Auteur : Choupette

Titre : Des bleus sur nos coeurs

Disclaimer : Si l'un d'entre eux était à moi ça se saurait.

Bonjour, et hop un chapitre de plus avec des persos en pleine forme et prêts a tout subir. Mdr.


Chapitre 2

Lorsque Heero se leva le lendemain, son père s'était déjà échappé. Sa voiture était venue le chercher comme chaque matin depuis des années. Il descendit en caleçon et tee-shirt et pris aussitôt la direction de la cuisine, chacune de ses cellules quémandant expressément une dose de caféine salvatrice. Kate était en train de débarrasser deux couverts.

« Bonjour mon petit Heero. Bien dormi ?

- Oui, merci Kate.

- Je t'apporte ton café. Tu voudras autre chose, il reste des pancakes ?

- J'en veux bien. Duo a déjà déjeuné ?

- Oui, il se lève toujours en même temps que Monsieur et la plupart du temps va se recoucher dès qu'il part. Il n'est pas vraiment du matin.

- Hn… Il ne me semble pas avoir déjà eu le droit de faire la grasse matinée.

- Tu n'avais pas ton mot à dire alors. Aujourd'hui, je crois que tu as l'âge de te passer de la permission de ton père, tout comme Duo.

- C'est vrai, je n'ai plus quinze ans. Je trouve très étrange que père ait accepté de prendre quelqu'un en charge.

- Nous avons été très étonnés avec William, mais je pense que c'est une bonne chose. Duo est très gentil et toujours de bonne humeur. Monsieur est moins seul et beaucoup moins renfermé.

- Il devrait plutôt se trouver une femme au lieu de materner un ado de plus de vingt ans. »

Un bruit de vaisselle cassé le détourna de sa tasse. Kate était agenouillée, ramassant les débris. Heero se leva pour l'aider.

« Ca va ?

- Je crois que je viens de tuer les pancakes. Je vais te préparer une autre assiette.

- J'ai tout mon temps. »

Après le petit-déjeuner, Heero fila sous la douche puis s'habilla. Il partit ensuite à la recherche de Duo, passant par toutes les pièces de la maison en dehors de la chambre du natté qui était fermée. Le bruit d'une moto pétaradant finit par le conduire jusqu'au garage. Duo avait enfilé une tenue de travail et, accroupi, bricolait une vieille bécane, ses manches remontées jusqu'aux coudes laissant voir des bras noirs de cambouis. Le Japonais s'approcha, amusé par les traces noires qui se trouvaient sur les joues pâles.

« Je te croyais littéraire. »

Duo leva la tête, les yeux pétillant de malice.

« Lire n'est pas incompatible avec le bricolage.

- C'est vrai. Elle n'a pas l'air en bon état.

- Je l'ai trouvé à la casse et l'ai eu pour un bon prix.

- Pourquoi ne pas en acheter une neuve ?

- Tout simplement parce que celle-ci pouvait encore servir et puis je peux y faire toutes les modifications que je veux. Tu ne bricoles pas ?

- Si, mais mes bécanes sont informatiques.

- C'est vrai, Odin m'en a parlé. Il m'a dit que tu était un as dans ce domaine.

- Il a vraiment dit ça ?

- Oui, bien sûr.

- Tu sais beaucoup de choses sur moi alors que je ne connaissais même pas ton existence avant la semaine dernière.

- Tu as le droit de me poser des questions, je ne mords pas.

- Rien n'est moins sûr. »

Duo lui sourit avant d'éclater franchement de rire. Il se laissa partir en arrière pour s'asseoir sur le sol bétonné. Heero se mit à observer son visage, ce sourire immense, les rides d'expressions au coin de ses lèvres et ses yeux brillant avec tant d'intensité. Duo s'arrêta reprenant doucement son souffle.

« C'est pourtant toi qui laisse des traces sur moi. »

Il lui montra le bleu sur sa joue.

« Je suis désolé.

- Ne t'en fais pas, ce n'est pas le premier et ce n'est sûrement pas le dernier.

- Aurais-tu l'habitude de faire enrager les gens ?

- J'excelle dans cette matière.

- La cohabitation avec mon père ne doit pas être facile tous les jours alors ? Il est très friand de joutes verbales et perd rarement.

- Tu plaisantes, Odin est une crème… Enfin ça dépend avec qui.

- Oui, ça dépend. »

Heero se renfrogna, croisant les bras sur sa poitrine.

