Chapitre 2
Oh, cher Dieu cria Harry dans sa tête. Un sentiment de terreur s'insinua en lui et lui noua l'estomac. Il regarda les deux officiers et répondit « Je suis Jason Green. Est-ce que je peux vous aider ? »
« Pouvons-nous entrer ? »
« Bien sûr » Harry se dégagea de la porte pour permettre aux deux officiers d'entrer puis ferma la porte derrière eux. Il ne bougea pas davantage. Il s'appuya contre la porte et les regarda avec attente.
« Monsieur, nous sommes vraiment désolés. M. Greg Peterson a été impliqué dans un accident ce matin. Il a été la victime piétonne d'un accident de voiture, il y a une heure… »
Harry n'écoutait plus. Il crut que son cœur s'était arrêté de battre. Il ne remarqua pas que son corps avait glissé le long du mur et qu'il était maintenant sur le sol dur. Une fulgurante douleur lui prit la poitrine, la tête, la gorge et les yeux. Brièvement il se demanda si Greg avait survécu à l'accident mais une froide raison lui rappela que les deux officiers ne seraient pas désolés pour l'accident s'il avait survécu et ils se dépêcheraient de le bousculer si Greg l'attendait à l'hôpital.
Il sentit que les policiers l'aidaient à s'asseoir sur le canapé. « Pouvons-nous vous apporter quelque chose Monsieur, ou appeler quelqu'un pour venir s'asseoir avec vous dans un moment si difficile ? »
« Que…euh… Non…Merci d'être venu. Je …J'ai besoin… » Harry ne pouvait arrêter ses larmes.
« Nous ne savons pas comment vous le demander Monsieur, mais nous avons besoin que vous veniez identifier le corps. Nous ne sommes pas obligés d'y aller tout de suite si vous ne vous en sentez pas capable. »
« Non, ça ira. Je vais me rafraîchir et me changer, je reviens. »
Harry pouvait à peine respirer alors qu'il se rendait à l'hôpital en voiture. Il pouvait à peine apercevoir ce qui l'entourait quand il entra dans la pièce où se trouvait le corps de Greg. C'était une chambre froide. Tout était si froid et stérile. Greg était allongé sur la table.
« Oh, mon Dieu. »
« Est-ce Greg Peterson, Monsieur ? »
« Oui, c'est lui. » Et il s'évanouit.
La semaine suivante il la passa dans un nuage de brume et d'inconscience. Les parents de Greg étaient venus pour être avec Harry et organiser les funérailles. Elles étaient prévues pour le dimanche que lui et Greg devaient passer en Ecosse.
« Merde, » Marmonna Harry. Il était assis dans son fauteuil et regardait fixement le feu. Il avait pris un congé et avait passé la semaine à pleurer et à boire. La chaise à côté de lui était affreusement vide. C'était la chaise de Greg. Ils avaient passé de nombreuses soirées ensemble à regarder le feu. Quand il faisait trop chaud pour allumer un feu, ils passaient leurs soirées à jouer à des jeux de plateaux ou assis à regarder la belle vue par la grande fenêtre. Ils prenaient plaisir à être ensemble et les mots n'étaient pas toujours nécessaires entre eux. Ils étaient heureux de partager un silence amical.
« Pourquoi m'as-tu quitté ? J'ai besoin de toi Greg. J'ai vraiment besoin de toi. Je t'aime…tant. Pourquoi a-t-il fallu que tu partes ? J'avais de grands projets pour nous. Alors encore une fois c'est ma chance qui tourne, hein ? J'ai perdu toute ma famille dans la guerre contre Voldemort. Maman, papa, Sirius. Beaucoup d'amis et de gens bien sont morts alors. Pour quoi ? Toutes les personnes qui me sont proches meurent. Pourquoi ? Est-ce que je ne mérite pas un peu de bonheur ? Juste un peu ? Je ne demande pas grand chose. Je veux juste Greg. Juste Greg. Juste une petite chose, juste une.
