Tucker's Torments
Le premier chapitre les gars ~
Chapitre 1
Quand sa cigarette fut entièrement consumée, il la lâcha nonchalamment dans la neige et se dirigea vers l'arrêt de bus de sa démarche lente. Son bonnet péruvien était désormais recouvert de flocon et il enfouit ses mains dans les poches de son sweat pour les réchauffer. Il arrivait toujours en avance le matin pour avoir le temps de fumer une clope, à l'inverse de Clyde, qui arrivait toujours pile à l'heure. Token ne prenait pas le bus, ses parents riches lui avaient carrément payés un chauffeur. Tweek, lui, était toujours en retard.
Le blond ne dormait qu'à peine deux heures par nuit, et quand il s'endormait c'était aux alentours de 6h du matin. Ainsi, il se réveillait au mieux vers 7h30, l'heure de départ du bus, et il vivait un énorme stress tous les matins. Une fois il avait tellement couru dans tous les sens qu'il a fait un malaise en arrivant à l'arrêt de bus, Craig avait dû le traîner dans la neige en le tirant par les bras pour le ramener chez lui. Bien sûr que non, il ne pouvait pas le porter. Il avait sa fierté, merde.
Le brun se remémora le souvenir en souriant, les yeux perdus dans l'immensité du paysage montagneux qui s'étendait devant lui. Ainsi il ne vit pas la silhouette mince qui s'approchait de lui en courant, agitant les bras. Tweek lui rentra dedans. Sous le choc aussi violent qu'inattendu, Craig perdit l'équilibre et tomba en arrière, s'asseyant dans la neige. Il soupira, en proie à une extrême lassitude. Le blond, quand à lui, se releva d'un coup et fixa son ami en lui hurlant :
«- Ce sont les gnomes voleurs de slips ! Ils me volent mes sliiips ! Les gnomes... Voleurs ! VOLEURS ! Les gno...»
Craig fit claquer sa langue avec un agacement non dissimulé, ce qui eu l'effet immédiat de faire taire Tweek. Le blond se mit à trembler, il ne supportait pas d'énerver Craig, surtout qu'en général ce dernier était patient avec lui.
Le péruvien se radoucit en voyant la panique de son ami, mais il ne prit pas la peine de répondre au sujet des gnomes, il avait eu cette conversation des centaines de fois avec Tweek et si au début ça le faisait rire, maintenant il s'en lassait. A la place, il saisit le poignet du blond et le tira vers lui, l'obligeant à s'asseoir dans la neige avec lui. Tweek le regarda avec ses grands yeux, toujours aussi dorés, teintés d'un mélange d'incompréhension et de soulagement.
Craig, attendri, l'attira un peu plus vers lui et le prit dans ses bras, le blond blottissant sa tête dans le creux de son cou. Il sentait le café chaud, comme à son habitude, et Tucker se surprit à se délecter de cette odeur plus que rassurante, meilleure que celle du verglas d'un matin de novembre à South Park.
«- Vous dîtes si je vous gêne, les gars.
Craig sursauta violemment, et repoussa brusquement Tweek dans la neige. Il ne pensait pas que cet enculé arriverait si tôt. Il rougit, ce qui n'échappa pas à Clyde, apparemment ravi d'avoir ainsi ébranlé le péruvien, d'habitude si stoïque.
- God Damn, Tucker qui rougit. Je dois être l'un des premiers sur toute la terre entière à avoir vu ça. Je peeeense (il rejeta la tête en arrière) que vous cachez des choses, tous les deux.»
Il se retourna vers la route, en proie à un incontrôlable fou rire. Clyde n'était pas du genre très intelligent. Il disait souvent des choses quand il ne fallait justement pas les dire.
Tweek se releva, ses yeux cherchant ceux de Craig dans l'espoir d'une explication au fait qu'il l'ait fait tomber une deuxième fois dans la neige. Il était très innocent et n'avait pas capté les sous-entendus pourtant pas terriblement subtils de Clyde. Mais le brun, remettant son bonnet, fuyait son regard. Tweek ne comprenait pas. Et quand Tweek ne comprenait pas, il réagissait souvent de manière démesurée.
De lourdes larmes se mirent à couler de ses yeux bruns dorés, accentuant la brillance de ceux-ci et les faisant ressembler à deux grandes et sublimes pépites d'or. Craig, qui jusque là fixait ses pieds (leur trouvant subitement un intérêt fou), releva la tête vers le blond en entendant les sanglots étouffés de ce dernier. Un coup d'œil furtif en sa direction lui permit de se rendre compte de l'ampleur de l'incident du point de vue Tweekien.
