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NO TOUCHING !

(Si vous y touchez sans y être invité, je vous écartèlerai, je vous découperai en morceaux et je brûlerai votre sale corps pervers.)

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NA : Merci pour vos reviews, c'est super encourageant d'avoir des retours !

Voici le second chapitre, celui-ci est plus long mais comme il forme (bon, tout est relatif) une sorte d'unité, je n'ai pas voulu le couper. J'espère qu'il vous plaira. Normalement vous devrez avoir le prochain d'ici une semaine ou deux. Bonne lecture !

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CHAPITRE 2

Joyeux Halloween !

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1er octobre

Y'a plus de saison, nom d'un scrout. L'amour, c'est censé être au printemps, non à l'automne ! Ils sont partout, pourtant ! Je suis cernée par les couples béas et heureux !

Dans la salle commune par exemple, Remus et Mary sont occupés à s'échanger des bisous-bisous sur mon canapé préféré. Non loin, Olga Kowalkowski bat des cils pour piéger dans son lit le ténébreux Sirius Black. Quant à Potter, il me murmure des mots doux au creux de l'oreille. Me murmurait, à vrai dire. Il a stoppé net quand j'ai promis de l'écarteler puis de couper les bouts qui dépassent à la scie électrique.

Il a beau pleuvoir comme si le mec là-haut avait la vessie trop pleine, ça n'empêche si les oiseaux de gazouiller, ni les amoureux de se bécoter un peu partout. Même la bibliothèque est envahie. Il faut que je prenne des mesure - je ne suis pas préfète-en-chef pour rien !

- On fait notre tour de garde ensemble ? demande justement Potter.

J'ai toujours su que Dumbledore était plein d'humour. La nomination de cet imbécile au poste de préfet-en-chef était d'une drôlerie implacable. Pendant environ deux secondes, je me suis bien marrée.

Puis j'ai réalisé la galère dans laquelle le vieux sénile m'avait embarquée, et je l'ai haï de toutes mes forces.

L'humour ne devrait pas avoir des conséquences aussi désastreuses.

- C'est d'accord, dis-je. Tu vas de ce côté et moi de l'autre, ok ?

- Lily, tu ne pourrais pas...

- Stop ! Ne t'approche pas, ici c'est mon espace vital et c'est également l'endroit où tu pourrais périr dans d'atroces souffrances.

Ma réaction n'a pas l'air de le surprendre outre mesure. Il lâche pour la forme un soupir déçu.

Je m'apprête à m'en aller quand j'entends derrière nous des bruits étranges. On se retourne d'un même mouvement. Black vient de surgir de couloir, plaqué contre le mur par Kowalkowski avec une violence impressionnante. Sauf qu'au lieu de lui mettre un pain, elle l'embrasse avec rage et Black lui rend son baiser avec une force identique.

Potter et moi (et c'est rare qu'on partage quelque chose), restons soufflés devant le spectacle.

- Mec, je savais pas qu'Olga Kowalkowski était son style...

Black ne daigne pas de répondre. La langue toujours emmêlée à celle d'Olga, il se décale rapidement pour prendre le dessus, sans cesser de l'embrasser. Il pousse sa dulcinée vers la porte d'une salle vide et l'ouvre d'un geste expert. Ils disparaissent à l'intérieur, toujours collés l'un à l'autre.

- CA NE VA PAS BIEN DANS VOTRE TÊTE ?

La scène aurait effectivement pu avoir du style... si la salle avait vraiment été vide. Malheureusement pour lui, des travaux ont été entamés dans celle de McGonagall, contrainte à faire émigrer ses premières années jusqu'à celle-ci.

Ses cris résonnent encore à mes oreilles.

- Vous prenez cette classe pour une chambre d'hôtel, Mr Black ? Laissez-moi vous rappeler, à vous et votre amie que nous sommes dans une école et que vous venez de traumatiser à vie vingt gosses de onze ans à peine sortis de l'enfance !

Potter se tourne vers moi, hilare. Black recule, mortifié, hors de la pièce. J'essaie de rester sérieuse sans y parvenir.

- Ce sera donc proportionnellement vingt heures de retenue que vous devrez subir, assène-t-elle. Vous râlez et ce sera le double, me suis-je bien fait comprendre ?

Gros blanc dans la salle de métamorphose. Jamais je n'ai vu Black aussi rouge. Olga, elle, s'en fout royalement, le sourire aux lèvres. Je crois qu'elle ne parle pas la langue.

- Vous pouvez disposez, Mr Black. Et de grâce, remontez votre braguette !

McGonagall claque la porte, furieuse. Notre Don Juan national reste immobile quelques instant avant de reprendre ses esprits, puis saisit la main d'Olga. Ils s'éloignent tous deux au petit trot sans un regard pour nous.

J'en reste perplexe et vu la tête qu'il tire, Potter n'en mène pas large non plus.

- Kowalkowski ? répète-t-il comme s'il n'y croyait pas lui-même.

Je hausse les épaules.

- Elle est pas mal dans le genre je-t'assieds-dessus-tu-meurs.

Ce n'est pas qu'Olga est grosse, c'est qu'elle est... imposante. Je sais ce que je raconte, je partage ma chambre avec elle depuis un an, quand elle est arrivée à Poudlard. Je ne sais pas du tout de quel pays elle vient - à vrai dire je ne lui ai rarement adressé la parole - parce que quand on essaie d'engager la conversation, justement, elle vous regarde d'un air perplexe tout à fait désespérant.

De toute façon, au regard de ses muscles, il vaut mieux ne pas la contrarier. Elle fait des pompes dans la chambre tous les jours et a un poster d'un mec en train de soulever deux tonnes de fonte au-dessus de son lit.

