CATCH 22

Une fiction de Jad-fic

Une traduction de: Orin-Rwo.L.


Chapitre Second :

Une catastrophe, cette correspondance.


Bon, je retire ce que j'ai dit, tu es déjà obsédé. Et bien sûr que j'y ai réfléchi. C'est juste que je n'ai pas assez consacré de mon temps libre à regarder sous les jupes (ou les chemises) pour pouvoir écrire un putain de roman sur le sujet.

N'as-tu jamais envisagé d'exprimertes désirs à quelqu'un ? Je veux dire, à quoi ça sert d'y passer autant de temps si tu n'arrives à rien ? Et comment peux-tu savoir ce que tu aimes rien qu'en y pensant ? Sans même l'avoir essayé ? Ce n'est peut-être pas aussi rose que ce que tu l'imagines.

Je commence à croire que l'on en fait, en général, un peu trop sur le sexe.

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Le pot en redemande au chaudron ? Je t'ai demandé ce que tu aimes et je me retrouve à devoir donner des détails et à m'entendre dire ce que je dois faire. Comment peux-tu penser que l'on en fait de trop sur le sexe ? Tu es encore vierge ! À quel genre de masturbation insipide te livres-tu ? Non, en fait, ne réponds pas. Et je te ferais dire que mon inventivité dans le domaine ne tarit pas. Comment le sais-je ? Je le sais et je peux te le prouver. En fait, je prévois de le faire, parce que sinon je me sentirais responsable de ton retardement sexuel.

Ah oui, un conseil : n'ouvres pas ma prochaine lettre avant d'être seul.

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Cette lettre arrive deux heures après la première. Harry est tenté de l'ouvrir pendant le cours d'histoire de la magie, sa dernière classe avant le dîner, mais Ron essaye de jouer au pendu pendant que Binns flotte au loin, et Harry décide qu'il est peut-être plus sage d'attendre après le dîner.

Plus tard, après avoir déserté la salle commune pour se coucher 'de bonne heure', Harry est très heureux d'avoir suivi le conseil de son correspondant. La lettre est très longue, peut-être plus longue que toutes celles qu'il a déjà reçues mises bout à bout. Par sécurité, il ferme les rideaux de son lit avant de s'allonger sur le dos, au-dessus de son duvet, la tête appuyée sur quelques oreillers, et la baguette levée vers la lettre pour qu'il puisse lire la fine écriture qui est maintenant devenue familière.

Juste, au passage, je n'ai jamais baisé avec qui que ce soit pour l'instant. En fait, je n'ai jamais dit toutes ces choses-là à qui que ce soit, sauf à toi bien sûr. J'aimerais bien, mais comme tu l'as si finement fait remarquer, ce n'est pas quelque chose que l'on divulgue dans une conversation polie.

Que faire, alors ? Écrire à une espèce de morveux qu'on ne connaît pas, je suppose. Et j'espère que tu lis ceci seul, comme je te l'ai conseillé, sinon tu risques de faire face à des questions dérangeantes. Je n'ai aucune idée de la raison pour laquelle je te donne tous ces détails. Peut-être que mon père a raison et que je n'ai aucune honte. Je ne le vois pas comme un défaut pour autant.

Tu veux savoir comment je peux aimer quelque chose sans l'avoir essayé ? Et bien c'est simple, je l'ai essayé. Je fais tout ce que je peux par moi même et j'utilise mon imagination pour combler les trous. Ça marche à fond. Tu sembles manquer d'imagination sur les détails, je vais donc t'en donner. Je veux que tu lises ceci en pensant que quelqu'unte l'inflige. Je veux que tu te l'infliges à toi-même. Fais-le, et je te promets que je n'aurais pas seulement prouvé que j'ai raison, mais que ton pauvre derrière connaîtra la meilleure branlette qu'il n'ait jamais eue.

Harry fixait la lettre avec incrédulité. Il blague. Il doit être en train de blaguer, n'est-ce pas ?

J'aime bien faire monter la sauce, et c'est pour cela que tu dois commencer simplement. Enlever ta chemise, par exemple. Mais sans te presser. Ne fais pas que de l'enlever. J'aime la sensation de mes doigts quand ils parcourent ma poitrine, défaisant un à un les boutons de ma chemise, effleurant occasionnellement ma peau. J'aime la sensation du tissu lorsqu'il se dérobe...

Mon dieu. Il ne blague pas. Harry sait pertinemment que son cou et ses joues sont devenus rouges, mais il finit par relire le paragraphe, en faisant semblant de ne pas en croire ses yeux pour ne pas s'avouer qu'il est avant tout curieux.

