Voici donc un nouveau chapitre ! Pour cette histoire, je n'ai pas envie d'être régulière. Je poste quand je veux (et donc ça implique « quand ils sont prêts »). Du coup, j'espère que ça ne vous dérangera pas. J'ai déjà un plan assez précis et la fiction ne devrait pas être très longue. Mais j'espère qu'elle vous plaira !


Le soir tombait doucement sur le Terrier quand Anthéa apparut dans un craquement sec. Elle vacilla et serra les dents : elle détestait transplaner. Elle ne le faisait que quand elle n'avait pas le choix, et les Weasley n'avaient pas encore relié leur cheminée au réseau de Cheminettes depuis la fin de la guerre, un mois jour pour jour auparavant. Quant au balai, ç'aurait été tentant si elle n'était pas venue de si loin, tout comme le Sombral... Depuis qu'elle avait regardé la mort en face, Anthéa répugnait beaucoup moins à les côtoyer.

L'invitation était arrivée la veille, au matin, juste le temps de clôturer ses affaires urgentes et de prévenir les clients de celles qui l'étaient moins qu'elle ne serait pas joignable. Elle avait repris son poste à la Justice Magique - on lui avait même offert une promotion et l'Ordre de Merlin, deuxième classe, et bien sûr, elle avait accepté les deux. Cela lui donnait beaucoup de travail, mais elle aimait ça. Travailler lui permettait de tenir les ombres à l'écart, même si ça signifiait se frotter à Jean-Michel Client aux Exigences Impossibles Troisième du Nom. Certains étaient vraiment bouchés. Ils enfreignaient la loi et espéraient s'en tirer sans représailles. C'était comme sauter sur un Scroutt à Pétard et être surpris quand il vous explosait à la figure.

Et puis, grâce à sa promotion, Anthéa pouvait désormais plaider au Tribunal Magique. Sur de vraies affaires, pas les reconstitutions en cours de droit qui vous font espérer que vous irez plaider alors que du lait vous coule encore du nez et que vous ne savez même pas comment on salue un juge. Parce qu'il y avait un juge désormais - certes un seul - pour certaines affaires. Le Ministre de la Magie, Kingsley Shacklebolt, qui avait toutes les chances de s'embarquer dans un vrai mandat tant ses réformes étaient lourdes de bon sens, avait décidé qu'il était temps d'adopter la séparation des trois pouvoirs dans le monde sorcier. Il s'était donc retiré le droit d'officier comme juge, sauf si celui qu'il avait nommé, le seul à avoir les qualifications pour l'instant, n'était pas disponible. Et même cette situation ne durerait pas : cinq nouveaux juges seraient nommés dans un an, après leur formation.

En recevant l'invitation, Anthéa avait été perplexe. D'accord, les membres de l'Ordre se réunissaient sous invitation de Molly Weasley, qui avait sans doute besoin d'être entourée pour se remettre de la mort de Fred, mais il s'agissait des membres de l'Ordre proches des Weasley. Anthéa le savait de source sûre : elle avait demandé à Kingsley qui était invité. Le Terrier, même avec son terrain récemment agrandi - Les Weasley avaient reçu une coquette somme en dédommagement, prix et autres distinctions pour leurs actes héroïques pendant la guerre - ne pouvait tout simplement pas accueillir tout l'Ordre, surtout si on lui ajoutait les membres de l'Armée de Dumbledore, ce que tout le monde avait plutôt tendance à faire.

Ils ne seraient qu'une vingtaine en plus de la famille à cette réception, suivie de trois jours de camping sur le nouveau terrain du Terrier. Harry Potter et ses proches amis seraient là, tout comme les amis proches des Weasley, dont Sirius Black, Kingsley lui-même, Minerva McGonagal et Hagrid, devenu un héros adoré de presque tous depuis qu'on avait découvert ses implications décisives dans la guerre, ainsi que quelques autres. C'était peu, par rapport au nombre qu'ils avaient été les jours après la fin de la Bataille, le temps que tout le monde soit en état de rentrer chez lui, mais largement assez pour qu'elle puisse déjà sentir l'anxiété monter par anticipation.