« Ne fais pas cette tête. Il m'a toujours parlé de toi en termes élogieux et avec fierté… Enfin presque.

- Presque ?

- Je crois que ta manière de gérer ta vie privée ne lui plait guère.

- Vie qui ne le regarde heureusement pas. Quant aux éloges, j'aimerais bien entendre ça au moins une fois.

- Je ne pense pas que ce soit possible. Ce serait comme si tu partageais ta fierté de l'avoir comme père.

- Vu comme ça…

- Vous êtes les pires têtes de pioches que j'ai jamais rencontré. »

Duo s'essuya les mains et se mit à ranger ses outils. Heero avait tourné les yeux vers le parc, repensant à ses paroles. Duo rentra sa moto dans le garage et enleva son bleu de travail sous lequel il ne portait qu'un vieux jean troué un peu trop large. Sa peau était luisante de sueur. Heero déglutit devant ce spectacle. Mais le véritable coup de chaud vint lorsque Duo attrapa une bouteille d'eau pour boire et que quelques gouttes s'échappèrent pour glisser le long de sa gorge. Il allait littéralement sauter sur le jeune homme lorsqu'une voiture arriva pour se garer. William en sortit.

« Bonjour.

- William.

- Hé, Will ! Tu as été faire les courses ?

- Oui, j'ai ramené tout ce que tu m'as demandé.

- Super !

- Pour la peine, tu vas m'aider à rentrer les paquets.

- No problem. »

Heero serrait les dents alors qu'il suivait Duo et William, aidant lui aussi au rapatriement des provisions. Duo n'avait probablement pas conscience de ce qu'il pouvait provoquer chez un homme normalement constitué en étant habillé de la sorte. Le Japonais était obligé de penser à bien des choses pour se détacher de la silhouette tentante qui se mouvait devant lui se déhanchant de manière si naturelle. Sa natte caressait doucement ses reins à chaque mouvement et pour la première fois de sa vie Heero se dit qu'être un cheveu pouvait avoir du bon. Pathétique.

Kate les attendait sur le pas de la porte, les mains sur les hanches.

« Vous devriez marcher plus lentement, mon déjeuner ne sera jamais prêt à temps. »

Duo lui fit la grimace.

« Toi, tu ferais mieux d'aller t'habiller. Ce n'est pas une tenue ça.

- Môman, ce que tu peux être rétro. Tu vieillis.

- Tu as intérêt à courir, si je t'attrape tu vas voir à quel point je respire la jeunesse ! »

Duo se mit à courir, lâchant son paquet, Kate le suivant de peu, armée d'une cuillère en bois. William esquissa un sourire, alors qu'Heero observait cette scène un peu perdu. Il avait l'impression de ne pas être chez lui. Tout était si loin des souvenirs austères de son enfance. Et pourtant, l'espace d'un instant, il se sentit bien, comme s'il était vraiment chez lui, comme si c'était ainsi qu'aurait du se dérouler son enfance. C'était contradictoire, mais tellement vrai. Duo perturbait tout et apportait ce qui lui avait tellement manqué.

« Dommage que votre père ne soit pas là. Cela l'aurait beaucoup amusé.

- Peut-être. »

Heero tourna les talons et entra dans la maison, laissant les rires de Duo derrière lui. Il posa le sac de courses se retenant pour ne pas le lancer à travers la pièce. Il avait envie de tout casser autour de lui, sans vraiment savoir pourquoi.

Il ne redescendit que pour le déjeuner, une bonne heure plus tard. La table n'était pas mise, il n'y avait pas un seul bruit. Personne sur la terrasse, dans le salon ou la cuisine. Une main posée sur le chambranle de la porte, il écoutait espérant trouver un signe de vie. Deux mains se posèrent alors sur ses yeux.

« Duo…

- Non, c'est le père noël.

- Ridicule. »

Les mains s'envolèrent et ils se firent face. Duo avait troqué son vieux jean contre un autre plus potable et toujours une chemise noire.

« Avec Kate, on a décidé de pique-niquer. Tu viens ? »

Heero n'eut pas vraiment le temps de répondre, il se laissa traîner dehors jusqu'à une étendue d'herbe entourée d'arbres, un peu éloignée de la maison. Kate avait installé une nappe à même le sol et y disposait les plats. Duo s'était mis à gambader en fredonnant le générique de La Petite maison dans la prairie. Heero leva les yeux au ciel, imité par William, avant de s'asseoir.