Je suis archi chatouilleux, je t'assure. Même le plus fin toucher me fait un effet. Il me plaque contre le mur.

Harry ne comprend absolument pas pourquoi, mais ces petits détails l'excitent énormément.

Et puis, franchement, ça ne peut pas faire de mal ? Ce gars ne sait pas qui il est, et Harry n'a aucune raison de se sentir gêné, pas dans l'intimité de son dortoir, seul et heureusement ignorant de l'identité de l'écrivain. Il peut imaginer que c'est une personne dont il a envie.

Bon sang, mais comment peut-il envisager de faire ça ? Il doit être fou. Complètement fou.

J'aime poser ma main sur ma poitrine, lentement mais sûrement, conduire mes doigts plus bas, en traversant mon abdomen. Lorsque j'ai compris que tu aimais voler, j'ai supposé que tu jouais dans l'une des équipes. Je souhaite te dire une autre chose sur moi. - Moi aussi. Et à cause de cela, je sais que tu n'es ni un mollasson ni un khâgneux. Je sais quel plaisir cela procure de laisser courir la chair de ses doigts sur sa poitrine et sur son abdomen, de suivre les lignes de ses hanches jusqu'à l'aine. Laisser les doigts passer par dessous la ceinture, frotter et titiller la peau qui s'y trouve. Personne ne te touche ici, pas même par inadvertance – cette peau est toujours couverte, toujours cachée – et la toucher, c'est comme laisser quelqu'un mettre le feu à ton sang pour t'infliger ce plaisir. C'est comme ça que je le ressens, en tout cas

Putain, as-tu une quelconque idée de la difficulté de faire cela à une main, tandis que l'autre est occupée à t'en donner un commentaire ? Je mérite une foutue récompense pour mon habilité multitache invraisemblable.

Peu importe qui il est, le correspondant de Harry a sans aucun doute raison sur une chose : le Quidditch a produit des changements substantiels dans le corps d'Harry – par rapport au garçon qui, sept ans plus tôt, vivait dans un placard– même si Harry n'a jamais pris le temps de noter ces changements. Harry relit le paragraphe plusieurs fois en imitant les mouvements décris – de lents et délibérés mouvements, des touchers légers comme la plume, des mains parcourant la longueur de son corps... – il n'est pas chatouilleux, mais les caresses sont si... si... agréables. Pourquoi diable n'a-t-il jamais pris le temps de faire ça avant ?

Est-ce que ce gars a écrit ça en... le faisant lui-même ? Harry se mord la lèvre inférieure, pour tenter de se calmer, et reprend sa lecture.

Je pense que tu es couché. Un conseil : essaye de le faire debout. Trouve-toi un bon mur bien solide et adosse-toi y. Je suis tout à fait sérieux. Vas-y, maintenant, et fous ton cul contre le premier mur que tu trouves. Ne t'avise pas de continuer à lire avant de l'avoir fait. Tu me remercieras après.

Arrivé à ce point, Harry est largement dépassé par la situation. Mais quand même, un mur ? En dehors de l'intimité de son lit ? Et si quelqu'un entrait ? Et comme si la lettre avait prévu ce genre d'appréhension, elle continue ainsi :

N'ait pas peur que quelqu'un te trouve. Fais-moi confiance, si quelqu'un te trouve dans une telle position, à n'en pas douter, tu me remercieras plus tard.

Il n'y a vraiment aucune excuse à l'insouciance dont Harry fait preuve lorsqu'il sort de son lit, et qu'il s'adosse au mur près de la fenêtre. Et comme si cela ne suffisait pas, juste en face de la porte d'entrée. Je ne peux pas croire que je suis en train de faire ça...

À présent, écarte tes jambes en gardant tes épaules contre le mur... parce que tes genoux n'arriveront pas à te porter seuls, crois-moi. Continue d'utiliser tes mains pour parcourir tes flancs puis ta poitrine, laisse ta paume et le bout de tes doigts tracer toutes les formes... Fais courir tes doigts le long de la clavicule, le long de tes épaules... dirige ta main vers le côté de ton cou, jusque dans tes cheveux, emmêle-les avec tes doigts, tire juste assez fort pour mettre ta tête en arrière... laissant ta bouche s'ouvrir pour pouvoir gémir... - c'est le moment où tu t'occupes du son, d'ailleurs. Et n'essaye pas de jouer au prude encore une fois, ou tu ferais mieux de ne pas continuer à lire. Si cela t'aide, mes camarades de chambres doivent m'entendre de la salle commune. J'espère bien qu'ils le peuvent, étant donné les efforts que je fais.

