Quand il sortit pour fumer, Jérémy aperçut Cyril qui clopait déjà sur le trottoir. Il s'en approcha en fermant complètement sa veste.
- Guillaume n'est toujours pas là ?
- Non. Enfin si. Pas vraiment.
- C'est-à-dire ?
- Il est là mais dort complètement.
- Ah, okay.
Jérémy sortit son briquet et alluma une cigarette qu'il porta à sa bouche. Ils restèrent l'un à côté de l'autre le temps de finir chacun leur clope.
- J'ai faim, lâcha subitement Jérémy. Allez viens, je te paye un sandwich.
Cyril baissa les yeux sur son cadet et se contenta d'acquiescer. Ils se dirigèrent vers une des boulangeries du secteur. Ils sortirent du commerce et se remirent à marcher en portant chacun leur tour leur sandwich à leur bouche. Jérémy aurait bien démarré la conversation mais Cyril semblait vraiment muré dans son silence. Il se lança néanmoins.
- T'es sûr que ça va ?
- Oui, oui… Je réfléchissais juste à Guillaume.
- Pourquoi ? Il ne va pas bien ?
- Je ne sais pas, je le trouve distant depuis quelques jours. On se voit moins, il parle même plus beaucoup, il passe son temps la tête dans les nuages…
- Bah ! Un peu de fatigue passagère, un coup de mou à cause du marathon tournée-Ruquier-tournée. Je suis aussi passé par là. Mais je n'avais personne, réellement, pour écrire les sketches pendant que je dormais.
- Je ne compte pas non plus écrire pendant qu'il dort, contesta Cyril.
- Je m'en doute, ce n'est pas non plus ça que je voulais dire… Mais il a un peu moins la pression, vu qu'il sait qu'au pire, t'es là pour boucler le texte.
Cyril haussa les épaules et mordit dans son sandwich. Ils continuèrent à marcher et arpenter les rues autour du Moulin Rouge.
Quand il émergea, il ne bougea pas tout de suite, ne saisissait pas pourquoi il était dans le noir complet. Guillaume comprit finalement qu'il devait relever la tête d'entre ses bras. Il vit alors un sachet brun posé juste devant lui. Il l'ouvrit donc et en sortit deux croissants. Son regard se posa sur l'horloge murale. 13h47. Il avait dormi deux heures. Son ventre gargouilla et il comprit la raison de la présence des croissants sur la table. Il attrapa une des pâtisseries et l'engloutit. A sa grande surprise, il n'avait déjà plus faim après deux bouchées. Il l'abandonna donc sur la table et remit l'autre dans le sac en papier avant de se lever pour se faire couler un café. Mais lorsqu'il observa le liquide couler dans la cafetière, l'humoriste sentit son envie partir. Il laissa donc sa tasse en plan et sortit de la salle où il était seul.
Dans les couloirs du Moulin Rouge, Arnaud croisa la mine endormie -ou dépitée- de Guillaume Sentou. Il posa sa main sur son bras.
- Hey ! Ca n'a pas l'air d'aller fort, toi…
Le plus jeune leva ses yeux bruns au ciel.
- Non, c'est juste de la fatigue, je vais bien… Tu n'aurais pas vu Cyril ?
Arnaud ferma les yeux et passa ses doigts sur son bouc.
- Si ! Il est avec Jérémy, je crois. Enfin, je les ai vus entrer ensemble.
- Okay, merci.
Ils se séparèrent. Guillaume se rendit compte que ça ne l'avançait pas plus de savoir son ami avec Ferrari s'il ignorait où se trouvait ce dernier. Il continua donc à errer tel un zombie dans les couloirs. Sur son chemin, il aperçut les Kicékafessa.
- Pascal, Sandra, vous ne sauriez pas où est Cyril ?
- Avec Jérémy, il me semble, répondit Sandra.
- Oui mais où ? Demande Guillaume qui ne voulait pas se refaire avoir.
- Sur le plateau. Jérémy lui a demandé d'intervenir dans son sketch, ils répètent.
- Okay, merci.
Il les laissa et partit en direction du plateau. Il y trouva effectivement son meilleur ami et le pro de l'humour noir. Il assista à la fin de leur répétition et vit alors Cyril aller vers lui.
- Bien dormi ?
Le plus petit haussa les épaules.
- Comme on peut dormir sur une table.
- D'où l'avantage d'un lit…
- Non, Cyril, s'il te plaît, pas les sarcasmes dès le matin.
- Il est juste 14h, hein…
Guillaume soupira en baissant la tête.
- Excuse-moi, je sais pas ce que j'ai en ce moment. Je dors plus chez moi, alors du coup, je dors ici…
- Non mais t'inquiète pas, le rassura Cyril. Ca arrive à tout le monde d'avoir des gros coups de mou comme ça.
L'aîné eut un petit sourire triste.
- Au fait, merci pour les croissants…
- Comment t'as su que c'était moi ? S'étonna son ami.
- C'était toi ou Noukia. Comme ça je suis fixé.
- Pas faux, admit Cyril.
Les répétitions étaient terminées, tout le monde avait déserté le plateau, laissant ainsi le duo seul, assis dans les gradins. Ils restèrent l'un à côté de l'autre pendant quelques instants, silencieusement. Cyril Garnier crut alors que son meilleur ami s'était rendormi et tourna la tête vers lui, mais il n'en était rien. Ce fut le plus petit qui brisa le silence.
- C'est vrai que j'ai une tête à faire peur ?
Cyril ne répondit rien mais le sourire qui naquit au coin de ses lèvres en disait long.
