Le cours prenait d'ici deux heures, j'avais encore du temps devant moi alors je décidai de rester dans mon lit à rêvasser. En réalité, cela faisait une semaine que je ne dormais pas. Une certaine pression qui ne m'était pas inconnu pesait sur mon être. Partout où j'allais, je me sentais épié. Non ce n'était pas de la folie. Si vous saviez ce que j'ai dû traverser ces dernières années, vous comprendriez d'où cet instinct de survie venait.
Je ne dis pas que je ne mérite pas ce sort, loin de là. Ce que j'ai pu faire par le passé, il n'y a que moi, et seulement moi qui doit le payer.
Je me levais en grimaçant tout en jetant un coup d'œil à ma fenêtre. Personne. Pourtant, je sentais la présence de quelqu'un, il m'était impossible de me détacher de ce sentiment. Le bar ne m'avait pas encore rappelé, ça s'annonçait plutôt mal pour quelqu'un qui avait besoin de fric. J'avais dû déménager pour certains problèmes, certains problèmes que tous les étudiants connaissaient, le manque d'argent. J'avais de l'argent, mais il n'était pas au norme. Je ne pouvais pas le dépenser à ma guise.
Je m'avançais lentement vers la salle de bain avant de fixer quelques instants mon reflet. Que c'était fatigant de jouer la comédie. Certes, je m'y plaisais en fac d'art, cependant, j'étais loin d'être à l'aise. Ce milieu était trop différent de celui dans lequel j'avais vécu quasiment toute ma vie. Mais bon, j'avais une promesse à tenir. Vivre, c'était ce que j'avais juré.
Au final, je ne savais pas trop si la légalité était une vie passionnante, je serais tenté de dire l'inverse. Mais au moins, j'étais loin de toutes ses histoires de la pègre.
Je me déshabillai en douceur, j'avais tout mon temps devant moi, avant d'entrer dans la douche et de faire couler l'eau bouillonnante sur mon corps. De la vapeur commença à se créer, et, très vite, la salle de bain ressemblait à un véritable sauna.
Une bonne douche et les idées se remettaient en place. Au bout de quelques minutes, je partis m'habiller, je n'étais pas une adepte de la mode et de tout ce qui suivait. Je m'habillais assez simplement, chemise blanche, pantalon noir et doc martens basses. Je ne faisais pas dans l'originalité, mais j'avais appris à devenir une madame tout le monde pour être vite transparente aux yeux de tous.
J'observai un instant mes longs cheveux avant de les coiffer, je les avais teinté en gris deux ans auparavant. Cette couleur m'allait plutôt bien, elle correspondait assez bien à mon caractère. Puis, comme un rituel, avant de me maquiller, je mettais mes lentilles de contact bleu.
Aussi étrange que mon nom, mes pupilles avaient une couleur violacée, elles étaient reconnaissables entre toutes. Alors forcément, elles aussi j'avais dû les cacher. Seulement, je ne pouvais pas toujours les mettre, enfin surtout, il m'arrivait de les oublier. Le jour de l'entretien, je les avais oublié. Je vous jure que je me suis maudite lorsque la femme à lunettes m'avait aperçu.
A 9h, je partais enfin de chez moi. Si tu veux un descriptif de ma vie, il ressemblait assez à métro boulot dodo. A la différence que je faisais le trajet à pied, que je n'avais pas encore de boulot, et que je faisais des insomnies une nuit sur deux. Ouais, la vie de rêve, il n'y a pas à dire.
En sortant de chez moi, mes yeux se froncèrent. Encore ce sentiment d'être suivi. Sac en main, je décidai de commencer à marcher, mais l'envie de me retourner me taraudait plus que tout.
Ça faisait une semaine, je ne savais pas si j'étais parano ou non. J'étais parti parce que mon ancien appartement était trop facilement repérable, alors pourquoi je me sentais épié ici aussi ?
Je soupirais frustrée et persuadée que je devenais folle. Toutes ses années de fuite n'avaient pas été une mince affaire.
Pour la faire court, parce que je suppose que tu te poses plein de questions, forcément. J'ai vécu et grandi dans la ville Maria, dans le secteur nord. Oui je sais, c'est pas un des meilleurs quartiers, et oui je sais, là-bas n'y vivent que des gangs et des malfrats. Tu m'apprends rien, je te rappelle que j'y ai passé 13 ans de ma vie. Ma mère et moi, on s'est jamais réellement bien entendu. En fait, j'étais pas censé naître. Mon père, en revanche, m'aimait plus que tout. C'est donc lui et entièrement lui qui s'est occupé de mon éducation.
Mais comme un bon Milkovitch, on baignait pas dans la légalité. Mon père était chef d'un des gangs les plus respecté du secteur, avec son frère, donc mon oncle.
Aussi surprenant que ça puisse paraître, j'ai été éduqué de sortes à reprendre les rennes de la mafia. J'ai pas fait des choses très catholiques, et d'ailleurs, si je croyais en une religion, j'irais certainement en enfer pour les crimes que j'ai commis. Donc ta pitié, j'en veux pas. Je suis bien loin de la mériter.
Au final, les choses se sont passées plutôt mal pour notre famille, paradoxalement. Bah ouais, on le méritait dans un sens. Mais bon, sans rentrer dans les détails avec précision. Mon père meurt, mon oncle se retrouve en taule, ma mère disparaît et une mise à mort sur ma tête tourne dans tout le territoire.
Bref, j'ai donc décidé de me faire passer pour morte et j'ai littéralement changé de vie. La police n'ayant aucune preuve contre moi pour m'inculper, ce qui m'a grandement facilité la tâche.
