Comme promis, second chapitre ! J'espère tourner à un chapitre/semaine selon mes accès internet, et les prochains seront d'ailleurs de plus en plus longs. Enjoy !

/!\ Blagues de merde.

Titre du chapitre inspiré du premier livre des Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire.


Chapitre 2 – Tout commence mal

- Encore une grenade près d'une mosquée. Les français sont vraiment trop cons quand ils s'y mettent.

Affalée sur un canapé, Ana D., du Vlog de la Blasée, checkait nonchalamment les informations sur son portable. Bien évidemment, l'air constamment désabusé qu'elle se donnait dans son émission était factice et joué, mais dans certaines situations, comme celle-ci, il avait tendance à resurgir.

- Où ? interrogea Antoine Daniel, reviewer de vidéos doté d'une coiffure décoiffante, et allongé sur le sol pour Dieu seul sait quelle raison.

- Agen, répondit Mathieu, assis sur le canapé à côté de la critique de cinéma, et qui avait suivi son exemple. Ah, tiens, Toulouse aussi. Un magasin hallal.

- Un arabe agressé à Laloupe, selon M6. Une espèce de ville en Eure-et-Loir.

Antoine se mit à chantonner « Marly-Gomont » de Kamini. Comme il ne se souvenait plus des paroles, il embraya en parlant de son phallus et de yaourts aux fruits.

- Tiens, un…

- Stop !

Le hurlement d'un quatrième personnage les fit tous violemment sursauter. Ils se tournèrent en un bel ensemble vers l'opportun, Links, qui s'était pelotonné dans un fauteuil, une bière serrée entre ses mains blanchies par la pression qu'il exerçait sur la bouteille.

- On a compris, reprit-il un ton plus bas, avec une lassitude extrême.

Antoine, qui s'était redressé, se remit à plat ventre, appuyant son menton sur ses mains jointes. Wifi, petit chat blanc et adorablement démoniaque de Mathieu, vint renifler la serpillière poilue avec une curiosité inquiète, avant de fuir à toutes pattes et de sauter sur les genoux d'Ana, qui éternua.

- Saloperie de poussière, grommela-t-elle, s'attirant un regard outré du petit propriétaire des lieux qui se sentit directement visé par le commentaire.

Mathieu posa son portable, le visage fermé, et s'abîma dans la contemplation de sa propre bière, au contraire de la blasée qui continua sa lente et virtuelle descente aux enfers. Le temps s'allongea, sans autres bruits que le discret ronronnement de Wifi et celui des bouteilles d'alcool cognant contre leur support ou heurtant des lèvres.

Peu à peu, s'installa une sorte de mélancolie douce, où chacun réfléchissait, s'abîmant dans ses pensées, ignorant les autres. Repoussant loin d'eux les images violentes des attentats, qu'ils soient de la main de djihadistes ou de français bien-pensants, ils souriaient, paisibles, songeant au lendemain, au fait que jamais rien ne dure, que tout se finit un jour, et que tout s'arrange.

Mais un cri étranglé les firent bondir à nouveau, cœur battant, tirés de force des bras de leurs chimères envoûtantes. Entre la surprise de Mathieu et d'Antoine, Links leva la tête, le visage sombre, sentant sa poitrine capturée dans un étau, comme se doutant déjà de ce qui allait s'ensuivre, de la spirale de violence incompréhensible qui les attendait. Il haï instinctivement, et très brièvement, la jeune femme brune, pour les trois petits mots qu'elle allait prononcer, et qui allait changer à jamais leur vie.

Il l'ignorait encore, mais ce bref sentiment hanterait longtemps, très longtemps ses cauchemars.

Ana, éberluée, quitta des yeux l'écran de son téléphone, parcourut la pièce du regard, croisant ceux de ses collègues et amis.

- Hollande… est mort.


Tout a commencé le… le… 7 janvier. Voilà. Le matin, je ne sais plus quelle heure. Massacre à Charlie Hebdo. Douze personnes tuées. Dont un flic, Ahmed, alors qu'il était à terre. M'en souviendrais toujours, de son nom. En même temps, je lisais que les tueurs, au nombre de deux, étaient djihadiste.

Et je me suis dit, immédiatement : « les gens vont encore faire chier les musulmans, parce que deux tocards se revendiquant comme tel ont tué, mais tout le monde oubliera qu'un policier nommé Ahmed est mort, pour sa putain de patrie ».

Enfin… tout le monde, sauf ceux qui accordent de l'importance aux noms des victimes, et à la vérité. Trop peu nombreux, hélas.

Je n'ai même pas été étonné, le lendemain, en apprenant que des mosquées avaient été attaquées à la grenade. Et c'est sans doute le plus triste. Que cela ne m'étonne pas. Au contraire, je devrais m'horrifier, être stupéfait, hurler d'incompréhension. J'aimerais. Mais je m'y attendais. Cela semblait… dans l'ordre des choses, et cela m'arrache le cœur de l'écrire.

L'être humain ne semble pas assez sage pour comprendre que la religion, tout comme la couleur de peau, le sexe ou l'orientation sexuelle ne détermine pas toute une série de traits de caractères d'un individu. Cela semble pourtant simple à comprendre, mais faut croire qu'une bonne partie de l'humanité est composée de cons.