Bref, elle n'est pas claire. La voir tourner autour de Black, d'accord. Voir Black l'embrasser avec autant de... passion, ça fait juste très bizarre. Mais chacun ses goûts, n'est-ce pas ? Sois ouverte, Lily !

J'adresse un regard vaguement désolé à Potter et je profite pour me barrer - on ne peut pas être ouvert à tout le monde. Mais l'autre se précipite pour me retenir.

- Je viens de subir un traumatisme moi aussi. Dis, tu ne voudrais pas de tenir compagnie le temps que je me sente mieux ?

- Tu vas en subir un autre si tu cherches à me retenir. Va voir l'infirmière, elle te filera des calmants.

- Lily !

Hop, hop, hop ! Me voilà en fuite dans les couloirs à essayer de semer ce crétin tout en faisant très attention à l'endroit où je me rends. Je viens de prendre la direction empruntée par Black et Kowalkowski un peu plus tôt et assister à leurs ébats est bien la dernière chose dont j'ai besoin.

Je hais l'amour !

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6 octobre

- Lily, Lily !

Oh Merlin... J'ai assez d'expérience dans la vie pour savoir qu'entendre quelqu'un crier mon nom ne peut être que le début des problèmes. Encore plus si ça sort de la bouche de Potter.

- J'ai eu une idée, m'annonce-t-il.

- Non, sérieusement ? Sortez les serpentins et allumez la musique ! Potter vient d'utiliser le minuscule grain de riz qui lui sert de cerveau... C'est à propos de Quidditch ?

- Pas du tout...

- De filles en maillot de bain ?

Il secoue encore la tête. Je le regarde avec un brin d'espoir.

- De garçons en maillot de bain ?

- C'est à propos d'Halloween !

Par la culotte de la fée Morgane. Ca ne présage rien de bon. Mon instinct me hurle de fuir mais d'un autre côté, la connaissance est source de pouvoir. Je ne vois pas comment je pourrais empêcher Potter de faire une connerie si j'ignore de quoi il s'agit. Je reste, donc, ce n'est qu'un mauvais moment à passer.

- Après le banquet d'Halloween, on devrait organiser une fête, une sorte de bal costumé avec les élèves les plus âgés. Je suis sûr que Dumbledore adorerait cette idée !

Précisément ce qui m'inquiète.

- Écoute, James... (Je sens venir la nausée mais pas le choix, la fin justifie les moyens.) Tu m'aimes bien, pas vrai ?

Son visage s'éclaire.

- Bien sûr.

- Alors fais ça pour moi : oublie cette idée. Pendant qu'on y est, arrête complètement d'en avoir.

- Tu vas t'amuser Lily, je te le promets. C'est juste que tu l'ignores encore.

Là, il est vraiment fort, je l'admets. Aucune faille dans ses yeux vides d'intelligence, juste cette conviction qui me semble indestructible.

Le problème avec les gens stupides, c'est que toute tentative pour les raisonner est vaine. Il faut employer des moyens différents. Heureusement je ne suis pas une novice en la matière. Je trouverai bien un moyen de le faire laisser tomber. Qu'importe si les méthodes sont légèrement amorales, du moment qu'il y a un vrai résultat !

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8 octobre

Mary, qui roucoule avec Remi-chou - le surnom n'est pas de ma composition - n'est malheureusement pas d'accord pour devenir mon alliée dans l'opération détruisons ceux qui veulent organiser le bal par tous les moyens. Nom de code : Lily-la-tigresse. J'en avais proposé un pour elle : Petit-poussin-blessé-inoffensif, mais ma blonde préférée n'en a pas voulu.

En clair, je suis à nouveau seule. J'ai intérêt à faire vite car l'ennemi a déjà mis sur pied un plan machiavélique qui consiste à aller parler à Dumbledore directement dans son bureau. Avant cela, ils ont demandé à Rodrigue et au Fan-Club des Maraudeurs (que j'ai démantelé pour la sixième fois hier) de faire signer une pétition au plus d'élèves possible. Lesquels se sont tous exécutés ! J'ai largement sur-estimé le pourcentage d'individus sensés et équilibrés dans ce château, on dirait. Ce qui me terrifie.

- Lily, arrête de faire cette tête de déterrée. Ce n'est pas une si mauvaise idée, au fond. C'est l'occasion de faire des rencontres !

Ha ha ha. Mary a raison, imaginer ces adolescents boutonneux le regard floué par l'alcool, tentant misérablement de coordonner leurs mouvements dans un semblant de danse pour aller ensuite vomir dans les toilettes, quelle vision délicieuse.

Je préférerai me baigner dans de l'acide plutôt que d'y assister.

- Alors qu'est-ce que tu comptes faire ? Tu es pourtant bien placée pour savoir qu'enlever une idée de la tête de James Potter est impossible !

- Impossible ? Tu sais que Black disait la même chose à propos de la couleur de mes cheveux ?

Mary lève les yeux au ciel. Évidemment, je suis la preuve vivante que Potter est plutôt obstiné (doux euphémisme !) cependant il n'a aucune idée à qui il se mesure.

Il faut que je mette la main sur cette pétition et que j'aille parler à Dumbledore.

- J'ai une idée pour toi, m'annonce Mary.

Oh Merlin, si tout le monde commence à en avoir on ne va pas s'en sortir !

- Je t'écoute.

- Si jamais tu arrives à obtenir plus de signature qu'eux pour empêcher ce bal, alors je t'aiderais et je convaincrais même Remus d'être de notre côté, qui convaincra les autres et Potter se retrouvera tout seul. Qu'est-ce que tu en dis ?