Donc à mes 20 ans, je me suis inscrite aux beaux-arts, changement radical, je sais. J'ai passé le concours, que j'ai eu haut la main. Je suis peut-être une criminelle, mais je suis pas idiote pour autant. Et aujourd'hui, je me retrouve dans ma dernière année d'étude là-dedans, j'ai donc 24 ans.
Quand je te dis que le changement était radical, c'est que même maintenant, j'ai encore du mal à m'y faire. C'est les beaux-arts, on parle bien d'un endroit distingué avec des gens qui ont un minimum de tunes. Moi, en revanche, je viens d'un ghetto, je sais manier les armes et je suis plutôt libre dans mes actions. Tu comprends immédiatement pourquoi je ne suis pas à l'aise.
Enfin bref, à force de te raconter ma vie, je suis finalement arrivée devant l'enceinte des beaux-arts.
—Salut Eren la frappe ! Saluais-je en rigolant.
Le brun se retourna avec un léger sourire reconnaissant ma voix à des kilomètres. Eren Jäger, 21 ans. Pourquoi Eren la frappe ? Parce que ce type fait de la boxe thaïlandaise. Et aussi parce qu'il a tendance à s'énerver assez rapidement.
—La vieille !
Pourquoi la vieille ? Parce que je suis la plus vieille du groupe, tout simplement. Peut-être pas la plus vieille de la fac, l'avantage dans une université, c'est que tu peux avoir des jeunes de 18 ans tout droit sorti du lycée comme des adultes de 40 ans qui ont décidé de reprendre leurs études.
—Tiens Jäger, je t'avais manqué ?
Jean Kirschtein, notre seul point commun, c'est nos cheveux gris. Sinon, j'ai pas grand chose à dire sur lui à part que lui et La Frappe sont en compétition constamment. Ah si, il sort avec un type qui s'appelle Marco. Bizarrement, ces deux-là sont diamétralement opposés. Marco est de caractère agréable, toujours prêt à aider les autres, Jean est plutôt centré sur lui-même et orgueilleux. En fait, en y repensant, ça nous fait donc deux points communs.
Pendant que les deux jeunes gens se disputaient encore une fois, le reste de la troupe arrivait petit à petit. Mikasa Ackerman, très proche de La Frappe, mais parfois j'ai l'impression qu'il ne comprend pas réellement ce qu'elle ressent pour lui. Il est un peu lent d'esprit sur ce sujet.
Armin Arlert, le petit génie de la bande. Il a un physique plutôt petit, il est assez faible d'esprit. Mais son intelligence nous dépasse tous, c'est clair. Ah oui, il est aussi le meilleur ami de La Frappe. D'ailleurs, Eren, Mikasa et Armin se connaissent depuis l'enfance.
Connie Springer. Il est clairement l'inverse d'Armin. Lui, il est lent d'esprit tout court. Il lui faut un certain temps pour que l'information monte au cerveau. Et une fois celle-ci montée, il lui faut encore un certain temps pour qu'il la comprenne. La légende qui raconte que les chauves sont de grands penseurs s'avère fausse avec lui. Il a une petite amie, qui n'est pas ici mais qui est tout aussi spéciale que lui. Sacha Braus. Brune bien plus grande que Le Chauve, qui aime la nourriture plus que tout au monde. Ces deux-là réunis sont le paroxysme du rire.
Il y en a d'autres encore qui ne sont pas encore là, Historia Reiss, Ymir, Annie, qui sèche beaucoup les cours. Je crois avoir fait le tour.
Contrairement à ce que vous pensez, ce ne sont pas mes amis. Plutôt des collègues et alibis pour ma nouvelle vie. Je ne tiens pas à eux, d'ailleurs, en dehors des cours et des soirées étudiantes, je ne les vois pas. Sauf peut-être Eren qui me rappelle Danny.
Danny et Marshall, eux, ils sont mes amis, et peut-être même comme des frères. C'est eux qui m'ont aidé, c'est avec eux que j'ai grandi. Et aujourd'hui encore, alors que je n'ai plus de nouvelles d'eux, je les considère encore mes proches. Ils me manquent, je ne dirais jamais le contraire. Mais malheureusement, ma mise en mort qui a circulé pendant des années les a mis en danger.
Le cours n'allant pas tarder à commencer, je me dirigeais avec un faux sourire à notre TD. Bon, je n'allais certainement pas me plaindre puisque j'allais passer mes deux heures à dessiner. Seulement, si j'avais le choix entre faire ça ici ou chez moi, le choix serait rapide. Mais à la fac, tes heures de TD doivent être signées, sinon, au bout de deux absences, tu vas au rattrapage.
Loin de là l'idée de vouloir paraître prétentieuse, j'étais assez douée pour devoir me coltiner des rattrapages juste parce que j'ai jugé trop bon de ne rien branler. Mais après, chacun son avis sur la question.
Les deux heures passèrent finalement assez vite, avec à mes côtés, un Eren qui n'arrêtait pas de me parler d'une soirée ce soir, soirée à laquelle il voulait absolument que je vienne, je fus donc forcé d'accepter pour qu'il me foute la paix, et d'un Jean qui envoyait des pics constamment au brun. Autant dire que l'heure était mouvementée, mais bon. On s'était quand même donné rendez-vous ce soir devant Le Colossus à 21h. Quelque chose me disait que les cours du vendredi 8h allait piquer. Je ne préférais pas penser immédiatement à cette gueule de bois, ça faisait assez longtemps que je n'avais pas bu. Mais aujourd'hui, après la semaine que je venais de passer à me rendre parano, j'en avais bien besoin.
