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Huit heures vingt-trois. Itachi ouvrit les yeux. Comme chaque matin, il se mit sur le dos, contempla le plafond en pensant à son jeune frère avant de se lever. Il se gratta la tête, rattacha convenablement ses cheveux et bailla. Il tourna ensuite le regard vers le lit en face du sien, et contrairement aux mois précédents, il n'y trouva ni le grand corps de Kisame, ni le vide. Ryû dormait profondément. Il la regarda sans émotion avant de prendre la direction de la salle de bain.
Il se déshabilla, déposa soigneusement ses vêtements dans la corbeille à linge sale et entra dans la douche. Il n'alluma que le jet d'eau froide, car ça le réveillait et il avait entendu dire que ça rallongeait l'espérance de vie. Même si ça ne changerait rien pour lui, vu qu'il devait bientôt se faire tuer par Sasuke. Non, le plus jeune des Uchiha ne donnait aucun signe de vie. Ca faisait pourtant trois ou quatre ans depuis leur dernière entrevue. Peut-être voulait-il se perfectionner pour être sûr de réussir à éliminer son aîné. Ou peut-être le siège de l'Akatsuki était trop bien caché pour qu'il le trouve ?
Itachi avait des frissons qui lui traversaient tout le corps à cause du contact glacé de l'eau sur sa peau. Il releva la tête pour apprécier un peu plus cette sensation sur son visage. Il éteint le jet et sortit de la douche en soufflant légèrement, puis vit que l'air de la pièce était tellement froid que son souffle provoca un petit nuage de fumée.
Il retourna dans sa chambre pour lire, n'ayant rien d'autre à faire en l'absence du chef de l'Akatsuki et de missions. Il n'avait pas l'habitude de passer autant de temps enfermé dans le repère, ce qui avait été le cas ces dernières semaines.
Se rendant compte qu'il n'arrêtait pas de relire la même phrase depuis quelques minutes, puisque son esprit était accaparé par son frère, Itachi déposa le livre sur son lit et quitta la pièce. Il se rendit à la salle de réunion dans le but d'étudier d'autres documents. Là, il trouva Kakuzu. Celui-ci semblait faire des comptes, et lorsqu'il vit l'Uchiha entrer dans la pièce, il lui dit :
- Ta gamine a fait du bruit toute la nuit.
Itachi préféra ne pas répondre. Il avait aussi entendue Ryû cette nuit. Elle marmonnait des mots sans liens ou suppliait pour elle-même. C'est à ce moment-là qu'il avait tout compris. Toujours en ignorant Kakuzu, il se dirigea vers l'une des bibliothèques, en sortit un parchemin de jutsu - qu'il connaissait déjà par coeur - et commença à le lire.
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Ryû se dirigea vers la salle de bain. Elle commençait à se sentir mal, comme d'habitude. Elle se plaça devant le miroir, et regarda son reflet. Elle était aussi pâle qu'un fantôme, ce qui faisait encore plus ressortir ses yeux. Mais elle se fit froid dans le dos lorsqu'elle s'aperçut. Puis ça recommença :
- Arrêtez... arrêtez, je vous en prie, supplia-t-elle alors qu'elle était seule.
Elle portait les mains à sa tête mais rien n'y fit. Elle se débattait encore, mentalement, pour arrêter le bruit, les voix, les rires. Mais ça ne fonctionnait pas. Elle réussi à capter dans son regard la lueur d'innocence qu'elle balaya malgré elle de son air arrogant et hautain. Cependant, elle n'avait pas dit son dernier mot, et continuait d'essayer :
- Je veux juste être tranquille... s'il vous plaît...
Et lorsque des larmes se formèrent à ses yeux, elle s'arrêta net. Elle était tellement blanche qu'elle en devenait transparente. Elle laissa ses bras retomber dans le vide, toujours en contemplant son reflet, puis se mit à rire. Un rire fou. Peut-être trop pour lui appartenir.
