Chapitre 2 : Mémories de Within Temptation
Trois mois, cela faisait trois mois qu'il avait quitté Delaford, trois mois qu'il ne donnait pas de signe de vie. D'après Sir John, il allait bien, mais ne pouvait rentrer pour le moment ayant une affaire urgente à traiter à Londres. Le mariage de Marianne et de Willoughby devait avoir lieu dans une semaine, ils avaient tenu à faire cela le plus tôt possible. Souvent, Elinor se rendait jusqu'à Delaford, mais il n'y avait aucun signe de vie du Colonel, rien. Ses pas la menait alors jusqu'à l'endroit où ils se rencontraient souvent. De nouveau, il lui fallait mentir, se battre contre elle-même pour avoir le courage, la force de mentir de faire face aux questions, à la joie qui l'entourait comme un cercueil. Elle avait de plus en plus de mal à faire face et pourtant. Quand cette joie devenait trop lourde, elle s'isolait, préférant la solitude des bois à la compagnie joyeuse et bruyante de ses sœurs. Les souvenirs des ses trois jours passés à Delaford lui revenaient, les larmes ne coulaient plus, depuis longtemps. Quand il lui avait annoncé son départ avec comme prétexte une affaire urgent, elle avait compris que c'était surtout le mariage et la présence ou plutôt l'omniprésence de Willoughby qui le dérangeait. Il était parti. Une part d'elle-même était partie avec lui.
In this world you tried
Dans ce monde tu as
essayé
Not leaving me alone behind
De ne pas me laisser
seule derrière
There's no other way
Il n'y a pas d'autre
façon
I prayed to the gods :let
him stay
J'ai prié les dieux
de le laisser rester
The memories ease the pain
inside
Les souvenirs calment
la douleur à l'intérieur de nous
Now I know why
Maintenant je sais pourquoi
Elle sentait sa présence auprès d'elle en serrant dans ses mains le mouchoir qu'il lui avait donné, tel un talisman. Elle le sentait comme lorsqu'il l'avait consolée en la prenant dans ses bras. Tous lui rappelaient qu'il avait réellement existé. Et pourtant… Pourtant, elle doutait parfois d'elle-même comme si… Des années semblaient s'être écoulées depuis son départ. Et Mrs. Jennings qui ne pouvaient s'empêcher de parler du passé. Elle ne voulait pas l'oublier, mais penser à lui était douloureux. Elle était en lutte constante avec ce dilemme… Mais quand les souvenirs étaient trop forts, elle les laissait l'envahir.
All of my memories
Tous mes
souvenirs
Keep you near
Te gardent près de
moi
In silent moments
Dans les instants
silencieux
Imagine you here
J'imagine que tu es
là
All of my memories
Tous mes
souvenirs
Keep you near
Te gardent près de
moi
The silent whispers
Les murmures
silencieux
The silent tears
Tes larmes silencieuses
***
Il parcourait la rue agitée d'un pas rapide, s'attirant les regards des promeneurs en cette fin d'après-midi. Il rentra dans son hôtel, s'installa devant la cheminée et laissa ses pensées dériver. Elles revenaient sans cesse vers elle. La femme qu'il aime. Il a croisé au hasard d'une rencontre le frère d'Elinor, John Dashwood et pourtant, cela ne lui procure aucune joie. Ce dernier lui a annoncé le mariage de sa sœur, il a d'abord cru qu'il s'agissait d'Elinor, mais au fil de la conversation, il a compris qu'il s'agissait de Marianne. Marianne qu'il a aimée et qui l'a fait souffrir. Ses pensées repartirent vers le Devonshire. Il était parti pour oublier Marianne et son mariage, mais ce n'était pas à elle qu'il pensait. Non, ses pensées étaient toutes dirigées vers une seule personne. Une personne qu'il aime. Il songea aux trois jours passés avec elle à Delaford, ensemble, ils avaient commencé à panser leurs blessures. Puis, il était parti…
Made me promise I'd try
Tu
m'as fait promettre que j'essaierais
To
find my way back in this life
De retrouver mon
chemin dans cette vie
I hope there is a way
J'espère qu'il y a
un moyen
To give me a sign you're okay
Qui puisse te
permettre de me faire signe si tu vas bien
Reminds
me again
Rappelle-moi de
nouveau
It's worth it all
Ca
vaut tout ceci
So
I can go on
Alors je pourrais continuer ma vie
All of my memories
Tous mes
souvenirs
Keep you near
Te gardent près de
moi
In silent moments
Dans les instants
silencieux
Imagine you here
J'imagine que tu es
là
All of my memories
Tous mes
souvenirs
Keep you near
Te gardent près de
moi
The silent whispers
Les murmures
silencieux
The silent tears
Tes larmes silencieuses
***
_ Elinor ! Elle releva la tête de son ouvrage pour voir Margaret arrivée surexcitée. Edward, il arrive ! Tu entends, il arrive !