Par le passé, Marshall, Danny et moi aimions faire ce genre de soirée. On avait une bonne descente, mais attention, on faisait assez attention niveau drogue. Après tout, on travaillait dans ce domaine, on voulait pas ressembler aux petits camés à qui on vendait. Ce ne serait pas crédible, d'autant plus que nous ne comptions pas rester des petits dealers toute notre vie. Alors il nous est arrivé plus d'une fois de tirer sur des joints, on a peut-être dérivé sur de la cocaïne quelques fois, et rarement sur du LSD. Mais ça s'arrêtait là, et puis, on risquait déjà la prison pour nos activités alors si on se faisait contrôler positif, je n'aurais pas donné chère de ma peau. Merci papa d'avoir été un chef digne de ce nom et un père attentif, j'aurais tout sauf voulu finir comme ma figure maternelle.
Si tu penses que je vais te parler de ma mère, tu as tout faux. Je ne vais rien te dire de particulier. Tout ce que tu as à savoir, c'est qu'elle et moi, on s'entendait pas très bien, pour ne pas dire atrocement mal.
Elle se droguait pas mal, mais madame avait des goûts de luxe. Pas comme ces pauvres SDF qui prenaient de l'héroïne de pacotille.
Je sais pas comment elle et mon père ont fini ensemble, tout ce que je sais. C'est que j'étais pas désirée.
Enfin bref, je rentrais chez moi à pied. Toujours avec cette horrible sensation d'être suivi. J'avais coupé tout contact avec la pègre, j'avais tout fait pour que l'on ne me retrouve pas. Pourtant, ce sentiment ne m'avait jamais quitté. J'avais donc du mal à le dissocier de la réalité.
Le soulagement était presque jouissif lorsque je mis un pied dans mon humble appartement. Je pris soin de verrouiller la porte avant de me rendre dans la cuisine faire à manger.
Il était midi, j'avais une faim monstre. Le repas se constitua seulement de pâtes. J'étais pas une prodige de la cuisine, je dirais même qu'en réalité, je m'empirais avec le temps. La gastronomie était un art, mais en tout cas, ce n'était certainement pas le mien. Je mangeais donc mes pâtes tranquillement en lisant mes cours, fis ma vaisselle une fois fini puis m'installa sur mon canapé.
Une chose étonnante s'était produite lorsque j'étais rentrée en fac. Je m'étais sortie les doigts du cul pour bosser. J'ai toujours eu des facilités, en fait, j'avais toujours eu des bonnes notes sans rien faire. Je préférais ce que mon père et mon oncle m'apprenaient, je ne consacrais donc pas beaucoup de temps à l'école. Mais, sans me vanter, j'étais assez douée en maths. C'est sûr qu'à force de compter et de convertir les kilos de drogue en argent, j'avais de quoi être douée.
Au final, une fois mon diplôme de fin lycée obtenu, j'ai tout arrêté. J'ai consacré ma vie jusqu'à mes 20 ans à bosser dans l'entreprise familiale, toujours avec une couverture contre les forces de l'ordre, encore une fois, merci papa pour tes contacts qui m'ont évité la taule.
Je sais pas quand est-ce-que j'ai eu le déclic de travailler honnêtement, mais en tout cas, il est venu d'un coup. Je savais que j'avais des facilités, et je voulais les exploiter. Surtout pour ce que m'avait dit mon oncle.
Car oui, il y avait bien une raison précise à cette reprise scolaire et à ce travail soudain. Tu es le lecteur, on est en point de vue interne, tu es donc techniquement censé tout connaître de moi. Mais cette raison-là, je ne la partagerais pas avec toi. C'est trop personnel peut-être un jour, tu seras amené à entendre la discussion que nous avons échangé. Mais pour l'instant, hors de question.
Le cours que j'étudiais et surlignais était un cours sur la perspective au fil des siècles et des artistes. Bizarrement, bien que la perspective soit une chose bien précise, c'était fascinant de voir que chaque artiste avait sa propre conception de l'idée. Par exemple, dans l'Antiquité Égyptienne, les artistes ignoraient l'existence même de la perspective, il n'y avait aucune profondeur et tous les personnages étaient représentés de profil.
Elle a progressé un peu grâce aux fresques grecques à partir de 500 avant Jésus Christ. Au Moyen-Âge, calme plat, l'aspect symbolique prend plus de place que l'aspect réel.
Et puis à partir de la Renaissance, elle a commencé à se développer avec ce qu'on appelle les points ou lignes de fuite. Au Japon, les points de fuites étaient assez rectilignes, s'en est presque troublant. Et puis l'art abstrait et la photographie sont apparus... Enfin bref, je vais pas te réciter tout mon cours non plus. Sinon tu vas finir par t'endormir, mais un peu de culture générale ne te ferait pas de mal.
Très vite, la nuit commençait à tomber. Je délaissais donc mes cours pour aller me préparer, la ponctualité était une de mes qualités. Toujours à l'heure et Dieu sait que j'ai horreur des gens en retard. Eren faisant partie de cette catégorie s'est plusieurs fois retrouvé avec des bleus.
Je descendis donc de chez moi, sans avoir pris soin de ranger mes feuilles qui traînaient un peu partout sur ma table basse. Automatiquement, un sentiment de surveillance à mon égard naissait. Je réprimai un frisson avant de me diriger vers l'arrêt de bus. Il n'y avait plus qu'un autocar, le service allait finir. J'userais de mes petites jambes pour rentrer.
Je n'eus pas à attendre longtemps le véhicule puisque cinq minutes plus tard, il était là. J'entrais donc dans le bus, bipait ma carte de transport et partis m'installer au fond, loin des yeux. Enfin, c'était plutôt ridicule parce que j'étais seule dans ce bus. A 20h30, il n'y a jamais personne dans les bus, surtout dans ce quartier.
