Voilà le deuxième chapitre, bonne lecture ;)
Ils avaient parlé pendant un moment, ce jour-là, à l'Escargot Biscornu. Au grand étonnement de George, Pansy se révéla être aussi piquante que drôle. Elle parlait sans s'arrêter, et George lui en fut reconnaissant car il se rendait compte à quel point il avait perdu l'habitude de prendre la parole. Fred n'était plus là pour terminer ses phrases, alors il préférait tout simplement ne pas les commencer. Si bien que Pansy fit presque la conversation pour deux, mais ça n'eut pas l'air de la déranger.
C'était un étrange spectacle, que de voir ces deux-là discuter ensemble. Ils ne conversaient pas encore comme amis, mais plus non plus comme des ennemis. Et lorsqu'elle se leva finalement, tout en s'excusant de devoir y aller, ce fut un sourire qui se dessina sur ses lèvres, et juste avant d'entrer dans son magasin, elle agita la main dans sa direction. Il lui répondit machinalement, tout en se demandant si tout cela était bien réel.
La guerre avait définitivement bouleversé bien des choses. Il n'imaginait pas à quel point.
Car bientôt, sans qu'ils ne s'en rendent vraiment compte, sans que rien ne fut décidé, ils se retrouvèrent à manger chaque midi à la même table de l'Ecargot Biscornu.
George s'était découvert un talent pour écouter Pansy blablater pendant des heures. Il l'observait parfois, tout en se demandant comment un tel flot de paroles pouvait s'écouler aussi vite d'une si petite bouche. C'était insensé. Elle lui racontait les difficultés qu'elle rencontrait, les gens qui ne la regardaient pas, qui n'osaient lever les yeux sur elle, qui la prenaient pour un monstre. Elle avait honte de ce qu'elle avait dit, ce jour-là, durant la Bataille finale.
"Tu sais, j'avais dix-sept ans à l'époque, depuis que j'étais petite, j'avais appris à vénérer Voldemort, je croyais vraiment que tout serait comme avant s'il montait au pouvoir. J'étais naïve, et je voulais aussi sauver ma peau. Mais vous avez gagné. On a gagné, et je ne comprends pas pourquoi les gens s'acharnent sur moi. Je n'avais rien contre Harry, je suis heureuse qu'il ait survécu. Et pourtant, on continue à me traiter comme une paria. J'ai peur que ce soit comme ça toute ma vie. Je sais pas si je le supporterais" lui avait-elle confié un jour.
Et il l'avait cru, qu'elle était sincère et qu'elle regrettait, parce que ses yeux ne mentaient pas, et qu'elle avait déjà dû payer plus qu'il ne le valait ses paroles.
Qu'elle s'ouvre ainsi à lui l'avait déstabilisait, lui qui préférait se taire et écouter. Il l'avait réconfortée comme il pouvait, mais il savait que ce n'était pas assez. Elle était toujours aussi triste. Alors, il s'était surpris à essayer de la faire rire, pour la détendre. Faire rire quelqu'un, il en était capable. Du moins avant.
Mais quand on s'appelait George Weasley, il y a des choses qui ne s'oubliaient pas. Faire le clown en faisait partie. Alors, même s'il ne l'avait plus fait depuis si longtemps, même s'il n'était pas sûr de lui, il l'avait vu esquisser un sourire, puis éclater franchement de rire. Il s'était rendu compte que la voir heureuse lui réchauffait le coeur, et, sans vraiment l'avoir prévu, ses épaules se soulevèrent à son tour. Il était bien.
C'était la première fois qu'il se faisait ce constat depuis bien longtemps, mais c'était vrai. Assis à cette table, en face de Parkinson, il réalisa qu'il se sentait bien mieux qu'il ne l'avait été depuis de longs mois.
Pansy avait l'impression de voir George Weasley revivre sous ses yeux, petit à petit. Il riait de plus en plus souvent. Elle était persuadée que finalement sa boutique le rendait heureux, malgré tous les souvenirs de son frère qu'elle lui rappelait.
Pansy n'aurait jamais pensé y être pour beaucoup dans ce changement.