Elinor se leva d'un bond et serra le mouchoir que le Colonel lui avait donné, elle ne s'en séparait jamais. Il entra suivit de sa femme dans le séjour où Elinor, sa mère et Margaret se tenait.
_ Bonjour, Edward ! le salua Margaret, vous nous aviez promis de venir ! Elinor ne croyait pas que vous puissiez venir.
Edward se retourna vers elle. Mais, elle ne répondit pas et soutint son regard.
_ Asseyez-vous donc, le thé arrive, fit Mrs. Dashwood.
Quelques minutes, plus tard, la conversation dériva sur le mariage de Marianne et de Willoughby, son propre mariage.
_ J'ai rencontré un ami à vous, il me semble. Fit soudain Edward. Le Colonel Brandon, Fanny et John l'avait invité à venir prendre le thé. Un homme sensé et bien élevé.
_ Un peu comme vous. Ajouta Margaret.
_ Nous avons parlé du mariage de Marianne. Il s'inquiétait d'Elinor, il m'a dit que vous n'étiez pas très bien.
_ Je vais bien, le rassura-t-elle. Vous a-t-il dit quand il comptait revenir sur ses terres ?
_ Non, il a évoqué une affaire longue. Il ne pense pas être là pour le mariage de Marianne, il le regrette fortement.
Ils semblaient si heureux. Depuis le temps qu'elle attendait de ses nouvelles. Elle marcha un peu et se retourna d'un bloc quand elle entendit Edward l'appelait.
_ Elinor, je crois que je vous dois des excuses…
Elle le regarda interloquée. Des excuses mais pourquoi ? Il lui semblait s'être écoulé des années depuis sa dernière lettre. L'objet de ses préoccupations n'était plus lui.
_ Je… J'aurais dû venir plus tôt. J'en ai conscience, mais… Mon mariage avec Lucy a tout changé, et, je sais à quel point nous étions proches, j'avais peur de vous faire du mal en venant ici trop tôt… Et je crois que je ne me suis pas trompée. Vous semblez bouleversée.
_ Votre mariage n'en est pas la raison. Souffla-t-elle. Je m'excuse si je ne parviens pas à éprouver la joie que peuvent ressentir mes sœurs et ma mère. Je suis préoccupée, mais je vous en prie, que ce la ne gâche pas le plaisir que vous avez à être avec nous… Je vous considère comme mon frère. Agissons comme tel.
_ Elinor…
_ Non, votre bonheur fait plaisir à voir. Je tâcherais d'être joyeuse.
***
_ Colonel Brandon, un pli pour vous.