J'arrivais rapidement à destination, ma tenue ne me protégeant pas totalement du froid. J'avais délaissé mon accoutrement habituel constitué de chemise et de jean noir pour laisser place à un top qui s'arrêtait au niveau du ventre, un jean noir troué, parce que oui, mon armoire n'est pratiquement que remplie de pantalons noirs, une veste style militaire, et des doc martens montantes, contrairement à celle que je mettais habituellement qui étaient basses.
J'étais plutôt surprenante de passer d'un opposé à un autre, mais j'étais comme ça. C'était d'ailleurs pour ça qu'on s'entendait bien Marshall, Danny et moi. Enfin s'entendre, à notre manière bien évidemment. Notre amitié avait toujours été un peu bizarre, certains pensaient qu'on se détestait à force de nous voir nous disputer. Mais nous, on savait que si aucun de nous n'élevaient la voix au moins une fois dans un dialogue, c'est que quelque chose ne tournait pas rond.
Je chassai cette pensée de ma tête. C'était fini tout ça, ce n'était que du passé. Marshall et Danny devaient avoir leur vie, ils devaient m'avoir oubliés. Même si cette idée me brisait le cœur, elle me rassurait un peu tout de même.
Je rentrai dans le bar 15 minutes en avance, l'ambiance était chaleureuse, tamisée, il y avait déjà pas mal de monde. Une petite musique tournait en fond, il n'était que 21h, obligatoirement à partir de minuit, les karaokés commenceraient et Eren gueulerait comme un putois. Personne n'était encore là alors je pris place vers une table en attendant mes collègues de fac. Oui, je vous rappelle encore une fois que je ne les considérais pas comme des amis, même si cela faisait 4 ans que l'on se fréquentait. Je savais que de leur côté, je faisais partie de la bande. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'ils m'avaient invité et m'inviteraient certainement encore longtemps. Pourtant, je n'arrivais pas à me sentir à ma place nous étions trop différent. Je ne connaissais pas plus leur vie que ça, et à juste titre puisque je ne cherchais pas à les connaître.
La triste réalité, c'est que je me sentais seule. Mais je vous avertis, je mérite ce sentiment. Je vous rappelle être une criminelle, je ne mérite pas de pitié. Pour en revenir au sujet, ce sentiment n'était pas né depuis que j'avais tout abandonné. Non, depuis mon enfance, j'ai toujours ressenti cette solitude pesante qui vous broie l'âme. Je l'ai caché par de nombreux moyens, ma colère névrosée par exemple, ou bien, ce que j'infligeais aux autres lorsque notre pègre existait encore. Je bougeais constamment, alors je n'avais pas le temps d'y penser. Mais là, c'était différent. Avec cette routine, celle-ci était revenu toquer à ma porte, et aujourd'hui, elle tambourinait carrément. Seuls mes meilleurs amis avaient toujours réussi à me sortir de ce cercle vicieux, mais encore une fois, je n'avais plus de contact avec eux.
Surprenant de la part d'une Milkovitch, pas vrai ? Mais tu ne t'es jamais dit que les personnes qui infligeaient le plus de mal étaient celles qui souffraient le plus ? Eh bien, la voilà la vérité. Un monstre est quelqu'un de dérangé psychologiquement, c'est une personne qui va mal, c'est donc pourquoi je n'avais absolument pas ma place dans ce groupe « d'amis ».
En parlant d'eux, ils venaient tout juste d'arriver. Mikasa sermonnait Eren de n'avoir pris qu'une simple veste en jean en plus de son sweat.
Mikasa Ackerman, j'ai brièvement parlé d'elle tout à l'heure parce que je ne savais pas trop quoi dire sur elle, mais maintenant, ça me vient. Cette fille ne m'aimait pas, et je l'adorais pour ça. Elle était la seule dans le groupe à me voir telle que j'étais réellement. Elle ne s'illusionnait pas sur mon compte. Mais attention, ce n'est pas parce que je l'appréciais que je la supportais pour autant. Cette fille collait Eren aux basques, normal me direz-vous, c'est sa sœur adoptive. Mais il était clair qu'elle aimait le brun, et lui était aveugle. Il formait une paire ces deux-là. D'ailleurs, elle était toujours là à s'inquiéter pour lui, peut-être même un peu trop. C'était peut-être pour cette raison qu'Eren venait souvent vers moi, je restais dans mon coin et il l'avait bien compris. De cette manière, même si Mikasa était jalouse, il pouvait avoir la paix.
Nos prénoms, parlons-en ! Elle, c'est MikaSA et moi c'est MikaËL ! Il y a une différence à noter quand même. Tout le monde nous confond, enfin surtout nos profs. La bande m'appelait Mika pour ne pas se confondre, comme tout le monde en fait. Pas que mon prénom me dérange tant que ça, Mikaël, c'est plutôt original pour une fille, je te le fais pas dire. Mais ça sonnait trop vieux russe à mon goût, et comme tous les russes, j'avais mon surnom.
Ah oui, si vous ne savez pas, dans la vie quotidienne, les russes s'appellent par des surnoms, ils peuvent raconter une histoire, être affectif, peu importe. De cette manière, Maria, pourra tout aussi bien s'appeler Macha, ou Machika, tout dépend de sa vie et de ses fréquentations. Nos prénoms officiels, c'est juste pour les papiers d'identités et les documents administratifs. Ça peut faire bizarre pour quelqu'un qui vient pas du pays, mais c'est comme ça chez nous. Donc pour reprendre, appelles-moi Mika.
