monde lui ferait payer le fait d'être à la rue, de ne pas être parfait, tout le monde le détesterait… Mais s'il gardait Danny et Lydia, ça irait peut-être… songea-t-il. Mais voudraient-ils rester ? Voudraient-ils rester avec un raté comme lui ?
Et s'il était condamné à rester seul toute sa vie, sans amis, sans famille ? A vivre dans la rue ou dans sa voiture ? Et si plus personne ne l'aimait, jamais, et si plus personne ne voulait le fréquenter ?
─ Eh bien, tu as l'air distrait, aujourd'hui, pépia Lydia, qui était arrivée sans qu'il s'en aperçoive. Oulà ! lâcha-t-elle ne le voyant sursauter. Tu es bien nerveux, ce matin ! Qu'est-ce qui ne va pas ?
Elle lui adressa son joli sourire parfaitement travaillé, même si Jackson pouvait voir l'affection qu'elle dissimulait derrière, et une inquiétude sincère. Ne laisse rien paraître. Fais comme si de rien n'était. Profites-en tant que ça dure.
─ Tout va bien, dit-il d'un air qu'il espérait nonchalant. J'ai passé une sale nuit, c'est tout. (Il se dépêcha d'inventer une raison.) Parce que ma mère a encore voulu mettre de l'encens et l'odeur m'est restée dans le nez toute la nuit, c'est insupportable.
─ L'encens peut être très relaxant, protesta Lydia en envoyant ses cheveux derrière son épaule.
─ Je proteste, ça pue, riposta Danny.
Il suffit d'aussi peu pour les lancer dans une conversation agitée sur les mérites comparés de l'encens et du désodorisant d'intérieur. Jackson se félicita de sa diversion : ils ne s'étaient aperçus de rien. Pour eux, Jackson se conduisait parfaitement normalement. Profites-en tant que ça dure.
Feindre devant sa cour d'admirateurs et d'élèves quelconques fut moins difficile, car ils ne le connaissaient pas vraiment. Ce constat était terriblement blessant, réalisa-t-il. Deux personnes seulement l'appréciaient et le connaissaient assez bien pour repérer si quelque chose n'allait pas, mais pour tous les autres, il n'était qu'un accessoire qui faisait joli. Hier, il pouvait encore compter sur deux autres personnes qui étaient censées l'aimer inconditionnellement – mais il y avait toujours eu des conditions, réalisa-t-il avec un coup au cœur.
Mais en l'occurrence, ça faisait son affaire. Que personne ne le connaisse était un avantage dans sa situation. Il n'avait qu'à feindre la richesse, l'arrogance, la bogossitude et la supériorité pour que tout le monde en conclue que tout était normal au pays de Jackson. Allison, Ethan, Aiden, Brian, tous semblaient parfaitement convaincus. Il était sauf, pour l'instant.
Il eut un moment de panique un peu plus tard dans la matinée, en voyant Stilinski et McCall marcher dans le couloir, en rigolant comme les deux abrutis qu'ils étaient. Il y avait… Son cœur manqua un battement lorsqu'il vit derrière ce qu'il soupçonnait : Isaac Lahey, qui les suivait comme un gentil toutou bien éduqué depuis quelques temps déjà. Isaac vivait dans la maison juste en face de chez lui, se rappela-t-il, paniqué. Il avait sûrement tout entendu. Il avait tout entendu et il l'avait dit à ses deux copains, et Couille Droite et Couille Gauche allaient se dépêcher de tout raconter à tout le reste du lycée, si ce n'était pas déjà fait… McCall sortait avec Allison, il lui dirait, elle dirait tout à Lydia, qui dirait au reste du monde, ou du moins à Aiden, son nouveau copain, et Aiden était un connard qui, lui, dirait tout à tout le monde…
Il fallait qu'il vérifie, il devait en avoir le cœur net. Il ne supporterait pas l'angoisse de l'attente. Si tout était fini, alors il devait le savoir maintenant.