Elle voyait bien qu'il s'amusait de plus en plus lorsqu'elle singeait Madame Guipure en colère, ou lorsqu'elle lui racontait une anecdote croustillante sur ses années à Poudlard, mais elle mettait tout sur le compte de sa nouvelle proximité avec le monde sorcier, avec ses clients de Weasley&Wealsey, qui le rendait plus avenant, plus ouvert, moins taciturne.
Quant à elle, elle avait fini par l'apprécier. Il était attachant, drôle, aussi, quand il le voulait. Et lorsque ses blagues ne la visaient pas, elle riait de bon coeur. Elle en vint à se dépêcher de finir au plus vite son travail du matin pour le rejoindre à l'Escargot Biscornu. Parfois, même, elle repoussait une retouche à l'après-midi, et Madame Guipure poussait souvent une gueulante, mais elle prenait le risque. Elle ne savait pas trop pourquoi, au fond, mais elle avait besoin de le voir.
Peut-être se raccrochait-elle à lui de la même façon qu'il s'accrochait à elle ?
19 décembre 2000
Leurs rendez-vous du déjeuner devinrent une habitude. Un rituel, même. Et les rituels, ça ne se brise pas.
Et pourtant. Ce midi-là, la neige commençait à tomber pour la première fois de l'année, et George souriait comme un enfant. Il s'assit à leur table habituelle et l'attendit. Il avait hâte qu'elle arrive, il avait tant de choses à lui raconter. La blague qu'un petit lui avait faite, l'histoire de la gamine blonde qui avait bu le philtre d'amour et s'était littéralement jetée sur lui. Ou encore Bill qui allait être papa. Tant de choses tout aussi insignifiantes qu'importantes à ses yeux, et qu'il avait pris l'habitude de lui raconter.
Sa langue s'était déliée, et il parlait désormais presque autant qu'elle lors de leurs déjeuners. Presque.
Il voulait aussi lui parler de Ron qui envisageait de quitter définitivement la boutique.
"J'arrive plus à suivre ma formation d'auror en parallèle. Et tu te débrouilleras très bien sans moi."qu'il lui avait dit.
George savait que c'était vrai. Mais il n'arrivait pas à se faire à l'idée qu'il serait seul à gérer ce grand magasin, leur magasin, à Fred et lui. Alors, tout en commandant leur repas, comme il le faisait souvent en attendant qu'elle arrive, il espérait qu'elle saurait trouver les mots.
Il savait qu'elle trouverait les mots, qu'elle le secouerait, et que ça lui ferait du bien.
Sauf qu'elle ne vint pas. Il l'attendit, ce jour-là, jusqu'à quinze heures, même s'il savait que c'était vain. La neige tombait au-dehors, mais Pansy ne venait pas.
Il ne la vit pas non plus le jour suivant. Et lorsqu'elle lui fit faux-bond pour la troisième fois, il ne put s'empêcher d'aller voir par lui même au magasin de Guipure.
La vieille dame cousait, concentrée, loin des caricatures que lui avait décrit Pansy. Elle exagérait toujours.
"Excusez-moi, est-ce que Pansy est ici ?" chuchota t-il, car l'atelier de Madame Guipure était un de ses endroits où l'on n'osait parler trop fort, qui inspirait le respect et la tenue.
"Je ne l'ai plus vue depuis deux jours. Je lui ai envoyé un hibou mais elle ne m'a pas répondu. Je ne peux pas me permettre de laisser le magasin pour la chercher aux quatre coins de Londres. Si tu la vois, dis-lui pour moi qu'elle se considère virée."
Les yeux de George s'agrandirent. Cette femme n'avait donc aucun sens des priorités ? Et s'il était arrivé quelque chose à Pansy ? Il était furieux. Mais se contint. Les femmes comme Guipure, mieux valait les brosser dans le sens du poil.
"Vous avez son adresse ?" demanda t-il poliment.