Et dernière petite information, j'ai grandi jusqu'à mes 7 ans à Moscou avant d'arriver à Maria. Les Milkovitch étant en contact avec les Smith, nos familles étant amies, forcément, on devait arriver un jour ici.
Pour en revenir au moment présent. Nous étions tous installés à notre table, à discuter tranquillement. Sacha à ma droite, Connie en face de moi, et bien évidemment, Eren à ma gauche qui voulait s'éloigner un peu de Mikasa. Quelque chose m'indiquait qu'il y avait de la tension entre eux.
Je n'en fis pas attention et commanda une Pietra Rosa pour commencer, les autres firent tourner leur commande et Jean fut désigné pour aller commander. Le barman nous connaissant, il savait que l'on paierait avant de partir. Une fois installée, on partait très tard.
Dès que nos verres furent en face de nous, Eren me supplia avec un regard de chien battu. Je savais d'avance ce qu'il allait me demander.
—Mikaaaa... Je peux prendre une gorgée de ta Pietra Rosa ? S'il te plaaaaît ! Insista le jeune homme.
Amusé de son comportement, je roulais les yeux. Il ressemblait à Danny comme ça, d'ailleurs, ils agissaient pareil avec du recul.
—Bats les pattes idiot suicidaire ! T'avais cas en commander une au lieu de prendre une 1664 ! rétorquais-je avec un air faussement irrité.
Eren, pas démonté pour deux sous, me secoua le bras avec un cri plaintif.
—Je te paierais ton prochain verre ! Alleeeeeer !
Cette fois-ci, je ne pus m'empêcher d'éclater de rire. Le brun considéra qu'il avait gagné et but une gorgée de ma pinte.
—Pfff... Des fois tu me fais pitié tu sais ça La Frappe ? Me moquais-je gentiment.
—ça veut dire que tu me rejoins dans ma lancée ? Yes ! La russe est de la partie pour se prendre une cuite ! Hurla-t-il incitant Connie et Sacha à taper du poing sur la table en chantant la traditionnelle musique de pochtron « Et glouglouglou ».
Pas de doute, j'allais passer une soirée très alcoolisée, j'aurais dû mal à assumer le lendemain.
Au bout trois heures, ainsi que de plusieurs mojitos, shots et cocktails, l'alcool avait déjà bien fait son chemin dans nos têtes. Nous n'étions pas bourrés, mais pas loin non plus. Eren et Connie se racontaient une histoire, le brun n'arrivait pas à narrer son histoire tant il rigolait, Connie le regardait avec un sourire niais totalement absent. Sacha me racontait son envie de manger une salade de patate. En fait non, elle venait tout juste de changer d'avis et voulait manger une raclette.
De mon côté, je n'en menais pas large. Je m'amusais plutôt bien pour ainsi dire. Cela faisait longtemps que je n'avais pas autant fait la fête. Je répondais à Sacha entre deux ricanements.
Jean essayait de parler avec Mikasa, qui elle, n'était pas bourrée. Armin, tenait difficilement l'alcool alors au bout de deux verres, il se retrouvait déjà la tête dans les étoiles. Ymir et Historia, quand à elle, discutaient dans leur coin.
Finalement, Connie et Sacha se mirent à discuter et Eren me proposa un jeu. D'humeur joueuse, j'acceptais. Il me lança comme défi d'aller draguer le barman, barman qui me connaissait déjà et qui avait déjà tenté plusieurs fois. Ce à quoi je lui répondis que je le ferais, si et seulement si il embrassait Jean. C'était gamin, je sais. Mais je savais que Eren refuserait. Et c'est ce qu'il fit. Jamais il n'embrasserait son ennemi ami.
Sans que l'on s'en rende compte, la musique devint plus forte, le vidéo projecteur s'alluma et on pouvait voir des vidéos avec des paroles sur le mur. Eren prit en considération cela comme une invitation à chanter et me prit par l'épaule sous l'œil mauvais de Mikasa. Je le rejoignis et plusieurs se mettaient à chanter dans le bar. Très vite, l'ambiance était à la chanson et nos voix ne faisaient qu'une.
Au bout de quelques chansons, j'indiquais que je sortais fumer. Le froid me frappa aussitôt, mais que voulez-vous, comme la bonne russe que j'étais, je ne craignais pas le froid. En partie. Il faisait doux, mais on sentait que très vite la température allait tomber. C'était assez contrastant avec la chaleur du bar. D'ailleurs, ici, la musique était moins forte. Je posais ma tête contre le mur tout en fermant les yeux soulagée par ce calme. Doucement, j'amenais ma cigarette à ma bouche laissant une trace de rouge à lèvre noir.
Je ne fumais pas régulièrement, en fait je pourrais même dire que je ne me considérais pas comme fumeuse. C'était juste occasionnelle. Et puis, ça me servait d'excuse pour sortir prendre l'air. Sachant que seuls Connie et Eren fumaient.
La fraîcheur nocturne était apaisante, j'aurais pu rester ici tout le reste de ma vie si l'heure ne m'avait pas interpellée. 1H du matin... Je prenais à 8h et je me levais à 6h... Fallait que j'y aille.
En écrasant la fin de ma cigarette, je partis payer le barman qui me fit un clin d'œil avant de déclarer aux autres que je m'en allais. Eren parut déçu, Mikasa parut soulagée. Désolé beau brun, j'ai quand même participé un peu à la soirée. J'avais quand même trente minutes de marche. Je saluais chacun et Eren me prit dans ses bras. J'étais habitué à ça, lorsque le brun buvait beaucoup il était assez câlin.