S'en est presque inquiétant, de voir combien les descriptions sont exactes, combien ce con sait que toucher ses cheveux le ferait gémir... Harry sourit malgré lui, se demandant combien de fois ce gars s'est adonné à ce genre de choses pour les avoir si bien mémorisés.

Garde cette main dans tes cheveux, pour maintenir ta tête en arrière, comme si je te tenais. Je te tiens contre ce mur, tout en respirant dans ton cou, alors que je glisse ma main sur ta poitrine à nouveau, mes doigts glissent sous la ceinture de ton pantalon, touchant la peau juste en dessous. Je suçote ton cou de haut en bas alors que je défais ta braguette, et que je descends un peu ton pantalon.

Est-ce que tu le sens ? Le plat de ma paume contre toi ? Je ne peux pas imaginer à quel point tu dois bander à présent. Ne te précipite pas – la meilleure partie d'une bonne masturbation c'est de prendre le temps qu'il faut, et d'envoyer le reste du monde se faire foutre. Je veux que tu ne te concentres que sur ton corps comment ta main te dévêtit peu à peu, exposant ton corps à tout le dortoir, à celui qui sera assez chanceux pour entrer maintenant.

Je veux que tu penses au moment où tu embrasses quelqu'un, quand sa langue se glisse à côté de la tienne, à quel point c'est délicieux et chaud et mouillé, à quel point cela te laisse étourdi et satisfait et presque en apesanteur. Ça, je veux que tu y penses alors que ta main fait des vas et vient sur ton membre comme si c'était une putain de sucette - parce que tu peux être sûr que si je savais où tu étais, je serais à genoux comme une bonne grosse pute et que tu me supplierais d'en faire davantage.

Harry laisse échapper un sourd gémissement compulsif à cause de la lettre, l'imagination et ses attentions convergeant vers son abdomen, qui n'en peut plus. Bon sang, ça fait bien trop longtemps qu'il ne s'est pas autorisé à faire un truc comme ça, et il ne se rappelle pas être jamais allé si loin.

Les branlettes sont toujours limitées aux douches – individuelles – ou, avec un peu de chance, une petite derrière les rideaux pendant que tout le monde est dehors. Le faire debout en plein milieu de son dortoir est hors de question, gémir comme une pute n'est certainement pas en option, mais putain de bordel de merde, il ne peut pas s'en empêcher. Plus il lit, plus il est difficile de rester silencieux, et qu'ils aillent tous se faire foutre – c'est tellement satisfaisant que sur le moment, Harry s'en branle qu'on puisse l'entendre. S'ils étaient tous entrés, à ce moment, ils auraient assisté au spectacle, parce que bon sang, il n'est pas près de s'arrêter.

La seule chose qui manque, c'est que je sois là pour t'entendre quand tu jouiras. Je suis tellement tenté de te dire mon nom juste pour savoir que tu le crieras, qui que tu sois.

Est-ce que tu me crois à présent ?

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Le lendemain matin, Harry se lève et s'habille rapidement, puis il attrape son sac avant de descendre pour le petit déjeuner. Alors qu'il approche de la table des Gryffondors, il souhaite soudainement avoir pris la décision de sauter le repas, car les regards curieux et les sourires narquois de ces camarades sont plus que suggestifs.

« Salut, Harry » dit Ron gaiement. Il se décale pour faire de la place entre lui et Hermione – qui parcoure des yeux la gazette.

« Euh » répond Harry, avant de prendre place avec un regard méfiant. « Bonjour »

« Dure nuit ? » demande Hermione l'air de rien, ses yeux innocemment dirigés vers le journal.

Seamus, Dean et Ron commencent en même temps à ricaner et le lait que Seamus boit ressort par son nez. Ron sourit largement et se replonge dans son porridge. Neville, quant à lui, tente de regarder ailleurs en triturant son toast.

« Désolé » dit Harry avec une pointe d'agacement. « Est-ce que j'aurai loupé quelque chose ? »

« C'est nous qui avons apparemment loupé quelque chose » dit Seamus, qui renifle toujours.

« Je ne savais pas que tu l'avais en toi, Harry » ajoute Dean avec un grand sourire, avant de passer sa main derrière Ron pour donner à Harry une grande tape dans le dos.

« Alors Harry, qui est l'oiseau ? » l'interroge Ron

« Quoi ? Qui ? » demande Harry. L'oiseau ? Mon Dieu, non... ils... ils n'ont pas pu...

« Roh, franchement, Harry » dit Hermione, qui repose sa gazette, sans doute d'impatience. « Ça ne sert à rien de jouer à l'imbécile. Toute la salle commune pouvait t'entendre hier soir ».