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Itachi était désormais debout, dans sa chambre. L'idée d'être enfermé ne lui plaisait vraiment pas. Il nettoyait avec beaucoup de lenteur ses kunaïs, pour qu'ils soient opérationnels à tout moment. Puis il fut pris d'une quinte de toux fulgurante. Il se pencha, une main devant la bouche et l'autre sur le coeur, sans cesser de tousser, jusqu'à ce que du sang remplisse le creux de sa main.
Enfin, il s'apaisa un peu, alla dans la salle de bain pour se laver les mains et le visage, se regarda dans le miroir, pensant se trouver une mauvaise mine, mais pourtant son teint n'était pas plus pâle qu'à l'habitude. Etaient-ce les effets du deuxième stade de son mal ? Il respira profondément, et retourna dans sa chambre et reprit sa besogne, comme si de rien n'était, même s'il savait que Kakuzu l'avait certainement entendu et avait tendu l'oreille, puisque c'était lui qui lui avait diagnostiqué cette maladie et en surveillait l'évolution.
Le jeune homme entendit la porte s'ouvrir, et constata que c'était bien Ryû qui entra. Il se demanda vaguement quand il aurait affaire aux autres, mais balaya vite cette pensée de son esprit. Il savait au fond de lui qu'ils ne les apprécierait pas.
- Vous avez l'air mal, dit-elle.
- Toi aussi.
Elle ricana en se rappelant qu'en effet elle avait une mine à faire peur.
Se calmant un peu, elle réfléchit : pouvait-elle poser des questions à Itachi ? Non, trop tôt. Il ne lui répondrait sûrement pas. C'était tout de même un peu frustrant, d'avoir à côté de soi une personne et de n'avoir rien à lui dire. Le pire, c'est que ça ne semblait pas le déranger. Ou peut-être si, vu la façon dont il la fixait.
Elle tenta de faire comme si elle n'avait rien vu, mais c'était impossible. Alors elle tenta de soutenir son regard. Pour une fois, ses pupilles étaient noires, il était donc moins sur ses gardes. Elle eut un rire nerveux, et se dirigea vers leur armoire toujours en observant son vis-à-vis au visage impassible. Mais avant qu'elle n'ait pu atteindre le meuble de métal, ses pieds, auxquels elles ne faisaient pas attention, s'emmêlèrent, l'entraînant dans une chute ridicule, qui lui fit se cogner la tête contre l'une des portes.
Elle poussa un petit cri, se releva, jeta un regard à Itachi toujours inexpressif, et quitta la pièce, rouge de honte... pour rerentrer deux minutes plus tard, les joues encore un peu rouges mais en tentant de garder un peu de dignité.
- Pourquoi vous...
- Tu ressemble à une Uchiha.
Ryû ressemblait à une Uchiha, c'est vrai. Itachi se rappelait des femmes de son clan (avant le massacre) et trouvait que Ryû avait quelque chose de pareil à ces femmes. Quoi qu'elle avait un air un peu moins hautain et des traits moins durs. Mais sinon, la paleur de sa peau, la noirceur de ses cheveux, la finesse de ses traits...
Elle bégaya un peu en recevant cette remarque de plein fouet, et ne savait pas comment elle devait le prendre. Elle avait, comme tout le monde, entendu dire qu'Itachi avait massacré tout son clan, sauf son petit frère. Mais elle ne savait pas pourquoi. Alors elle s'imagina des raisons : peut-être lui avaient-ils fait du mal ?
Elle connaissait assez bien la rancoeur que fait naître un clan qui malmène ses enfants.
Ou peut-être avaient-ils des visages agaçants, ce qui signifiait donc que la remarque d'Itachi était... dangereuse. Elle plongea son regard dans le sien, pour y chercher une réponse, mais ne trouva qu'un gouffre. Noir.
- Eh bien, euh... Merci. Je crois.
- Ce n'est pas un compliment. Juste une remarque.
- Oh. Je vois.
Il la mettait vraiment mal à l'aise. Et elle savait très bien ce que signifiait mal à l'aise, dans son cas. Problèmes. Et maintenant qu'elle pensait à ses problèmes, elle se demandait si elle devait prévenir. Ou le laisser voir par lui-même.