J'étais peut-être plus proche de lui que je ne l'étais avec les autres, mais ça s'arrêtait là. Il m'avait accueilli immédiatement alors que je débarquais fraîchement nouvelle dans une nouvelle ville, et dans une nouvelle vie par la même occasion.
Je commençais le chemin du retour, ma tête cognant dans mon crâne. J'avais un peu abusé pour le coup, je tenais bien l'alcool mais bon, j'aurais dû faire gaffe. Je marchais à mon rythme dans le noir, les lumières s'étant éteintes. J'allumais une cigarette pour me réchauffer.
Je connaissais le chemin par cœur, il n'était pas difficile en fait. La plupart du temps, je restais sur le même chemin, c'est-à-dire toujours tout droit.
Le temps semblait si long, ou alors l'alcool faisait encore son effet, je ne savais plus. Les immeubles ressemblaient à des titans prêts à me dévorer et les étoiles étaient rares cette nuit.
Arrivée au carrefour, j'allais emprunter la petite ruelle digne d'un film d'horreur, vous savez cette scène de crime où la victime se fait violemment poignardée, si ce n'est pire. Cette ruelle, c'était exactement ça. Mais je n'avais pas peur, j'avais fait et vu bien pire. Et puis, j'avais deux armes sur moi. Toujours être prête à se défendre.
Puis d'un coup, un frisson me parcourut l'échine. Mon instinct de survie se réveilla immédiatement. Je savais que cette fois, je n'étais pas folle. L'alcool m'embrumait toujours l'esprit, mais cette fois-ci, je sentais réellement une présence. Et comme pour confirmer mes doutes, j'entendis un bruit de pas. Il y avait quelqu'un derrière moi. Lentement, tout en continuant ma route, je dirigeais ma main vers mon poignard, cadeau offert par mon oncle pour mes 15 ans au passage.
Je continuais ma marche mais au lieu de tourner tout droit, je pris le chemin de gauche avant de me coller au mur. Prête à bondir. Les secondes étaient longues, je craignais que l'on m'ait repéré, de toutes manières, je ne ferais pas de cadeau à cette personne.
Quand je sentis que la personne s'arrêtait au croisement, dans un geste rapide et violant je le plaquais contre le mur de manière à ce que personne ne nous voit.
Ruelle à meurtre, je vous l'ai dit, sauf qu'aujourd'hui, ce n'était pas moi qui allait mourir ici. Je plaquais tout mon corps sur la personne qui faisait à peu près ma taille, mon poids bloquant tous ses mouvements. Quatre ans étaient passés mais je garderais toujours mon attitude meurtrière.
Ma lame glissa le long de la gorge de la personne qui déglutissait de peur. Je la sentais trembler de tout son être, et sans être choquée, je trouvais ça franchement jouissif. C'est un sentiment qu'on ne peut pas comprendre si on ne l'a pas vécu. Sentir que tu tiens la vie de la personne entre tes mains et savoir qu'elle paniquait, ça ne te faisait pas te sentir plus fort, au contraire, mais plus vivant. C'était tout ce qui comptait.
—T'es qui toi ?
Puis, d'un geste, je stoppai mes mouvements. Mon corps se raidit immédiatement comprenant l'erreur que j'avais failli commettre. Je reconnaissais cette odeur, c'était l'odeur d'une personne en particulier, mêlée à celle de cigarette et d'alcool. Je lâchais la personne avec rage. Ce con avait failli mourir ! Le surnom de l'Idiot Suicidaire lui allait bien !
—Eren ! T'es con ou tu le fais exprès ! J'allais te buter !
Le jeune homme posa sa main contre son torse pour reprendre sa respiration saccadée par la peur.
—J'allais pas te laisser rentrer toute seule ! C'est toi qui est conne ! Se défendit-il en faisant les gros yeux.
Il était littéralement bourré, certes, je l'étais, mais moins que lui, j'avais encore les idées claires, et les effets descendaient. Mais lui, il tenait difficilement debout. Enfoiré d'Eren.
—Et puis pourquoi tu as une arme comme ça sur toi ?! Continua-t-il en calmant sa respiration.
—Pour éplucher les patates de Sacha, tu crois quoi ? Répondis-je en rigolant de soulagement.
Je fus prise d'un fou rire qui ne s'arrêtait pas et Eren me rejoignit. J'étais rassurée de voir que premièrement, j'avais toujours mes réflexes, et deuxièmement, que ce n'était ni un pervers psychopathe, ni un mafioso qui me suivait, et potentiellement aussi parce que j'étais encore un peu dans les vapes. Finalement, je rangeais mon poignard dans ma poche intérieure avant de prendre Eren par les épaules. Il en avait de ses idées lui.
—Aller viens idiot, tu vas dormir chez moi cette nuit, je te prêterais des affaires pour demain pendant que je laverais celle que tu portes...
Eren avait beau le cacher, il était content. C'était bien la première fois que je l'invitais chez moi. D'ailleurs, même pour nos soirées, je n'avais jamais proposé mon appartement. Question de sécurité. J'avais envie de lui arracher son sourire béas avec mon couteau, mais je me retenais. Je ne voulais pas qu'il lui arrive quelque chose.
Puis d'un coup, la réalité me frappa avec horreur. Je ramenais Eren chez moi. C'est vrai qu'il était celui dont j'étais le plus proche du groupe. Mais je me rendais compte avec horreur que je ne voulais pas qu'il lui arrive quoi que ce soit, comme s'il s'agissait d'un ami.
Un ami... Un frisson me parcourut la colonne vertébrale. Je n'étais pas vraiment adepte de ce concept.
—Tu sais Mika, je te considère comme Armin... T'es une super amie tu sais...
