Deuxième partie

La dernière semaine d'Élisabeth à l'école Saint-Émile passe tellement vite. Les élèves ont le cœur gros lorsqu'elle leur dit au revoir et la secrétaire est débordée d'appels dans les jours qui suivent puisque les parents des élèves du groupe de madame Malette déplorent que la jeune filles soit partie. La secrétaire s'empresse d'en informer le directeur afin qu'il puisse noter cette information dans le dossier d'Élisabeth. William est occupé à ranger celui-ci dans son classeur lorsque Charles débarque dans son bureau.

-William! Es-tu libre ce Week-end?

-Ça dépend pourquoi?

-Que dirais-tu de venir passer la fin de semaine dans mon nouveau chalet à Sutton! Nous pourrions aller faire du Ski alpin. D'ailleurs, j'ai déjà invité Caroline!

-Ouais, peut-être!

-Laisse-moi tout organiser, les provisions, l'horaire! Tu n'auras qu'à en profiter. Oh! C'est vrai... j'ai aussi invité Jane Bennet. Après tout Élisabeth a terminé son stage, alors… j'ai cru que…

-Tu fréquentes qui tu veux Charles, c'est ton affaire. Ta sœur sera là tu dis?

-Mes deux sœurs pour être exact. Bien, alors on se retrouve là-bas demain midi?

-D'accord... je devrais arriver vers 13h00.

À l'heure prévue, lorsque William arrive chez Charles, il est accueilli comme un roi par les deux sœurs de Charles et tout aussi amicalement par l'époux de Louisa, l'aînée des deux filles. Il salue également Jane qui lui semble un peu pâle. Puisque le chalet est juste à côté du Mont Sutton, il est prévu que leur petit groupe aille descendre quelques pistes au début de l'après-midi. Au moment du départ, Jane annonce soudain qu'elle ne se sent pas assez bien pour les accompagner. Ne voulant pas la laisser seule, Charles charge Caroline de guider le reste du groupe tandis qu'il va prendre soins d'elle. Après une sieste d'une heure, Jane est incapable de se lever et commence à faire de la fièvre. Inquiet, Charles consulte son médecin de famille et va éveiller Jane pour lui demander le numéro de téléphone de sa sœur Élisabeth. Pour le bien-être de Jane autant que pour rassurer tout le monde, Charles propose à celle-ci de venir les rejoindre. Aussitôt que Charles raccroche, Élisabeth ramasse ses effets pour la nuit et saute dans sa voiture d'occasion. La jeune femme arrive au chalet au moment même où William rentre seul de sa randonnée en Ski puisque les trois autres ont décidé de faire une dernière descente.

-Mademoiselle Bennet!

-Monsieur Darcy!

-Vous venez sans doute voir votre sœur?

-Oui, c'est ça! Pouvez-vous me guider jusqu'à elle?

-Avec plaisir. Laissez-moi seulement le temps de détacher mes bottes de ski.

Une fois à l'intérieur, Élisabeth enlève son manteau, ses bottes et se dirige vers la chambre de Jane escortée par Charles. Élisabeth reste auprès de sa sœur quelques minutes le temps d'avoir la confirmation que la fièvre diminue tranquillement. Vers 16h00, Élisabeth redescend pour prendre le repas avec les autres.

-Ah! Vous voilà Élisabeth! Et puis, comment va la malade?

-Mieux! La fièvre tombe tranquillement. Je crois qu'elle sera en mesure de reprendre la route demain matin… Je la ramènerai avec moi.

-Mon frère me disait à l'instant que vous avez effectué un stage de formation à l'École Saint-Émile? Lui demande tout à coup la sœur cadette de Charles.

-Oui, on vous a bien informée!

-Je suis enseignante moi aussi vous savez! J'ai justement accepté un poste dans cette même école pour l'année prochaine!

-Félicitations! C'est une bonne école!

-Et vous, avez-vous un poste? Lui demande alors Louisa, l'autre sœur de Charles.

-Non, pas encore! Je ne me fais pas d'illusion. Il est normal que je doive faire du remplacement pendant un certain temps! On passe tous par là!