- Je crois qu'il faut que je vous dise quelque chose...
Elle se racla la gorge. Il fallait qu'elle lui dise la vérité, ou l'autre s'en chargerait.
- Je ne sais pas si vous avez remarqué mais... Enfin... J'ai un petit problème.
- Je sais, oui.
- Ok.
Elle se dandina un peu, sautillant d'un pied sur l'autre.
- A propos de mon prénom. Moi je suis -
Elle s'interrompit, dégaina son épée et trancha l'objet non-identifié derrière elle. L'objet en question explosa, la projetant en arrière. Quelques secondes après, la voix de Tobi se faisait entendre. Il arriva, visiblement effrayé suivit par Deidara, qui lui, pestait et envoyait des statuettes d'argile.
- Ryû-chan ! Deidara-senpai veut tuer Tobi !
L'Uchiha et la Fukami observèrent Deidara de plus près. Il avait le visage couvert de suie, les cheveux quelque peu dérangés, et surtout, surtout, son expression se rapprochait de celle d'un chien enragé. Il pointa Tobi du doigt :
- Espèce d'enfoiré, tu vas me le payer, hm !
- Tobi n'a pas fait exprès !
Itachi se leva du lit, les yeux rouges, ce qui fit fuir Tobi, entraînant avec lui son poursuivant. Malgré la pièce vidée des deux intrus, l'Uchiha ne se rassit pas.
La personne devant lui était peut-être un ennemi.
Ce qui avait l'apparence de Ryû rangea son sabre dans son fourreau, replaça convenablement son manteau et le dévisagea. Lorsque leur regard se croisèrent, Itachi reconnut cependant l'air particulier de la jeune femme, et se détendit, sans pour autant baisser sa garde. Elle hocha la tête pour annoncer que tout allait bien.
- Je suis désolée, dit-elle simplement.
Elle se trouva misérable de s'excuser. Comme d'habitude. Elle ne savait rien faire d'autre.
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Un rêve. Ou une vision.
Ryû se tenait debout dans un immense endroit vide. La lune brillait dans ce qui aurait dû interpréter le rôle du ciel. Elle brillait mais ne l'éclairait qu'elle. Rien d'autre autour n'était visible.
Ryû tourna sur elle-même, dans le but de trouver quelque chose ou quelqu'un. Elle marcha alors, sur le sol plus noir encore que ses cheveux. Peut-être deux heures, peut-être une seconde, peut-être même mille ans. Le temps ne semblait pas exister dans cet étrange monde.
Enfin, un cri strident se fit entendre. Elle se retourna vivement pour en trouver la source. Et elle se retrouva face à une version d'elle, quinze ans plus tôt. C'est d'ailleurs à ce moment qu'elle se rendit compte qu'elle rêvait.
Son " elle " du passé était elle aussi éclairée par un rayon de lune. Elle portait un T-shirt trop long pour elle, et pleurait à plein poumon, la tête relevée et les larmes coulant jusque dans son cou.
La " grande " Ryû se doutait vaguement de la raisons de ses larmes. Elle avait trouvé un moyens radical de les oublier, mais la solution n'avait qu'à demi-fonctionné. Elle tenta de poser sa main sur la tête de la petite, mais passa au travers.
Evidemment. Ca aurait été trop simple sinon. Elle était là, debout avec une version passé d'elle-même et ne pouvait la toucher, la rassurer, et lui dire que dans le futur, la douleur aurait disparut. Ou du moins, elle se serait enfouie.
La petite Ryû disparut soudainement, et la plus âgée entendit des bruits lui parvenir. Ils semblaient venir de loin, mais se rapprocher. Elle reconnut ensuite des rires et des voix connues, sans pour autant comprendre à qui elles appartenaient. Mais déjà, le décor se dissipait, elle sentait l'odeur des bougies dans sa chambre, la couverture sur son épaule.
Elle reprenait conscience.