Christopher le prit et lut :
« Barton, le… »
« Mon cher Brandon »
« La vie ici s'écoule tranquillement. Miss Marianne prépare son mariage avec toute l'excitation d'une futur jeune mariée. Charlotte et son mari sont arrivés hier pour le mariage. Elle me demande sans cesse de vos nouvelles. Nos petites voisines ont reçu la visite d'un ami à elle, un charmant jeune homme, le mystérieux Mr. F, invité au mariage. J'ai hélas et avec tristesse constaté que Miss Dashwood ne retrouvait pas sa joie de vivre de le savoir ici à Barton. J'ai annoncé à Miss Marianne votre refus à son invitation et je l'ai priée de vous comprendre. Cependant, avec toute l'amitié que je vous porte, Brandon, je crois qu'une autre dame Dashwood vous attend. Je ne peux pas vous forcer à revenir à Barton ou à Delaford mais, je pense qu'il n'est pas bon…
« Dans le plaisir de vous revoir,
« Sir John. »
Son ami avait raison, mais comment lui avouer que son chagrin dû au mariage de Marianne le faisait encore souffrir et que comment lui avouer qu'il aimait une autre femme mais qui en aimait un autre ? C'était trop dur, beaucoup trop. Sa souffrance était trop dure pour lui. Penser à elles le faisait souffrir et les oublier lui était impossible. Que faire ? Rien hélas, le temps seul pourrait le guérir. Une voix au fond de lui-même lui disait que seul, il n'y arriverait pas. Qui pourrait l'aider. Elle bien sûr. Mais retourner là-bas ? Non ! Hors de question. Il ne le pouvait pas. La nuit il ne dormait pas et le jour… Le jour, il survivait, il allait et venait dans Londres, donnant le change aux personnes qu'il connaissait, mais le cœur n'y était pas. N'y était plus. Comment pouvait-il vivre loin d'elle. Il l'aimait, il en était sûr mais elle ? Il ne voulait pas subir encore une fois la souffrance. La déception d'un amour à sens unique.
***
Elinor sortit dans la chaleur étouffante de cette fin d'été. Le repas avait pris fin depuis longtemps. Elle s'assit un instant sur les marches de Barton Park. Charlotte Palmer et sa mère ne cessait de refaire le mariage de Marianne et Sir John, parlait avec Mr. Palmer de l'absence prolongée et inexplicable du colonel. Non, tout cela était trop pour elle. Beaucoup trop. Elle décida de rentrer à pied, sa mère ne s'en inquiéterait pas, elle savait que sa fille avait pris l'habitude de marcher le soir. Elle avançait doucement, tranquillement en laissant les souvenirs affluaient vers elle. Tous les souvenirs où il souriait. Ceux où ils étaient ensemble, les confidences dans la clairière, au coin du feu quand elle était à Delaford. Elle se souvenait. Elle revoyait ses cheveux blonds dans le vent quand il chevauchait, ses yeux bleus si tristes et pleins d'amour quand il regardait Marianne. Sa voix grave. Tout, lui rappelait, le Colonel Brandon. Tout, cet arbre, ce chemin menant à Delaford, ce parc où ils avaient fait tant de déjeuner champêtre. Tout ; C'était comme relire un livre qu'on a déjà lu et revu.
Together in all these memories
Ensemble dans tous
ces souvenirs
I see your smile
Je vois ton sourire
***
Il la voyait avancer sur le chemin tranquillement et tristement, la tête penchée en avant. Perdue dans ses pensées. Il sentit avec force la souffrance qu'elle endurait parce qu'il ressentait la même. Il s'approcha.
_ Miss Dashwood.
Elle sursauta.
_ Colonel… Je croyais que….
_ Je suis revenu… Permettez-moi de vous raccompagner, il n'est pas bon de rester seule sur le chemin en ces soirs.
_ Si vous voulez.
Christopher lui prit le bras et ils avancèrent en silence. Il sentait de nouveau l'effluve de son parfum, elle tremblait, pas de froid mais il ne savait de quoi. Les souvenirs affluaient, comme des mouches autour d'un pot de miel.
_ Je… Il ne savait que dire.
_ Colonel, vos affaires se portent-elles bien ?