-Pas moi! J'ai été immédiatement engagée!

-Ma sœur a obtenu un poste dans l'école où elle a effectué son dernier stage! Explique Charles fièrement.

-Mon frère nous disait que vous êtes passée maître dans l'art d'organiser des ateliers? Lui demande Louisa.

-Et en informatique? Ajoute Caroline.

-Passée maître? Hum, ces termes me semblent un peu exagérés. J'aime travailler dans ces deux domaines, c'est tout!

-Les enseignantes d'aujourd'hui ont tous les talents... elles sont bilingues, s'y connaissent en art, en théâtre, en informatique, en pédagogie! Réplique Charles avec emphase.

-Il y en a pourtant bien peu que je considère comme de bonnes enseignantes! S'exclame William volontairement critique.

-William a raison Charles! Il ne faut surtout pas généraliser. Pour être considérée bonne enseignante, une femme doit non seulement connaître les programmes sur le bout de ses doigts, mais également l'ensemble du matériel disponible sur le marché pour appuyer les apprentissages.

-Sans oublier les outils de gestion de classe, les perfectionnements, l'analyse réflexive et la formation continue. Complète le directeur fier d'être si bien compris par Caroline.

-Et vous avez réellement déjà rencontré une enseignante possédant tout ça?

Tous dévisagent Élisabeth l'espace d'une seconde. Puis Charles, éclate de rire au grand soulagement de tous les autres qui profitent de cette réplique pour changer de sujet.

Comme les pistes de ski du Mont Sutton ne sont pas éclairées de nuit, tous sauf Élisabeth décident de retourner faire une petite randonnée. Après leur départ, Élisabeth remonte prendre la température de sa sœur, puis se rend à la cuisine où elle s'affaire à préparer un souper pour le reste du groupe. Lorsqu'ils rentrent deux heures plus tard, une bonne odeur de bœuf bourguignon embaume l'air ambiant. Charles trouve Élisabeth au fourneau.

-C'est comme ça que vous avez occupé le reste de votre après-midi?

-Il faut bien que je gagne ma croûte! Vous arrivez à temps pour m'aider à mettre la table.

-Je vais me changer et je suis à vous... Mais comment va notre malade?

-Elle dort à points fermés! La fièvre a beaucoup diminuée. Elle m'a même demandé comment vous alliez?

-Croyez-vous que je pourrais aller la voir dans la soirée?

-J'essaierai d'arranger ça! Répond Élisabeth en lui faisant un clin d'œil.

Une fois à table, tous sont affamés et mangent le repas préparé par Élisabeth avec appétit. Il est déjà tard lorsqu'ils se retirent au salon. L'exercice et la bonne chaire aidant, la fatigue les saisit rapidement. Tous sauf Charles et Élisabeth montent se coucher. Après quelques minutes, voyant que Charles baille à son tour, Élisabeth lui propose d'aller rendre visite à Jane pour lui souhaiter bonne nuit. Une fois à l'étage, elle laisse Charles et Jane seuls quelques minutes, attendant assise par terre dans le corridor avec son roman. Charles reste avec Jane pendant environ 15 minutes puis, fait la bise à Élisabeth avant de se diriger vers la gauche. Une fois couchée à côté de sa sœur, Élisabeth n'arrive pas à fermer l'œil. Elle allume la lampe de chevet qui se trouve de son côté et replonge dans son roman préféré. Au bout d'une heure, le sommeil commence à la gagner. Elle constate que la maison est silencieuse et que l'absence de bruit dans celle-ci est vraiment impressionnant. Elle ferme les yeux et profite de cette ambiance sereine. C'est alors qu'elle commence à entendre le grondement lointain d'un moteur. En se rapprochant, le bruit, semble maintenant se diviser, comme s'il était émis par plus d'un véhicule. Comme le chalet de Charles est situé dans un coin un peu isolé, Élisabeth sent la peur s'installer peu à peu en elle.

Rapidement, le bruit devient assourdissant au point où il est maintenant évident pour la jeune femme qu'il provient de plusieurs motoneiges et qu'elles s'approchent du chalet.