« Tu as toujours été mon héros. Toujours. Tu me sauvais quand je me noyais dans mes cauchemars. Tu m'as permis de ne plus me haïr. Peu de temps, j'ai oublié que j'étais Harry maudit Potter. J'ai oublié que j'étais celui qui avait Sacrément bien Survécu. Quelques temps, j'étais juste Jason Green, chimiste londonien, partenaire et amant de Greg Peterson. Je ne te méritais pas. Je ne t'ai même jamais donné d'explications. Je ne t'ai même jamais rien raconté. Je t'aimais mais je ne pouvais pas te dire qui j'étais. Je me sens comme soumis. Comment puis-je te demander de me pardonner ? Comment oserais-je ? M'aurais-tu pardonné ? Oui, je pense que tu l'aurais fait. Tu étais la bonté personnifiée. Aurais-tu compris ? Non, mais tu aurais essayé. Merde. Qu'est ce que je vais faire ? »
Harry essuya les larmes qui coulaient sur son visage. Trois jours et il pleurait encore. Il pensait qu'il n'avait plus de larmes à verser, apparemment il s'était trompé.
Il savait qu'il devait quitter son appartement. Il ne pouvait plus vivre ici. Partout où il regardait, il voyait ou sentait Greg. Quand il s'asseyait dans le salon, il pouvait voir Greg dans son fauteuil préféré en train de lire ou de boire son champagne préféré ou simplement en train de dormir sur le canapé. Quand il allait à la cuisine, il le voyait travailler près de la cuisinière. Quand il entrait dans la chambre, il se souvenait de ce qu'il ressentait quand il faisait l'amour à Greg. Il sentait encore ses mains douces et talentueuses sur son corps, se déplaçant le long de son dos jusqu'au cou et il les emmêlait ensuite dans ses cheveux ébouriffés. Il pouvait encore sentir ses baisers sur ses lèvres, sa peau. Et il pouvait encore se souvenir de ce qu'il ressentait sous ses mains. Greg était sensible au touché. Il s'arquait au moindre contact sous les mains d'Harry. Il se souvenait que Greg aimait être embrassé et léché juste sous l'oreille. Quand il lui touchait ce point, il parvenait à le faire haleter, gémir et s'arquer. La première fois qu'Harry avait découvert ce point sensible, l'intensité de sa réaction l'avait fait s'arrêter. Greg avait alors pris sa tête entre ses mains et dit, « Si tu ne finis pas ce que tu as commencé, je vais devoir te faire souffrir d'une façon qu'un homme ne devrait jamais avoir à souffrir. » Ce qui avait provoqué une crise de fou rire chez les deux amants.
Harry dormit encore dans le fauteuil près du feu cette nuit. Il ne pouvait plus supporter de dormir dans leur lit. Il n'était plus capable de dormir sans somnifère. Harry savait que c'était une mauvaise habitude mais il n'en avait simplement rien à faire pour l'instant. Plus rien ne l'intéressait. Il avait perdu la chose la plus importante de sa vie et plus rien n'avait d'intérêt.
La fatalité avait porté un nouveau coup à Harry Potter. Si quelqu'un l'avait regardé attentivement, il aurait remarqué qu'il avait commencé à porter de longues manches alors même que c'était encore l'été. Mais personne ne le remarqua. Harry ne s'attendait pas à ce qu'on s'en préoccupe. Il n'avait vu réellement que les parents de Greg et le personnel de sa pharmacie depuis que celui qu'il aimait était mort et cela ne faisait que trois jours. Harry avait commencé à se mutiler.
Le jour suivant l'identification du corps de Greg, il avait sérieusement pensé à se suicider. Rejoindre Greg. Il pouvait facilement se tuer avec la magie, mais il avait décidé qu'il voulait quelque chose de plus « réel » et de plus douloureux. Quelque chose qu'il pouvait voir. Il voulait être capable de voir la vie le quitter, goutte à goutte. Il s'était assis dans la salle de bain avec un couteau dans la main et avait coupé doucement la peau de son poignet, où il voyait la veine. Doucement au début. Juste suffisamment pour érafler la surface et voir le sang perler sur sa peau. Pouvait-il le faire ? Il pouvait. Le voulait-il ? C'était une question difficile. Il ne voulait plus être là. Il le savait très bien, mais quelque chose le retenait. Il ne savait pas ce que c'était mais il ne pouvait pas le faire. Il crut pendant une brève période qu'il ne devrait pas se tuer. Il réfléchit à ses actions passées, il irait certainement directement en enfer par voie expresse. Il avait peut-être débarrassé le monde de Voldemort, mais il avait tué trop de gens et était responsable de la mort de beaucoup trop dans le processus. Est-ce que la fin pouvait justifier les moyens ? Harry ne le pensait pas. La vie d'une personne n'est pas plus importante que la vie d'une autre. Chaque personne morte pendant la guerre était aussi importante que lui ou que n'importe qui d'autre. Les âmes des innombrables personnes mortes pesaient lourd sur les épaules du jeune homme.