« Elle a dû envoyer plus tôt au lit les premières et deuxièmes années » l'informe Dean avec joie.

Oh, mon dieu. Harry a soudain envie de se noyer dans le porridge de Ron.

« Peut-être que tu ferais mieux de cacher ça » dit Seamus en indiquant la couleur tomate des joues de Harry.

« Oh, allez, laissez-le tranquille » les réprimande Ron avant de se tourner vers Harry. « Alors, c'est qui ? » demande-t-il en tapant Harry dans les côtes. « C'est une chaudasse ? »

« Elle est dans notre année ? » demande Dean

« C'est Ginny ? » demande Seamus.

Ron et Dean ont tous deux l'air sérieusement alarmés par cette suggestion – l'idée que leur petite sœur ou ex-petite-amie aie participé au fiasco de la nuit dernière étant visiblement déconcertante

Harry secoue sa tête avec ferveur. « Non ! Non, non, ce n'est pas Ginny – Non ! » proteste-t-il au sourcil interrogateur et suggestif de Ron. « Demandez-lui – Je veux dire, non, non » ajoute Harry, horrifié d'avoir proposé une telle chose.

« Vous êtes tous vraiment horribles » les informe Hermione. « Harry a déjà une vie privée assez réduite pour ne pas avoir besoin que vous y fourriez en plus votre nez. »

« Une vie privée ? » demande Seamus « Même la foutue Grosse Dame pouvait l'entendre ! »

« Fourrer notre nez ? » s'insurge Ron « Si Harry avait voulu que cela soit privé, il ne l'aurait pas fait partager à toute la Tour ! »

« Il n'empêche, » dit fermement Hermione, en les faisant se taire. « Que si Harry souhaite garder pour lui l'identité de cette fille, il en a parfaitement le droit. »

Harry sent une telle vague de reconnaissance envers Hermione qu'il ne peut même pas l'exprimer. Il mange rapidement, utilisant l'excuse de devoir finir un devoir... ( « ouais, tu étais trop occupé la nuit dernière », ricana Ron)... pour se replier dans la bibliothèque et écrire rapidement une lettre qu'il dépose en passant dans le bureau de McGonagall.

Espèce de fils de pute perverti. J'espère que ta dernière lettre te garantira le plus bas fond de l'enfer.

Oui, je te crois. Argument prouvé. Je te crois. Je te crois. Je te crois. Et à présent, toute ma maison pense qu'il y avait une orgie dans mon dortoir la nuit dernière. Ne me refais jamais ça, espèce de bâtard.

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Ha ha. Je t'ai dit que je savais ce que je voulais. Et ce que tu veux aussi, apparemment. Et si c'est tout ce qu'il faut pour avoir sa place en enfer, ils sont probablement surchargés. Je me demande combien d'autres correspondants se servent de ces lettres comme exutoire pour leur frustration sexuelle. Qu'en penses-tu ? Nous ne pouvons être les seuls, à moins que j'aie été vraiment mal informé.

Est-ce que tu es sûr que tu ne veux pas que je recommence ? Jamais ?

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Je n'en sais rien. Je ne sais pas ce que je veux. Je veux me sentir bien, je pense, et c'était franchement super. Si nous sommes les seuls à faire ça, j'ai encore moins de chance que je ne le pensais.

Et oui, je suis sûr de ne pas vouloir que tu le refasses. Jamais. Et non, je ne suis pas honnête avec toi. Est-ce que cela répond à ta question ?

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Décembre, 1998

Est-ce que tu es toujours aussi cohérent après avoir pris du bon temps ?

Plus que deux semaines avant les vacances.

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Est-ce que tu veux recommencer ?

Ce n'est pas trop tôt, ça aussi. Je te jure que les ASPICS viendront à bout de ma raison. Je reste ici cette année pour rattraper mon retard. Tu rentres chez toi ?

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Pourquoi poses-tu des questions dont tu connais déjà la réponse ? Je pensais que tu aurais fini tes pudibonderies, depuis le temps.

Je suis supposé rentrer. Ma mère monterait sur ses grands chevaux si je ne le faisais pas. Mon père s'en foutrait, probablement. Les ASPICS ne sont pas si terribles. Ce qu'il faut se dire, c'est que le mieux on les réussira, le mieux on s'en sortira, après. Sais-tu ce que tu vas faire après Poudlard ?

Tes parents ne veulent pas te voir ?

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Je pense que je n'ai pas envie d'avoir d'attente sur quelqu'un que je ne suis même pas capable de nommer, c'est tout.