Mue par un réflexe lié à ses peurs nocturnes d'enfant, Élisabeth ferme sa lampe de chevet, se lève et s'approche de la fenêtre. Sans écarter le rideau, elle aperçoit alors six motoneiges sur lesquelles prennent place au moins deux passagers. Les motoneigistes éteignent leur moteur puis se regroupent pour discuter. Élisabeth les voit alors se passer des armes à feu. Sans plus attendre, elle recule, sort de la chambre où elle se trouve et prend la direction de la chambre de Charles vers la gauche, priant le ciel pour qu'il sache quoi faire. Elle ouvre la porte et constate que celui-ci est toujours endormi. S'approchant du lit, elle le secoue doucement.

-Qu'est-ce qui se passe? Lui répond une voix ensommeillée qui ne ressemble pas à celle de Charles Bingley. Reconnaissant Élisabeth, la voix s'adresse maintenant à elle : Mademoiselle Bennet? Qu'est-ce qui vous prend?

-Taisez-vous! Lui chuchote la jeune femme en lui posant la main sur la bouche pour le faire taire.

Son premier réflexe est de se redresser pour répliquer, mais lorsqu'il réalise que la jeune femme tremble et frisonne, William s'arrête aussitôt.

-Où est Charles? Lui demande alors la jeune femme en bégayant.

-Au fond du corridor à droite! Répond William de plus en plus perplexe.

-Oh non! Lui lance alors Élisabeth en se reculant légèrement.

-Qu'est-ce qui se passe?

-Il y a des motoneigistes dehors! Ils ont des armes et je crois qu'ils viennent ici!

-Quoi? Réplique William un peu trop fort au goût d'Élisabeth.

-Chut!

-Vous devez avoir rêvé… Propose William parlant toujours bas.

-Non! Savez-vous si Charles a des armes?

-Laissez-moi aller jeter un coup d'œil!

Il vient pour se lever, mais s'immobilise pour entendre ce qui se passe à l'extérieur. Des voix se font entendre, puis un bruit assourdissant qu'Élisabeth associe à l'ouverture forcée de la porte d'entrée. Des rires et de nombreux pas se dirigeant dans tous les sens immédiatement après. Élisabeth se redresse avec l'intention de retourner dans le corridor lorsque William la tire par le bras et l'entraîne derrière l'étroit rideau qui cache un semblant de garde-robe. Craignant à tout instant de voir surgir l'un des intrus dans sa chambre, William écrase Élisabeth contre le mur, l'obligeant à se fondre contre lui. Élisabeth vient pour protester, mais plus rapide qu'elle, William devine qu'elle a l'intention de parler et plaque sa bouche sur la sienne pour la faire taire, tandis que ses deux mains travaillent à maintenir le rideau fermé. Ni l'un ni l'autre n'avait prévu ce qui se passe par la suite. Habité par une forte peur, les lèvres de William se mettent à exercer une plus forte pression sur la bouche de la jeune fille. Lorsque celle-ci entrouvre les lèvres en soupirant, William prend sauvagement possession de sa bouche rendant toute idée d'évasion stérile, à moins de vouloir révéler leur présence aux cambrioleurs. Le danger qui peut surgir à tout instant, donne à cette étreinte une saveur désespérée. Depuis quelques temps, les mains de William ont quittés le rideau pour le corps d'Élisabeth. Écrasant celle-ci de son corps et l'accotant contre le mur, les deux mains de William passent sous sa robe de nuit et caressent avec science les seins libres de la jeune fille. Sentant alors les bouts durcir sous ses doigts, William pousse plus loin son exploration. Élisabeth respire de plus en plus vite et garde les yeux fermés, la tête appuyée contre le mur. La bouche de William remonte doucement le long de son cou et revient prendre sauvagement la bouche consentante d'Élisabeth. Sans cesser de l'embrasser, les mains habiles de William font tranquillement remonter la robe de nuit d'Élisabeth de manière à la découvrir entièrement. Puis, soudain, un autre vacarme les fait s'immobiliser. Les motoneigistes ayant visiblement trouvé des victuailles, embarquent tout ce qu'ils peuvent en poussant d'horribles cris de joie. William et Élisabeth sont aux aguets. Ils restent collés l'un de l'autre, mais ne s'embrassent plus. Une minute de silence passe, puis une autre. Visiblement satisfaits, les hommes retournent à l'extérieur puisque leurs voix redeviennent indistinctes. Rapidement, les moteurs repartent puis s'éloignent dans la nuit noire. Pendant une longue minute, rien ne bouge dans la maison. Puis, dans chaque chambre, sauf dans celle de Jane, des mouvements se font entendre. Élisabeth vient pour bouger, mais William lui fait signe d'attendre.

