Cette histoire m'inspire particulièrement en ce moment. Voilà pourquoi je poste le chapitre deux aussi tôt.
Merci à ShanaRoseRead, hanayaoilove, Anna-Chan17, Korinn-chan, DeathLetter, Yuuki21.
Chapitre II
06 : 35 et 43 secondes.
J'ouvris les yeux et frappais mon réveil.
Aujourd'hui serait mon sept cent quatre-vingtième jour passés au bâtiment de recherche. Mon corps bercé par la routine se leva de lui-même et se dirigea sous le jet bouillant de la douche.
Parfois, il m'arrivait de douter que je sois en vie. Le gouffre qui sépare vivre et survivre est si grand qu'il me semble impossible de le franchir. Je n'ai jamais réellement su si j'étais heureuse de vivre. C'est une question à laquelle aucun calcul ne peut trouver de réponse. Dans mes meilleurs moments, quand je suis en compagnie d'un cadavre à disséquer, la réponse serait probablement un oui.
Certaines personnes ne se posent jamais ce genre de question. Pour certains, il leur suffit d'aller s'agenouiller devant la statue d'un mort cloué à des morceaux de bois pour trouver une forme de paix intérieure et un sens à leur vie. Comme beaucoup, j'ai également essayé. Tout ce que j'ai compris à rester ainsi agenouillée durant des heures, c'était que la figure sacrée de toutes leurs prières avait l'air bien triste.
La vérité, c'est que je n'ai jamais cru en rien. En moi, peut-être, aussi prétentieux que cela puisse paraître. Mais souvent, l'idée d'aduler une entité et de la croire capable de résoudre tous mes problèmes paraît alléchante. La vie doit devenir si douce.
Mais tous ces songes n'ont aucun sens en définitive. Le paradis n'est qu'une promesse dans le vent. Et quand bien même cet endroit existerait, vous vous croyez vraiment capable de passer toute votre non-vie dans un champ, aussi magnifique soit-il ? Nous sommes bien trop attachés à nos chères villes. Et l'enfer, parlons-en. Cela ne sert à rien de le craindre mes chéris, nous y sommes déjà. Et à l'heure de notre mort, nous disparaîtrons, jusqu'à finalement tomber dans l'oubli car nous ne sommes rien. Aucun paradis, aucun enfer, ne viendra nous sauver. Le néant.
Je passais ma main sur le miroir de ma salle de bain, enlevant la vapeur qui brouillait mon reflet.
Une fille au visage émacié, preuve qu'elle ne mangeait pas assez, me fixait. Ses pupilles d'opale de feu bleue étaient aussi froides que la glace. Sa peau blanche et terne avait un aspect presque grisâtre. Depuis combien de temps n'avait-elle pas vu le jour ?
- Ravie de vous rencontrer, je suis Véga Opalys. Aujourd'hui, je vais vous présenter mon projet visant à ralentir les cellules du corps humain. J'espère que vous serez attentif car…
J'eus un rire sans joie. Ils auraient beau être attentifs, ces imbéciles en uniforme ne comprendraient pas un mot de ce que je leur dirai. Autant me débarrasser de cette corvée le plus rapidement possible.
Ce fut presque avec entrain que j'arrivai dans la salle de conférences du premier étage, sautant un petit déjeuner que je refusais de passer en compagnie de mon très cher ami bien réel, j'ai dénommé : Tom.
Je m'arrêtais un instant sur le pas de la porte jetait un regard à l'horloge accrochée au mur blanc. Il était bien sept heures. Et pourtant, même à cette heure matinale, le groupe de marine que l'on m'avait confié était déjà là.
Ils étaient bien moins que je ne l'avais imaginé. Cinq soldats, rien de plus.
Les deux premiers se ressemblaient tellement que seul leur coupe de cheveux me permettait de les différencier. Le troisième dormait déjà, ou alors ne s'était-il tout simplement pas encore réveillé. Le quatrième avait des joues si rouges qu'elles ressemblaient à des tomates.
La dernière personne fut celle qui attira le plus mon attention. C'était une vieille femme aux cheveux gris noués en un chignon strict. Ses yeux obsidiennes au regard perçant étaient alors fixés sur moi. J'ignorai pourquoi, mais en la voyant m'observer ainsi, j'eus l'envie soudaine de baisser la tête dans une posture de soumission.