Elle se releva donc en sursaut, en sueurs et haletante. Itachi était sur le lit en face du sien, et la regardait. La seule source de lumière était une bougie sur sa table de chevet, qui éclairait à moitié son visage. Etait-il en colère ? Impossible à savoir, vu qu'il arborait son éternelle mine impassible.
- Vous êtes réveillé depuis longtemps ?
- Assez pour savoir que tu fais des cauchemards.
- Vous me voyez ?
Elle se gifla ensuite mentalement. Bien sûr qu'il la voyait ! Il détenait les Sharingans. Au moment où elle eut cette pensée, il les désactiva, puis sembla se décontracter un peu. Elle le vit se pencher jusqu'à ce que l'arrière de sa tête touche le mur, et il souffla légèrement en fermant les yeux.
Elle le regarda plus précisément. Il était assis, en boxer, un genou relevé et le bras posé dessus. Ses longues mèches brunes, libérées par l'élastique qu'il tenait à la main, reposaient sur ses épaules et encadraient son visage, d'une manière qu'elle trouva délicieuse.
Se sentant observé, il rouvrit brusquement les yeux, qui, à la grande surprise de Ryû, avaient gardé leur couleur noire. Il lui dit alors :
- Tu devrais dormir.
- Je n'ai plus envie. Et pourquoi vous ne dormez pas ?
Il ne répondit pas, ce qui agaça la jeune brune. La méprisait-il ?
- Ca vous arrive de faire des cauchemards ?
Il hocha imperceptiblement la tête. Pour une personne qui a assassiné son clan, cela semblait normal qu'il fasse des cauchemards. Elle se mordit la lèvre. Là, tout de suite, elle avait vraiment besoin de parler. Elle se doutait bien qu'Itachi ne s'intéressait pas à ce qu'elle avait à dire à propos d'elle. Presque malgré elle, ses lèvres bougèrent :
- Moi aussi. Des rêves du passé en général. Je ne vois jamais le visage des gens tués par ma main, les autres s'en occupent, mais je vois les mains de ceux qui m'ont fait du mal, quand j'étais plus petite. Ils ne sont actuellement plus en état de nuire physiquement, mais les souvenirs, même scellés, refont parfois surface.
Le regard charbon de son interlocuteur était toujours posée sur elle, alors elle continua :
- J'ai scellé mes souvenirs, il y a cinq ans. Pour éviter les terreurs nocturnes. Mais des bribes me reviennent parfois, lorsque ma conscience est inconsciente. Je suis désolée si je vous ai réveillé, mon rêve n'était même si affreux que ça.
Elle sourit sans vraiment de joie. Un sourire qu'Itachi faillit manquer à cause de la pénombre. Il frissona légèrement, à cause de la basse température de la pièce.
Lui dormait très peu, en général. Il avait beau être Uchiha Itachi, lui aussi avait peur des rêves. Il ne pouvait y échapper, et les images qu'il voyait lui rappelaient sans cesse son crime. Et à chaque fois, juste avant de se réveiller, le visage de Sasuke le jour du meurtre apparaissait. Alors il restait éveillé le plus possible, et pouvait presque sentir ses cernes se creuser un peu plus chaque nuit.
Alors il posa de nouveau ses yeux sur Ryû, qui rougissait. Il préféra ne pas répondre, parce qu'il savait bien qu'à ces heures de la nuit, les gens ont tendances à être trop bavards. De mouvements lents, il se replaça dans ses draps, dans la percpective de faire croire à la jeune femme qu'il dormait. Il l'entendit se lever et quitter la pièce, puis un vague bruit d'eau qui coule lui parvint. Il ferma les yeux, et sombra dans le sommeil, au moins pour quelques heures.
Ryû quant à elle se rafraichissait sous la douche, pour se débarrasser des restes de sueurs dûes à son rêve. Elle repoussa en arrière les cheveux qui lui tombaient sur le front et soupira. Quelle chance elle avait ! Deux jours et rien d'anormal ne s'était encore passé ! Est-ce que cela voulait dire qu'elle était plus forte à présent ? Qu'elle n'était plus la gamine qui se laissait submerger tout le temps ? Elle sourit à cette éventualité, même si elle savait au fond d'elle qu'il était trop tôt pour tirer de telles conclusions.