Charles passe la tête par la porte de la chambre de William et lui demande : Will, dors-tu?

-Non! Qu'est-ce que c'était d'après toi? Lui demande William en sortant de derrière le rideau.

-Des bandits! Des motoneigistes! Certainement des habitués du coin. Je vais voir comment vont les filles et je reviens te chercher! Il vaudrait mieux qu'on aille voir l'étendu des dégâts dehors… J'ai déjà prévenu les policiers. Ils sont en route.

-D'accord! Alors, laisse-moi m'occuper de prévenir Élisabeth et Jane Bennet, va rassurer tes sœurs d'abord.

-Bien! Bonne idée.

Attendant quelques secondes de plus pour être bien certain que Charles est reparti, William écarte le rideau.

-Vous pouvez sortir maintenant!

Rougissant violement en voyant le regard gêné de William, Élisabeth passe devant lui et quitte la pièce pour se diriger vers la chambre de sa sœur. Elle ouvre la porte et constate que celle-ci est encore paisiblement endormie. Discrètement, Élisabeth ramasse sa robe de chambre et retourne au rez-de-chaussée.

En arrivant en bas, Charles informe William que Caroline est avec Louisa et qu'elles sont toutes les deux en état de choc.

-Mademoiselle Bennet est éveillée!

-Charles, avez-vous appelé la police locale? Lui demande alors Élisabeth en arrivant près d'eux. Elle évite volontairement le regard de William, s'asseyant en face de Charles.

-Oui, les policiers sont en route… Dommage que personne ne les ait vus.

-Oui, moi... enfin... je les ai vus de loin... mais je peux au moins décrire leur motoneige.

-William et moi allons aller faire un tour dehors afin de voir s'ils nous ont volé autre chose!

-Charles, William, vous n'allez pas nous laisser seules ici longtemps? Leur demande Caroline d'en haut, toute emmitouflée dans une épaisse couverture.

15 minutes plus tard, les policiers sont arrivés sur les lieux. Ils recueillent la déposition d'Élisabeth puis celles des autres occupants de la maisonnée. Finalement, aux petites heures du matin, Élisabeth peut enfin se recoucher. Une fois les policiers repartis, les sœurs Bingley regagnent également leurs lits respectifs tandis que Charles et William restent au salon devant un bon feu de foyer.

-Charles, crois-tu qu'Élisabeth appartient à ce type de femme qui est prête à se jeter à la tête d'un homme pour obtenir un emploi?

-Hein, Élisabeth? Pourquoi tu me demandes ça? Elle t'a fait des avances?

-Non! Ce n'est pas ça! C'est que… elle est venue me trouver dans ma chambre cette nuit! Lorsque les motoneiges sont arrivées... Elle a prétendu qu'elle te cherchait, mais je ne sais pas trop quoi en penser...

-Écoute! Elle avait sûrement peur! Elle était sous le choc, c'est certain! Elle était probablement désorientée!

-Ouais... j'imagine que tu as raison!

-Mais oui! J'ai raison! Bien sur, je vais tout t'expliquer! Hier soir, une fois que vous êtes tous montés vous coucher, Élisabeth et moi avons discuté encore quelques minutes dans le salon. Puis, au moment de nous mettre au lit, nous sommes montés ensemble. Elle m'a laissé seul avec Jane quelques minutes, puis, elle m'a vu partir en direction de ta chambre. Bien entendu, elle ne pouvait pas savoir que je voulais simplement aller te rapporter ton cellulaire qui était rechargé. Elle a donc cru qu'il s'agissait de ma chambre.

