Chapter 01

Qui a éteint la lumière, fut ma première pensée. La noirceur m'entourait de partout. Puis, avec un temps de retard, je me rendis compte que je flottais. Je ne ressentais ni le sol sous mes pieds, ni le poids de l'apesanteur sur mon corps. En fait, je ne ressentais rien du tout. C'était comme si tout l'univers avait été effacé d'un seul coup, pour ne laisser que du vide. Avec moi en plein milieu. Impossible de savoir si j'avais la tête en bas. Si bas il existait. Je n'en étais pas certain. J'avais beau regardé à droite et à gauche, c'était le noir complet. Rapidement, l'idée me vint que c'était probablement un rêve. Un rire me prit à la gorge, quel idiot je faisais de ne pas y avoir pensé plus tôt. Rien ne résonna dans les ténèbres, rien ne franchit mes lèvres. Arrivais-je simplement à respirer? Je tentai. L'air refusa d'entrer dans ma gorge. Je paniquai. J'allais mourir! Mes mains cherchèrent mon visage. Rien. Ni visage. Ni mains. Cette fois, ce fut la panique totale. Je sentis mon cœur s'accélérer. Du moins, je crus le sentir battre de plus en plus cœur. Avais-je seulement un cœur?

« Du calme, Alec, pensais-je. Ce n'est qu'un rêve, après tout. » Je souris. « Rien qu'un p*tain de rêve. » Il ne me restait plus qu'à me réveiller. Mais la technique du pinçage de peau, ici, ne semblait pas fonctionner. Je n'avais pas de doigts. Autant attendre, ça allait bien finir par passer. Les rêves, c'était ce que ça faisait. Et lorsque je me réveillerai, ça ne serait plus qu'un vague souvenir à la limite de mon inconscience. C'était toujours ce que les rêves faisaient. Du moins, les miens. Cette pensée me fit naturellement me demander quand est-ce que je m'étais endormi. Je fronçai mes sourcils imaginaires. J'étais chez moi, non? Je m'étais couché, puis endormi. C'était ce que faisaient toutes les personnes. Malgré cela, un doute persistait. Impossible de me rappeler avec exactitude ce que je faisais avant d'aller me coucher. Étais-je rentré tard? Il me semblait que oui. Comme chaque soir. Pour retarder le moment où je serais seul à regarder le plafond, sur mon canapé-lit rongé par je ne sais quelle bestiole. À écouter mes voisins d'en haut se disputer. Comme chaque soir. Puis à me remémorer cette journée pourrie de cette vie. Comme chaque soir. Cette vie pourrie et vide qui au final était comme dans ce rêve où j'étais. C'était probablement ce que j'avais fait avant de m'endormir.

Encore là, un doute s'insinua dans mon esprit. Et si ce n'était pas ça? Il y avait forcément quelque chose d'autre, je le sentais. C'était bien la seule chose que je ressentais ici. Et ce doute grandissait, jusqu'à m'obséder. Et m'exaspérer. Je voulais sortir d'ici. Tout de suite. MAINTENANT.

Clac.

Je tournai la tête. Un bruit. J'avais clairement entendu un bruit. Faible, mais qui résonnait encore, tout autour de moi. C'était comme si ce bruit s'était transformé en vibrations. C'était trop bizarre. Je ne savais pas ce que j'avais pris avant de m'endormir. Mais plus jamais! Une masse s'écrasa sur mon visage et je criais silencieusement. Qu'est-ce que c'était?! Je gigotai, commençant à me sentir malade. Encore une fois, cette masse inconnue me cogna légèrement le visage. Une étrange sensation m'envahit. Comme des picotements. La lumière se fit dans ma tête, contrairement aux alentours. Doucement, je sentis cinq petits points me tâter le visage, produisant des picotements. C'était ma main! J'avais retrouvé ma main! J'eus envie de rire, mais ce fut de courte durée. Le même bruit que plus tôt se fit à nouveau entendre. Mais ça n'avait plus rien à voir avec celui que j'avais entendu. Mes tympans vibrèrent, assaillis par un son ressemblant à une trompe, grave et continu. Qui se rapprochait. Cette fois, la peur me prit. Cette fameuse peur irrationnelle quand on ne voyait pas ce qui allait nous tomber dessus.