Ma famille, si tu peux les appeler ainsi, aurait des anévrismes si je me montrais six mois plus tôt que prévu. En fait, considérant que je suis majeur, je n'envisage pas de remettre le moindre pied sur le seuil de leur porte. Alors non, je reste. Je te dirais bien de dire bonjour à ta mère de ma part, mais elle voudrait sans doute quelques explications, ce qui, nécessairement, soulèverait encore le problème de l'anonymat. Non, je ne sais pas ce que je vais faire. Je le redoute plutôt, si j'y pense.

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Oh, c'est tout ce qu'il te faut, un nom ? Tu peux m'en donner un si ça t'aide. Appelle-moi – Socrate.

C'est drôle, comment ce problème d'anonymat peut s'avérer pratique et gênant à la fois, non ? Je ne te mentionnerai pas de toute façon. Je pense que ma mère a toujours voulu plus d'enfants, ou quelque chose comme ça, parce qu'elle s'est donné pour tâche de gâter tous mes amis. Si elle savait que tu existais, elle t'achèterait des bonbons ou je ne sais quels trucs et insisterait probablement pour que je te ramène à Noël. Pas d'offense, mais si je ramenais un petit ami à la maison, mon père nous tuerait tous les deux.

Tu sembles avoir de sérieux problèmes familiaux. Je ne crois pas avoir un jour rencontré quelqu'un aussi pressé d'échapper à son entourage. Quel est le problème ? Ils sont Moldus ?

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Quand sommes-nous devenus amis, déjà ? Enfin, peu m'importe. Je pense simplement que tu ne peux pas employer ce mot pour quelqu'un que tu n'as jamais rencontré, non ?

Cela a-t-il une grande importance ? Je ne veux pas parler de ma famille. Je ne la considère même pas comme ma famille. Je ne l'ai jamais considérée comme ma famille, en fait.

Ta mère à l'air sympa. Socrate, hein ? Je ne pense pas. Tu es plus un genre de Steve, ou quelque chose comme ça.

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Eh bien, comment pourrais-je t'appeler autrement ? Mon prostitué via hiboux ? Ça irait parfaitement à mon père, j'en suis sûr. Franchement, je suis en train de rouler des yeux, tu vois ? Je ne vois pas pourquoi on ne s'appellerait pas comme ça. Tu en sais plus sur moi que mes amis. Du moins, sexuellement parlant. Je ne suis pas sûr que ça compte, mais quoi qu'il en soit, ça compte pour moi.

Elle est sympa. Elle fait de la bonne ambroisie. Je t'en enverrais un peu si je ne me savais pas trop égoïste pour tout manger. Mon père est un peu un con, mais je pense qu'il veut bien faire. Il ne nous tuerait pas si je t'amenais à la maison. Juste moi, peut-être.

STEVE ? Au nom de merlin, que t'ai-je fait pour mériter un nom aussi moche et aussi banal que 'Steve' ? Steve. Je ne pense pas avoir été plus insulté de toute ma vie. Si je savais qui tu étais, je te traquerais et te tuerais jusqu'à ce que tu sois désolé. Va te faire foutre, espèce de connard. Et ne crois pas que je ne sache pas que tu es en train de rigoler.

Pour répondre à ta précédente question : oui, je veux le refaire. En fait, je l'ai déjà refait, je ne te l'ai simplement pas dit. Je veux te le dire. Et je veux que tu me dises ce que cela te fait. Parce que tu ne l'as jamais fais, et je trouve ça injuste. Je n'aime pas les relations à sens unique, même anonymes.

Sais-tu ce que tu veux, pour l'instant ?

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Je pense que tu es rentré chez toi. Apparemment, je peux toujours t'envoyer des trucs, même si je ne sais pas quand ça t'arrivera. On verra.

D'accord, j'ai menti. Tu n'es certainement pas un Steve. Mais pas non plus un Socrate, bien que je sois contrit de devoir percer ta petite bulle. Alors que sommes-nous? Des amis avec bénéfices ? Je crois que je peux vivre avec ça.

J'y ai pensé. Je ne sais pas ce que je veux, mais je sais que j'ai envie de ressentir à nouveau ce que j'ai ressenti. Je ne peux pas te donner de meilleure réponse. Et je suppose qu'effectivement, ce n'est pas juste, mais je ne t'ai jamais rien demandé, rappelle-toi. Je ne me rappelle pas vraiment des détails. Je sais que je n'arrêtais pas de me demander ce que ça ferait si quelqu'un le faisait vraiment. Je me rappelle que c'était complètement incroyable et que les jours suivants, je ne pouvais m'arrêter de penser à toi. Je ne sais même pas à quoi tu ressembles et pourtant, je rêve de toi.