-Ouais, ça expliquerait tout. Tu as sans doute raison.

Le lendemain, Élisabeth se lève la première. Aussitôt arrivée en bas, elle planifie son retour ainsi que celui de Jane. Elle s'arrange avec Charles pour que celui-ci ramène sa voiture alors qu'elle conduira celle de Jane. Caroline ramènera celle de Charles et William la sienne. Élisabeth prend son déjeuner avec Jane puis, après être allée rassembler leurs effets personnels, aide sa sœur à monter dans sa voiture. Charles vient les saluer à l'extérieur accompagné de Caroline. Les trois autres préférant demeurer à l'intérieur.

Une semaine plus tard.

Lorsqu'Élisabeth se présente devant l'édifice de la commission scolaire de Montréal, elle est très énervée. Elle a beau savoir que sa convocation n'est rien d'autre qu'une formalité, elle est très joyeuse et présente son plus beau sourire à la réceptionniste.

-Je viens pour ouvrir mon dossier. J'ai rendez-vous avec le répartiteur du secteur 5.

Arrivée près des ascenseurs, elle croise monsieur Jérôme Fizet qu'elle connaît déjà puisqu'il fait régulièrement des visites à l'université pour parler aux futures enseignantes. Ne voulant pas le déranger compte tenu qu'il est en grande discussion avec une autre personne que la jeune femme ne voit que de dos, Élisabeth accélère le pas.

-Élisabeth Bennet? Wow! Lui lance Jérôme en lui tendant la main. Comme c'est bon de vous revoir. William, laissez-moi vous présenter une charmante jeune enseignante! Vraiment pleine de talents! Vous n'avez pas un poste pour elle dans votre école? Moi, je suis à la retraite autrement, elle ferait déjà partie de mon équipe!

-Nous nous connaissons déjà! Mademoiselle Bennet a fait son dernier stage chez nous.

-William, j'ai entendu dire que vous aviez des postes à combler! Vous devriez donner une chance à cette jeune personne! Je vous la recommande chaleureusement.

-Je suis tout disposé à lui faire passer une entrevue si elle le désire!

-Monsieur Darcy, Jérôme, n'allez surtout par croire que je suis passée devant vous dans l'espoir que vous alliez m'offrir un emploi! Non, si je suis ici c'est que vous vous trouvez devant les ascenseurs et que je dois me rendre au troisième étage.

-Pourquoi refuser une si belle occasion Élisabeth, surtout que je sais de source sûre que Monsieur Darcy n'accorde que très rarement des entrevues à des finissantes!

-C'est tout à son honneur, mais je vous prie de m'excuser, on m'attend déjà là-haut.

Arrivée au troisième étage, elle est accueillie par un jeune homme tout à fait charmant qu'Élisabeth se souvient d'avoir déjà entraperçu à l'université.

-Enchanté, mademoiselle Bennet, j'ai entendu de très belles choses à votre sujet... si vous voulez bien me suivre dans mon bureau?

-Merci... monsieur?

-Wickham, George Wickham, mais je refuse de vous entendre m'appeler par mon nom de famille. Je m'attends à ce que vous m'appeliez George uniquement.

-Très bien George! Mais vous devez m'appeler Élisabeth en échange alors.

-Très bien. Bon, laissez-moi regarder votre dossier! Hum, vous avez un dossier particulièrement étoffé. De très bonnes notes, plusieurs belles lettres de références! Ah! C'est étrange par contre, vous n'avez aucun document sur votre dernier stage! Pas même un mot du directeur? Il a pourtant dû vous évaluer?

-Vous êtes certain de ne rien avoir de l'École Saint-Émile?

-Non… Quel est le nom du directeur?

-William Darcy!

-Hein? Oh, vous avez vraiment dit William Darcy?

-Oui! Vous avez trouvé quelque chose?

-Non! C'est seulement que je vous plains! Vous avez eu affaire à un individu exécrable!