- Euh...

- Évidemment, une signature pour une personne et chaque personne à qui te demandera devra avoir le choix. Pas de sort pour les obliger à coopérer, pas de torture, pas de potion ou n'importe lequel de tes plans tordus.

Elle sourit.

- Bonne chance Lily !

Je. Vais. La. Tuer.

En même temps, j'avoue que mon plan jusque là est complètement bancal. Je suis seule contre une bande de terroristes de la mièvrerie et sans l'aide d'une adorable petite blonde très persuasive, je n'ai pas la moindre chance d'y arriver. Mais je ne suis pas Lily-la-tigresse pour rien et je ne renoncerai pas ! J'empêcherai ce bal ou j'en mourrai !

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9 octobre

J'ai soudoyé un membre du Fan Club des Maraudeurs - le plus psychologiquement vulnérable - qui m'a annoncé combien de signatures ils avaient obtenus. Soixante-seize. Et ils ne sont qu'au début, d'après le gamin que j'ai interrogé, tout fier de faire partie du réseau très fermé des crétins anonymes.

En tout cas, seule contre tous, j'ai ma liste de signatures, sur laquelle il ne comporte pour l'instant que la mienne et c'est déjà un bon début. Je pense commencer par les Serpentard. Je sais bien que l'idée manque d'honneur mais la haine peut rapprocher les individus tout autant que l'amour, et c'est sur elle que je compte.

Je m'en vais donc d'un bon pas en direction des cachots ou de tout autre endroit sombre et humide, où ces étranges créatures ont la désagréable habitude de se cacher. Autant les observer dans leur habitat naturel !

- Severus !

Il a l'air surpris de me voir. Je ne peux pas lui en vouloir, la dernière fois qu'on s'est parlé il était plus ou moins suspendu par son caleçon - et devinez qui tenait la baguette ? J'ai voulu l'aider mais l'idée d'être secouru par une fille a dû heurter son orgueil et il a fini par me traiter de sang-de-bourbe. Je l'ai envoyé bouler et basta. Cette insulte me hérisse tous les poils que j'ai pas réussi à épiler et c'est une sensation assez désagréable.

Mon ex-ami (ah, l'époque béni où j'en avais deux !) fronce les sourcils. Peut-être qu'il ne me reconnait pas, mes cheveux sont moins roux dans l'obscurité.

- Désolée d'interrompre... euh, ce que tu fais en ce moment, mais je peux te demander un service... disons en souvenir du bon vieux temps ?

Severus prend son temps pour réfléchir.

- Ca dépend, tu me donnes quoi en échange ?

Un service par définition n'entraîne pas nécessairement d'échange, c'est dommage que les gens aient tellement de mal avec le vocabulaire. Ceci dit, je ne peux pas vraiment faire autrement que de faire à Severus une autre proposition : c'est celui qui a besoin d'aide qui s'écrase.

- Ma gratitude ? je hasarde sans beaucoup d'illusions.

Il émet un rire cynique et replonge dans son bouquin. Essaie encore, Lily !

- Un serpent de compagnie ? Une araignée géante ? ... Du shampoing efficace ?

Cette fois-ci, Severus referme son livre avec une lenteur exagérée et lève les yeux vers moi. Il semble bouillir de colère.

- Tu me déçois, Lily. Tu penses qu'en te pointant ici je m'agenouillerais à tes pieds et exaucerais tous tes désirs mais ce n'est pas ainsi que ça marche. Il va falloir que tu sois beaucoup plus convaincante.

- Alors voilà ce que je t'offre : une belle occasion de couper net à une lubie de Potter à laquelle, crois-moi, tu ne veux pas participer. Tu peux donner à lui et sa bande un échec retentissant et donc t'octroyer la petite vengeance dont tu rêves tant, le soir dans ton lit avec des mouchoirs la main. Suis-je convaincante maintenant ?

- Hum... Qu'est-ce que je dois faire ?

Ca c'est mon Severus !

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12 octobre

J'ai donné un papier à Sev, avec la mission de le faire signer au plus de Serpentard possible. Le nombre de gens qui haïssent les Maraudeurs est finalement impressionnante. Je crois qu'il s'est arrangé pour que chaque élève de sa maison applique sa signature sur ma pétition.

De mon côté, j'ai galéré un peu mais tout de même réussi à échanger des signatures un peu partout, contre la rédaction d'un devoir, parfois le don d'une carte de chocogrenouille... Les gens sont facilement corruptibles. J'ai même obtenu la signature de McGonagall, simplement en lui disant que je contrais un projet de Potter, idem avec Rusard le concierge. Lui m'a proposé de signer six fois mais à mon grand regret, j'ai dû décliner l'offre.

Finalement, j'ai tendu les papiers à Mary, complètement épuisée après mon quasi-marathon. Elle m'a lancé un regard impressionnée.

- La vache, cent-quarante-huit signatures ? C'est pas mal !

- J'aurais pu en avoir plus mais je ne savais pas trop si les Elfes de Maison entraient dans le deal.

- Rodrigue ! crie Mary.

Le gosse ramène ses fesses vite-fait, sa pétition à la main et une lueur de fierté dans le regard.

- Combien ?

- Cent-quarante-neuf !

Nom d'un scroutt-à-pétard mouillé, il est sérieux ? Mary observe la feuille de plus près et paraît perplexe. Je lui lance un regard interrogateur.

- Tu ne peux pas faire signer ton chat, Rodrigue, dit-elle en désignant la trace de patte qui clôture la pétition.

- Ah bon ?

- Cela revient donc à... cent-quarante-huit. Égalité.