Anthéa n'avait jamais aimé se trouver en présence d'une foule, quelle qu'en soit la taille. Cela la plongeait irrémédiablement dans un état d'angoisse difficile à contrôler. Elle ne pouvait même pas prendre de potion pour ça, supportant très mal les effets secondaires. Quant aux médicaments des Moldus, les prendre était une vraie catastrophe : sa magie faisait n'importe quoi. Elle n'avait essayé qu'une fois et s'était juré que plus jamais on ne l'y reprendrait.

Pourtant, elle avait accepté d'y aller. Elle avait envie de revoir les autres, ceux qu'elle ne fréquentait pas au travail. Et d'être entourée. Elle aussi avait perdu un être cher, si cher qu'elle s'attendait encore à voir sa chouette hulotte apparaître à la fenêtre de son appartement, une lettre presque trop lourde pour elle attachée à sa patte. Elle savait qu'un deuil était plus facile à vivre quand on le partageait, et c'était cela qu'elle venait chercher, même si, par Merlin, elle ne savait toujours pas pourquoi elle avait été invitée.

Lissant nerveusement les plis de sa chemise blanche, elle avança dans le pré qui entourait le Terrier. Par politesse, elle avait choisi de transplaner un peu en-dehors de leur propriété. La voir, qui se dressait là comme par miracle, plus tordue et bancale que jamais, lui réchauffa le coeur. Elle avait déjà fréquenté le Terrier, du temps où il avait été transformé en quartier général de l'Ordre du Phénix, et le revoir lui rappelait tout les bons souvenirs de camaraderie qu'elle avait eus là-bas. Même parmi les ombres de la guerre pouvaient surgir des éclats de lumière. L'amitié, par exemple. On sous-estimait toujours la valeur de l'amitié et son caractère porteur. Harry aurait-il vaincu le Seigneur des Ténèbres s'il n'avait pas eu ses amis autour de lui pour l'encourager et le pousser sans cesse vers l'avant ? Anthéa n'en était vraiment pas sûre.

Quand elle arriva à quelques mètres de la porte d'entrée, celle-ci s'ouvrit et un homme se courba pour sortir sans se prendre le linteau, trop bas pour lui, en pleine tête. Anthéa ne put s'empêcher de sourire. Sirius Black. Ils n'avaient pas vraiment discuté le soir de l'hommage, se contentant de rester l'un contre l'autre, baguettes levées vers le ciel pour porter leurs voeux d'apaisement aux disparus. Cela avait été doux, réconfortant, comme si on avait arrêté le temps.

Franchement, Anthéa admirait Sirius Black. Elle s'était renseignée depuis qu'elle était de retour au travail et avait appris qu'il avait passé deux ans séquestré dans le sous-sol du Manoir Malefoy, aux mains de sa cruelle cousine. Un frisson lui parcourut le dos rien que d'y songer. Bellatrix Lestrange... Elle l'avait rencontrée une seule fois, à la bataille justement, et le sortilège du Doloris qu'elle y avait récolté la réveillait encore la nuit. Il ne s'était interrompu que grâce à un centaure qui avait foncé à pleine vitesse dans l'adepte des forces du mal. Bien fait pour sa tronche. Est-ce que ça se faisait de parler ainsi des morts ? Dans le cas de Bellatrix, Anthéa s'en fichait autant que de sa première écharpe.

— Je me demandais si tu viendrais.