Je fus littéralement assailli, lorsque le son m'atteignit de plein fouet. J'avais envie de hurler, de pleurer, de rire, même. Je me sentais tiré de tous les côtés, jusqu'à m'en faire mal. Mais ce qui fut le pire, c'était la lumière. Vive et aveuglante, soudaine. J'arrêtai de respirer, aspiré par le flot de sensations jusqu'alors disparues. Et aussi aspiré par quelque chose, qui me tirait maintenant vers le bas. J'avais l'impression d'être déchiqueté de toute part, et pourtant j'entendis un rire. Un rire dément. Je crois bien que c'était le mien. Et au travers de ce rire, une voix. Une voix glacée qui me disait : Qui es-tu?

Et BAM.

(ooooooooooooooo ooooooooooooooooo oooooooooooooooo)

La tête me tournait et j'avais envie de vomir. Péniblement, j'ouvris un œil, craignant de toujours être coincé dans ce monde de noirceur fichtrement inquiétant. La lumière m'indiqua que je n'étais plus en train de rêver. Et en fait, ce BAM était plutôt moi qui venais de rencontrer violemment un plancher. Lentement, je tâtais la surface, pris appui, et releva ma tête. Je me retrouvais dans une pièce, une chambre, plus précisément. Et la couverture à moitié enroulée autour de mes jambes me révéla que j'étais tombé du lit. Secouant la tête pour chasser les relents de ce rêve perturbant, je parvins à me mettre à genoux, repoussant la couverture, faisant craquer ma nuque et mes membres endoloris. Ensuite je posai un regard plus éclairé sur ce qui m'entourait.

« Mais où je suis, bordel?! » grognais-je à voix haute. Ce n'était clairement pas ma chambre. Pas avec ces couleurs criardes, de mauvais goût, qui fileraient la migraine à n'importe qui. Et surtout pas avec cet ordinateur et cette console de jeu. Bon sang, je n'avais pas assez d'argent pour m'acheter un frigidaire digne de ce nom, alors ça … Alors la question « Où je suis » prenait tout son sens. Je parvins à me lever et à m'asseoir sur le lit. La théorie qu'on m'avait kidnappé m'effleura l'esprit – la drogue qu'on m'aurait donné expliquerait ce rêve flippant – mais je la rejetais. Je ne me sentais pas du tout prisonnier, dans cette chambre. L'escalier qui menait au rez-de-chaussée me le confirma. Toujours confus, je me levai et me dirigeai vers celui-ci, dans la ferme intention de descendre et de découvrir le fin mot de l'histoire. Du même fait, je passai devant un miroir. Et je me découvris.

Ce visage. Mon visage. Moi au moins deux ans plus jeune. Moi, avant les cernes. Moi, avant le visage blafard et l'air paumé. Moi, avant que ma vie prenne le bord. C'était saisissant, de me retrouver à mes 17 ans. Complètement perdu, j'effleurai mon reflet du bout des doigts. Non, c'était impossible. On ne rajeunissait pas. Et puis, c'était quoi ces fringues?! Je portai un pantalon noir, un t-shirt rouge et noir, et une veste bleue. Autant de couleurs criardes ensemble me donnait le tournis. Et que dire de la paire de bottes rouge et noir. Jamais je n'aurais pu m'acheter de telles chaussures avec mon salaire de merde. Tirant légèrement sur les bords de ma veste pour la défroisser – non, j'étais absolument certain de ne pas m'être endormi avec ça sur le dos hier soir – je pris une grande inspiration et commençai à descendre les escaliers. D'abord ce fut la délicieuse odeur de bacon qui me parvint. Cette odeur, je ne l'avais pas senti depuis des années. Ça remontait au temps où ma famille en était encore une, et où on se réveillait avec notre mère attentionnée dans la cuisine. Dans un réflexe purement idiot, je descendis les escaliers quatre à quatre, désireux de voir qui était dans la cuisine. Comme si …

Ah non. Sauf erreur de ma part, ce n'était pas ma mère. La femme qui se tournait vers moi, un grand sourire aux lèvres, pour m'accueillir, m'était complètement inconnue.

« Bonjour mon chéri! Je t'ai préparé ton petit déjeuner, du bacon, comme tu l'aimes! »

Je restai figé, comme un idiot, un pied toujours posé sur la dernière marche. Impossible de prononcer le moindre son. J'oscillai entre l'envie de fuir, de hurler, ou d'étriper cette femme qui venait de me donner, probablement sans le vouloir, de faux espoirs.

« Allez, mange, tant que c'est chaud! Il faut que tu sois en pleine forme pour le début de ton voyage! »

Cette fois, ma langue se délia, tandis que, sans vraiment m'en rendre compte, je pris place à la table, devant mon assiette plus que remplie.