Rodrigue et moi en sommes muets tellement tout ça semble aberrant. On fixe Mary dans l'espoir qu'elle nous départage et celle-ci est plongée dans une intense réflexion dont nous attendons la fin avec impatience.

- Il y a sûrement quelqu'un dont vous n'avez pas obtenu la signature, finit-elle par dire.

- Qui ça ?

Elle m'adresse une grimace et je crains le pire.

- Dumbledore.

Oh, Merlin...

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15 octobre

Je ne suis pas facilement impressionnable mais pour ça, je suis comme tout le monde. Certaines choses / êtres humains provoquent chez moi une immense terreur.

Petit florilège :

5. Ma charmante sœur Pétunia, l'être le plus retors jamais créé.

4. Ne plus réussir à ouvrir la porte des toilettes et rester enfermée dedans jusqu'à mourir de faim et de soif - ma baguette m'accompagne toujours au petit coin.

3. Échouer à un examen.

2. Manger ou boire quelque chose qui provient de Potter parce qu'on sait jamais, ce tordu a très pu mettre un filtre d'amour dedans.

1. Me retrouver en face de ce vieux cinglé de Dumbledore.

Tout le monde a ses démons, voici les miens. Surtout qu'aujourd'hui, il s'agit d'une entrevue à trois que le directeur nous a accordé. Potter défend son projet et moi je le défends de l'exécuter. Or, l'entreprise me semble désespérément foutue d'avance.

A quinze heures, on nous autorise à sortir d'un cours de Binns pour nous rendre dans le bureau de Dumbledore. Potter y a fait tellement de séjours qu'il connaît le chemin par coeur et marche fièrement devant. Le problème il est là. Potter a une relation privilégiée avec les membres de l'autorité, depuis le temps qu'il les fait tourner en bourrique.

Arrivés devant la gargouille, c'est Potter qui prononce le mot-de-passe, et nous voilà bientôt devant la porte. Je l'ouvre avec appréhension.

Dumbledore est déjà assis, il nous attend avec une allure de père-noël prêt à accéder à tous nos désirs et c'est mauvais signe.

- Bonjour monsieur le directeur, dit Potter d'une voix respectueuse. Vous semblez en forme.

Vil flatteur ! Bon, je fais la même chose, histoire de mettre toutes les chances de mon côté.

- Très chers amis, qu'est-ce qui vous amène ?

- L'espoir.

Le ton dramatique de ma voix m'octroie un regard amusé de la part du vieux machin. Qu'il ne prenne pas ça à la rigolade ! L'heure est grave, Potter vient d'avoir la pire idée de sa longue carrière d'emmerdeur !

- Comme vous le savez professeur, déclare mon camarade, c'est notre dernière année dans le château et donc le dernier Halloween qu'on vivra jamais ici...

Ma voix est peut-être dramatique mais dans la sienne, il y a même des trémolos d'émotion. J'en pleurerais presque si cet imbécile n'était pas un aussi piètre acteur.

- J'aimerais, avec votre permission, le rendre inoubliable et c'est pour cette raison que je pensais organiser un bal déguisé, à cette occasion. Qu'en pensez-vous ?

- Que je n'ai pas l'habitude de vous voir demander la permission pour quoi que ce soit. C'est un grand progrès, vous ne croyez pas miss Evans ?

Il est si facilement manipulable.

- Monsieur ! ai-je protesté. Vous ouvrez la porte à un festival de débauche et d'hormones adolescentes, vous ne pouvez pas accepter !

Je lui tends la pétition.

- Vous décevrez tellement le professeur McGonagall si vous le faites.

Sur le visage de Dumbledore se dessine un petit sourire en coin.

- C'est peu probable, murmure-t-il. Minerva est une excellente danseuse.

Le même électrochoc nous paralyse, Potter et moi. Le directeur s'amuse de voir nos yeux ainsi écarquillés et je devine déjà ce qu'il va dire.

- Eh bien soit, mes enfants, j'accepte ! Vous aurez votre bal d'Halloween, costume obligatoire et divertissement garanti !

- Vous venez de faire une grosse erreur.

Furieuse, je claque la porte de son bureau avec une telle violence que je suis surprise qu'elle se fissure pas en mille endroits différents. Maîtrise ta colère, Lily.

Nom d'un troll velu enragé dégoulinant de sang frais.

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18 octobre

Non, journal, je ne suis absolument pas en train de me gaver de chocolat sur mon canapé préféré pour palier à ma déprime passagère. Je suis pleine d'une joie de vivre enthousiaste et contagieuse, tellement que les gens, si tristes et peu commodes, évitent même mon regard. Je pense au bonheur de cette soirée prochaine, qui suscite tant de répugnance aux meilleurs d'entre nous mais à laquelle je me ferais une joie d'aller.

Enfin, juste après avoir sauté de la tour d'astronomie. J'aime les étoiles.

Je sais que Mary est inquiète pour ma santé mentale et d'une certaine manière, elle a peut-être raison. Je me suis tellement investie à faire couler le projet de Potter que ma propre vie n'a soudain plus aucun sens. C'est terrible.

Ce n'est pas mon genre de me résigner si vite mais là, franchement, je ne vois pas ce que je pourrais faire d'autre.

- Parce qu'il n'y a rien à faire, m'explique la voix de sagesse. Laisse les choses aller d'elles-mêmes pour une fois !

Je reprends un chocolat. Les conseils avisés de Mary, ça déprime plus qu'autre chose. Je veux dire, on ne peut pas toujours être impuissant face à toute la crasse de la vie, si ?

- LILY !

- Merci d'avoir défoncé mes tympans, Potter. Je serais dans l'incapacité de t'entendre désormais et cette idée m'emplit de joie.