-Il est vrai qu'il est plutôt désagréable, mais je n'irais pas jusqu'à utiliser le terme «exécrable».

-Laissez-moi le faire pour vous...

-Il est vrai que nous n'avons pas eu les meilleurs rapports du monde, mais je dois avouer qu'il est très apprécié de l'équipe-école en général!

-C'est qu'ils ne le connaissent pas comme je le connais! Attendez, vous verrez bien que j'ai raison. Mais, trêve de discussion. Parlons plutôt de vous! Avez-vous été convoquée pour une entrevue?

-Non, pas encore...

-Très bien... laissez-moi vous arranger ça! Je vous donne deux semaines pour vous préparer et je m'arrangerai pour que vous puissiez passer l'une des premières.

-C'est très gentil à vous. Mais George, pardonnez-moi! Je ne voudrais surtout pas vous paraître indiscrète, mais puisque ma sœur effectue quotidiennement des visites à l'école Saint-Émile, j'aimerais en savoir un peu plus sur ce que vous reprochez à monsieur Darcy. À vrai dire, ma sœur fréquente son meilleur ami Charles Bingley de temps à autre, et…

-Écoutez, ce que vous me demandez va contre mes principes, mais, par égard pour votre sœur et puisque vous m'êtes sympathique, je vais vous en dire un peu plus.

Là dessus, il se lève et invite Élisabeth à venir s'asseoir avec lui sur un divan plus confortable.

-Voilà, ici nous serons mieux! C'est une assez longue histoire. Voici donc ce que je sais. William et moi nous nous connaissons depuis l'enfance. Son père et le mien étaient de très bons amis. Nous avons partagé beaucoup de choses pendant notre jeunesse. Des bons et des mauvais coups aussi. Puis, nous nous sommes perdus de vu pendant nos études secondaires. Rendus à l'université, lorsque je l'ai revu, il avait terriblement changé. Il courrait après toutes les filles et n'avait aucun respect pour elles. Il copiait aux examens, remettait ses travaux en retard et n'hésitais pas à utiliser son charme pour obtenir des notes plus élevées.

-J'ai beaucoup de peine à vous croire!

-Moi de même à l'époque. D'ailleurs, c'est par sa jeune sœur que j'appris tout ça. Elle demeurait en appartement avec lui. Leur père était mort. Il faut dire que Georgianna et moi étions convaincus que c'est à cause de la peine qu'il éprouvait suite au décès de son père que William avait développé un tel comportement. Seulement, malgré le temps qui s'écoulait, les choses ne se résorbèrent pas! Elles empirèrent plutôt. William traitait sa sœur très mal. Il menaçait de la battre si elle continuait à me voir. J'ai tenté de convaincre Georgianna de porter plainte, mais par respect pour son défunt père, elle s'obstinait à refuser.

Vers la fin de l'année quelques jours avant la remise des diplômes, je me décidai à porter plainte contre lui. Je me suis dit qu'en faisant enquête, les instances universitaires découvriraient certainement que ses travaux avaient été copiés et que son comportement laissait à désirer. Mais, j'avais sous-estimé William. Il m'a accusé de harcèlement sexuel sur la personne de sa sœur. Lorsque ma cause a enfin pu être entendue, j'ai réalisé que j'avais perdu sur toute la ligne puisque sa sœur elle-même, par crainte de son frère, avait refusé de démentir les affirmations de William. J'étais condamné d'avance.

-C'est incroyable! Je veux dire! C'est tellement choquant!

-Le pire, c'est que mes accusations contre lui se sont toutes retournées contre moi! Voilà pourquoi, il est directeur aujourd'hui et moi simple répartiteur à la CSDM.

-Je suis désolée! Vraiment!

-Ne le soyez pas! J'aime beaucoup mon travail! Il me donne l'occasion de rencontrer tant de gens intéressants.

-Vous avez très certainement un meilleur tempérament que moi.

-Mais, non. C'est simplement que je suis heureux, autrement, je l'aurais étripé moi aussi! Mais, puis-je vous demander de garder ces confidences pour vous! Je ne veux surtout pas que des rumeurs viennent à nouveau envenimer les relations entre William et sa charmante sœur qui est de toute façon, la plus grande victime de cette histoire.