« Laura Ingalls veut-elle nous faire l'honneur de sa présence à table ?

- Gnagnagna. Vous êtes déprimants. Il fait un temps superbe, les oiseaux chantent. Il manquerait plus qu'Heero nous fasse un sourire et qu'Odin soit là pour que tout soit parfait.

- Ces deux choses sont incompatibles.

- Rabat-joie. »

Heero et William se jetèrent un regard désespéré, le repas risquait d'être très long. Heureusement le fait de manger était bien l'une des rares choses à faire taire Duo et chacun put déjeuner en paix, s'évertuant à toujours remplir l'assiette du natté. Le soleil déclinait lentement, William s'était retiré ayant du travail, Heero somnolait le dos appuyé à un tronc d'arbre. À l'ombre, il sentait les rayons du soleil effleurer son visage dès que le vent s'engouffrait dans les branches, agitant les feuilles. Il ouvrait un œil de temps en temps, vérifiant que Duo et Kate étaient toujours là. Au début très bavards, Duo avait fini par s'endormir la tête sur les genoux de la femme et Kate se contentait de jouer avec les longs cheveux châtains comme l'aurait fait une mère veillant sur son enfant.

Tout était si paisible, si calme qu'ils ne voyaient pas le temps passer, comme si tout s'était arrêté autour d'eux. Tout aurait pu rester ainsi, juste le soleil pour les éclairer et le bruissement des arbres. Pourtant un bruit de moteur les sortit de leur rêverie. Duo, qui avait laissé Kate lui mettre des fleurs dans les cheveux, se releva et regarda sa montre.

« Il est encore tôt, je croyais qu'il ne devait rentrer que ce soir. »

Heero ouvrit les yeux et bailla. L'arrivée de son père le contrariait, brisant ce bonheur trop éphémère. Duo se leva, adressant un clin d'œil à Kate et partit en courant vers la maison. Heero le regarda s'éloigner et rejoindre son père. Il soupira, s'obligeant à le suivre, mais Kate le retint pour l'aider à ranger toutes les affaires.

Les bras chargés il se traîna, pestant contre la chaleur et regardant où il mettait les pieds pour ne pas s'étaler dans l'herbe. Il aperçut son père, toujours en costume, sa cravate impeccablement nouée malgré l'atmosphère étouffante. Duo papotait gaiement, lui expliquant sûrement leur déjeuner. Odin sourit affectueusement, l'une de ses mains se dirigea lentement vers la chevelure de Duo pour en ôter une pâquerette. Cette scène avait quelque chose d'étrange, Heero sentit son cœur s'accélérer. Il passa à côté d'eux sans leur adresser le moindre regard. Déposant son fardeau, il fila aussitôt à la recherche de son portable et composa un numéro.

« Allo, Quatre… Hn… On sort ce soir ? … Ok, à tout à l'heure. »

Heero reposa son téléphone sur sa table de nuit. Il savait déjà que ce qu'il venait de faire n'était pas une bonne idée, mais au fond cela lui était bien égal.

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Heero entra dans le bar enfumé, laissant la musique l'assaillir. D'un regard, il balaya la salle et repéra son ami. Il s'approcha alors que Quatre discutait avec un serveur. Vu le sourire angélique dessiné sur ses lèvres, il ne fallait pas être devin pour savoir ce qu'il lui disait et la rougeur sur les joues du jeune homme montrait à quel point les paroles flatteuses et charmeuses de Quatre étaient efficaces. Heero se glissa derrière lui et passa ses bras autour de ses épaules et déposa un baiser sur sa joue.

« Mon chéri, je suis désolé d'être en retard, tu me pardonnes. »

Le serveur regarda furieusement Quatre avant de poser son verre d'un coup sec sur la table et de se retirer. Heero contourna la table pour s'asseoir.

« Bravo ! Tu viens de faire fuir l'homme de ma vie.

- C'est fou ce qu'ils sont nombreux les hommes de ta vie. C'est à se demander comment tu fais pour travailler. Trois de tes dernières secrétaires ont démissionné à force d'être harcelée par tes prétendants. À moins que te supporter soit beaucoup plus pénible que je le pense.

- Je vois que tu es de bonne humeur, Heero. Ce n'est pas parce que tu ne baises pas qu'il faut empêcher les autres de le faire.

- Touché. »

Heero héla un autre serveur et passa également commande.

« Alors ce séjour chez ton père ?

- Ça aurait pu être pire... On va dire que j'ai trouvé une occupation.

