Un accueil déplaisant
Levy était installée sur la banquette du train, en face de Gajil, qui regardait le paysage défilant à travers la fenêtre.
- Arrête de me fixer comme ça, tu veux ?, lança l'homme d'acier exaspéré par ce regard pesant sur lui.
- Ben... c'est que..., commença-t-elle, puis elle secoua la tête. Dis-moi en quoi consiste la mission, décréta-t-elle déterminée, en s'empourprant néanmoins.
- Quoi ?, fit-il le regard menaçant. Tu me donne des ordres maintenant ?
- Euh, bafouilla-t-elle nerveusement. Non... ajouta-t-elle en se tassant sur la banquette.
- On doit retrouver un animal qui parle, et ne me demande pas quelle genre, je sais pas, soupira-t-il en fixant de nouveau la fenêtre.
- Quoi ? C'est tout ? Alors ce sera vite fini, certifia-t-elle satisfaite et soulagée.
- Mmh.
Levy déduisit de son grognement qu'il pensait apparemment la même chose.
- En tout cas si c'est un chat, je le garde, lâcha-t-il.
- Pourquoi ? demanda-t-elle surprise par sa réflexion.
- Ben, Natsu à Happy, Wendy à Charle et moi j'ai rien, donc voilà, conclut-t-il.
Pendant une seconde Levy crut détecter une très légère coloration sur les joues du mage. Elle se mit à rire malgré elle.
- C'est vrai, mais je n'aurais jamais pensée que ce genre de chose te préoccupait.
- Et ça veut dire quoi ?, fit-il en retrouvant son regard dur.
- Rien, rien du tout, éluda-t-elle, son hilarité coincée dans sa gorge.
Le voyage dura une éternité, Levy fut tentée de croire que le train ne s'arrêterait jamais. Les deux mages n'avaient plus échangé un mot depuis maintenant deux heures et elle ne savait comment engager une conversation avec son rude partenaire. Elle n'était même pas sur de le vouloir, en fin de compte. Surtout qu'elle n'osait pas aborder un sujet qui lui retournait fréquemment le cerveau : pourquoi l'avait-il sauvé de l'attaque de Luxus ?
Elle osa un regard vers Gajil et remarqua qu'il la fixait.
- Bon, on va descendre, on arrive à Lavutia, lança-t-il brusquement, ce qui permis a Levy de penser à autre chose et d'éviter de continuer à prendre des couleurs.
- Lav...? commença-t-elle pour finalement se raviser. Ah…..D'accord…, fit-elle simplement, en baissant les yeux.
Pourquoi parmi tous les fichus maudits endroits où ils auraient pu tomber, fallait-il que leur mission se déroule ici ? Un ancien malaise revint, c'était le village qu'elle avait fuit il y a deux ans, celui de son enfance …
Le dragon slayer observa la petite mage, un peu étonné, puis attrapa son sac et remarqua :
- Eh ! Ta pas pris d'affaire ?
- Non, parce que figure toi, que quelqu'un m'a emmené de force et que je n'ai pas eu le temps de me préparer, lâcha-t-elle avec plus de dureté qu'elle ne l'aurait voulu.
Elle mit ses mains devant se bouche, surprise par le ton qu'elle venait d'employer.
- J'avais oublié, avoua-t-il, puis il la regarda. Quoi ? Ça te surprends que tu puisse parler comme ça ?, devina-t-il.
- Ben….c'est…, bafouilla-t-elle, désarçonnée par la perspicacité de Gajil. C'est plutôt rare chez moi….
- C'est pas parce que t'es une gentille fille –ces mots frisait l'insulte dans sa bouche- que t'as pas le droits d'être en colère…, affirma-t-il en s'éloignant.
Levy était écarlate et déconcertée.
C'était Gajil, qui venait de parler ainsi ? Le Gajil qui donnait l'impression qu'il vous ferait regretter d'être né si vous aviez le malheur de le déranger ou de le regarder de travers ? « Impression »... Levy réalisa, que tout ceci pouvaient n'être justement que des impressions…..
- Bon, tu te dépêche?, grogna-t-il, déjà devant les portes du train qui ralentissait.
- Oui.
La jeune femme se leva, et le rejoignit. Son cœur battait la chamade et son estomac se nouait au fur et à mesure que le train entrait en gare.
Le village n'avait pas changé, toujours le même petit coin perdus dans la campagne. Ils étaient d'ailleurs les seuls voyageurs à descendre du train.
Le quai n'était qu'une estrade en bois.