_ Oui, merci. Il sembla désarçonné. Elle parlait comme s'ils s'étaient quittés la veille et non trois mois auparavant. Et vous ? Sir John vous disait souffrante. J'ai appris la venue de Mrs. Ferrars, mais je crois que cela ne vous a pas fait du bien.
_ Edward est heureux avec la femme qu'il aime, Marianne est heureuse avec l'homme qu'elle aime et moi, je…
_ N'avez-vous personne ? Je m'étonne que Mrs. Jennings ne vous ai toujours pas trouvé un jeune homme.
_ Non.
Elle semblait au bord des larmes, ils étaient arrivés au cottage. Elle lui tint la main.
_ Restez. Dit-elle.
_ Je ne peux pas Elinor.
_ Colonel…
_ Je dois partir et regagner Delaford.
_ Restez-vous longtemps par ici ?
_ Je ne sais pas…
Il devait résister, elle pleurait maintenant ouvertement. Christopher la prit dans ses bras et la consola comme on réconforte un enfant. Puis, il partit… Le cœur gros de chagrin, au bord des larmes. Elle ne pouvait pas l'aimer. Non. Quand il fut assez loin, il se retourna et vit la lumière dans sa chambre.
All the memories I hold dearT
Tous
les souvenirs que je garde précieusement
You
know I will love you till the end of time
Tu sais que je t'aimerai jusqu'à la fin des temps
Oh, Elinor, mon départ vaut mieux pour vous, vous trouverez l'homme de votre vie. Cet homme ne sera pas moi. Nous nous sommes soutenus mutuellement quand le Destin nous a frappés, vous avez cru m'aimer…
***
Le lendemain, Elinor, se leva tôt comme à son habitude, elle alla directement à la clairière qu'elle découvrit vide. Elle prolongea jusqu'à Delaford, mais il n'y avait aucun singe de vie. Rien. Les domestique vaquait à leur occupation. Rien… Elle s'assit sur le sol et pleura. Elle qui croyait ne plus avoir de larmes à verser, elle pleura. Ce n'était qu'un rêve, il n'avait jamais été là. Il n'était jamais revenu. Pourtant, tout en elle lui criait qu'hier soir, il l'avait réconforté. Tout et pourtant… Il n'y avait aucune trace de lui. Elle allait devoir mentir, tromper son monde. Oh Colonel, songea-t-elle. Je ne peux pas… Je ne peux plus. Je n'ai plus la force de me battre contre la vie… Le destin m'a fait aimé deux hommes et aucun d'eux n'a voulu de moi… Elle retourna à la maison et se concentra à ses tâches sous le regard inquiet de sa mère. Elle allait tel un fantôme. La vie n'avait plus de sens pour elle. Plus de sens. Il ne lui restait que des souvenirs, rien d'autres.
***
_ Elinor, tu es sûre que çà va ? Elinor leva la tête, son regard triste, mais le visage impassible. Sa mère se tenait sur le pas de la porte de sa chambre. C'est le mariage de Marianne et son départ qui te chagrinent ?
Comment lui avouer qu'elle ne supportait plus la vue d'un couple, que le bonheur lui donnait la nausée ? Qu'elle voulait vivre sur une île déserte ? Qu'elle n'avait plus la force de bouger ? De se battre contre le destin ? Elle saisit la balle au bond. Mentir encore une fois.
_ Je vais bien Maman. Marianne me manque un peu c'est tout.
_ Tu es sûre ? Je pensais que c'était Edward, mais tu n'as pas changé quand il est venu. Alors ?
_ Rien, maman, je vais bien. Pardonne-moi de t'avoir inquiétée.
Elinor fit mine de se replonger dans son livre et sa mère n'insista pas.
Mentir, encore une fois, une fois de plus… sauver les apparences. Elle devait sauver les apparences. Elle allait devoir faire attention pour éviter les questions. Combien de temps pourrait-elle tenir ? Le mariage de Marianne ne l'avait affectée que très peu car elle savait sa sœur heureuse. Il faudrait pourtant un jour qu'elle en parle. Elle ne pouvait pas toujours cachée aux autres sa souffrance. Tôt ou tard, elle exploserait…
***
_ Mon cher Brandon, depuis quand êtes-vous à Delaford ?