J'ai suivi avec tension la fuite des deux tueurs dans une imprimerie, où ils ont été finalement abattus (ils ont voulu tuer un journal et meurent dans une imprimerie… la blague) tandis qu'un de leur pote prenait cinq otages dans une épicerie juive et menaçait de les tuer si ses petits copains n'étaient pas relâchés. Avant de mourir, lui aussi, sa copine prenant la fuite. Déjà morts, les otages, paraît-il, quand ils ont lancé l'assaut.

J'ai grincé des dents devant Le Pen père faisant sa pub, devant la fille salissant la mémoire des morts en profitant de l'attentat pour re-proposer la peine de mort, devant les abrutis gueulant soit que c'était bien fait pour Charlie, soit qu'il fallait renvoyer les arabes « chez eux », ou encore qu'il fallait interdire les religions. J'ai râlé devant ceux proposant de restreindre la liberté, accusant à tout va.

Cela aurait dû se calmer. Cela aurait dû.

La vie aurait dû reprendre son cours tranquille.

Et pourtant, j'entends les soldats venir.

Et j'ai peur, bon sang, j'ai tellement peur !


La stupéfaction figea la pièce, alourdissant son atmosphère. Les respirations ralentirent, alors que chacun prenait peu à peu conscience de l'énormité que venait de sortir leur collègue vidéaste. Qui n'en avait pas fini, hélas.

- Angel Merkel… gravement blessée, lut-elle, impassible malgré la folie émanant des mots qu'elle prononçait. Le chef du gouvernement espagnol, Felipe VI, porté disparu. Barak Obama, mort. Le chef du gouvernement italien, Sergio Mattarella, légèrement blessé.

Elle se tut, leva les yeux de son écran, l'air lointain. Wifi, devenue boule de nerfs en sentant la tension ambiante, déguerpit vivement, plantant au passage ses griffes dans le jean d'Ana qui ne protesta même pas. Links porta distraitement sa main à sa bouche, rongeant ses ongles, et Antoine roula sur le dos, portant son regard sur le plafond, quoique donnant l'impression de contempler plus loin, bien plus loin.

- En même temps, pensa-t-il à haute voix, c'est très con de réunir pleins de chefs d'Etat après des attentats terroristes, sur le sol français, en même temps, à Paris. Genre c'est comme si j'écrivais « pénis » sur mon front et que je m'étonnais lorsqu'on me demande si je réfléchis avec ma bite.

Mathieu éclata de rire, d'un rire hystérique et incontrôlable, qui sonnait faux, trop haut, trop aigu, et qui cessa aussi brusquement qu'il avait commencé lorsqu'il vit l'expression peinte sur le visage d'Alexis. Il n'aurait su décrire celle-ci. Pas seulement par manque de vocabulaire, mais à cause du mélange intense d'émotions cruelles, qu'il sentait croître dans son propre cœur.

- Putain de bordel de merde, jura-t-il avec élégance, se tassant contre le dossier du canapé, alors qu'Antoine réfléchissait encore à l'idiotie qu'il venait de sortir.

Ana, qui n'avait même pas daigné écouter l'ahurissante bêtise de la brosse à chiottes humaine, continua à feuilleter virtuellement tous les sites d'informations qu'elle put trouver, dans l'espoir d'un fake. Mais, hélas, ils étaient tous unanimes, pour changer.

Et c'était bien le problème.


Une bombe !

Une simple putain de bombe. Ils s'étaient réunis dans l'Elysée, avant d'entamer la marche.

Une putain de bombe. Trois kamikazes. Deux ont retenus les flics. Le dernier à tout fait péter.

Prévisible, prévisible, tellement prévisible.

Trois morts. Une blessée grave, un léger. Bien sûr, ce n'était pas la faute des français. Tout comme ce n'est pas la faute des musulmans et des arabes, pour les attentats. Mais tout cela, c'est de la bêtise humaine.

Ils ont soudainement retiré leur soutien à la France. Par peur. Les Etats-Unis et l'Espagne, parce que c'était le bordel, avec de nouvelles élections à prévoir, aussi. Merkel est restée trois jours dans le coma, et ne pourra sans doute jamais remarcher : un fragment de mur est tombé sur son dos. Obama s'est pris la bombe en plein fouet, comme Hollande. Le chef espagnol, retrouvé la poitrine perforée par un éclat de bois. Le chef italien, une simple blessure au bras.

Débandade.

Horreur. Effroi. Si même les grands tombaient, qu'est-ce que les simples français pouvaient espérer comme protection ?

Et c'est là que Luther Ahandi est arrivé. Un peu comme une lumière dans les ténèbres. L'espoir, dans l'obscurité. Cette main tendue, amicale, lorsqu'on est enlisé dans les sables mouvants. Cette lueur dans les marais.

Qui vous attire, pour mieux vous noyer.


C'est tout pour le moment ! J'espère que ça vous aura plu. Bon, pour l'instant, je pose les bases de tout le bordel, mais ne vous inquiétez, ça ne devrait pas tarder à bouger.

Amour o/