Il ne pouvait pas se suicider. Mais il pouvait se faire souffrir. Voir le sang couler goutte à goutte de son bras, le fascinait et pendant un bref instant, il ne souffrait plus de la mort de Greg. Il n'avait plus mal et il n'avait pas l'impression que son cœur allait exploser. Il avait trouvé une libération. Quelque chose sur lequel se concentrer au lieu de se focaliser sur la place vide dans son cœur. Voir son sang couler était fascinant. Il ne s'était pas rendu compte que quelque chose de si commun pouvait être si relaxant. Il passa le couteau sur son poignet encore et encore. Sentir le petit aiguillon de douleur quand le couteau tranchait la chair et regarder les perles de sang pouvait lui faire tout oublier pendant un court instant. Il avait le contrôle. Il était libre. Et il était fasciné de voir que tant de sang pouvait venir d'une si petite blessure.
L'aiguillon de ses blessures, la douleur de l'alcool quand il l'appliquait sur ses plaies le distrayait de son chagrin.
« Ah Greg, que ferais-je sans toi ? »
Seuls les proches avaient été conviés à l'enterrement. Harry, était assis entre les parents de Greg. Il était engourdi. Après le service, il fut incapable d'aller voir le corps dans le cercueil. Il ne pouvait tout simplement pas. Il voulait se souvenir de Greg tel qu'il était quand il était en vie et non couché dans un cercueil. Il s'excusa et sortit prendre l'air. Les mains dans les poches, il marchait rapidement dans le parc. Il s'arrêta au bord d'une petite rivière, la longea et essaya de s'éclaircir les idées. Il ne pouvait pas vivre comme ça. Il avait besoin d'un plan. Il était plus fort que ça. Il était un survivant. Après tout, pensa-t-il sèchement, c'est ce pourquoi il était né : pour survivre ?
Il s'assit sur le bord du lac et réfléchit à sa position. Il savait qu'il devait déménager, peut-être même quitter Londres. Il ne pouvait pas rester ici. Bien jouer, Potter. Pensa-t-il pour lui-même. S'enfuir encore. Tu sembles faire ça souvent, non ? « Dégage !» Claqua-t-il à sa petite voix. Plusieurs personnes se retournèrent pour le dévisager. Il rougit.
« Ah, les moustiques. Je ne les supporte pas. Gros mangeurs, aussi » Marmonna-t-il pour les gens autour de lui qui attendaient une explication.
Continue ton chemin. Maintenant tout le monde pense que tu es pris entre deux feux. Boucle-la ! Pensa-t-il pour lui-même. Il était en train de se lever pour partir quand une page perdue de journal entra en collision avec sa jambe. Il se pencha pour la ramasser et quand il vit de quoi il s'agissait, la rejeta de surprise. Les images bougeaient. Mais seules les images de journaux sorciers bougeaient. Un sorcier n'aurait pas été assez inconscient pour jeter son journal dans un parc moldu, quand même ?
Harry se pencha à nouveau et le ramassa. Le journal faisait de la publicité pour divers objets comme des balais. Une page était consacrée aux recherches d'emplois et une en particulier attira son attention. Le collège de Poudlard, école de sorcellerie, recherchait un professeur de Défense Contre les Forces du Mal.
« Je parie que le poste est toujours maudit. » Gloussa Harry. Il allait le jeter quand il s'arrêta. Il ne savait pas pourquoi cette publicité avait attiré son intérêt mais il plia la page et la glissa dans sa poche. Il avança un peu pour se cacher derrière des arbres dans le parc et transplana à son appartement de Londres pour réfléchir un peu plus à cette publicité.
Harry s'assit à la table de la cuisine, la page de journal posée devant lui. D'un côté, il voulait le poste. Hermione et Ron lui manquaient. Se réveiller entouré par la magie et vivre dans la magie lui manquait. D'un autre côté, il s'était lavé les mains du monde sorcier pour toujours. A Londres, il était Jason Green, un chimiste. Dans le monde sorcier, il était un héros, un sauveur, Celui Qui a Survécu, une tête de poupée pour tous ceux qui le regardaient. Personne ne s'intéressait à ce que cela impliquait et personne ne se souciait des effets que ça avait sur lui. Il était responsable d'innombrable morts. Ils étaient morts pour que lui puisse poursuivre l'objectif pour lequel il était né. Les gens associaient Harry Potter à Voldemort. Ils n'associaient pas Harry Potter au jambon, qu'il aimait, pour l'instant. Ils n'associaient pas Harry Potter avec le café qu'il aimait aussi.