La voix de Sirius avait quelque chose de doux et profond, et en même temps elle était rauque, comme s'il n'avait pas l'habitude de s'en servir. Anthéa était très sensible aux sons, et celui de cette voix-là lui plus instantanément. Elle sourit et avança encore d'un pas. Les poules de Weasley faisaient un bruit de tous les diables, caquetant à qui mieux mieux, et on entendait en toile de fond Molly Weasley qui criait à son mari de lui rapporter des pommes de terre du cellier. Anthéa aurait dû être effrayée, nerveuse, mais seul le mot famille lui venait à l'esprit pour décrire ce qu'elle percevait. Une famille dont elle enviait l'unité.

— Honnêtement, je n'étais pas sûre de venir non plus... Mais j'étais curieuse.

— Tu es bien une Serdaigle !

La jeune femme redressa la tête, sentant sa lourde tresse basculer de son épaule vers son dos.

— Et fière de l'être !

Et puis le silence se fit. Ils se sourirent. Rien de plus. Pourquoi parler quand tout pouvait passer par le non-dit, un échange paisible, sans questions, sans problème ? Ce genre d'échanges manquait à Anthéa depuis... Eh bien, tout le monde avait perdu des êtres chers. Elle n'était pas une exception à cette règle. Loin de là.

— Est-ce que je peux entrer ? À moins que tu doives vérifier que je suis bien moi ?

Les problèmes avec les Mangemorts et leurs alliés étaient loin d'être terminés. On pensait souvent que couper la tête du serpent suffisait pour que tout le corps se meure. C'était faux. Rien n'était plus faux. Cela ne faisait qu'un mois, et Anthéa en était déjà à préparer son sixième procès de Mangemort, sans compter les attaques qui avaient encore lieu régulièrement un peu partout dans l'Angleterre sorcière. La différence, c'était que cette fois-ci, les Aurors avaient la charge de lutter contre ces attaques et de capturer les coupables, si possible sans bavure. Hors de question, comme ça avait été le cas par le passé, de torturer un coupable. Les sorciers devaient évoluer, vivre avec leur temps.

— Réponds donc à cette question, petite sorcière : qui était avec Minerva McGonagall le soir de l'hommage ?

— Voici ma réponse, petit sorcier : elle a été en présence de nombreuses personnes ce soir-là, mais elle est montée sur l'estrade avec le soutien d'Aurora Sinistra.

Sirius éclata d'un rire bref qui ressemblait à un aboiement. Elle se souvint qu'il était un Animagi. Elle l'avait vu se transformer en grand chien noir pour aller vérifier s'il y avait des gens sous les décombres des parties abîmées du château. Et il en avait trouvé. Pleins. Des vivants, des morts. Rien que de s'imaginer coincée là-dessous, Anthéa frémit d'angoisse.

— C'est bien toi. Tu peux entrer. Va voir Molly, elle te donnera à boire, à manger et... Enfin, tu connais Molly !

Oh oui, Anthéa connaissait Molly. Elle représentait un peu la maman qui lui manquait depuis son enfance. Sa mère à elle était décédée quand elle était encore une enfant d'à peine huit ans. Son père avait dû les élever tout seul, sa soeur et elle, et ç'avait été difficile parfois, parce que s'il savait comment les aimer de tout son coeur, il n'avait jamais appris à vraiment s'occuper d'elle. Comme quoi, le partage des tâches était vraiment nécessaire dans un couple, et les Moldus ne faisaient pas que des choses dénuées de sens !

La jeune femme effleura Sirius du bras en passant près de lui, et frémit légèrement. Elle avait pu percevoir sa chaleur et cela ne la laissait pas insensible. Pour être tout à fait honnête, c'était lui, tout entier, qui ne la laissait pas insensible. Mais qui l'était, quand cela concernait Sirius Black ? Mieux valait se montrer honnête. Il avait été sexy en diable avant d'être capturé par les Mangemorts, et cette beauté était encore perceptible sous les stigmates de douleur qu'il y avait récoltées. Avec un petit sourire, elle le laissa prendre l'air comme il le souhaitait sans doute, et entra dans la maison.