Comment as-tu fait ? Ça m'a littéralement cloué au mur. Et j'avais des bleus pour le prouver.

Est-il possible que quelqu'un que tu n'as jamais côtoyé te manque ? Nous n'avons fait qu'échanger des lettres, et pourtant j'avais ce sentiment de proximité avec toi. Maintenant que je n'ai aucune idée de l'endroit où tu te trouves, je pense que tu me manques. Peut-être que le silence me pèse, Poudlard est si triste pendant l'hiver.

Joyeux Noël

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Joyeux Noël. Bonne pêche cette année ? Je pense que mon père à l'impression qu'en devenant plus vieux, je n'ai plus besoin d'être gâté. Je suppose que c'est pour cela que nous avons des mères.

Tu es tellement sincère que ça m'en rend presque malade. C'est une belle qualité, soit dit en passant. C'est juste que je n'arrive pas à gérer ce genre de chose. Une personne normale dirait simplement « Merci, tu me manques aussi », mais je suppose que c'est ma propre réserve.

Et pourtant, tu sais ce qui me préoccupe tout le temps. Je pensais qu'en t'en parlant cela s'arrangerait, mais j'ai eu tort. Maintenant j'y songe encore plus. Tout le temps. Et je pense à toi. Et cela me rend dingue.

La moitié des vacances s'est déjà écoulée, ne t'inquiète pas. C'est inconvenant. Je suis juste à deux ou trois cents de kilomètres de toi. Un bon hibou fait ça en quelques heures.

Je suis impatient de te causer plus de bleus. Je devrais, c'est vrai, me sentir coupable pour le mur.

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Être inquiet est inconvenant, mais faire jouir des mecs anonymes, ça ne l'est pas ? Ta logique semble un peu approximative. Et je suis impatient d'abuser du mur.

Tu sais, puisque les vacances sont terminées, nous n'avons plus à rester anonymes. Je veux dire, je ne sais pas si nous le devrions, ou même si je le veux. Mais nous le pouvons. Tu y as pensé ?

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Janvier 1998

Oui, j'y pense depuis octobre, en fait.

Et je continue à y penser. Chaque fois où je pense pouvoir vivre avec moi-même cependant, d'autres doutes s'installent. Veux-tu vraiment savoir qui je suis ? Mettre un visage et un nom sur tout ça ? Je pourrais te dégoûter. Je pourrais être quelqu'un que tu exècres. Pense à toutes ces personnes que je pourrais être. Quel serait ton sentiment, alors?

As-tu déjà pris le Poudlard express pendant les vacances ? Si l'on considère tes remarques sur ta famille, je ne pense pas. C'est beaucoup plus beau lorsque les cris des premières années ne sont pas là pour gâcher le paysage enneigé. C'est une bonne atmosphère pour écrire une lettre, en tout cas.

Ma logique ne souffre aucune approximation, elle est juste partiale. Je pensais au mur, aujourd'hui. Il ne faudrait pas entrer dans une routine, non ? Que dirais-tu d'un bureau ?

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Octobre ? Ton obsession est malsaine, j'espère que tu t'en rends compte.

J'y avais pensé. Mais la façon dont je le vois, c'est qu'après tout cela, il n'y a aucune chance pour que tu me dégoûtes. Je ne pourrais pas te haïr si je le voulais. De toute façon, je doute que tu sois comme ça. Tu n'as pas l'air de quelqu'un que je n'aime pas.

Non, je n'ai jamais pris le Poudlard Express en dehors des débuts et fins d'années. Ça à l'air beau, cependant. J'aimerai bien y être avec toi.

Un bureau pourrait s'avérer fort peu confortable – attends, un bureau comme « dans les dortoirs » ou comme « dans une salle de classe »?

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Tu es l'obsession, idiot. Peut-être que tu es simplement mauvais pour la santé à trop forte dose.

Je ne prends pas plaisir à le dire, mais ce que j'ai l'air d'être sur le papier et ce que je suis dans la réalité sont deux choses complètement différentes. Je m'exprime mieux sur le papier. Lorsque je parle, j'ai tendance à dire ce qui me vient à l'esprit, et beaucoup de personnes en sont offensées. Peut-être, après, que je parle aux mauvaises personnes.

J'aimerais bien que tu sois là, aussi. Je pense que j'aurais moins de réserve à te rencontrer si nous le faisions dans un endroit comme ça. Je ne pourrais m'enfuir nulle part sur le train. Le dernier de tes hiboux est arrivé rapidement, on doit presque être arrivé. Je devrai sans doute me changer.