Elle commença à se savonner distraitement.
Elle sentait un mélange de fatigue et de lassitude en elle. Deux jours ici, et elle se sentait opressée. L'endroit était sous terre, les pièces n'avaient donc pas de fenêtres et n'étaient éclairées que par des bougies, les gens étaient bizarres et l'air sentait le renfermé.
Non. Elle n'était pas si malheureuse. Elle était logée. Certes, avec un homme qui tantôt l'ignorait royalement, tantôt la fixait intensément, ne dormait pas la nuit, et ne prononçait que trois phrases par jour, mais logée.
Et l'homme en question était un dangereux criminel.
Cette pensée fut rapidement remplacée par le sens des mots qu'elle s'était formulé précédemment. Il ne dormait pas. Elle pouvait ouvrir les yeux à n'importe quel moment de la nuit, il ne dormait pas. Il restait assis. En boxer.
Elle secoua vivement la tête. Elle n'avait pas vu grand-chose de cette zone parce qu'elle était trop occupée à parler, mais son Senpai dormait en boxer.
Elle se rinça rapidement et se sécha pour retourner en serviette dans sa chambre, son T-shirt trop souillé par sa nuit. Pensant qu'Iachi dormait, elle laissa les morceaux de tissus retomber au sol. De toute façon, elle ne connaissait pas la pudeur. Elle tira un autre vêtement informe et entreprit de l'enfiler. Elle entendit un léger toussotement qui la fit se retourner.
Itachi était tournée vers elle, les yeux mi-clos, toujours couché dans son lit. Il dit doucement :
- Disque, dragon et épée.
Elle comprit tout de suite qu'il faisait allusion à son tatouage et corrigea alors :
- La lune, le dragon et l'épée du coeur.
Elle le vit hocher la tête avant de sombrer dans le sommeil. Elle avait presque oublié que le lendemain, Pain reviendrait de mission et qu'elle devrait s'entraîner avec Itachi pour qu'il voie ses compétences.
Il était temps qu'elle lui donne une pièce supplémentaire du puzzle.
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Huit heures cinq et Itachi se réveilla. Il se prépara rapidement pour rejoindre la salle de réunions, où il arriva une fois de plus le premier. Ce n'est qu'une demi-heure plus tard que l'Akatsuki au complet le rejoint, Konan non incluse. Elle attendait le retour de Pain dans sa chambre.
C'était comme ça à chaque fois que le chef rentrait de mission. Tout le monde se regroupait pour qu'il leur expose la situation, et les envoie en mission, si besoin. C'est donc vers neuf heures et demi que Pain arriva, arborant son air habituel, et ne semblait pas blessé. Bien que cela était logique, pour une mission qui durait si peu de temps, et pour un homme sensé être le plus fort de tous les criminels dont il était à la tête.
Il se plaça au centre de la pièce, dévisagea ses subordonnés avant de prendre la parole :
- Nous allons bientôt reprendre la capture des Bijûs. Hidan et Kakuzu, vous partez demain à la recherche de Nibi. J'ai repéré sa présence dans le pays de la foudre.
Il fouilla ensuite dans son sac, et en sortit un document qu'il déplia avant de le tendre à ses interlocuteurs :
- Sa position y est indiquée. Vous vous y rendrez et le capturerez, vivant.
- Quoi ? commença Hidan. Jashin-sama n'aime pas le travail à moitié fini !
- Vous avez une semaine.
Pain posa intensément ses Rinnegans sur Kakuzu, qui, résigné, entraina son camarade hors de la grande pièce.
- Vous autres partirez bientôt en mission de reconnaissance également, pour localisez les autres Jinchûrikis. Vous aurez des informations d'ici peu de temps. En attendant, vous reprendrez les missions générales.
Tous aquiescèrent. Ryû regarda alors les autres personnes présentes dans la pièce : Hidan et Kakuzu venaient de partir, il restait donc Deidara, Tobi, Pain, Itachi, et elle-même.