- Alors dis-moi, en quoi tu te déguises ?

Ha ha ha. Il croit que je vais aller à sa soirée. Hu hu hu, quelle touchante naïveté.

- En thon pas frais, peut-être que ça te refroidira.

Je pourrais le frapper mais mes deux mains contiennent du chocolat et je ne veux pas que ma nourriture entre en contact avec cet être répugnant.

- Oh allez, Lily ! On ne peut pas toujours gagner.

Il s'approche dangereusement.

- Parfois l'imprévu se révèle beaucoup plus agréable qu'on ne le pense...

- Tu joues à un jeu dangereux, Potter.

- Oh, tu sais que tu m'excites ?

Parce que l'imprévu c'est aussi mon crédo, je saisis sauvagement son oreille et la tord jusqu'à qu'il ait la bonté d'éloigner sa sale tronche. Tant pis pour le chocolat, je préfère ma dignité. J'accompagne sa tête pour qu'elle repose doucement sur le canapé et peux enfin lâcher son oreille. Il me regarde, à moitié paniqué et en poussant des petits cris de douleur.

- Et là, je t'excite ? Sombre crétin.

Non loin, Black adresse à son meilleur pote un sourire ironique.

- Il serait peut-être bon que tu changes ta technique de drague, mec.

- Tu as un don pour l'évidence ! s'exclame Remus.

Je m'apprête à partir loin d'eux quand Potter me rappelle, avec dans la voix des accents désespérés.

- Oh non vieux, tu l'as dit toi-même. On ne peut pas toujours gagner.

Et je m'en vais avant de commettre un meurtre.

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26 octobre

Les préparatifs pour la fête d'Halloween battent leur plein. Je suis entourée d'élèves enthousiastes et heureux. Une bande de gamins corrompus par la société, voilà ce qu'ils sont !

Tout le monde a déjà choisi son déguisement. Mary sera une elfe et Olga une I nie rozumiem, co mówisz (1), comme elle le dit si bien. Quant aux garçons, Sirius se transformera en vampire, Peter en citrouille, Remus en faucheuse et James deviendra le diable en personne - comme s'il ne l'était pas déjà.

J'ai décidé de tuer le prochain qui me demandera mon déguisement et heureusement pour la population de ce château, personne ne s'y est encore risqué. Dommage.

- Tu sais que Dumbledore a ordonné que les préfets-en-chef ouvrent le bal ensemble ?

- Bien essayé Potter.

- Même... en amis ?

- On n'est même pas amis. Ouvre les yeux Potter, on ne peut pas se parler deux secondes sans s'engueuler.

- Tu ne peux pas me parler plus de deux secondes sans m'engueuler.

- Parce que tu es incroyablement exaspérant !

Je prends mes affaires et me prépare à filer pour le cours de potion.

Malheureusement, les cachots comportent toujours les mêmes personnes, à savoir Severus, Mary, Black, Potter et un illustre inconnu de Serdaigle. Ajoutez à la recette Slughorn, une grosse limace qui m'adule littéralement et vous comprendrez mon supplice.

- Tout va bien Lily ? me demande l'aimable professeur.

Nom d'un scrout anémique. Je viens de mettre de beaucoup trop de scarabées ! Ma potion commence à fumer dangereusement.

- Oups ! Je suis un peu distraite en ce moment...

- ÉVACUEZ LA SALLE !

C'est la panique. Notre petit groupe se précipite dehors et à peine avons-nous franchi la porte du cachot qu'une explosion retentit avec une force incroyable. Potter, qui se tient le plus près de la salle, valse contre le mur. Il se cogne la tête et s'écrase sur le sol. Outch.

Quant à Severus, il vient de se prendre le lustre sur la tronche et peine à se relever. Il réussit enfin à mettre les deux pieds sur le sol quand Black le pousse d'une pichenette. Sev retombe lourdement sur le sol, sous les rires satisfaits de son pire ennemi. Si les regards pouvaient tuer, j'aurais eu la joie de voir Black décéder en direct.

- Mr Potter, vous allez bien ?

Slughorn a beau le secouer, la belle au bois dormant reste dans les pommes. Black me lance un regard appuyé et je réponds par un geste assez grossier. S'il croit que je vais l'embrasser pour satisfaire la légende, il se fourre le doigt dans l'œil !

- Bon, finit par annoncer Limace-Géante, je vais devoir l'emmener à l'infirmerie. Vous voulez venir aussi, Severus ?

Sev, toujours assis par-terre, secoue la tête, l'air d'avoir abandonné toute idée de dignité.

- Bon, c'est parti !

Slughorn fait léviter Potter et traîne son énorme masse corporelle loin d'ici, suivi d'un Black sautillant et fidèle au poste.

- Si seulement le coup avait affecté la partie du cerveau qui lui permettait d'ouvrir la bouche, dis-je pleine d'espoir.

A côté, le Serdaigle inconnu me lance un regard un peu effrayé. Ah, encore un qui ignore le pouvoir de nuisance de Potter.

Il ne connait pas sa chance !

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31 octobre

Halloween. L'unique jour de l'année où les sorciers peuvent s'abandonner à toutes leurs extravagances. J'ai beau y être habituée depuis mes onze ans, j'ai quand même à chaque fois l'impression d'entrer dans une nouvelle dimension. Les gens surgissent dans les couloirs pour vous faire peur, boivent des trucs rouge-sang ou vert-translucide ou organisent des combats de crapauds dans les salles vides. Bref, c'est l'anarchie !