« Quel … Quel voyage? »

Ma « mère » secoua la tête en claquant de la langue, désapprobatrice.

« Tu t'es encore couché trop tard. Mais voyons, mon chéri, ton voyage iniatique pokémon! »

Le monde venait d'imploser, ou plutôt mon cerveau. C'était une blague! Ou j'étais encore dans ce maudit rêve! Dans un état végétatif, je gardai le silence, picorant dans mon assiette. Mon esprit restait bloqué sur ce mot : Pokémon. Ce jeu idiot pour les gamins qui consistaient à entraîner de grosses peluches pour en dégommer d'autres et devenir le meilleur dresseur. J'avais que très peu regardé cette série étant plus jeune, et parlons même pas du jeu! J'en connaissais que les grandes lignes, et c'était tout. Mais pourquoi, POURQUOI je me mettais à rêver à ça en ce moment?! Ma vie était si désespérante? Non, pas besoin de répondre, petite voix intérieure.

« Bon, tu devrais aller voir le Professeur Chen, il doit t'attendre à l'heure qu'il est! »

… Hein? Mon cerveau venait de redémarrer. Qui ça? Je me secouai. Autant aller voir, si ce n'était qu'un rêve, j'allais probablement bientôt me réveiller. Machinalement, je me pinçais. Soit. Cette fois ça ne fonctionnait pas. Ça ne devait pas marcher à tous les coups.

« Mon chéri? »

Je relevai les yeux. Ma « mère », avec son sourire désespérant sur le visage, m'attendait, un sac à la main. Comme un robot, je me levai et pris le sac et la casquette qu'elle me tendait.

« Je t'ai mis des vêtements propres, un peu d'argent de poche, ton portable et de la nourriture pour atteindre Jadielle. »

J'hochai la tête, même si je ne comprenais rien de ce qu'elle disait. Ça entrait d'une oreille et sortait par l'autre. Tout ce que je voulais, c'était me réveiller. Je pris le sac, mis la casquette rouge, bleu et blanche puisqu'elle semblait attendre que ça, et hésitai.

« Euh … Merci … mam … »

Le reste resta coincé dans ma gorge nouée. De toute manière, la femme ne m'entendit pas, m'ayant emprisonné dans ses bras, m'étouffant à moitié. Le plus doucement possible, j'entrepris de me défaire de son étreinte et franchis la porte, offrant un sourire hésitant – plus une grimace à vrai dire – à celle qui se prétendait être ma mère.

Lorsque je mis le nez dehors, je découvris un petit village. La route principale – seulement la seule – était bordée de modestes maisons. Il faisait beau, pas un nuage en vue. Je vissai bien comme il faut ma casquette sur mon crâne, pour me protéger les yeux du soleil. J'avais toujours eu les yeux plutôt sensibles, puis me mis en route. Il était où, ce Professeur Chêne? La femme ne m'avait pas donné d'indication. Je me mis donc à marcher au hasard, le sac à dos sur une épaule. Il ne semblait pas y avoir beaucoup de vie dans ce trou perdu. À part cette femme que je voyais là-bas, qui semblait jardiner, il n'y avait personne … Je plissai les yeux en m'arrêtant près de la maison de l'inconnue. C'était quoi cette chose qu'elle avait à côté d'elle? Non, attendez … Ça courait vers moi maintenant!

« M. Miiiiiiiiiiiiiiiime! »

Je faillis partir en courant, lorsque la chose, une sorte de clown humanoïde, fonça vers moi. Bon, d'accord, j'ai failli, aussi, crier comme une fillette. Mais la chose, au lieu de me manger, se contenta de balayer derrière moi, comme si en marchant j'avais déplacé sa poussière. Il partit aussi rapidement qu'il était venu, me laissant pétrifié. La femme, des gants de jardinage aux mains, vint me voir.

« Alec! Je vois que tu es sur le point de partir, je suis très contente pour toi! »

Elle me connaissait? La bouche sèche, je parvins, Ô miracle, à articuler :

« Ou-Oui, je … vais commencer mon voyage … iniatique. »

Autant reprendre les mots de ma « mère ». Ça devait être la bonne chose à dire car la femme me sourit en hochant la tête.