- Tiens, tiens. Raconte-moi ça.

- Le jeune homme à la natte.

- Celui qui t'a rembarré ?

- Oui. Figure-toi qu'il vit chez mon père.

- Il vit chez toi ?

- Apparemment, mon père l'a en quelque sorte adopté. C'est le fils d'un de ses amis décédé.

- Je suppose que ton occupation est donc de le mettre dans ton lit.

- Hn.

- Et qu'au bout de… »

Quatre regarda sa montre.

« Presque une semaine, tu n'y es pas arrivé. C'est ça qui te rend aussi ronchon ?

- Y a de ça. »

Heero avala une gorgée de vodka dans le verre de Quatre et se mit à jouer avec l'ombrelle du cocktail.

« C'est quand même étrange…

- Que je n'arrive pas à mes fins ? Quatre, tu me flattes.

- Je ne te parle pas de tes prouesses… Je n'ai jamais entendu dire que ton père avait pris quelqu'un sous son aile. Peu de choses m'échappent en général.

- C'est une affaire qui date de trois ans environ. Je trouve ça très louche. Personne ne semble au courant en dehors du personnel de la maison.

- Tu veux que je mène une petite enquête ?

- Non, ce n'est pas la peine. Mon père est assez grand pour faire ce qu'il veut et si je suis venu ici ce soir, c'est pour te voir et pour me sortir ce mec de la tête.

- Il te fait tant d'effet que ça.

- Ne raconte pas n'importe quoi, c'est juste la frustration… Quoi de neuf de ton côté ? »

Heero et Quatre discutèrent jusqu'à deux heures du matin, les verres défilant plus ou moins vite, les paroles déviant sur le travail comme le plaisir. Ils réglèrent leurs consommations et partirent en direction d'une boîte branchée. Ils s'accoudèrent au bar, le temps de repérer une proie, se souhaitèrent une bonne nuit et partirent en chasse. Il ne fallut pas longtemps pour que Quatre trouve son bonheur et s'éclipse de la piste de danse au bras d'un homme aussi beau que sa cervelle devait être vide. Heero sourit avant de se lancer dans la foule. Beaucoup s'approchaient, se déhanchant contre lui, essayant de capter son attention, mais Heero leur faisait vite comprendre d'aller se trouver un autre pigeon. Il ne fallait pas le prendre pour n'importe qui, il choisissait avec qui il allait partir et n'était pas une proie.

De longs cheveux attirèrent son attention. Des yeux bleus le fixaient intensément. Un jeune homme d'environ son âge aux yeux de glace et aux cheveux blonds coulant jusqu'au milieu de son dos s'approcha lentement de lui. Heero esquissa un sourire, leurs corps se collèrent l'un à l'autre, une main se glissa sous la chemise d'Heero attirant son bassin contre celui de l'inconnu. Ils dansaient perdus dans la lumière des néons, leur cœur pulsant au même rythme que la musique. Les basses faisaient trembler les murs et le sol, leur intimant un rythme rapide. Les vêtements se frottaient, leur peau frissonnait alors que les mains jouaient sur leur corps, glissant sur le dos, descendant sur les reins et les fesses. Heero se haussa, légèrement plus petit que son partenaire, et lui chuchota quelque chose à son oreille, son souffle électrisant l'inconnu. Il se faufila dans la foule suivit de près par le blond. Sans un regard en arrière, il sortit, alla vers sa voiture et s'installa au volant. La porte passager s'ouvrit, aussitôt après les phares s'allumèrent et la voiture fila dans les rues de la ville.

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Heero ouvrit difficilement les yeux. Il faisait sombre dans la chambre, mais le peu de lumière passant à travers les volets indiquait que le soleil était déjà haut. Encore un peu perdu, il referma les yeux, prêt à se rendormir, à oublier à quel point son corps était lourd et rester encore quelque minute au chaud entre les draps. Quelque chose bougea contre son épaule, de longs cheveux glissèrent sur sa peau déclenchant mille frissons et faisant naître un sourire sur ses lèvres, il se tourna vers son amant, se forçant à ouvrir les paupières et à sortir de cette torpeur matinale.