_ Je suis arrivé hier en fin d'après midi. J'aurais dû passer vous voir, mais, j'avais beaucoup de choses à faire.
_ Ce n'est rien. Passerez-vous voir les Dashwood ?
_ Je ne pense pas Sir John, ma présence même de courte durée ne peut rien apporter.
_ Brandon, je suis votre ami. Commença Sir John, Parlez-moi. Votre inclination a changé, je le sais. Ce n'est plus Miss Marianne, mais sa sœur, Miss Dashwood. Ne faites pas l'innocent, vous ne serez pas parti sinon.
_ Je suis parti parce que j'avais une affaire à mener. Ma présence au mariage n'aurait fait que renforcer l'ego de Willoughby de voir qu'il a la femme que j'aimais.
_ Cependant, vous vous êtes considérablement rapproché de Miss Dashwood, j'ai vu vos regards avant votre départ. J'étais là quand vous nous avez annoncé votre départ pour Londres, j'ai vu votre tristesse et la sienne. Je l'ai vue s'enfoncer dans le mutisme.
_ Sir John, je…
Comment avait-il pu percer à jour ses secrets ?
_ Je vous connais Brandon, j'ai beau faire le plaisantin pour amuser la galerie, je vois et j'entends. J'ai vu la peine que vous avez créée à cette demoiselle. Elle s'accroche à chaque lettre de vous que je reçois. Vous devez lui parler. Parlez-moi, je pourrais vous aider.
Pouvait-il avoir confiance en lui ? il était son plus vieil ami, mais pourtant… Pourtant. Sir John avait un regard grave et sérieux.
_ Promettez-moi que vous n'irez pas raconter à Mrs. Jennings ou à Miss Dashwood, ce que je vais vous dire.
_ Promis.
_ Elle ne m'aime pas. Trancha Christopher. Elle me confond avec une image. Elle ne peux pas m'aimer. Nous nous sommes soutenus quand… L'un avec l'autre nous n'avions pas à mentir, à faire semblant d'être heureux alors que nous ne l'étions pas. Elle comme moi, nous nous forcions à aller aux réunions, pour ne pas attirer votre attention, pour éviter les questions, les remarques. Quand j'ai vu les choses évoluée, j'ai pris peur. Je suis parti, je voulais qu'elle m'oublie, qu'elle trouve un autre homme. Elle ne pouvait pas m'aimer.
_ Et pourtant, mon cher, je vous prie de croire que de ce que je peux voir… Brandon, je vous laisse maître de votre vie, mais, parlez lui. L'avez-vous vu ?
_ Non. Mentit-il.
_ Allez la voir, mais si vous y allez ne repartait plus, elle ne le supportera pas…
Elle l'aimait. Mais… Non. Il devait partir ; Pourtant s'il partait… Elle ne le supporterait pas lui avait Sir John. Elinor était forte, elle arrivera à se sortir de cette souffrance. Pas sans toi, lui dit une petite voix. Tout comme lui. Il ne pouvait pas. Il l'avait vue hier, elle était si fragile, elle lui avait paru si triste, si mélancolique, plongée dans ses souvenirs. Il s'assit dans un fauteuil et regarda la cheminée vide. Il se souvint de moments qu'il avait passé avec elle. Il aimait la voir rire. Leur discussion. Il était la seule à qui il aie confié ses sentiments pour Marianne, la seule à qui il pouvait dire la vérité. La vérité. Et il lui avait mentis la veille. En lui mentant, il se mentait. Mais qu'y pouvait-il ? DE nouveau, ses souvenirs l'assaillirent. Il fixa sans la voir la cheminée éteinte, il ne voyait que son visage. Ses yeux bruns, ses cheveux blonds,
All of my memories
Tous mes
souvenirs
Keep you near
Te gardent près de
moi
In silent moments
Dans les instants
silencieux
Imagine you here
J'imagine que tu es
là
***
Elinor regardait le monde s'égayer à ses pieds, elle était montée dans sa chambre quand Marianne et Willoughby était arrivés, ils rentraient à peine de leur lune de miel. Marianne rayonnait de bonheur. Willoughby aussi. Ce trop-plein de bonheur l'étouffait. La boule dans sa poitrine grossissait. Elle ne cessait de se demander si elle avait rêvé sa venue. Elle aurait préféré ne jamais le rencontrer ! songea-t-elle avec dépit. Elle jeta son mouchoir et descendit, elle étreignit sa sœur et salua son beau-frère. Marianne tout à son bonheur racontait sa lune de miel, les merveilleux moments passés. Tout. Elle ne voyait pas la souffrance dans les yeux de sa sœur, le visage pâle. Non, elle ne voyait rien. Rien que son époux et son bonheur. Rien d'autres.