« Si jamais tu vois Red, dis-lui de venir faire un tour au Bourg Palette, il me manque, et il manque aussi à M. Mime. »

Red? Bourg Palette? M. Mime? Le dernier devait être cette bestiole qui s'activait ici et là, le deuxième, ce village, mais le premier, aucune idée. J'ouvris la bouche, la refermai, puis la rouvris :

« D'accord. »

Quoi dire d'autre? La femme me sourit, hocha la tête, puis retourna à son jardin. J'eus une petite pensée pour la monotonie des lieux. Ça devait être déprimant. Enfin, pas plus que ma vie actuelle. Je secouai la tête. Bordel, ce n'était qu'un rêve. Je me remis à marcher, sans savoir où j'allais. Ce ne fut que lorsque je fus à la sortie du village que je commençai à me poser des questions. Je ne savais PAS DU TOUT où je devais aller. Ce fameux professeur, il était introuvable!

« Alec! »

Je poussai un grognement. Encore quelqu'un qui semblait me connaître, mais qui m'était inconnu. Je me retournai. Un homme en blouse blanche de scientifique courait dans ma direction. Il s'arrêta à mes côtés et posa ses mains sur ses genoux pour souffler un peu. Il se redressa ensuite, tout rouge, pour presque crier :

« Mais où vas-tu comme ça?! C'est dangereux dehors, sans pokémon pour te défendre! »

Aucun mot ne sortit de ma bouche, j'avais encore du mal avec le concept de pokémon = réels, du moins, dans ce rêve. Mes yeux tombèrent sur une petite plaque épinglée sur le sarrau de l'homme. Professeur Chen. Oh. Ça s'écrivait comme ça. Bah, quand on parlait du loup! D'une voix qui se voulait assurée, je répondis :

« Je vous cherchais. »

Il me lança un drôle d'air.

« Tu n'avais qu'à venir au laboratoire, tu m'aurais trouvé. »

« Et il est où, votre labo? »

Ça, c'était la voix de l'irritation qui parlait. Il me lança un drôle d'air.

« Mais voyons, Alec, tu sais très bien où il se trouve, tout le temps que tu y as passé … »

Ah bon. Cette fois, j'avais envie de mordre. Le professeur balaya l'air de sa main, comme pour fermer notre discussion fort productive.

« Bon, allons-y, je vais te donner ton premier pokémon. »

Celui qui allait me protéger contre les tellement dangereux dangers du monde extérieur. Compris. Je m'abstins de répliquer que je ne voyais absolument pas où était le danger, surtout face à de peluches qui faisait la moitié de ma taille. Dans mes souvenirs, la série télévisée ne montrait que de bêtes insectes, des rats électriques, et des perruches, alors. Je suivis le Professeur, réajustant mon sac sur mes épaules. Quelques minutes plus tard, nous étions à l'intérieur. Bon sang, c'était le bordel ici! Même moi je ne pourrais pas vivre là-dedans. Et faut dire que j'avais un très grand seuil de tolérance en matière de lieu de vie. L'homme m'expliqua alors, montrant du doigt trois balles rouge et blanche :

« Tu as le choix entre ces trois pokémons. Comme à chaque fois, tu peux choisir entre un pokémon feu, eau ou plante. »

Qu'est-ce qu'il voulait que je fasse avec ces balles? Je cherchai dans mes souvenirs et le déclic se fit. C'était des pokéballs! Et là-dedans se trouvaient trois bestioles. Je devais choisir. N'étant pas un exemple parfait de patience, de logique et de réflexion, je pris la première qui était à portée de main. Et maintenant? Je me retins de la fracasser sur la table, il me semblait que ce n'était pas la manière de faire.

« Heuuu, sors de là! »

Une gerbe de lumière rouge sortit de la boule, me faisant sursauter, pour former une tête, des pattes et une queue, et finalement donner … une petite tortue?! Cette fois, je ne pus me retenir et déclarai, sarcastique :

« C'est ça qui va me protéger des méchantes bestioles dehors? Je suis sauvé! »

(ooooooooooooooo ooooooooooooooooo oooooooooooooooo)

Bon alors, je termine ici pour ce chapitre. J'avais l'intention d'aussi inclure le départ du bourg Palette dans celui-ci, mais ça se fera dans le prochain!

Alors, vous avez trouvé ça comment? Je l'accorde, il y a peu de choses qui se passent, mais c'est ce qui arrive dans tout premier chapitre, faut bien planter le décor, non? ;)

Comme mentionné dans l'introduction, je mélange un peu jeu et série, sans tout prendre de l'un et de l'autre, d'où le Red (et non Sacha) et sa maman accompagné du célèbre M. Mime!

Au début, j'ai failli prendre Salamèche, mais je me suis ravisée. Carapuce, il a trop la classe quand même, non?

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