Je fronçais les sourcils et imaginais ses globules parcourir ses veines vers ses différents organes. Et cette idée me rassura d'une manière que je ne pouvais expliquer.
Je repris contenance et m'avançais vers l'estrade. Un tableau blanc avait été placé juste derrière. J'avais le sentiment de retourner à l'école. Sauf que cette fois, le professeur que tout le monde faisait semblant d'écouter, c'était moi.
- Bienvenue a tous au bâtiment de recherches. Je suis Véga Opalys, une scientifique travaillant au second laboratoire. Pourrais-je savoir à qui j'ai affaire ?
Cette question était plus particulièrement dirigée vers la vieille femme.
- Sergent Vix et Sergent Vix, entama l'homme aux joues rouges en désignant les deux jumeaux. Sergent Ronque (cette fois, il montra avec embarras l'homme endormi). Je suis le colonel Octavo. Et voici le vice-amiral Tsuru.
Cette dernière m'accorda un bref signe de la tête. Je pinçais les lèvres. Cette femme était une haute gradée de la Marine. Je ne pensais même pas qu'une femme pouvait arriver à un si haut niveau dans un milieu exclusivement masculin.
- Bien, commençons. Nous allons d'abord étudier les principales cellules du corps humains et leurs fonctions.
Au bout de trois minutes, les quatre soldats étaient déjà perdus. Je voyais bien que le colonel tentait de faire croire qu'il comprenait ce que je racontais, mais un éclat dans ses yeux révélait que j'aurai tout aussi bien pu lui parler une autre langue, cela aurait été du pareil au même. Seule la vieille femme paraissait me suivre dans mes démonstrations. Elle restait assise, droite comme un piquet, bras sur la table. De sa main droite ornée d'un anneau en fer, elle caressait sa montre d'or.
Alors que je continuais de parler, évoquant des termes que seul moi et la vieille saisissaient, j'observais avec attention la lumière désagréable des néons se réfléchir sur le cadran de la montre d'or. La douce couleur grise du fer. L'éclat de l'or. Le fer. L'or. Le fer. L'or. Gris. Doré. Tout se mélangeait dans ma tête et je perdis le fil de mes explications.
Or. Fer.
Fer. Or.
Deux métaux.
Je les imaginais se mélangeaient pour former une matière d'un gris aux reflets dorés. Je voyais le vulgaire fer se transformer en merveilleux or.
Et c'est là que je compris.
- Mademoiselle ? Mademoiselle Opalys ? Quelque chose ne va pas ? demanda le colonel Octavo.
Je clignais plusieurs fois des yeux et répondis dans un murmure :
- Je crois que… La présentation est terminée. Merci de votre écoute.
Je m'emparai de ma veste et me dirigeai vers la porte de sortie. C'était aussi clair que de l'eau de roche maintenant. Je ne pouvais rester ici à expliquer à des imbéciles des choses bien trop compliquées pour que leur médiocre cerveau puisse retenir quoi que ce soit. J'entendis quelqu'un me suivre et cinq mètres plus loin, une main agrippa mon bras droit, me retenant d'aller plus loin.
- Ne partez pas, je comptais vous poser quelques questions.
Le Vice-Amiral Tsuru, bien que je sois plus grande qu'elle de quelques centimètres, me dominait de toute sa hauteur.
- Quel est votre véritable but ? Car votre but final c'est l'immortalité, n'est-ce pas ?
Un sourire agacé apparut sur mes lèvres.
- Vous devez bien être la seule à avoir compris cela.
- Je ne suis pas une idiote. Mais vous n'avez pas répondu à ma question.
- Pourquoi vouloir l'immortalité ? Demandez-vous plutôt qu'est-ce que je voudrai d'autres plus ardemment que la vie éternelle.
- La vie éternelle n'est pas à prendre à la légère, déclara-t-elle.
J'eus un rire qui aurait fait frissonner n'importe quel être humain normal. Mais le vice-amiral Tsuru n'était pas de ce genre-là.
- Mais enfin, je ne vis que pour cela ! Je suis née pour ça. A la différence de tous, je ne mourrai jamais pour cela !
Je me dégageai de sa poigne d'un mouvement brusque et repris mon chemin.