Il lui souriait, ses yeux violines brillants malgré la fatigue. Heero passa une main dans les cheveux, appréciant ce doux réveil. Au fur et à mesure que son esprit s'éveillait, les évènements de la nuit lui revenaient en mémoire, ses idées s'éclaircissaient tout comme les cheveux qu'il tenait entre ses doigts. Un regard sur le visage de l'homme qui partageait son lit, finit de le ramener vers la réalité. Une réalité aux yeux bleus. Il se recula, surpris et en colère. Il se dégagea de l'étreinte et s'assit au bord du lit, se prenant la tête entre les mains. Toute sensation de bien-être avait soudainement disparu. Tout sentiment de paix s'était envolé.

« T'aurais-je fait peur ?

- Non. Je vais faire du café, si tu veux tu peux prendre une douche ici et prendre le petit-déjeuner, mais après tu dégages. »

Heero attrapa son caleçon qui traînait sur le sol et l'enfila avant de sortir de la chambre, laissant l'inconnu sans autre explication. Arrivé dans la cuisine, il entreprit de faire du café, mais ses mains tremblaient tellement qu'il en mit partout, après trois tentatives il finit par mettre la machine en marche, puis nettoya furieusement les grains de café qui inondaient le comptoir de la cuisine. Il lança l'éponge dans l'évier alors que l'odeur du café envahissant la cuisine le calmant progressivement. Il revoyait le visage de Duo encore et encore. Il avait cru l'espace d'un instant que c'est à ses côtés qu'il se réveillait et non auprès d'un mec levé dans une boîte de nuit. Il sortit deux tasses et se servit attendant que l'autre sorte de la salle de bain.

Même s'il prenait son café noir, il ne cessait de tourner une cuillère dans sa tasse, s'obligeant à faire quelque chose, à se concentrer et oublier ce qui venait de se passer. L'inconnu finit par arriver. Heero l'observa. Il était tellement différent du natté. Certes ses cheveux étaient longs, mais d'un blond à faire pâlir Quatre d'envie et ses yeux bleus ne connaissaient pas cette gaieté qui brillait au fond des améthystes de Duo. Il était plutôt athlétique, un peu plus grand que le Japonais. En un mot vraiment charmant, mais pas plus d'une nuit.

« Apparemment, tu n'es pas du matin.

- Ni de l'après-midi, ni du soir, si ça peut te rassurer.

- Tu étais plus sympathique cette nuit… Tu ne parlais pas.

- Il ne me semble pas que je t'ai ramené pour taper la causette.

- C'est vrai. Au fait, je m'appelle Zechs.

- Hn.

- Et toi ?

- Heero.

- T'inquiète, je ne vais rien te demander de plus. Je bois mon café et je m'en vais. Je voulais juste ajouter que si tu le souhaites, je vais très souvent dans cette boîte de nuit. Si un de ces soirs tu te sens seul…

- J'y penserais.

- Super. »

Le blond lui lança un regard séducteur avant de vider une tasse de café et de se retirer. Heero regarda la porte se refermer. Il soupira de lassitude, en colère contre lui-même, ne supportant pas de penser à quelqu'un plus qu'il ne le faudrait. Les sentiments n'apportaient généralement rien de bon : être dépendant de quelqu'un, devoir faire tout ce qu'il faut pour qu'une relation marche, les compromis, l'illusion d'être heureux, la douleur de ne pas être aimé. Que de détails qui assemblés les uns aux autres ne faisaient que vous pourrir la vie pour pas grand-chose. L'amour n'était qu'un joli compte de fées et Heero le savait très bien, de toute sa vie, il n'avait jamais rencontré un couple heureux ou ayant tenu plus de dix ans. Toujours des regrets, mais au final rien de bon.

Heero se leva pour jeter sa cuillère dans l'évier, maudissant Duo Maxwell. Il finit son café, la dernière goutte lui apportant quelque réconfort. Au final, Duo restait un homme comme un autre et il ne lui faudrait pas bien longtemps pour l'oublier comme tous ceux qui étaient passés avant lui. Il suffirait qu'il le tienne une fois entre ses bras pour que le charme soit rompu, juste un corps débarrassé de son âme, et qu'il disparaisse. Sur cette résolution, il fila sous la douche et s'habilla. Il retournait chez lui, bien résolu à exaucer la première pensée qu'il avait eu en voyant Duo en haut de ses escaliers.