Personne ne montra d'émotion à l'idée de tuer une personne pour extraire un monstre qui se trouvait à l'intérieur. Est-ce que tous ces gens avaient conscience de la douleur qu'ils infligeaient ? Etait-ce la souffrance qui les poussait à ces actions ? Etaient-ce à cause de la souffrance que ces Shinobis avaient déserté leurs villages respectifs pour s'unir, et remplir chacun un but personnel ? Avait-elle droit de se sentir à sa place parmis les gens qui poursuivent une cause précise ? Elle remarqua alors Pain qui quittait la pièce. Les interrogations étaient pour plus tard. Là, elle devait voir son chef pour lui parler de son entraînement de cet après-midi avec son Senpai.
Elle le rattrapa dans un des couloirs et l'apostropha. Il se retourna lentement, et la fixa de ses pupilles violettes :
- J'ai une demande, Pain-sama. Je voudrai la permission de quitter le repaire aujourd'hui pour un combat amical avec Itachi-san. C-C'est pas un règlement de compte, vous savez. C'est juste pour s'habituer au chakra l'un de l'autre, et que l'on voit de quoi l'autre est capable.
Il réfléchit un instant à comment le combat pourrait bien se dérouler.
- Tu lui as parlé de tes compétences ?
- N-Non, pas encore.
Il hocha sensiblement la tête.
- Et s'il essaie de te tuer ?
Elle releva vers un lui un regard qui n'était pas tout à fait le sien, une expression ironique en "vous auriez dû y penser avant de m'apairer avec lui". L'air menaçant qu'il prit calma un peu le chakra de la jeune femme. Elle lui sourit et demanda :
- Alors, je peux ?
- Vous avez une heure à compter du moment où vous quitterez le repaire.
- Merci.
Elle s'inclina au moins trois fois avant de s'éloigner de lui. Elle repassa devant la salle de réunion. Le regard anxieux que capta Itachi en voyant sa partenaire passer lui indiqua que Pain avait accepté leur demande. Heureux de pouvoir quitter Deidara, qu'il trouvait insupportable, Tobi, qu'il trouvait insupportable, et la grande pièce, qu'il trouvait bien trop grande, il se dirigea vers sa chambre pour " se préparer ".
Elle entra et fut rejoint peu de temps après par l'Uchiha. Elle le regarda sortir une malette de sous son lit, l'ouvrir, et prendre des shurikens qui se trouvaient à l'intérieur. Il releva le bas de son manteau pour ranger les armes dans sa sacoche, le tout dans des mouvements très lents. Il releva ensuite les yeux vers elle.
- Là, tu as l'air très mal, souffla-t-il.
Elle sursauta et posa une main sur sa joue. Elle était brûlante et devait être verte maintenant, vu le malaise qu'elle ressentait. Elle voulait lui dire. Elle voulait tout lui dire. Ou du moins, elle devait lui dire. Son coeur battait trop vite dans sa poitrine, elle allait devoir affronter un Uchiha, chose qu'elle n'avait encore jamais faite en vrai. Et évidemment, le sceau sur ses souvenirs était fragile.
Elle prit une grande inspiration et planta ses yeux dans ceux de son Senpai :
- J'ai quelque chose d'important à vous dire. En fait, j'ai deux choses à vous dire, mais je ne peux pas. Enfin si, je peux, mais ce serait mieux si je vous le montrais.
Elle le vit hocher la tête. C'était un geste qu'il faisait souvent, d'ailleurs.
Elle soupira. La peur dans son ventre était toujours là. Les dernières personnes à avoir découvert son secret étaient mortes, mais là, c'est Itachi qui allait le découvrir. Et Itachi était plus fort qu'elle.
Et il voudrait certainement la tuer.
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Le jeune Uchiha marchait dans les couloirs parsemés de virages de l'Akatsuki, suivit de Ryû. Il s'arrêta devant ce qui semblait être un cul de sac, effectua quelques signes ninja avant que le mur ne se déplace, laissant devant eux un long tunnel creusé dans la terre. Ils s'engouffrèrent dedans, marchèrent quelques minutes, avant de se retrouver à l'extérieur. Le soir commençait déjà à tomber.