Eh bien, cela dépend. Es-tu un exhibitionniste ? Et as-tu vraiment envie que toute ta maison pense qu'il y a eu une autre Orgie dans ton lit ?

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Je pense que tu parles aux mauvaises personnes. Parce que la façon dont tu te décris en réalité est la même que celle que j'utiliserai pour te décrire sur le papier. Tu as vraiment l'air d'écrire ce qui te vient à l'esprit, et il y a beaucoup de fois où c'est offensant. Enfin, tu vois ce que je veux dire. Tu as parlé de branlette dans ta troisième lettre, bon sang. Tu m'as ensuite envoyé une lettre – un livre – que l'on pourrait considérer comme de la pornographie littéraire. Beaucoup de gens trouveraient cela offensant.

Mais je t'écris toujours, n'est-ce pas ?

Je ne suis pas exhibitionniste ni n'ai l'intention de faire croire à mes camarades de chambre à une fantastique orgie. Ils pensent que je me suis fait une fille mystérieuse, car je sors du dortoir à chaque fois que je pense à toi. Et je pense souvent à toi.

J'ai pris ma décision, tu sais. De te rencontrer. Alors je pense que c'est entre tes mains, maintenant. De quoi as-tu peur ?

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Oui, tu m'écris toujours, et c'est un mystère que je n'ai toujours pas réussi à élucider. De la pornographie littéraire ? Je ne savais pas qu'une telle chose existait. Je le prends comme un compliment.

Oh, en es-tu certain? Je pense que je pourrai te transformer en exhibitionniste sans beaucoup d'efforts. Veux-tu aussi que je le prouve ? Tu sais que je le ferais.

Alors, tout est entre mes mains ? Pas trop de pression. De quoi suis-je inquiet ? Je suis inquiet d'avoir déversé mes sentiments non pas à un complet inconnu, mais à quelqu'un que je connais. Un complet inconnu, je m'en remettrai. Mais il reste deux ou trois gars que tu pourrais être et je ne serai pas capable de le supporter. Et comme c'est à moi de choisir, ce sera ma foutue faute si cela se produit, n'est-ce pas ?

Tu sais, ce qui est fou c'est que je pense que maintenant que je suis de retour, tu me manques plus que tu ne l'as fait pendant les vacances. Je retire ce que j'ai dit : tu n'es pas bon pour la santé, même à petite dose.

Si cela t'aide à te sentir mieux, cependant, je n'espère pas que tu aies de cure.

« Bouh ! »

Draco ne fait pas vraiment attention lorsqu'une grande chose noire surgit de l'ombre et lui saute dessus. Les lattes de son sommier craquent de protestation, et, de surprise, Draco lâche sa lettre, qui tombe sur le sol. Quelqu'un est assis sur son dos, les genoux sous ses aisselles, le clouant à plat ventre. Le quelqu'un ricane et ébouriffe les cheveux soigneusement peignés de Draco, les transformant en une masse de cheveux touffue.

« Putain, Zabini, trouve-toi une occupation! »

« Ravis de t'avoir de retour dans une si bonne humeur » Blaise se penche en avant, sa tête derrière l'oreille de Draco, et dit d'une voix sensuelle. « Et comment trouver de meilleure occupation que te molester, dragonnet ? »

Au cours des six ans et demi passés, que Blaise se glissât dans la pièce sans se faire remarquer, comme un félin prêt à bondir, est devenu une habitude. Ce jour-là, c'est sa façon de lui dire « Hey, tu m'as manqué » et Draco l'apprécie. Cependant, Draco se doit de faire comprendre à son ami sauvage qu'ébouriffer Ses Cheveux c'est simplement hors de Question.

« Touche encore une fois mes cheveux, Zabini, et je te castre avec une bouteille de Bièreaubeurre cassée avant de te faire manger les restes »

« J'aime quand tu me parles mal, bébé »

« Il a encore envie de... » murmure Draco, avant d'essayer de se relever. Blaise manœuvre son poids pour qu'il reste cloué.

« J'ai toujours envie », dit Blaise, en faisant l'ignorant. « Pour quelle sorte d'adolescent me prends-tu ? »

« Un bâtard ? » offre Draco. « Est-ce que tu vas bouger ? Je ne peux pas sentir mes jambes. »

« Je me sens bien, ici, » ronronne Blaise.

« Tu sens peut-être quelque chose, mais « bien » n'est sans doute pas le mot que j'utiliserais » Draco essaye à nouveau de se relever, puis de faire basculer Blaise sur le sol.