_ Mais, je n'ai pas eu la joie de voir le Colonel Brandon, fit Marianne, Lui est-il arrivé quelque chose ?
Mrs. Dashwood regarda un instant son aînée qui semblait plongée dans la contemplation de sa tasse de thé.
_ Depuis son départ, il ne donne que peu de nouvelles à Sir John, qui nous les transmets, il va bien, rassure-toi, il est à Londres pour affaire. Il ne sait pas quand il rentrera. C'est dommage. Sir John tente de le faire revenir mais sans succès pour le moment.
La conversation dériva sur un autre sujet, la fille de Mrs. Jennings, Charlotte venait d'accoucher de son deuxième enfant, une petite Rose. Elinor n'écouta que distraitement. Elle regardait par la fenêtre, aucun mouvement sur la route, elle crut entendre un cheval, mais ce n'était que Thomas qui rentrait du marché d'Exeter. Sa vie lui semblait insipide comme un thé sans sucre. Finalement, John et Marianne regagnèrent leur demeure. Elinor mangea et se coucha. Elle ne dit rien, ne prononça pas une parole. Concentrée pour ne pas laisser voir sa souffrance, sa colère, sa tristesse, son amour non partagé. Une question lancinante revenait en tête : Combien de temps pourrait-elle tenir ? Elle ferma les yeux sur son mal-être, et il vint, le Colonel Brandon revint, elle revit le trajet qu'il avait fait hier soir. Oh, pourquoi ! Mon Dieu… Elle revit encore et encore son visage triste, ses yeux mélancoliques.
All of my memories
Tous mes
souvenirs
Keep you near
Te gardent près de
moi
The silent whispers
Les murmures
silencieux
The silent tears
Tes larmes silencieuses
***
Après une mauvaise nuit, une de plus, il se leva, prit son petit déjeuner et monta à cheval, il avait besoin d'aller se recueillir dans le lieu qui lui avait laissé entrevoir le bonheur, qui l'avait fait rêvé. Une dernière fois avant de partir pour toujours, il avait laissé des dispositions à son maître d'hôtel pour qu'il s'occupât du domaine, tout en lui expédiant régulièrement les problèmes. Il reviendrait sur ses terres mais pas plus d'une semaine ou deux par ans pour expédier les affaires courantes. Plus loin il serait d'elle, mieux cela vaudrait. Il s'assit sur l'arbre et laissa ses pensées dérivées. Cette clairière lui semblait si vide sans la présence d'Elinor. Oh Elinor…; Si vous saviez l'amour que je vous porte… Vous ne pouvez m'aimer, je le sais, votre cœur est pris par cet homme. Oh, Elinor, c'est avec tristesse que je dois partir… J'apprendrais à vivre sans vous.
All of my memories
Tous mes
souvenirs
Keep you near
Te gardent près de
moi
In silent moments
Dans les instants
silencieux
Imagine you here
J'imagine que tu es
là
***