Ils étaient au beau milieu d'une forêt touffue. Itachi referma le passage avant de s'élancer dans les arbres pour se déplacer à grande vitesse. Ses Sharingans étaient déjà activés, car il sentait Ryû instable. Ils arrivèrent finalement à une clairière, où ils se positionnèrent tous deux face à face, à plusieurs mètres de distance.
Itachi analysa brièvement. Ciel assombrit, et lune naissante, peu de vent et arbres aux alentours. Adversaire femelle, petite taille, kunaïs, épée et shurikens dissimulés sous le manteau, et niveau Hokage. Ils se fixèrent encore un moment, se jaugeant l'un l'autre.
Finalement, ce fut lui qui bougea le premier et lui envoya une pluie de shurikens pour engager le combat. Elle esquiva et s'approcha de lui à grande vitesse, un kunaï à la main pour se lancer dans un combat au Taijutsu. Il aurait pu se faire remplacer par un clone, mais se laissa entraîner dans cet affrontement rapproché. Après tout, il la testait. Elle était très rapide, mais il l'était aussi, ce qui donnait un échange assez équitable.
Puis, entre deux coups de poings, elle effectua très rapidement des signes qu'il identifia comme Suiton, il esquiva avant d'être touché par toute l'eau qu'elle cracha de sa bouche. Bien sûr, l'attaque n'était pas assez agressive, alors il comprit tout de suite qu'elle n'avait pas pour but de le toucher. La terre sous leur pieds étaient à présent trempée. Il devina donc que la prochaine attaque serait certainement un Raiton.
Cette hypothèse fut confirmée lorsqu'il entendit la jeune femme crier des mots qu'il n'entendit pas, à cause du bruit assourdissant d'un éclair auquel il échappa grâce à un clone. L'attaque se propagea cependant sur le sol plusieurs secondes, vu qu'il conduisait l'électricité. Déjà, Ryû avait senti son adversaire et se jetait littéralement à sa rencontre pour tenter de lui assener des coups, qu'il para habilement.
Itachi décida qu'il était temps pour lui de passer à l'offensive. Il lui envoya la fameuse "boule de feu suprême" pour voir sa réaction. Elle l'esquiva en faisant un roue sur le côté, puis lui envoya shurikens sur shurikens. Alors qu'il les évitait tous sans trop de difficulté, il dut utiliser une technique de substitution pour éviter ceux auxquels des parchemins explosifs étaient accrochés.
Assez classique, pensa-t-il.
Elle ne mit que peu de temps à le localiser, alors qu'il était non loin derrière elle. Il la regarda un instant. Les yeux rouges flamboyants de la jeune fille lui montraient de l'impatience. L'air sur son visage n'était pas le même, et son langage corporel différait totalement de ceux qu'il l'avait vue adopter jusque là. Ce n'était pas Ryû. C'était l'autre.
Répondant à la silencieuse demande, Itachi s'exclama :
- Katon : Griffe rouge de la balsamine !
Et envoya de très nombreux shurikens, qu'il enflamma en soufflant du feu.
Et comme il s'y attendait, Ryû ne put cette fois pas esquiver. Elle effectua des sceaux, et un énorme gouffre noir s'ouvrit devant elle, aspirant l'attaque qu'il venait de lui envoyer. Lorsque tous les shurikens eurent disparus, elle referma le gouffre et courut vers lui, son épée à la main. Il para ses coups à l'aide d'un kunaï dans chaque main.
Le combat rapproché dura plusieurs minutes durant lesquelles aucun des deux ne faiblissait.
Brusquement, Ryû se recula, effectua les mêmes signes que plus tôt, et du gouffre qui s'ouvrit, sortirent les griffes rouges de la balsamine qu'il lui avait lancées. Elle le referma ensuite. et se mit en position de défense.