─ Salut, les losers, lâcha-t-il de son ton le plus snob. Vous faites quoi ?
McCall battit des yeux avec frénésie, à croire que cette question était trop compliquée pour son pauvre petit cerveau.
─ Euh… on va en cours, répondit-il, hésitant.
Jackson haussa les sourcils.
─ Voyez-vous ça. Vous n'avez donc toujours pas compris que vous resterez toujours de pitoyables ratés, quoi que vous fassiez ? Ça ne vaut même pas la peine d'essayer.
McCall arbora une tête de chiot blessé, et Jackson se sentit un peu coupable, un sentiment qui ne l'effleurait jamais d'habitude, sauf que cette fois-ci, ça ressemblait bien trop à ce que ses parents (étaient-ils toujours ses parents maintenant ?) lui avaient fait subir la veille à peine. Jackson se força à écarter cette pensée malvenue, préférant se concentrer sur Isaac. C'était lui, le sujet-test.
Est-ce qu'il allait jeter à la figure de Jackson qu'il avait tout entendu et qu'il ferait mieux de les laisser tranquilles, lui et ses potes, avant qu'il ne révèle tout ? Est-ce qu'il allait lancer à la cantonade que Jackson n'était pas mieux, lui que ses parents avaient jeté à la rue ? Est-ce qu'il allait rire ? Est-ce qu'il allait se taire mais son regard trahirait qu'il avait tout entendu ? Jackson en avait la gorge nouée.
Mais Isaac le regardait simplement d'un air dégoûté. Exactement la même expression qu'il avait toujours lorsque Jackson insultait ses potes. Et soudain, ça revint à Jackson en une fraction de seconde : Isaac n'avait rien pu entendre. Isaac ne vivait plus chez son père. Depuis que la police avait découvert quel traitement son père lui réservait, les services sociaux l'avaient confié à un certain Derek Hale qui faisait craquer Danny (et toutes les filles du lycée) et que Isaac considérait comme son grand frère.
Jackson poussa un soupir de soulagement intérieur. Il était sauf. Pour l'instant, il était sauf.
Il avait tellement paniqué qu'il avait complètement oublié. Il faudrait qu'il fasse plus attention, qu'il soit moins impulsif, ou il risquait de se trahir…
Il regarda McCall et Lahey s'éloigner tous les deux, McCall la queue entre les jambes, Lahey l'air méprisant, et soudainement, Jackson se fit la réflexion qu'Isaac et lui n'étaient peut-être pas si différents, après tout. Il traitait Isaac de minable, et Isaac avait été violenté par son père toute sa vie; maintenant, lui était à la rue car ses parents avaient voulu l'envoyer en camp de torture pour rééduquer les gays, bis et autres déviants qu'ils jugeaient monstrueux et anormaux. Sauf qu'Isaac, lui, s'en était sorti. Il avait des amis qui l'appréciaient malgré tout et ne le jugeaient pas, il avait un toit, un grand frère, et depuis qu'il avait pu changer de vie, il avait pris de l'assurance et semblait plus heureux que jamais. Alors que Jackson, lui, avait l'impression d'être de plus en plus misérable, indigne, seul et sale à chaque seconde qui passait.
─ Hé, ça va ?
Jackson revint brutalement au présent. Bien que ses deux potes soient partis, Stilinski n'avait pas bougé d'un pouce. Les bras croisés, il dévisageait Jackson avec attention, sourcils froncés.
─ Qu'est-ce que tu veux, Stilinski ? grommela-t-il, franchement pas d'humeur à s'occuper d'un hyperactif trop curieux.
L'autre garçon haussa les épaules.
─ Tu as l'air… bizarre. Il y a quelque chose qui ne va pas ?
Jackson plissa les yeux, inquiet. La nausée revenait, et l'inquiétude aussi. Il avait pourtant fait tout comme il fallait, alors pourquoi Stilinski soupçonnait-il que quelque chose n'allait pas ? S'était-il trahi d'une façon ou d'une autre ?