Je ne disais rien, mais quel idiot bourré. Il ne se rendait même pas compte que ses paroles me blessaient plus qu'autre chose. Même si cela me faisait plaisir au fond de moi, je ne pouvais m'empêcher de penser aux conséquences de cette amitié.
Ou peut-être étais-je l'idiote, après tout, c'était moi qui avait accepté de le laisser rentrer dans ma vie. J'étais l'entière responsabilité de tout ça. Ce n'était pas de la faute de Eren mais bien la mienne de m'être attaché à lui.
Enfin, je n'allais pas me blâmer dix mille ans pour une telle chose, c'était fait tant pi. J'allais devoir m'arranger pour que cet abruti reste en vie.
Le retour avait été bien plus long avec un grand type comme Eren avachi sur mon épaule. Il n'était pas lourd, mais il pesait quand même son poids. Pour vous donner une image, ce type avait changé du tout au tout. Il y a quatre ans en arrière, vous m'auriez dit que ce gars deviendrait baraqué je ne l'aurais pas cru. Tout simplement parce qu'il avait tellement une allure d'adolescent, avec ses cheveux en batailles et ses joues rondouillardes.
Sa métamorphose était ahurissante, autant avant il était mignon, aujourd'hui, il était beau. Et il le savait cet idiot. Combien de fois il en avait profité pour obtenir ce qu'il voulait. Ce n'était pas mon genre en soi, mais je comprenais que Mikasa soit aussi folle de lui.
Par contre, bourré, il était tout de suite mon magnifique et ça, ça fonctionnait pour n'importe qui.
C'est sur cette pensée que je me retrouvais devant mon immeuble, je pris soin de regarder autour de moi pour m'assurer que personne ne nous suivait, puis, je rentrais mon code avant d'entrer dans la bâtisse vieille comme le monde.
L'ascenseur étant en panne oh joie. Tout en sachant que je n'étais pas totalement sobre, je devais traîner le brun jusqu'au quatrième étage. Certes, il tenait encore debout, il arrivait à marcher. Mais il somnolait comme un enfant et ne regardait pas où il mettait les pieds. J'avais connu pire comme pote bourré, Marshall et Danny en étant fièrement la preuve. J'avais fait pire, mais autant vous dire que actuellement, je n'en menais pas large.
Finalement, je parvins quand même à arriver devant ma porte. Eren s'installait sur les marches d'escalier en relevant la tête en arrière. Il poussa un large soupir avant de s'exprimer d'un ton las.
—Putain, j'aurais pas dû autant boire... Je vais avoir la gueule de bois demain...
Il redescendait enfin, il était temps. Pour ma part, je redescendais sérieusement. Ma tête me tapait et mes mouvements étaient tout sauf habiles. La faible lumière du couloir m'aidait à trouver la serrure pendant que je répondais au brun.
—Je te le fais pas dire... J'hésite franchement à sécher... soupirais-je avec le même ton que lui.
D'un geste loin d'être souple, Eren me mit un léger coup de pied au tibia manquant de me faire tomber. Il se mit à rire avant de rajouter :
—Je croyais que les russes tenaient bien l'alcool... gloussa celui-ci dont je m'empressais de le rembarrer.
—La ferme abruti, je tiens déjà plus debout que t...
Soudain, alors que je m'apprêtais à rentrer la clé, je me rendis compte que ma serrure avait été forcé. Là, je n'étais pas folle. Je m'approchais lentement pour confirmer mes dires, mais oui. On voyait bien qu'elle était légèrement déformée. Pour quelqu'un qui n'avait pas grandi dans l'illégalité, elle semblait tout à fait parfaite, en revanche, pour avoir manier plusieurs serrures dans mon enfance, je voyais bien que celle-ci avait été forcé.
Mon cœur rata un battement. Un, je n'étais pas sobre, donc plus facile à abattre. Deux, j'avais un Eren complètement torché avec moi. Trois, quelqu'un était rentré chez moi. On m'avait retrouvé.
—Eren, mets ta capuche, lui ordonnais-je d'un ton froid qu'il ne comprit pas.
Cependant, il s'exécuta avant de se relever difficilement. Il manqua un hurlement quand il vit que je venais de sortir mon arme à feu, celle-ci offert par mon père à mes 16 ans. Oui, s'offrir des armes étaient une tradition de famille chez nous. J'insérais un chargeur plein à l'intérieur et enlevait le cran de sûreté. Le bruit avait été assourdissant, mais de toutes manières, nous avions déjà fait trop de bruits. Le voleur ou tueur savait déjà que nous étions ici.
Je lui intimais d'un regard de rester silencieux quand il hocha la tête pas le moins démonté du monde. Il semblait très bien comprendre que quelqu'un était dans mon appartement.
—Colle-moi et t'éloigne en aucun cas.
Dans les films bidons, le protagoniste aurait ordonné à son ami de rester dehors. Mauvaise idée, on ne se sépare jamais, surtout quand on ne sait pas où est l'ennemi. J'ouvris doucement ma porte tout en laissant la lumière éteinte. Eren me suivait de très près, je pouvais sentir qu'il retenait son souffle, il n'était pas rassuré, et il avait raison. Autant je ne risquais rien, autant je n'avais rien à perdre. Mais lui, il avait une vie, des amis, de la famille, du moins, je le pensais, il ne pouvait pas mourir comme ça.
Je m'arrêtais contre le mur lui intimant d'un geste de faire de même. Mon appartement n'était pas grand, le tour se ferait rapidement. J'attendis quelques minutes afin d'entendre le moindre mouvement mais rien. J'avançais donc d'un pas lent en observant mon salon : personne.