Et c'est lorsqu'il posa cette question qu'il se rendit compte qu'il n'était jamais allé chez elle. Après tout, cela faisait deux mois qu'ils mangeaient chaque midi ensemble, et, même si cela lui aurait paru impossible et ridicule trois mois plus tôt, ils étaient devenus amis. Il aurait pu savoir, au moins, même sans y être allé, où elle résidait. Mais non, maintenant qu'il y réfléchissait, elle n'avait jamais abordé ce sujet, ou alors elle était restée très vague.
Ses réflexions furent interrompues par un lourd carnet qui s'abattit sur ses genoux.
"Tiens, mon garçon, cherche à P, son adresse doit être là-dedans." l'informa Madame Guipure.
Il se dépêcha de trouver le nom de Pansy et après avoir mémorisé son adresse, sortit du magasin, sans plus de cérémonie.
19 décembre 2000
Lorsque George atteignit l'immeuble qu'il cherchait, quelques rues derrière le chemin de Traverse, il ne s'attendait pas à ce qu'il soit à ce point à des années-lumières de l'image que reflétait Pansy. Etroit, miteux, George appréhendait désormais l'état de l'appartement. Il grimpa les escaliers aux carreaux cassés, et arrivé devant une porte d'un vieux bois rongé par le temps, il toqua. Un grommellement lui parvint, puis un bruit de clé, et puis au dernier moment un "Qui c'est ?" d'une voix cassée et tremblotante. Il commença à paniquer, il n'était plus sûr que cette voix soit celle de Pansy. Elle paraissait si faible.
"George" répondit-il clairement pour qu'elle l'entende à travers la porte.
Il entendit un "Ah" soupiré, qu'il ne réussit pas à analyser, et la porte s'ouvrit sur un spectacle qui lui fit fermer les yeux quelques secondes. Quelques secondes de trop, Pansy - car c'était bien elle - lâcha un nouveau soupir.
"Fallait pas venir, George. Fallait pas que tu voies tout ça. Que tu me voies comme ça."
"Il aurait fallu que tu me donnes un signe de vie pour ça. Non mais tu te rends compte ? Tu te volatilises pendant trois jours sans donner de nouvelles ! Qu'est-ce que tu voulais que je fasse ?"
Il était en colère. Parce qu'il s'était inquiété. Parce qu'il s'inquiétait encore. Voir Pansy dans cet état, dans cet appartement, ça lui retournait le cœur. Ça n'était pas Pansy tout ça. Il ne savait pas trop pourquoi il se mettait dans ces états-là, mais une chose était sûre, il n'aimait pas la voir ainsi, emmitouflée dans un vieux peignoir jaune.
"George. Va t'en s'il te plait. Juste, pars. J'ai besoin d'être seule. Tu comprends, ça ? Seule."
Son ton était plus agressif qu'elle ne l'avait voulu. Elle s'en voulait, mais elle souhaitait également de tout son cœur qu'il parte. Qu'il la voie ainsi la mettait mal à l'aise, personne n'avait jamais assisté d'aussi près à la misère qu'était devenue sa vie, malgré tous ses efforts pour se convaincre du contraire, maintenant qu'elle était malade, obligée de passer ses journées dans cet appartement, elle se rendait à l'évidence : il était miteux et minable.
"Je ne m'en irais pas Pansy. Pas tant que tu ne m'auras pas expliqué pourquoi ça fait trois déjeuners que je passe seul, et pourquoi Madame Guipure veut te virer à cause de tes absences."
"J'ai chopé un rhume."
Et le pire, c'est que c'était vrai. Elle avait une crève pas possible depuis trois jours, et rien ne faisait effet. Les médicaments sorciers coûtaient les yeux de la tête, alors elle avait choisi d'attendre que ça passe, à coup de tisane au miel.
"Et les hiboux, tu connais ?"
"J'ai pas de hibou" lâcha t-elle, comme un aveu en baissant la tête.
Il la contempla quelques minutes, interdit, semblant réaliser l'ampleur de la situation. Doucement, il s'assit à côté d'elle sur le canapé où elle s'était installée.
"Un patronus alors ? "
Pour George, tout le monde savait faire un patronus depuis la guerre. Pourtant, Pansy lui jeta un regard indéchiffrable, mêlé de peur et d'appréhension. De honte aussi.