- Et que ferez-vous lorsque vous serez immortelle ? Croyez-vous que votre vie en deviendra meilleure ? Serez-vous au moins capable d'en profiter ? Et vos amis, votre famille, les gens qui compte pour vous, pourrez-vous les voir mourir tandis que vous resterez figée dans votre indécente jeunesse ?!
Je m'arrêtais et me retournai à moitié, et lançais d'un ton venimeux :
- Personne ne compte plus pour moi que moi-même.
J'accélérai le pas, tendant l'oreille. Plus personne ne me suivait. J'étais seule. Seule avec mes pensées, seule avec cette révélation.
L'idée de trouver un moyen afin de ne jamais vieillir avait germé de la même manière qu'une fleur dans mon esprit. Mais cette fleur qui n'avait fait que s'épanouir au fil des années, ne s'était jamais fanée. Elle avait pris plus d'ampleur et avait bientôt occupé toutes mes pensées. Alors quant à l'âge de treize, on m'avait permis de devenir l'élève d'un des plus grands docteurs de mon île, je n'avais pas hésité une seconde.
Je suis née au royaume de Drum. J'ai grandi dans une famille heureuse. Ma mère était fleuriste, métier rare sur mon île constamment couverte de glace. On disait qua seule sa douceur infinie était capable de faire si bien pousser les fleurs. Mon père, plus taciturne, était un bon vivant. Il aimait couper du bois dans les forêts enneigées. Mon bûcheron de père avait des mains calleuses, et quand il me soulevait dans les airs en me prenant sous les aisselles, je sentais ses muscles puissants se contracter et sa force m'impressionnait tant que je souriais bêtement. J'avais également une sœur, d'une beauté aussi chaude que j'étais froide. Elle souriait autant que je boudais. C'était une danseuse hors pair, toujours munie d'un éventail représentant des fleurs de cerisier.
De mon côté, j'étais passionnée par les sciences. Très vite, les séries de chiffres s'étaient transformées en muscles parcourut de vaisseau sanguin. De simple passion, j'étais passé à obsession.
A treize ans, j'avais enfin eu ce que je désirais. L'occasion de travailler au service du Dr Kureha. Ma famille m'avait laissé partir. Je voyais bien dans leurs yeux tout l'amour qu'ils avaient pour moi. Mais au fil du temps, un gouffre s'était creusé entre nous, que seul notre amour réciproque reliait encore. Il était temps pour moi de m'éloigner, avant qu'ils ne me haïssent.
Kureha avait été si dure qu'il m'arrivait parfois de casser des instruments sous l'effet de la colère. En plus d'apprendre à disséquer correctement des humains, j'avais appris à maîtriser mes émotions. Je ne remercierai jamais assez cette vieille au corps de jeune femme.
Elle m'avait clairement dit que les gens n'accepteraient jamais ma différence. Tout ce qui leur est étranger les effraye. Avec elle, je m'étais donc construit un masque impassible, dissimulant mes émotions, camouflant mes envies sanguinaires.
A dix-huit ans, j'avais été admise au bâtiment de recherche scientifique. Rapidement, j'avais grimpé les échelons. J'avais passé six mois au quatrième laboratoire, un an au troisième. Je venais d'être admise au second.
Je m'installais sur mon lit pour aussitôt me relever. J'étais incapable de rester inactive. Il fallait que je bouge, et vite.
Peu à peu, je trouvais les ingrédients nécessaires à l'élaboration d'une pierre d'immortalité. Personne n'avait jamais été aussi proche que je ne l'étais. Et je venais de trouver la solution au calcul qui m'obsédait depuis trois mois. Je n'avais ni besoin de fer, ni d'or, j'avais besoin de l'élément capable de changer le premier en second.
J'avais besoin d'une pierre philosophale.
Et j'étais justement au seul endroit capable de répondre à ma demande.
L'instant d'après, je fonçais vers l'ascenseur en fer au bout du couloir. Dans la cabine, je repris mon souffle. Mon cœur battait si fort qu'il me semblait percevoir le flux et reflux de sang dans mes veines. Il fallait que je me calme.