Mon regard se tournait lentement vers ma cuisine dont je m'approchais à pas de loup. Toujours personne. Je sentis la paume d'Eren se poser sur mon épaule me demandant de l'attendre.
Je fronçais les sourcils quand je vis qu'il prenait un couteau de cuisine, il m'épatera toujours. Son assurance face à la situation était déconcertante, à croire qu'il avait déjà vécu une telle situation.
Je ne m'y attardai pas plus et continuai ma route, plus que quelques pièces. Je me dirigeais lentement en poussant la porte des toilettes. Bien évidemment il n'y avait personne. Ce serait ridicule mais on ne savait jamais. La salle de bain juste à côté restait toujours ouverte. Je m'y dirigeais sans un bruit avant de menacer l'intérieur pendant qu'Eren restait bien sagement à mes côtés. La situation semblait l'avoir dessoûlé.
Plus que deux chambres. Si quelqu'un était ici, il était forcément dans une des pièces. Premièrement la chambre d'ami, rien. Je commençais sérieusement à me demander si je n'avais pas rêvé d'avoir vu ma serrure forcée. L'alcool y avait peut-être joué.
Eren me lança un regard incompréhensif. Il avait de plus en plus de mal à ne pas s'endormir, je le voyais bien. Malgré mon attente, je lui ordonnais du regard d'attendre dans la chambre d'ami. J'avais horreur de le laisser seul ici, mais c'était bien dans cette pièce qu'il serait le plus en sécurité.
Il s'appuya à même le sol en prenant sa tête dans ses bras, il avait sérieusement besoin de dormir.
Je verrouillais sa porte de chambre pour m'assurer que rien ne lui arriverait. Puis, me rendis dans ma pièce à moi. Je ne cachais pas ma colère, après tout, quelqu'un était venu chez moi violer ma vie privée.
Une fois devant la porte fermée, je l'ouvris doucement en me crispant. Mon cœur tapait contre ma poitrine. Je n'avais pas vécu de telles situations depuis que j'avais quitté Maria.
Un faible grincement montrant que le porte était entrouverte m'indiquait que je pouvais rentrer. Je patientais quelques secondes, puis finalement, j'y entrais prête à tirer sur n'importe qui.
Seulement, personne. Sans m'en rendre compte, je baissais ma garde de stupeur. Impossible. Quelqu'un était pourtant réellement entré.
Je m'obligeai à refaire le tour plusieurs fois de chaque pièce quand je dus me rendre à l'évidence. Il n'y avait personne outre le brun et moi dans mon appartement. Et puis, rien n'avait bougé de place même si je sentais intérieurement que si.
En allumant la lumière du salon, je poussais un soupir de rage. Je fis sortir Eren qui me regarda avec inquiétude. Je pris soin de lui apporter une bouteille d'eau avant de lui tendre avec un sourire fatigué.
—Va prendre ta douche, il y a personne... L'alcool et la fatigue ont dû me rendre folle...
Pourtant, Eren resta sur place à me fixer, ou plutôt à fixer ce que je tenais dans mes mains. L'arme ne les avait toujours pas quitté.
—Depuis quand tu as une arme comme ça Mika ? Tu es en danger ? Demanda-t-il sans cacher son inquiétude à mon égard.
—Mon père était flic Eren, t'en fais pas. C'est juste pour me défendre, mentis-je grossièrement.
Il ne parut pas pour autant me croire mais partit dans la salle de bain voyant que je n'avais pas envie de développer plus à ce sujet, surtout à une heure aussi tardive. Dire que mon père était policier m'aurait presque fait rire si la situation n'était pas aussi grave.
Lorsqu'il disparut de ma vision, je me dirigeais vers ma porte en analysant la serrure. Je n'avais pas eu d'hallucination, elle avait été forcé. Par un pro, qui plus est. Je le savais parce qu'il avait pu refermer la porte derrière lui avec le même stratagème. Je savais le faire, mais en général, on réussissait seulement à ouvrir une porte. La refermer relevait du professionnalisme.
Le sentiment que j'avais éprouvé cette dernière semaine s'avérait vrai. Quelqu'un me suivait, je n'étais donc pas folle.
Épuisée, je partis m'allonger sur le canapé. Je devais réfléchir à un plan. Partir ? Pour aller où ? Je n'avais pas envie de recommencer une nouvelle vie. Je l'avais déjà fait une fois, c'était bien suffisant.
Qu'aurait fait l'ancienne Mika ? Celle du gang ? Elle aurait cherché à coup sûr qui l'espionnait et l'aurait buté. Bien entendu après l'avoir torturé. Pouvais-je me résigner à reprendre cette vie ? J'avais fait une promesse. Je lui avais juré que j'essayerais d'avoir une vie normale, de m'éloigner des problèmes. Mais en fait, pouvais-je réellement avoir une vie normale ?
Certainement pas. C'était chose impossible lorsque vous aviez grandi et aviez été éduqué dans une mafia. Votre normal n'est pas le normal de la vie quotidienne. Pour preuve, j'avais tué, sous les ordres de mon père, plusieurs personnes. La première fois m'avait fait froid dans le dos. Je n'avais jamais réellement apprécié voler une vie, mais je n'avais pas le choix. Très vite, je tuais une personne comme s'il ne s'agissait que d'un misérable moustique. C'était bien pour cette raison que j'étais réputé sans cœur. Même si au fond de moi, je l'étais toujours. Je devais avouer que cette nouvelle vie m'avait rendu plus calme, douce, et surtout plus humaine.
C'est sur cette pensée que je m'endormis sans prendre le temps de me changer. La fatigue l'avait emporté, et avec elle, mes pensées noires.