Le 31 octobre, j'ai l'impression que mon devoir de préfète pèse beaucoup plus lourd sur mes épaules. Je passe la journée à empêcher Poudlard de basculer dans un chaos à bas d'araignées - je déteste les araignées ! - de sang et de sombres farces vicieuses. C'est juste épuisant mais il faut bien que quelqu'un se dévoue.

- Potter si tu approches encore cette bougie de la robe de Severus je te jure que je t'arrache le coeur pour le donner en pâture à n'importe quel troll des montagnes. Compris ?

Je ne sais pas trop pourquoi je continue de rendre service à Sev alors que ça me semble évident qu'il est déjà passé du côté obscur. Sans doute mon indulgence pour les cas désespérés.

Quoi qu'il en soit, cet imbécile de Potter baisse sa baguette et interrompt son sort de lévitation. La bougie tombe sur le sol et est à deux doigts de mettre le feu au château. Oh Merlin, comment peut-on être aussi insouciant ? Un jet d'eau surgit de la mienne - et je ne me gêne pas pour arroser Potter au passage et tous les gamins qui ont eu le malheur de passer par là.

- Oups, désolée !

Et je file avant que n'importe lequel des excités ici présent ne décide de se venger. Je viens certes de leur sauver la vie mais tous n'ont pas forcément l'intelligence nécessaire pour s'en rendre compte.

Je remonte vite-fait dans la salle commune pour me barricader dans mon canapé préféré, en mode chat sauvage qui crache sur tout être vivant qui s'approche. J'en ai marre d'entendre ce mot : ce soir. Ils sont tous brûlants d'impatience, attendant vingt heures pour sortir leur déguisement et les bouteilles de bières. Je ne compte plus les gens qui m'ont dit on se voit ce soir Lily ! d'un ton enjoué horripilant. Même Olga m'a sorti un truc comme Kocham swój sweter (2) et je suis sûre que ça a un rapport avec la soirée d'Halloween !

Bref - les heures passent et je reste fidèle à moi-même, dans mon canapé en compagnie de mes provisions et personne n'a intérêt à m'adresser la parole. Grr.

- Tu ne peux pas te terrer ici toute la soirée, Lily.

(Mary qui vient secourir la brebis égarée, quelle grandeur d'âme !)

- En fait depuis que les philosophes ont inventé le libre-arbitre, je crois que je peux faire à peu près ce que je veux.

- Je suis sérieuse. Il y a un buffet à volonté.

Ha ha ha. Je ne suis pas corruptible !

- Des fondants au chaudron, du pudding, des réglisses,...

- Je ne t'écoute pas !

- Des... patacitrouille ?

- Hein ?

- Oui Lily, des dizaines et des dizaines de patacitrouilles empilées, d'un orange sans concession. Te souviens-tu de cette saveur si particulière, Lily ?

Patacitrouille.

Te laisse pas avoir ! Cette blonde si adorable est un être obscur ! Elle ment !

PATACITROUILLE !

Oh et puis scroutt.

- D'accord. Je descends, je vole toutes les patacitrouilles que je peux et je remonte aussitôt me coucher, compris ?

Mary me répond par un sourire et me tend la main pour m'aider à me relever. Je l'ignore fièrement parce que je ne suis pas encore complètement handicapée et je finis par la suivre vers la grande salle. Je suis faible. Il est vingt heures passées depuis longtemps et Poudlard a définitivement basculé dans une autre dimension.

Débarrassée de ses quatre tables immenses, la grande salle paraît d'une largeur démesurée. Mary ne m'a pas menti à propos du buffet et des mets qui s'y entassent, appétissants et colorés. Une musique rock retentit, les lumières dansent et autour de moi, des dizaines de vampires, squelettes, fantômes et même quelques licornes commencent à faire la fête. Ironiquement, pas un seul sorcier à l'horizon. Mis à part moi-même.

Dans le monde où je vis, être normale équivaut à être originale. Vous n'imaginez pas à quel point ça me désole.

Heureusement, je viens de repérer la table des patacitrouilles. Ca me remonte le moral d'un coup et je m'y précipite en me léchant les babines. Oh Merlin, une patacitrouille géante juste devant moi. Est-ce que je suis en train de rêver ?

Ah non, autant pour moi, c'est juste Peter déguisé en grosse courge orange. Enfin, j'imagine.

- Fais gaffe, lui ai-je conseillé. On te confond avec le buffet derrière.

- Tiens Lily, tu n'es pas déguisée ?

- Mais si enfin, j'ai même mis mon chapeau pointu !

Je prends une patacitrouille et la dévore en observant distraitement les danseurs sur la piste. Je me sers un verre d'un liquide orange - pour rester dans le thème - et le bois d'un coup. Dumbledore l'ignore sans doute mais les boissons qu'on sert au bar sont loin d'être sans alcool. Je soupçonne Potter et sa bande d'y avoir versé plus de whisky pur feu que nécessaire. Ma tête commence déjà à tourner.

- Voudriez-vous vendre votre âme au diable, belle demoiselle ?

- Retourne en Enfer, Potter.

Je me ressers du truc orange. J'en ai sérieusement besoin.

Potter, lui, est déjà largement éméché. Une de ses cornes est de travers, son maquillage a coulé et il a cessé depuis longtemps d'être crédible. Pourquoi je n'attire que ce crétin ? Mais je sens que je touche le fond quand une musique spécialement conçue pour les danses sexy à deux retentit dans la salle. En face de moi, Lucifer m'adresse un sourire.

- Tu danses, Lily ?

Je regarde la piste. Parmi ceux qui s'y sont risqués, Remus et Mary bougent tendrement l'un à côté de l'autre tandis que Sirius et Olga ont commencé une chorégraphie dangereusement suggestive.