C'était donc ça ? Un gouffre dimensionnel, qui scellait les attaques, puis les renvoyait à l'adversaire au commandement de l'utilisateur de la technique. Mais ça n'était pas tout. Itachi le lut dans les yeux de Ryû qui continuaient de lui parler, elle avait d'autres choses à montrer. Mais surtout, un fin observateur comme Uchiha Itachi avait déjà repéré la faille du " gouffre ".
Il enchaîna donc plusieurs attaques Suiton et Katon, exagérées et croissantes en puissance et en rapidité, que Ryû aspira puis renvoya grâce à sa technique. Enfin, au bout d'une dizaine de jutsu, il finit par toucher la jeune femme. Elle poussa un cri et tomba, tandis qu'un nuage de fumée se formait autour d'elle, dû au choc de la collision.
Itachi ne pouvait pas voir la jeune femme mais ses Sharingans lui permettaient de savoir exactement où elle se trouvait. Il scruta donc son chakra, et remarqua que comme il l'avait deviné, elle l'avait presque complètement épuisé. Le gouffre consommait trop de chakra, et en la forçant à aspirer toutes ses attaques, il l'avait épuisée.
La fumée se dissipa, et il vit Ryû à genou sur le sol, une main sur la gorge, et tentant de reprendre son souffle. Néanmoins, elle n'avait pas utilisé toutes ses ressources, il le savait. Il s'approcha, se pencha jusqu'à avoir son visage face au sien, et murmura presque :
- Montre-moi.
Elle soutint son regard, quelques secondes, avant de sourire d'un air narquois et de répondre, en murmurant elle aussi :
- Une autre fois, Itachi-kun.
Il fixa un instant encore les pupilles rouges de sa cadette, mais il fut surpris de ne pas pouvoir lire le mystère qu'elles cachaient. Il ne décelait que l'amusement.
Il sentit ses yeux lui faire mal, alors il les ferma. Lorsqu'il les rouvrit, ses Sharingans étaient désactivés. Il planta alors de nouveau ses orbes noires dans les yeux de Ryû. Elle sembla se détendre un peu, et le mystère qu'ils cachaient disparut. Il pouvait de nouveau lire en elle comme dans un livre ouvert, et comprit sans même voir le rougissement sur ses joues que leur proximité l'intimidait. Il se releva donc, marmonna un ironique "bon retour" à la jeune fille, puis prit la direction du repaire.
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Itachi se tenait debout devant la porte de la chambre d'Hidan et Kakuzu. Ce dernier avait en sa possession un désinfectant très utile, utilisé pour retirer les tâches de sang sur les armes sans en abîmer le métal. Il entra, sachant que les deux hommes étaient partis en mission, et comme il les avait entendu le matin même parler avant de partir en mission, il savait qu'Hidan avait oublié - volontairement ou non - de verrouiller la porte.
La chambre était encore plus neutre que la sienne, à cause de l'avarice du presque centenaire et du non-matérialisme du religieux. Il n'eut pas à chercher longtemps pour trouver le produit, et put donc ressortir de la chambre pour se diriger vers la sienne. Il croisa cependant Pain dans les couloirs sombres :
- Qu'est-ce que tu as vu de plus ? demanda le chef.
- Pas assez, répondit simplement l'Uchiha.
Par politesse, il attendit que Pain reprenne son chemin avant de reprendre le sien. Il arriva dans sa chambre et se dirigea vers sa table de chevet. Ryû était assise sur le lit et le regardait. Ou plutôt, le dévorait du regard. Il préféra l'ignorer tant qu'elle restait silencieuse et commença à nettoyer ses shurikens.
Maintenant que Pain était revenu, il pourrait partir chercher Sasuke.
Il n'eut pas le temps d'approfondir ses pensées qu'une voix de femme grave se faisait entendre dans la pièce :
- Tu vas m'ignorer encore longtemps ? demanda Ryû.
C'était celle qu'il avait vue pendant le combat. Celle qui lui avait parlé le tout premier soir. Celle dont les yeux brillaient de mystères. Il tourna lentement le regard vers la femme, et questionna simplement :
- Qui êtes-vous ?
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