Pour la première fois de ma vie, j'appuyais sur le bouton du dixième étage. Une partie de ma raison s'était envolée. J'étais consciente qu'en entrant dans le laboratoire du docteur, je briserai toutes les règles du bâtiment de recherche. Pire, en lui dérobant la pierre philosophale (car il n'y avait que lui pour en avoir une), je serai aussitôt recherchée pour traitrise. Renvoyée. Condamnée. Enfermée.
L'ascenseur monta bien plus vite que je ne le pensais. Trop vite peut-être.
Lorsque les portes s'ouvrirent, j'eus le sentiment de débarquer dans un paradis terrestre. Cet endroit aurait tout aussi bien pu être mon jardin d'Eden. Des dossiers soigneusement rangés étaient empilés sur les étagères en compagnie de nombreux bocaux et flacons en tous genres. Des instruments d'alchimies étaient étalés sur les tables blanches. Des lavabos étaient encore pleins de tube à essai.
Mais ce qui attira vraiment mon attention, ce fut la porte au fond.
J'avais décidé qu'étant donné que le docteur n'était pas présent, la chance était de mon côté.
Ma main hésita au moment de taper le code. Devrais-je essayer des chiffres ou des lettres ? Peut-être les deux ? Je savais qu'avec la sécurité qui était partout dans le bâtiment, les détecteurs avaient déjà repéré une personne au premier laboratoire. Il ne me restait pas beaucoup de temps avant qu'ils ne comprennent que cette personne n'était pas le docteur. J'avais deux chances, deux uniques chances de taper le bon code et de trouver la pierre, qui je le savais, devait être derrière cette porte. Je tentais alors le tout pour le tout et tapais ces lettres :
- K.
Une seconde. Rien ne se passa. En même temps, il n'y avait que les imbéciles pour mettre leur nom en mot de passe.
Deux secondes. Mais alors, comment parviendrais-je à trouver l'objet des pensées du meilleur scientifique au monde ? Il n'était pas du genre à mettre le nom de son sixième chat mort, ni sa date de naissance. Et encore, j'ignorai sa date de naissance. Non, le docteur Végapunk avait un esprit bien plus développé, son intellect était si…
Un déclic se fit entendre.
La porte s'ouvrit dans un grincement.
Les lumières s'allumèrent.
Et tombèrent sur une pierre d'un rouge rubis.
La chance n'était pas de mon côté. Végapunk était de mon côté.
L'idée que tout cela soit arrivée par pure hasard était absurde. On m'avait hier dit qu'il s'était montré très intéressé par mes recherches. Il avait en réalité déjà deviné de quoi j'avais besoin. Et il me permettait de l'obtenir.
Je pris la pierre philosophale avec mille précautions, quand bien même elle ne pouvait se briser. Je la glissais dans une poche de ma blouse et pris une grande inspiration.
Trois.
Deux.
Un.
L'alarme retentit. La sécurité avait enfin détecté un intrus dans le laboratoire du docteur.
Et maintenant ? Maintenant, je courrais aussi vite que mes jambes me le permettaient.
Je m'aidais d'un pan de ma blouse pour cacher mon visage des caméras. Il fallait encore que je passe par le second laboratoire récupérer quelques dossiers avant de m'enfuir. J'évitais l'ascenseur, le devinant déjà en train de descendre pour chercher une équipe de sécurité. Je me brisais presque l'épaule en défonçant la porte de secours menant aux escaliers. Jamais je n'aurais cru être capable de dévaler autant de marches sans tomber.
Arrivée devant le second laboratoire, je ralentis ma marche. Il y avait des chances pour que je ne me sois pas encore faite repéré. J'arborais donc mon masque qui ne laissait passer aucune émotion, comme me l'avait si bien appris le docteur Kureha, et entrais.
Tous les scientifiques étaient présents, les sens aux aguets. L'alarme résonnait encore avec force dans le bâtiment. Je m'approchais de mon bureau et fouillais dans mes dossiers. Je pliais quelques feuilles, les plus importantes, et les glissais dans ma poche en compagnie de la pierre. Alors que j'allais calmement fermer le tiroir, une nouvelle feuille apparut sous mon nez.
L'insecte me faisait face, le visage crispé.
- Il y a un an, deux des laboratoires de Végapunk ont été détruits par son vice capitaine. Prends cette carte, elle te mènera à lui. Lui seul peut t'aider désormais.