Blaise, étant le méchant, perfide et imbécile Serpentard qu'il est, prend avantage de la position de Draco pour le chatouiller.

« Putain ! foutu – va te – t'en ! »

Un semblant de chaos s'en suit et Draco se retrouve, une fois de plus, écrasé par son attaquant. Blaise sourit de triomphe et ébouriffe à nouveau ses cheveux, et Draco le menace de sous ses bras. « Je vais te tuer dans ton sommeil. » dit-il, bien que cette menace ait mieux marché si Blaise n'était pas son meilleur ami.

« Et puis, considérant l'importance que tu attaches à ton nom, tu es terriblement facile à soumettre » dit Blaise, les intentions lubriques qui brillent dans ses yeux se mêlent à ses paroles d'une façon particulièrement obscène.

Draco lève les sourcils. « Je crierai au viol ».

« Pffff, tu crierais bien quelque chose, mais je peux t'assurer que ce ne serait pas.. »

Draco se sert de cet instant d'inattention pour lancer son coude dans l'aine de Blaise. Blaise jappe et roule par terre, s'effondrant en une masse désordonnée de robes et de longs membres. Les Serpentards sont vraiment de mauvais, mauvais joueur, se dit Draco, qui se murmure à lui-même, en essayant de redresser ses cheveux avec ses doigts – sans remarquer que la tête de Blaise s'est tournée vers le côté pour lire quelque chose sur le sol avant qu'il ne soit trop tard.

Blaise s'assoit et lève les sourcils. « Oh... tu caches des choses. »

Bondissant, Draco saisit la lettre et se jette sur son lit pour l'enterrer sous l'oreiller. « Va te faire voir », dit-il sèchement en tournant la tête de l'autre côté.

« Tu ne vas pas te débarrasser de moi comme ça » ronronne Blaise avant de se mettre sur ses genoux, pour placer sa tête sur le creux du dos de Draco, qui est toujours allongé à plat ventre sur son lit. C'est une position très familière et Blaise est l'un des rares à avoir compris que Draco est plus à l'aise pour parler quand il n'est pas obligé de regarder quelqu'un dans les yeux. « Alors, qui est ce mec ? »

Draco marmonne un bon nombre d'obscénités parmi lesquelles Blaise repère quelques mots clefs : lettres, Dumbledore, désastre.

« Ah » dit Blaise, en comprenant, « Une catastrophe, cette correspondance ? »

Tristement, Draco hoche la tête.

« De qui as-tu peur ? »

« Quoi ? » Draco manque se retourner, mais il change d'avis et plonge sa tête dans l'oreiller.

« Tu as écrit qu'il y a deux ou trois gars que tu ne pourrais pas supporter, qui ? »

Draco y pense. Sa voix étouffée répond à travers l'oreiller, « N'est-ce pas évident ? »

Blaise prend un moment pour faire une liste de ceux que Draco déteste dans leur année. Cela prend un bon moment, et il lui faut du temps pour l'élaguer. « Weasley ? » offre-t-il « Longdubat ? »

« Les deux »

Il y a une longue et inconfortable pause. Blaise n'a pas besoin de lui demander qui est le troisième, il connaît déjà la réponse : Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononçer-le-nom-près-de-Draco.

« Penses-tu que ce soit lui ? » demande-t-il.

« Non, » dit Draco avec confiance « Bon sang, je suis certain que ce n'est pas lui. Il n'est pas ce genre de personne. Non, c'est quelqu'un d'autre ».

« Alors, de quoi as-tu peur ? »

Draco lève les épaules et replonge sa tête dans l'oreiller. D'une petite voix qui perce à peine le coton, Blaise l'entend dire « Et si c'était lui ? »

« Espèce d'idiot paranoïaque » dit Blaise. « Quoi qu'il en soit, je pense que tu devrais – tu sais, le rencontrer, qui qu'il soit. Je suis heureux d'avoir rencontré le mien. »

Draco roule sur lui même pour voir Blaise « Qui c'est ? »

Blaise lui sourit « Je pense que je vais t'épargner un autre anévrisme. »

« Tu es si prévenant... »

Lentement, le sourire de Blaise se fond en un regard pensif, qu'il dirige vers Draco - qui lève un sourcil.

« Est-ce que tu penses tout ce que tu as écrit ? »

Draco soupire et roule à nouveau. « Est-ce que tu n'as personne d'autre à molester ? »

« Ah la la, Malfoy » roucoule Blaise, et il se lève pour laisser tomber l'oreiller sur la tête de Draco « Tu en es sérieusement épris, alors. »