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Les pneus crissèrent sur les gravillons de l'allée, les projetant dans tous les sens, les propulsant même sur la carrosserie de la voiture. Alternance d'ombre et de soleil, les arbres défilaient de chaque côté du chemin. Heero rétrograda, le moteur ralentit la cadence. Des lunettes noires sur le nez, ses lèvres ne formant qu'une simple ligne, Heero porta une cigarette à sa bouche, inspirant profondément. Dire qu'il était sur les nerfs aurait été sous-estimer son humeur. Il arriva aux abords de la maison et se gara le long du garage, les freins criant dans le silence de la propriété. Il sortit, claqua sa portière et tira une dernière bouffée de nicotine avant de jeter d'un geste rageur sa cigarette à peine entamée. Malgré la chaleur, il portait un pantalon noir avec veste assortie sur une chemise bleue nuit. Il passa la porte, faisant semblant de ne pas voir Kate, près de l'entrée. Il bifurqua dans le salon, une main glissant sur le chambranle de la porte et allait s'élancer dans les escaliers lorsqu'une voix l'interpella. Il se tourna, trouvant son père installé dans l'un des fauteuils, un dossier entre les mains.

« Alors, on ne dit plus bonjour.

- Bonjour, père. »

Heero posa son pied sur la première marche.

« C'est tout… Il me semble pourtant que tu n'as même pas daigné nous informer de ton absence hier soir.

- Je pensais avoir passé l'âge de demander la permission de sortir.

- C'est exact, mais qu'importe l'âge pour faire preuve de politesse. Il suffisait juste de quelques mots. « Je sors ce soir. » par exemple.

- Veuillez m'excuser de mon impolitesse, autre chose ?

- Oui, pendant que je te parle de bonnes manières, tu pourrais enlever tes lunettes de soleil pour t'adresser à moi. »

La main d'Heero se referma sur la rampe d'escalier. Aussi calmement que possible, il se détourna de l'escalier et fit quelques pas vers son père, ôtant lentement ses lunettes. Des cernes de fatigues se lisaient sous ses yeux résultat d'une nuit d'alcool et de sexe. Son père eut un sourire dédaigneux, montrant à quel point il était content de lui, d'avoir encore une fois raison et de mettre son fils face à ses erreurs.

« Je vois que tu as encore bien mis à profit ta nuit. Te rappelles-tu de son nom ?

- Il y avait bien longtemps que je n'avais pas entendu cette rengaine.

- Elle est justifiée, non ?

- Je ne pense pas que je t'ai donné le droit d'interférer dans ma vie privée, non ?

- Heero…

- Oh, père, cessez ces simagrées. Appelons un chat, un chat, le fait que je baise avec des hommes vous a toujours déplu, cela n'est pas de bon ton pour un homme d'affaires. Ma réputation se doit d'être sans tâches, mais comment rivaliser avec vous qui êtes si propre.

- Heero, on a tous des secrets… Que ce soit des hommes m'indiffère, si tu savais à quel point. Je suis juste triste de voir que tu n'as personne avec toi.

- Être seul n'a rien de mauvais, être avec quelqu'un n'apporte rien…

- C'est faux, cela apporte tout. J'espère que tu t'en rendras compte bientôt. »

Son père avait haussé la voix, mais Heero n'était pas d'humeur à lutter pour des causes perdues.

« Peut-être, mais de ce côté là, tu n'as aucune leçon à me donner. Il me semble que tu es seul depuis bien plus longtemps que moi. Laisse-moi donc gérer ma vie. »

Toute sa colère était soudainement retombée. Les deux hommes se regardèrent dans les yeux quelques minutes, aussi las l'un que l'autre, fatigués de se battre. Tous les deux étonnés que la discussion ne tourne pas à une dispute âpre, se terminant généralement sur des insultes parfois pensées, mais surtout regrettées.

Heero se détourna et monta les marches en silence. Il entendit un bruit mat, étouffé par le tapis. Du coin de l'œil, il vit son père ramasser le dossier qu'il venait de jeter sur le sol, l'éparpillant feuille à feuille. Son père avait eut l'air sincère en disant qu'il était triste de le voir seul, Heero n'avait lu aucune lueur de déception dans les yeux bleus, juste de l'inquiétude et il n'avait pu cracher son venin habituel. Il pénétra dans sa chambre et en referma la porte, laissant son corps glisser sur le panneau de bois et choir sur la moquette d'où il ne bougea plus. Il essaya alors d'oublier où il était, son père et surtout Duo.

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Le soleil avait réchauffé ses pieds, puis, au fur et à mesure était remonté le long de ses jambes repliées sur son torse pour finalement éclairer son visage. Depuis quelques minutes, il n'y avait plus qu'une lueur douce et orangée.

