Chapitre un : Cauchemars.
Gallifrey, il y a très, très longtemps...
" Il ne veut pas rejoindre l'armée, je n'arrête pas de te le dire…
- Il n'ira jamais à l'Académie, ce garçon. Il ne deviendra jamais un Seigneur du Temps !"
Les voix étaient vaguement identifiables dans le sommeil perturbé qui enveloppait le jeune Gallifréen. Dans quelques jours, il allait avoir huit ans. L'âge où normalement il devait rejoindre l'académie. L'âge où il devait affronter le schisme temporel. Toute la grandeur de l'espace et du Temps. Ça l'avait toujours impressionné. Il se souvenait de la merveilleuse cascade de méduse que lui avait fait découvrir son père un an plus tôt. Le jeune garçon se souvenait aussi des nombreuses fois où il s'était allongé dans l'herbe rouge avec son meilleur ami et qu'ils avaient regardé ensemble les étoiles. Ils parlaient même de tous les visiter.
Koschei disait en rigolant qu'il les conquerrait même. Seulement, le jeune enfant n'avait pas eu l'air de plaisanter la dernière fois où il avait évoqué sa volonté de conquête de l'univers. Il avait parlé du chant de tambours, il lui avait paru si différent. Et le jeune garçon savait d'où venait ce changement : Koschei était devenu fou en fixant le schisme.
Il avait eu huit ans deux semaines plus tôt et était parti à l'académie. Et le jeune Gallifréen avait depuis perdu son meilleur ami. Koschei était parti. Il voulait qu'on l'appelle Maître à présent. Jamais il ne s'y résoudrait. Jamais il n'aurait non plus le courage de fixer le temps et l'espace comme Koschei l'avait fait.
Il ne voulait pas perdre son admiration des étoiles. Il ne voulait pas perdre son innocence comme prix pour devenir un Seigneur du Temps. Il avait peur. Il était terrifié à l'idée de se perdre à son tour comme son ami. Et il avait peur aussi d'en parler à ses parents. Sa mère avait apparemment compris ce qui le tracassait et elle le laissait donc dormir dans leur vieille grange.
Ici au moins il se sentait en sécurité, le contact chaud de la paille lui rappelait l'herbe rouge des collines où lui et Koschei avaient tant de fois observé ensemble les étoiles lointaines.
Le garçon entendit ses parents sortir comme sa mère l'avait dit et laisser la porte ouverte derrière eux. Rassuré de se retrouver à nouveau seul, il releva le bord de la couette sous laquelle il s'était réfugié pour pleurer. Le silence apaisant de la grange fut bientôt recouvert par une voix que le garçon ne reconnut pas. C'était une voix étrangère, d'adulte.
Inquiet, l'enfant songea que son père ou sa mère devaient avoir fait demi-tour et allaient le harceler à nouveau pour qu'il rentre dormir à la maison. Seulement, ce n'était pas son nom qu'il entendait mais celui de « Clara ». Si c'était seulement un nom, d'ailleurs… Il n'en avait aucune idée. Mais cette personne semblait bien appeler quelqu'un, dans un langage qui lui était encore inconnu et qui n'était donc de toute évidence pas du gallifréen. Mais alors qui pouvait bien être entré dans la grange ? Le jeune Gallifréen se redressa sur son lit et demanda de sa petite voix d'enfant endormie qui était là et personne ne lui répondit. Il décida alors de se lever et à peine avait-il posé ses deux pieds nus sur la paille chaude sous son lit qu'une mystérieuse main lui attrapa la cheville. Stupéfait et paralysé par la peur, le garçon entendit une voix féminine lui assurer que ce n'était qu'un mauvais rêve et qu'il devait se recoucher.
Est-ce qu'il se faisait des idées ? Est-ce qu'il ne s'imaginait tout simplement pas des choses dans le noir ? Non, pourtant la paume froide posée sur sa peau était réelle. Il le sentait dans tous ses nerfs. Ce contact était réel, autant que le monstre qui habitait l'obscurité…
Le jeune enfant se décida pourtant à suivre les consignes de l'ombre mystérieuse et se recoucha en restant toujours aussi apeuré de ce qu'elle pouvait bien lui vouloir. La main froide le lâcha alors et l'enfant réussit à cacher à celle-ci l'effroi qu'elle lui provoquait toujours pour remonter dans son lit. Même s'il n'entendait plus jamais cette voix, il savait déjà que ce souvenir, même si ça avait été un cauchemar allait le hanter. Pendant très longtemps...