"Je... j'ai jamais été très douée en magie, tu sais. Au fond, vous avez raison, c'est que des conneries, la supériorité magique des sang-purs. J'ai jamais été foutu de réussir un patronus."
Elle se prit la tête dans les mains, comme si une douleur fulgurante la transperçait soudain, et laissa le haut de son corps s'affaler sur le canapé, ses pieds seuls pendus vers le sol, du côté de George.
"En fait, même un sort de lévitation, j'ai du mal, alors tu vois." acheva t-elle, les mains devant les yeux.
George sourit tristement devant la jeune femme qu'il découvrait. Si peu sûre d'elle, si fragile, loin de la Pansy qu'il connaissait et qui le réconfortait. Et il se dit, que, peut-être son tour était venu. C'était au tour de Pansy d'avoir besoin de lui. Il attrapa lentement ses mollets qui pendaient toujours dans le vide, perpendiculaires au reste de son corps, et les posa sur ses genoux à lui.
"Ca ne fait rien, tu sais. Réussir un patronus, c'est difficile. Si tu savais le temps que j'ai mis pour en faire jaillir un."
Elle se redressa et planta ses yeux dans les siens.
"Weasley... pourquoi t'es gentil comme ça ? Pourquoi tu m'aides ? Je veux dire, d'accord, on mange ensemble tous les midis, et on rigole bien. Peut-être aussi qu'on s'est rapproché bien plus que ce que nos années à Poudlard nous auraient laissé le croire... Mais même malgré tout ça, tu n'es pas obligé."
"Pansy..." commença t-il en soupirant.
Elle lui rendait vraiment la tâche difficile, ne pouvait-elle pas juste accepter son aide et se taire ? Comme il l'avait fait, lui.
"Je t'aide parce que, même si tu l'évites, même si tu tournes autour du pot, on est devenus amis, non ? Et c'est ce que les amis font."
Elle était abasourdie. Il lui avait cloué le bec, et ça, c'était rare. Elle ne savait pas trop quoi penser des dernières paroles de George. Elle n'avait plus la force de réfléchir, son cerveau bouillonnait. La fièvre s'insinuait dans les méandres de son esprit et l'empêchait d'avoir des pensées rationnelles. Vaincue et résignée, elle se laissa choir de nouveau de tout son long sur le canapé. C'est alors qu'elle prit conscience des mains de George qui encerclaient ses chevilles. Elle préféra l'ignorer, elle n'était pas en état de s'attarder là-dessus.
"Bon. Reprenons, tu as chopé un rhume, c'est ça ?"
"Ouais" grogna t-elle pour toute réponse.
"C'est malin. T'as pris des cachets ?"
"J'en ai pas." répondit-elle machinalement.
"Attends-moi, bouge pas, je reviens vite."
Comme si elle était en état de faire le moindre geste. Elle ferma les yeux en signe d'assentiment et le regarda disparaître.
Il revint une demi-heure plus tard, après avoir fouillé la réserve à pharmacie du Terrier à la recherche de médicaments contre la fièvre.
Il posa une main sur son front elle était encore plus brûlante que lorsqu'il était parti. Un pli soucieux vint marquer l'espace entre ses yeux. Il n'aimait pas la voir ainsi. Il la fit boire deux cuillère à soupe du sirop qu'il avait trouvé puis dilua un sachet de paracétamol sorcier dans un verre d'eau qu'il posa près d'elle. Enfin, il se pencha à son oreille et articula lentement :
"Pansy, je dois y aller, je suis désolé. Tu ferais mieux de boire le verre que j'ai posé là le plus vite possible, ça fera baisser ta fièvre. Et prends un bain tiède. Je... j'y vais, je repasse demain."
Il allait se relever, mais la main de Pansy enserra son bras.
"Restes, s'il te plait." murmura t-elle d'une voix presque éteinte.
J'ai besoin de toi, avait-elle envie de lui dire. Mais elle ne le fit pas. Elle avait déjà assez perdu de parcelles de dignité pour aujourd'hui.
Voià, n'hésitez pas à laisser une petite review, pour que je sache ce que vous en avez pensé ;) Bisous :)