Quelqu'un frappa à la porte. Heero jeta un coup d'œil à son radio-réveil indiquant sept heures du soir. Personne n'était venu le voir de toute la journée, pourtant il aurait espéré voir Duo venir pour enterrer la hache de guerre entre lui et son père. Un de ses sourires aurait mis fin à l'atmosphère pesante qui avait régné dans la maison, Heero et Odin seraient sortis de leur mutisme et tout aurait repris son cours.

Le Japonais se releva et ouvrit la porte sur Kate.

« Kate ?

- Le dîner va être servi, Heero. »

Heero acquiesça et suivit le petit bout de femme jusqu'au salon et s'assit à table face à son père. Il n'y avait que deux couverts. Heero respira lentement et décida de faire un premier pas.

« Duo n'est pas là ? »

Son père le regarda surpris.

« Non, il s'est absenté toute la journée, pour voir un ami. Il doit revenir ce soir, après dîner.

- Ah.

- Je pensais que vous ne vous entendiez pas ?

- Ça s'est arrangé. J'ai découvert qu'il semblait difficile de rester en colère après lui.

- Je suis d'accord avec toi… sur ce point. Son caractère est… Enfin, IL est très spécial.

- Totalement contraire à nous.

- Au début, c'est très irritant, puis on s'y fait et ça devient normal. Et pourtant, qu'est-ce qu'il fait comme bruit ! Je n'ai jamais vu quelqu'un qui pouvait autant parler.

- Je n'en ai eu qu'un aperçu. Mais je ne doute pas que cela doit être insupportable…

- Qu'est-ce qui est insupportable ?!! »

Duo venait de faire une entrée quelque peu bruyante, sa question ayant du se répercuter jusque dans les fondations de la maison. Le natté s'avança vers eux rapidement, son éternel sourire collé sur ses lèvres, les yeux pétillants, les joues rougies par le vent qui s'était levé au dehors.

« Tu rentres bien tôt, je croyais que tu dînais à l'extérieur avec Trowa. »

Un éclat amusé brilla dans les yeux de Heero. Apparemment, il avait enfin un prénom à mettre sur son rival, un prénom à coucher dehors. Duo s'assit avec eux.

« Il y a eu un changement de programme. Je suis dégoûté, on devait aller boire un verre avec Trowa et des amis et peut-être aller en boîte et personne n'était motivé. J'ai eu beau les secouer, ça n'a pas marché, lorsque je suis parti ils bullaient tous sur le canapé. Bande de fainéants. « Trop fatigués », tu parles d'une excuse ! Tout ça parce que nous sommes allés à la fête foraine et ensuite faire du paint ball. Les pauvres petits, ils mériteraient des coups de pieds aux fesses. Depuis quand il faut se motiver pour aller faire la fête et danser jusqu'au matin. On dirait des vieux. Odin, même toi, tu sembles avoir plus d'énergie qu'eux !

- Je semble… Cela veut-il dire, que je semble être vieux également ? »

Duo ferma son clapet, ses sourcils se froncèrent, comme s'il réfléchissait.

« Ben… Si les dinosaures se sont éteints il y a…

- Fait attention à ce que tu vas dire.

- Mais non, tu n'es pas vieux, tu respires la jeunesse. »

Et les lèvres de Duo se mirent à remuer encore et encore. Heero se mit à observer, comme il le faisait lorsqu'il était plus jeune, coincé entre ses parents qui ne se parlaient pas. Spectateur lointain d'une scène qui ne le concernait pas. Kate allait et venait, apportant les plats, remettant du pain, emportant la carafe d'eau pour la remplir ; toujours souriante. Mais si elle s'affairait autour de la table, elle aussi était invisible, comme étrangère.

Duo parlait et chaque partie de son corps semblait s'animer : ses bras bougeaient, ses mains mimaient ses mots, son visage exprimait tous les sentiments de sa journée. Ses lèvres remuaient et son assiette ne désemplissait pas. Les coudes posés sur la table, Heero sentait parfois des vibrations dans le panneau de bois. Il se mit à scruter ses traits, oubliant cette longue tresse et les yeux violines qui captivaient tant l'attention. Un grain de beauté au coin de sa lève, un autre sur la tempe droite, une cicatrice au coin de l'œil, des rides d'expressions aux coins des lèvres et sur le front, cette peau laiteuse d'apparence si douce. Duo si volubile en comparaison d'Odin qui mangeait tranquillement, écoutant attentivement, calme, serein, un petit sourire amusé sur les lèvres, ses yeux allant de Duo à Heero, curieux.