Pourquoi fallait-il que ce soit Stilinski, entre tous, qui remarque que ça n'allait pas, au lieu de ses soi-disant amis ?
─ Evidemment que tout va bien, répondit-il d'un ton sec. Je ne vois pas pourquoi ça n'irait pas.
Il tourna les talons et s'éloigna d'un pas vif, inquiet malgré lui. Il allait devoir être plus prudent.
A la fin de la journée, Jackson se sentait épuisé.
Le lycée n'avait pas été une mince épreuve. Il avait fallu tenir toute la journée et ne rien laisser paraître, avoir l'air normal et parfait alors que tout était anormal et cauchemardesque. Tout était épuisant : tenir des conversations, se concentrer sur ses cours, faire de son mieux pour ne pas penser à sa nuit solitaire qui l'attendait dans sa voiture, dans les bois, à ses parents qui ne l'aimaient plus, à l'inconnu qui l'attendait.
Il avait paniqué lorsque Lydia lui avait lancé, à midi :
─ Hé, j'ai vu ton père ce matin en venant en cours.
─ Ah, oui ? s'était-il forcé à articuler d'un air qu'il espérait désinvolte, terrifié à l'idée que Mr. Whittemore ait vendu la mèche à Lydia.
Celle-ci avait fait la moue.
─ Il avait l'air furieux et bizarre. J'ai essayé de lui parler, mais il m'a juste aboyé dessus. C'est quoi, son problème ?
─ Il a dû se disputer avec ma mère, je suppose, avait répondu Jackson, soulagé.
─ Oh, chéri, avait soupiré Lydia, compatissante.
La journée s'était poursuivie normalement : cours, entraînement. Et à présent, Jackson rentrait chez lui, chez les Whittemore. Sauf qu'il n'y allait pas comme on rentre à la maison après une longue journée de cours. Il s'y rendait la boule au ventre, parce qu'il avait réalisé que la veille, en faisant ses affaires, il avait oublié son ordinateur portable et son manuel d'économie.
Il se présenta sur le porche, ses mains moites glissant sur le métal des clés et la gorge nouée. Il ne pouvait pas rester ainsi, se rappela-t-il, s'exhortant à oser le faire, oser rentrer. Il avait besoin de son ordinateur qui contenait son essai d'anglais à rendre le lundi suivant et certains de ses cours, il avait besoin de son manuel d'économie parce qu'il ne pouvait pas passer le reste de l'année à partager avec Stilinski, qui lui avait jeté des regards perplexes et inquisiteurs toute l'heure durant.
Ses parents étaient au travail. Il ne les croiserait pas. Tout irait bien, se répéta-t-il. Il glissa la clé dans la serrure. La clé ne rentrait pas.
La sueur dégoulinant sur ses tempes, Jackson essaya de nouveau. Réessaya. Et encore une fois. Avant de se rendre à l'évidence : ses parents avaient changé la serrure.
Il était parti la veille, et en moins de vingt-quatre heures, ils avaient déjà changé la serrure.
Incapable de penser, Jackson se dirigea vers l'alarme. S'il composait le code, il pourrait rentrer par la fenêtre de sa chambre. Ce n'était pas si haut et il y avait un arbre, il pourrait y grimper sans trop de problèmes. Il tapa le code. Le voyant s'alluma en rouge. Il le retapa. Toujours rouge.
Jackson quitta le jardin des Whittemore, figé, se sentant vide et paralysé. Il songea qu'il pourrait peut-être utiliser l'internet sur son téléphone pour faire ses devoirs. Il pourrait rattraper ses cours et refaire son essai. Ce n'était pas grave. Ce n'était pas grave.