Un élan de tendresse (nous sommes en droit de nous demander ce qu'il vient foutre dans le cœur de l'inébranlable Tucker) le fit s'avancer vers Tweek, et il voulut le prendre encore une fois dans ses bras, se disant que bordel on s'en branle de ce qu'en pense ce connard de Clyde.
Le caféinomane regarda son ami, continuant de pleurer en imaginant qu'il allait le frapper. Craig s'arrêta. Ses yeux noirs plongés dans les deux pépites d'or, qui n'avaient jamais été aussi brillantes, il en était presque choqué et se laissa plonger dedans, ne pouvant s'en défaire. Il fixait Tweek comme s'il allait le bouffer.
Le bus arriva à cet instant, sortant le péruvien de sa léthargie. Il avait la tête qui tournait, il voyait entièrement flou, et il titubait encore en cherchant une place au fond du véhicule. Tweek, lui, n'en menait clairement pas large. Il pleurait de plus belle, persuadé que son ami le détestait. Pour lui c'était plus qu'un drame. Lui, il l'aimait, Craig.
Il le considérait comme son grand frère, malgré le fait qu'il n'avait que quelques mois de moins que lui. Tweek est fils unique, et ses parents sont complètements cons, même lui s'en est rendu compte. Il n'a jamais eu personne pour le protéger du monde extérieur, pour lequel il n'était pas formé.
Il s'est défoncé à la caféine, devenant de plus en plus parano et de plus en plus fou, ce qui augmentait les critiques et de plus en plus les agressions physiques. C'était un cercle vicieux dont il ne serait pas sorti sans de l'aide, et cette aide est miraculeusement arrivée, le jour où il s'est fait tabassé par les trois de la bande de Colin. Après l'avoir défendu et être passé chez le proviseur (auquel il a sûrement fait un joli doigt), Craig est revenu vers les casiers, où était assis un petit Tweek tremblant et ruisselant de larmes. Il l'avait relevé et lui avait chuchoté que plus jamais personne ne le touchera, ou il botterait le cul de ce fil de catin. Et il l'a embrassé sur le front en lui tenant la tête.
Depuis ce jour Tweek ne lâchait plus Craig, et réciproquement. Craig était devenu un exemple pour lui, un modèle à suivre, mais aussi un bouclier contre le monde dans lequel il se sentait si vulnérable. Plusieurs fois il s'était fait agressé, plusieurs fois Craig l'a protégé, se prenant parfois de violents coups au passage. Parfois Tweek se sentait coupable, que c'était de sa faute si son «grand frère» avait mal. Mais celui-ci lui répétait, dans ces moments de doute, que ce mal physique n'était rien comparé à la douleur qu'il aurait à se morfondre dans sa solitude s'il n'avait pas Tweek.
Tweek pleurait donc à chaudes larmes en se persuadant qu'il avait perdu son grand frère, et se dirigea mécaniquement vers le fond du bus. Il se retrouva nez à nez avec le péruvien, et fit mine de se retourner pour chercher une place ailleurs quand le brun le tira sans ménagement par le bras pour l'asseoir à côté de lui.
Craig était toujours rouge pivoine, il avait toujours la tête qui tourne, il était toujours aussi déboussolé quant à sa précédente perte de contrôle face aux pupilles de son ami. Tweek, lui, hoqueta et renifla bruyamment en séchant ses larmes.
Il observa le visage de Tucker et se rendit compte, au bout de quelques secondes de réflexion intense, que son grand frère n'allait pas bien. Loin de se douter qu'il était la cause du trouble de Craig, il avança timidement son buste vers lui, guettant une réaction. Voyant qu'il ne se rendait compte de rien Tweek le prit dans ses bras frêles et le serra le plus fort qu'il pouvait, enfouissant encore une fois sa tête dans le creux du coup du péruvien, profitant de son odeur de clope et de pizza.
Celui-ci prit quelques secondes avant de réagir, et serra lui aussi le blond dans ses bras, mais plus délicatement, de peur de lui écraser les côtes, il paraissait si faible. Il posa sa tête sur les cheveux dorés et ferma les yeux, les deux se laissant bercer par le ronronnement du bus et par la respiration de l'autre.
Je suis profondément navrée que ce soit aussi flan, c'était pas prévu à la base. Le but de ce chapitre était de définir la relation entre Craig et Tweek, en montrant que Tweek voyait plus son ami comme un grand frère, et Craig n'était pas de cet avis. Les prochains chapitre seront moins centrés sur les sentiments. Normalement. Je promet rien.