« J'ai pas arrêté de la journée, même si au final ce n'était pas très productif.

- Au moins, tu as fait quelque chose de ta journée, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. »

Heero qui jouait avec sa salade ne leva pas la tête, peu concerné par son paternel. Il était fatigué de relever ses remarques et l'ignorer l'irritait cent fois plus. Mais ce qui concentrait toute son attention était une marque discrète à la base du cou de Duo, une ombre bleutée plus petite qu'une balle de ping-pong, dissimulée sous le col de sa chemise. Heero sentit ses doigts se refermer sur le manche de sa fourchette. Comme il aurait voulu la planter dans les yeux de celui qui avait posé ses lèvres sur Duo. Mais ses élucubrations meurtrières s'arrêtèrent alors que la voix du natté s'élevait.

« Si on devait compter toutes les journées que j'ai passées à flemmarder, Heero ne m'arrive pas à la cheville. D'ailleurs ta soirée s'est bien passée ? Tu as filé comme une flèche hier soir.

- Je suis allé boire un verre avec un ami et nous sommes allés en boîte histoire de se défouler. Rien d'extraordinaire. »

Heero serra les lèvres, il aurait voulu continuer sur sa lancée, lui dire qu'il était reparti avec un homme et avait imaginé Duo entre ses bras, qu'il avait rêvé de ses yeux violine emplis de fièvre et de passion, de son corps contre le sien. Il aurait voulu lui faire part de cette nuit, lui faire comprendre cette attirance purement physique, mais il désirait également le prendre de court, le choquer juste par plaisir, pour se calmer. Il prit son verre entre ses doigts.

« J'aurais bien aimé venir avec toi, j'adore danser et Trowa également. On se serait éclaté toute la nuit.

- Il n'y a aucun doute là-dessus…

- Heero ! »

Odin avait presque crié, furieux de l'attitude de son fils, de son air provocateur et lascif.

« Heero, tu me feras le plaisir de ne pas insulter Duo en le comparant à tes distractions d'une nuit !

- Que de vertu, père.

- Ce n'est pas de la vertu, mais du respect. Chose que je n'ai pas réussi à t'inculquer.

- Comme cela te va bien de me faire la morale ! »

Et c'était reparti, les voix avaient empli la pièce d'un seul coup, se répercutant contre les murs. Heero et Odin s'étaient levés et s'invectivaient face à face : reproches, insultes, coups bas. Duo comptait les points en mangeant. Il finit paisiblement son assiette et attrapa une carafe d'eau pour remplir deux verres. Il les prit délicatement, se leva et approcha doucement comme si personne ne criait, que tout était silencieux. Ni Heero, ni Odin ne l'avait senti venir, bien trop occupés par leur querelle. Ce n'est qu'une fois dégoulinant d'eau qu'ils se tournèrent vers lui.

« On peut savoir ce qui te prend ?! »

Duo reposa les verres, nullement impressionné par les regards courroucés et la voix menaçante d'Heero.

« Ma question risque de vous paraître bête, mais je pense qu'elle est utile. »

Duo mesurait avec soin chacun de ses mots. Sa mâchoire s'était crispée et d'une main, il jouait distraitement avec un verre. Il releva soudain la tête, son regard obscurcit par la colère.

« Suis-je réellement une cruche dénuée de raisonnement et d'intelligence ou est-ce seulement une impression que vous me donnez ? »

Heero et Odin ne prononcèrent un seul mot, Duo ayant l'air assez furieux.

« Heero comme je te l'ai déjà dit, ce qui se trouve sous ton caleçon ne m'intéresse toujours pas, je te prierais donc de cesser tes insinuations et invitations dont le seul résultat est de te rendre ridicule. Si tu continues, je t'assure que je te colle mon poing dans la gueule et je ne serais sûrement pas le seul. Besoin de plus amples explications ?

- Hn.

- Bien. Odin, je suis ravi que tu prennes ma défense, mais j'en suis parfaitement capable moi-même. Si tu cherches un motif pour régler tes comptes avec ton fils, oublie-moi.

- Je suis désolé.

- J'espère bien. Sur ce, je vais aller me coucher et vous, vous allez aider Kate à débarrasser et je suis sûr que passer la serpillière ne vous tuera pas. »

Duo prit congé des deux hommes, les laissant aussi penauds que des enfants qui allaient être bien obéissants et desservir gentiment la table.


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