Mon regard tomba sur la carte. En lisant le nom, je laissais tomber mon masque pour afficher une expression d'incompréhension.
- Ceasar Clown ?
- Je travaillais avec lui sur son projet pour recréer des fruits du démon. Cependant, nos chemins se sont séparés il y a deux ans avec la destruction des laboratoires. Cette vivre carte est la seule chose qui me reste de lui. Prends-la.
En une fraction de seconde, la vivre carte se retrouva dans ma poche. J'ignorais où elle allait me mener, mais je n'avais aucun endroit où aller. Rester à savoir si l'insecte n'essayait pas de me précipiter dans un piège.
- Comment sais-tu que c'est moi qu'ils recherchent ? questionnais-je en désignant les voyants rouges des alarmes.
- Je t'ai vu partir en trombe de la salle de conférences.
Je fis un pas en arrière. Il attrapa mon bras et le serra si fort qu'il bloqua ma circulation sanguine.
- Ecoute-moi, quand tu l'auras trouvé, dit lui que j'ai besoin de lui, mais que je suis prêt à lui pardonner de m'avoir abandonné. J'ai… j'ai des choses qui pourraient l'intéresser !
Ce fut en plongeant mes prunelles dans ses yeux exagérément grands que je compris. La folie. Cette étincelle au fond de son regard, cette ferveur, cette passion. Il n'aimait pas César Clown, il était obsédé par ce dernier. Voilà pourquoi il tentait de continuer ses recherches. Et cette même folie lui obscurcissait l'esprit. Jamais il ne trouverait de résultat à ses calculs. Son projet n'aboutirait jamais.
A l'heure actuelle, il était si désespéré que l'idée qu'il puisse me trahir était ridicule. Il voulait que je rejoigne son cher César Clown.
- Je n'y manquerai pas, merci, murmurais-je en lui fournissant mon sourire le plus rassurant.
Et cet idiot, dans sa douce folie, me crut.
Un sourire apaisé apparut sur son visage. Son corps se détendit et il me relâcha.
- Cours Véga, cours.
Si je n'avais pas manqué de temps, je l'aurais prié de trouver meilleure réplique. N'était-ce pas la dernière fois que nous nous voyons après tout ? Non pas qu'il allait me manquer. Mais je ne ferai rien pour l'aider à retrouver son adoré. Mieux que cela, je ne me souvenais même pas de sa requête. J'ai toujours eu une mémoire assez sélective.
Je traversai le bâtiment de recherche en sens inverse. Jamais je n'aurais cru le quitter aussi tôt, et surtout dans de telles circonstances. Mes yeux examinaient chaque recoin, à la recherche de caméra que je savais partout présente.
J'avais la pierre.
J'avais une destination, aussi indéterminée soit-elle.
Je devais fuir.
- Vous là-bas, arrêtez-vous !
Je me mis à courir. Inutile de préciser que la vitesse est sans aucun doute ma seule force physique. Un homme dont le nom est tombé dans l'oubli avait un jour déclaré que seul notre conscience ne pouvait fuir. Soit, celle-ci ne m'avait encore jamais rattrapée. Encore fallait-il que j'en sois doté d'une.
Mes pas se firent plus légers. Je courrai si vite que j'avais presque le sentiment de voler. Bientôt, j'allais déployer mes ailes et quitter le nid.
Le sentiment de liberté que j'avais alors n'avait rien d'illusoire. La liberté elle-même l'était. Pourtant, j'allais bientôt la prendre, et personne ne viendrait me l'arracher.
Il y avait un bateau à dix mètres. Je n'avais jamais navigué, encore moins dans le Nouveau Monde. J'allais combler ce manquement à mon éducation ici et maintenant.
Je sautais dans l'embarcation et levais l'ancre si vite que les muscles de mes bras me brûlèrent.
Ce fut seulement lorsque j'eus prit le large que je réalisais que j'avais réussi. Je venais d'échapper pour un temps à une vingtaine de gardes, je me rendais dans un lieu inconnu alors que je ne connaissais rien des océans.
La mort me cueillerait certainement en chemin. Mais je ne pouvais faire machine arrière.
On ne renonce pas ainsi à l'immortalité.
Des commentaires ? Véga vous déçoit-elle, ou au contraire, l'aimez vous davantage ?