-Pauvre fille en effet! George, vous avez ma parole et je vous remercie pour la confiance que vous venez de me faire.

-Je vais devoir vous laisser partir, j'ai d'autres candidates à voir, mais j'aimerais qu'on se revoie, si vous n'y voyez pas d'inconvénients?

-J'en serais ravie! Vous avez mon numéro dans mon dossier, vous avez ma permission pour l'utiliser.

-Merci... À la prochaine Élisabeth. Mais laissez-moi vous escorter jusqu'à la sortie. Je dois descendre des papiers de toute façon.

Arrivée en bas, Élisabeth constate que William et monsieur Fizet n'ont pas encore terminé leur conversation. Curieuse de voir comment William va se comporter en découvrant George, Élisabeth ne le quitte pas des yeux et constate avec satisfaction qu'une vive contrariété afflige le directeur lorsqu'il aperçoit celui-ci. Désireuse de lui montrer hors de tout doute de quel côté elle se situe, Élisabeth prend la main que lui tend George, la serre fortement et, contre toute attente, relève ses talons de manière à aller déposer un baiser sur sa joue. Sachant très bien que le regard de William est rivé sur eux, George presse la jeune fille contre lui, dépose un baiser plus qu'amical sur ses deux joues en lui murmurant à l'oreille : Pardonnez-moi à l'avance pour ce que je vais faire, mais sachant qu'il nous observe en ce moment, vous comprenez certainement mes motifs.

Il s'empare alors de la bouche d'Élisabeth et ne se gène pas pour que leur baiser s'éternise.

-Salut chérie! À ce soir?

-Bye George! Ajoute la jeune femme complice.

Une fois dehors, Élisabeth est encore toute retournée par ce qu'elle vient de faire. Elle respire deux grands coups, puis se dirige vers sa voiture. Arrivée devant celle-ci, Élisabeth remarque qu'une autre voiture est installée devant la sienne de manière la bloquer complètement. Elle note le numéro de la plaque d'immatriculation sur une feuille et retourne à l'intérieur. Arrivée à la réception, elle cherche le propriétaire de la voiture en question,

-Bien sur. Il s'agit de la voiture de monsieur Fizet. Je vais l'appeler tout de suite. Il va venir déplacer la déplacer. Vous n'avez qu'à attendre ici. Embarrassée, Élisabeth reste dans l'entrée, devant le comptoir et attend le retour de la réceptionniste.

-Il est déjà dehors. Vous pouvez aller le rejoindre!

Contente de pouvoir s'en aller enfin, Élisabeth remercie la jeune femme puis se dirige vers les portes tournantes. Arrivée de l'autre côté, nul autre que William Darcy qui accompagnait nécessairement monsieur Fizet, arrive devant elle et lui dit : Alors, si j'en juge par les rapports que vous entretenez avec le répartiteur, vous ne manquerez pas de travail?

-George et moi sommes de très bons amis! En effet! Mais, si je ne me trompe pas, vous étiez bons amis vous aussi autrefois?

-Nous l'avons été en effet! Mais, certainement pas aussi intime que vous l'êtes avec lui, aujourd'hui!

-L'amitié, ça se mérite!

-Il en va de même pour le respect!

Avant de dire quoi que ce soit, Élisabeth se retourne et constate que Jérôme revient vers eux. Elle ajoute tout de même : Dommage que vous ayez perdu et son amitié et son respect alors! Maintenant, si vous voulez bien me pardonner, je dois partir. Au plaisir monsieur Darcy. Au revoir monsieur Fizet.

-Quelle fille divine! Lance Jérôme sans quitter Élisabeth des yeux.

-Divinement mal renseignée, il va s'en dire. Ajoute William, tout bas.

-Pardon, qu'avez-vous dit?

-Rien, je me parlais à moi-même! Alors, si nous reprenions notre conversation là où nous l'avions laissée?

À suivre…

Des suggestions? Des idées? Des attentes?

Miriamme.