- Jamais avec les mauvais garçons, ai-je répondu.

Je lui tends un verre de liquide orange pour qu'il puisse noyer sa peine dans l'alcool et profite qu'il s'étouffe pour me précipiter sous la table. Pas très classe comme technique de fuite mais plutôt efficace.

- Elle a disparu ! s'écrie-t-il. Lily ! Es-tu réelle, Lily ?

L'alcool est nocif même pour ceux qui n'ont plus rien à perdre.

Contre toute attente, ma cachette est plutôt agréable. J'ai eu la présence d'esprit d'emporter avec moi quelques patacitrouilles et cela suffit largement à mon bonheur. Quant à Potter, je n'entends plus sa voix hystérique alors je suppose qu'il s'est enfin trouvé une nouvelle victime.

- C'est agréable là-dessous ?

Je sursaute. Quelqu'un vient de soulever la nappe, plus précisément un mec déguisé en lutin qui paraît délicieusement perplexe.

- Je cherchais ma boucle d'oreille, ai-je marmonné.

- Depuis une demi-heure ?

- Est-il nécessaire de m'enfoncer maintenant, Mr le Lutin ? je supplie avec une grimace.

L'autre se contente de m'inviter à sortir de ma cachette avec de grands éclats de rire. Avec la chance que j'ai, je suis encore tombée sur un demeuré. Au fond, je n'ai pas grand chose à dire étant donné qu'il m'a trouvé sous la table à la soirée d'Halloween. Je suis tentée de lui préciser que j'ai bu très peu d'alcool mais les chances qu'il me croit sont très minces. Je me contente donc d'un sourire gêné.

- On ne s'est pas déjà rencontré quelque part ? je demande.

Oh, le truc orange est plus chargé que je ne le croyais. Évidemment qu'on s'est déjà rencontré quelque part, Lily, on étudie dans la même école ! Et puis, soudain, je me rappelle d'où je le connais.

- Tu es ce Serdaigle du cours de potion !

(Et dont je ne suis pas fichue de me rappeler du nom - que je n'ai d'ailleurs jamais su.)

- Antonin, m'informe-t-il.

- Et moi c'est Lily.

- Je sais. Tu veux boire quelque chose, Lily ?

- Je ne sais pas si c'est vraiment raisonnable.

Antonin-le-lutin ne m'écoute pas et nous sert un verre de breuvage orange à tous les deux. Il me tend le mien et se prépare à trinquer avec moi. J'enfile le mien d'un coup. Au diable la raison, vive la débauche !

Je ne sais pas si c'est dû au fait que je ne me sois jamais pris une cuite de ma vie, mais l'ivresse a un pouvoir très inquiétant sur moi.

- Waouh Lily, s'exclame Antonin en fixant mon verre déjà vide. Enfin une fille qui sait boire !

- Détrompe-toi, je n'ai aucune idée de comment je suis censée vider ce truc. Du coup je fais juste comme si c'était de l'eau.

Mon nouvel ami éclate de rire.

- Tu sais, dit-il, je suis content de t'avoir trouvé. Je sais que ça peut paraître étrange mais... je n'aime pas vraiment ce genre de soirée.

Mon cerveau embrumé n'a qu'une pensée : copaiiin !

- Mec, tu parles à la fille qui a tenté d'empêcher ce désastre en faisant signer une pétition à des Serpentard.

- Je sais bien puisque je l'ai signé.

Il sourit malicieusement.

- Heureusement que ça n'a pas marché d'ailleurs, sinon je n'aurais jamais pu te rencontrer.

Comme mon lutin est du bon côté de la force, je lui pardonne volontiers ce genre de phrase bidon. Antonin saisit la bouteille de liquide orange et boit au goulot. La vache, il n'y va pas de main morte ! Il me la tend ensuite et je fais la même chose sans trop réfléchir.

- On s'y fait à ce machin, je marmonne. Bon allez ! Dis-moi, qu'est-ce que tu aimes à part repêcher les filles sous la table dans les soirées d'Halloween ?

- J'adore les échecs, dit très sérieusement Antonin. Sans vouloir me vanter, je suis plutôt bon dans l'imagination des stratégies les plus tordues qu'il soit. C'est peut-être pas très classe mais... je suis même président du club d'échecs.

- Oh, je vois... fascinant.

On parle ainsi de tout et de rien, de nos passions respectives et de nos haines quand une fille perd le contrôle de sa danse et vient s'écraser contre moi ; le contenu de son verre se déverse sur mon non-déguisement. Bizarrement, au lieu de m'énerver comme je l'aurais fait si j'avais été sobre - de toute évidence j'ai dépassé ce stade - une étrange euphorie s'empare de moi et je me mets à rire comme une conne et sans la moindre raison valable.

- Attends, me dit mon copain-lutin. Je vais arranger ça.

Avec un mouchoir, il frotte ma robe au niveau de mon ventre puis remonte doucement jusqu'à mes seins.

- Tu es vraiment très belle, murmure-t-il.

- Toi aussi. Tu as un sourcil plus haut que l'autre mais sinon ton visage est très harmonieux.

Non mais qu'est-ce que je raconte ? Sérieux, que quelqu'un m'arrête...

Soudain, je ne vois plus que ses lèvres dans mon champ de vision. Elles se rapprochent encore et encore et bientôt, c'est le contact. C'est humide mais pas désagréable et je lui rends son baiser. Nous restons à nous embrasser pendant plusieurs secondes avant que mon lutin ne soit brusquement rejeté en arrière. Je sursaute, essayant de comprendre la situation tandis que tout s'embrouille dans ma tête.