L'écran de son téléphone affichait AUCUN RESEAU. Jackson l'éteignit puis le ralluma. Cette fois-ci, il n'eut pas le temps de rentrer son code, car le téléphone refusait obstinément. APPELS D'URGENCE UNIQUEMENT.
Ses parents avaient coupé son forfait.
Bien. Bien, bien, bien.
Ce serait difficile à cacher, songea Jackson. Si les gens s'apercevaient qu'il n'avait plus de téléphone, ils finiraient par tout découvrir. Et il avait besoin d'un téléphone. Et s'il lui arrivait un accident, quelque chose ?
Il entra dans le premier magasin de téléphonie mobile qu'il trouva, et choisit un prépayé qui ferait l'affaire. De loin, on pouvait le prendre pour un téléphone de marque. Il aurait juste à ne pas trop sortir son portable quand il était accompagné.
─ Excusez-moi, monsieur, intervint la vendeuse d'un air embarrassé. Euh… votre carte est refusée.
─ Oh. Réessayez ? suggéra Jackson.
─ J'ai déjà essayé deux fois, répondit la vendeuse d'un air compatissant.
─ Oh. Euh… je vais payer en liquide, alors.
Ce ne fut que lorsqu'il fut sorti de la boutique que Jackson réalisa que ses parents avaient coupé ses comptes. Lui avaient coupé les vivres. Ses parents le laissaient sans ressources. A la rue, seul, sans argent, sans rien à manger.
Mais ce n'était pas grave, se convainquit-il. Après tout, les Miller, ses parents biologiques, étaient riches et lui avaient laissé énormément d'argent. Il aurait l'argent à ses dix-huit ans. Il serait majeur le quinze juin. Ce n'était pas si loin… on était en octobre. Cela ne faisait que neuf mois à attendre. Neuf mois et il aurait de l'argent. C'était tant mieux; cet argent lui permettrait d'avoir un appartement, et puis aussi d'aller à l'université. Il n'était pas dépourvu d'avenir ! C'était une bonne chose. Il allait s'en sortir ! Juste neuf petits mois à attendre.
Il pourrait passer ce temps-là à la rue.
Avec juste quelques billets en poche.
Mais il n'avait qu'à attendre un peu !
Tu ne feras jamais illusion aussi longtemps.
Cela demanderait un peu d'astuce et quelques combines, voilà tout. Quelques arrangements.
Et puis tu n'auras plus d'essence, la police te trouvera, ton père enverra chercher la voiture et tu seras à la rue, et neuf mois, ça représente combien de repas à payer, au juste ?
Jackson passa une grosse partie de la fin d'après-midi à la bibliothèque municipale, à refaire son essai d'anglais avec application. Il décida de ne pas dîner, ignorant son ventre qui gargouillait, choisissant de privilégier les petits-déjeuners – au moins, les repas du midi étaient payés par le lycée. Il passa la fin de soirée à tenter de faire ses devoirs sur la banquette arrière de la Porsche, ce qui dut lui exploser les cervicales et une partie du dos, puis une fois qu'il eût fini, il décida d'aller dormir.
Il faisait un peu moins froid sans la couverture, mais Jackson se sentait gelé de l'intérieur. Ses parents ne s'étaient pas contentés de le jeter à la rue, ils s'étaient assurés qu'il ne reviendrait jamais. A l'heure qu'il était, ils devaient se féliciter que Jackson, leur déviant de fils adoptif, ne revienne jamais entacher leur réputation. Ignorant complètement où il était, et se moquant que leur fils puisse être en train de mourir dans un coin, affamé, transi de froid.
Il se recroquevilla sur lui-même. La réserve bruissait de cris d'animaux et d'autres sons qu'il ne parvenait pas à identifier. Il faisait noir, et il était seul, complètement seul – l'ours en peluche n'était pas d'excellente compagnie. En fait, il était seul au monde.
De nouveau, il éclata en sanglots.
A suivre...
Qu'en avez-vous pensé ?
Laissez une petite review s'il vous plaît !