Il aimait sa vie, mais tout lui rappelait Greg. Le monde sorcier n'avait rien à voir avec son amant. Il pensa que ça pourrait être bien s'il pouvait y retourner une année, pour cicatriser. Loin de tout ce qu'il associait à Greg ou à la vie qu'il menait avec lui.
'Mais ce sera l'Enfer. Tout le monde voudra savoir où j'étais. Tout le monde voudra me voir et ils tourneront autour de moi comme si j'étais un maudit spécimen.' Pensa-t-il.
« Je n'ai pas besoin qu'on regarde bêtement, je n'ai pas besoin qu'on ait pitié de moi. Pourquoi ne peut-on pas me laisser tranquille ? » Cria-t-il pour lui-même. Ce soudain éclat de colère déclencha un peu de magie, la télévision vacilla dans le salon et s'alluma.
« Merde, je ne peux pas faire ça. Je veux juste qu'on me laisse tranquille. Ce ne sera jamais le cas si je repars. » Dit doucement Harry pour lui. Il allait éteindre la télé, mais le programme l'attira. Il s'agissait d'une interview exclusive des réalisateurs et du personnel qui avaient travaillé sur le film « La Famille Adams » et sur ses effets spéciaux. Le maquillage nécessaire pour maquiller la Chose avait capté son attention.
Plus il y pensait, plus il pensait que ça pouvait marcher. Il serait capable de se cacher dans le monde sorcier si personne ne le reconnaissait. Pendant son entraînement sévère lors de la guerre, on lui avait appris comment fonctionnent les charmes complexes de dissimulation. Il pouvait facilement modifier son apparence. Il n'avait qu'un problème : il ne pouvait pas modifier la couleur de ses yeux. Et la couleur de ses yeux, était aussi connue que sa cicatrice. Les lentilles de couleur pourraient s'occuper de ce problème.
Harry avait maintenant l'opportunité de le faire. Mais plus important, le voulait-il ? Il était suffisamment honnête pour admettre qu'il était curieux de voir le monde sorcier à nouveau. Mais il avait aussi peur des souvenirs douloureux qu'il allait devoir affronter. Il s'était installé dans le monde moldu parce qu'il n'y avait pas de souvenirs douloureux (sauf les Dursley, mais il pouvait les éviter). Maintenant il n'avait plus d'endroit où s'enfuir. Il y avait de la douleur des deux côtés de la ligne. Que pouvait-il faire ? Visiter le monde sorcier serait difficile, mais une nouvelle vie sans Greg le serait aussi.
Il décida d'écrire à Albus pour poser sa candidature. S'il était effectivement pris, il s'en inquièterait plus tard.
Il passa toute la soirée à composer la lettre pour Albus. Il fallait qu'elle glisse sur le fait qu'il n'avait pas de référence ou d'expérience antérieure et il ne pouvait pas avouer où il était allé à l'école. Jason Green n'existe nulle part dans le monde sorcier, sauf à Gringotts où il possède un compte. Il envoya la lettre avec Hedwige qui vivait encore avec lui et avala quelques somnifères avant de s'endormir dans la cuisine.
Le jour suivant se leva lumineux. C'est sacrément typique. Une personne est morte et le matin doit être joyeux ! Il fut surpris de trouver Hedwige devant lui à son réveil, la patte tendue vers lui.
C'était rapide. Albus doit être désespéré !
Il prit la lettre de la patte de la chouette et la lue rapidement.
Cher M. Green,
Nous avons pris connaissances de votre lettre de motivation et nous vous serions grée venir à un entretien au collège de Poudlard, école de sorcellerie, ce matin à 10h.
J'attends avec impatience de vous rencontrer,
Veuillez agréer,
Albus Dumbledore.
« Mon Dieu ! Il est 9h30. Je dois me dépêcher.
Harry mit rapidement quelques vêtements propres et transplana pour Près au Lard et se dirigea vers le château en réfléchissant à un moyen de conserver son identité secrète face à cet homme intelligent qui était le directeur de l'école.
Note de la traductrice : ne tenez pas compte du fait qu'Hedwige ait été envoyée. On ne la revoit plus par la suite et sa présence n'a aucune incidence sur la suite des évènements. Faites comme s'il s'agissait d'un autre hibou.