- Potter ?

Mes yeux m'informent - le poing encore en suspend en est une preuve - que Potter vient juste de foutre un pain au garçon que j'étais en train d'embrasser deux secondes auparavant. Il l'a probablement même frappé pendant que je l'embrassais, ce qui est tout sauf respectueux.

- Mais ça ne va pas la tête ? Pourquoi tu as fait ça ?

Mon nouvel ami n'y comprend rien et se lève avec difficulté pour faire face à son adversaire. Ni l'un ni l'autre ne sont très frais, mais je dirais d'après ses yeux que Potter a l'avantage de la colère. J'ai beau essayer de retenir son attention afin qu'il ne détruise pas physiquement Antonin, c'est peine perdue. Ce n'est pas moi qu'il regarde.

- Laisse-la tranquille, ordonne Potter avec autorité.

- Quoi ? T'es son père ?

- Potter ! je crie. Va-t-en !

Il s'approche cette fois si près que je peux sentir son haleine alcoolisée.

- Tu veux que je m'en aille pour le laisser t'embrasser impunément, Lily ? Dis-moi, n'est-ce pas un peu étrange qu'en deux ans de demandes régulières tu m'envoies encore balader, alors que tu connais ce mec depuis deux heures et qu'il a déjà fourré sa langue dans ta bouche ?

Ce salaud dépasse les bornes.

- Tu insinues que je suis une fille facile ?

- Ce serait moi que j'insulterais en disant un truc pareil. Allez dis-moi, puisque tu es parfaitement sobre ! Qu'est-ce qu'il a de plus que moi ? Il est riche, beau, célèbre, capitaine de son équipe ?

- Président du club d'échec ! je hurle.

Potter fait mine d'être impressionné.

- Ah, vraiment ? Et dis-moi vieux, tu ambitionnes de faire quoi plus tard ?

Pitié, qu'il réponde un truc classe...

- Apothicaire.

- Ca m'a l'air merveilleux ! Tu sais, tu m'as l'air sympa mais je te jure que si tu touches un cheveu de Lily, je t'aplatis ta tronche d'intello. Je ne crois pas que les potions te seront d'une grande utilité contre ça...

Potter avance vers Antonin avec un sourire carnassier inquiétant. Si je n'interviens pas tout de suite, ça va finir en massacre. Je ne sais pas ce qui lui prend mais Potter semble avoir perdu tout contrôle de lui-même.

- Désolée, dis-je à l'intention du lutin terrifié. Il a dû oublier de prendre ses médocs ce matin, je vais l'attacher quelque part pour qu'il se calme !

Où sont les stupides amis de Potter quand on a besoin d'eux ?

Je titube encore à moitié mais la crise du Gryffondor m'a quand même bien fait redescendre. J'agrippe son bras et le tire vers la direction inverse d'Antonin histoire d'éviter de le traumatiser davantage et accessoirement de lui sauver la vie. Potter proteste au début, encore en colère contre moi mais je ne cède pas.

- Tu es complètement dingue !

La musique retentit tellement fort qu'il ne m'entend même pas. Je l'entraîne hors de la grande salle parce que là, il faut vraiment qu'on discute.

- J'ai envie de vomir.

Ce sont les premiers mots qu'il m'adresse une fois sortis. Je lui propose joyeusement de s'asseoir sur le rebord de la fenêtre et m'éloigne le plus possible de lui. Ma robe est déjà tachée, merci.

- Répète après moi, Potter. Je ne t'appartiens pas ! Tu entends ?

Je pourrais aussi bien lui demander de réciter l'alphabet à l'envers, ce serait pareil. Il est complètement déconnecté.

- Okay, laisse tomber. Je t'engueulerai demain. Si je m'en rappelle.

Et j'espère que j'aurais tout oublié d'ici là, sincèrement. C'est trop perturbant. Je n'aurais jamais dû venir à cette satanée fête et Potter n'aurait jamais dû l'organiser. Comme d'habitude, je suis clairvoyante. O joie !

- Allez Potter, ramène-toi. On retourne en piste.

Je n'ai aucune envie de passer deux secondes de plus avec ce cinglé. Heureusement, Olga et Sirius surgissent soudainement dans mon champ de vision, probablement en train de chercher une salle vide pour passer à l'acte.

- BLACK ! je crie.

Il se retourne et son sourire découvre des canines bien tranchantes. Charmant déguisement.

- Czego chcesz (3) ? demande Olga.

- Emmène ton pote se coucher, dis-je à Black, complètement épuisée. Je ne suis pas sa baby-sitter.

- Nie martw się. Kochaj później (4).

- Bien sûr beauté.

Je laisse Kowalkowski, Black et Potter livrés à eux-mêmes et je me dépêche de retourner dans la grande salle. Aucun lutin à l'horizon, Potter a bien réussi son coup. Il va me le payer.

Je monte jusqu'à la salle commune en essayant de bien marcher droit et une fois arrivée au dortoir, je m'affale sur mon lit avec un soupir de bonheur. Je ne boirais plus jamais une goutte d'alcool. Jamais, jamais, jamais.

Oh Merlin, je vais payer un sacré mal de tête demain !


J'ai failli ne pas donner la traduction... Mais comme maintenant c'est galère avec la suppression du copié-collé, je me sens un peu obligée. J'espère que personne ne parle couramment cette langue, c'est carrément du massacre. ;)

(1) Je ne comprends pas ce que vous dites.

(2) J'adore ton pull.

(3) Qu'est-ce que tu veux ?

(4) T'inquiète, on fera l'amour plus tard.

Le prochain chapitre s'intitule : Amour, bonheur et gueule de bois !