- Quel trou pommé, et il veut qu'on retrouve, un animal dans toute cette brousse, ça va nous prendre une éternité, commença Gajil puis il s'emporta et se mit à jurer. Saloperie de vieux! Il le savait, ce pourris !
Il donna un coup de poing sur la rambarde du quai et l'estrade s'écroula. Nos deux amis se retrouvèrent à terre au milieu des débris.
- Ben, c'est malin, grommela la jeune fille.
Elle se releva et épousseta ses vêtements. Lorsqu'elle aperçut le dragon d'acier devant elle, avec de gros morceaux de bois dans les cheveux, elle ne put retenir un fou rire.
- Quoi ? Qu'est-ce que t'arrive ?, grogna-t-il, en croisant les bras.
- C'est… Juste… dans, essaya-t-elle de dire entre deux éclats de rire, mais elle n'arrivait pas à s'arrêter.
L'air sérieux combiné aux cheveux en bataille plein de débris, donnait un tableau vraiment comique. Elle réussit à se calmer quelque peu et s'approcha de lui pour lui enlever des morceaux de bois pris dans sa tignasse.
- Voila…, dit-elle en continuant à rire.
- Ah, fit-il en s'ébouriffant les cheveux, laissant d'autres restes de l'estrade tomber de sa tête.
- C'est mieux, déclara-t-elle en pouffant encore un peu.
- Bon quand t'auras fini, on pourra y aller, dit-il agacé.
- Non, c'est bon, assura-t-elle plus sérieusement, même si elle garda un léger sourire.
L'heure était déjà bien avancée et le soleil commençait à décliner. Ils se dirigèrent vers le centre du village . A la pensée de ce qui l'attendait là bas, Levy devint de plus en plus nerveuse.
Les rues se furent plus animées. Levy esquissa un sourire triste, au fur et à mesure qu'ils pénétrait dans l'agglomération, les habitants semblaient la reconnaître. D'autant qu'elle passait difficilement inaperçue avec ses cheveux bleus, et après tout, cela faisait seulement deux ans qu'elle était partie.
- Bon, on va réserver une chambre pour la nuit, on commencera la recherche demain, ordonna Gajil, en pénétrant dans une auberge.
- Bonjour, le salua une grosse dame à l'accueil.
- On veut deux chambres, déclara-t-il.
- Bien sur, fit-elle en attrapant deux clés sur un présentoir.
Levy, quant à elle, resta silencieuse et en retrait.
Cependant, lorsque la maitresse de maison sortit de derrière le comptoir pour les mener à leurs chambres, elle aperçu sa deuxième pensionnaire.
- Levy ?, demanda la dame en s'immobilisant.
La mage aux cheveux bleus resta silencieuse, les yeux baissés sentant ses muscles se raidir.
- Levy Mcgarden !, s'écria la propriétaire terrifiée. Sortez... Sortez de mon établissement !, balbutia-t-elle.
- Mais, je..., essaya d'articuler la jeune femme, avant de sentir quelqu'un la tirer en arrière.
- Viens, on y va, affirma Gajil, en sortant du gite.
Ils se retrouvèrent dehors où elle ne pu s'empêcher de prêter attention aux regards lourds des passants qui chuchotait sur son passage : « Regardez elle est revenue », « Le petit monstre est de retour ». Le mage d'acier continua à la tirer par le bras, l'entrainant loin de ces persiflages.
Gajil s'arrêta une fois qu'ils furent assez loin du centre du village et la relâcha. Il observa la jeune fille, qui fixait ses pieds, silencieuse.
- Pourquoi on te connait dans ce village ?, demanda-t-il, les bras croisés.
- C'est mon village d'enfance, avoua-t-elle dans un souffle.
- Et pourquoi tout le monde te fuit ?, continua-t-il le regard toujours posé sur la fille aux cheveux cyan.
Levy ne répondit pas, elle ne voulait pas se rappeler de cette accident, ce malencontreux accident… Elle ne vouait pas qu'il sache, personne de Fairy Tail ne devait être au courant.
- Bon, peu importe, soupira-t-il. Mais maintenant où est-ce qu'on va dormir et qu'est-ce qu'on va manger ?, demanda-t-il, avec une pointe de colère dans la voix.
- Désolée, je ne sai…., murmura-t-elle, puis elle se rappela soudainment d'un endroit où elle allait souvent quand elle était enfant. Viens, je sais !, s'exclama-t-elle en courant et en lui attrapant la main au passage, impatiente de retrouver son ancien refuge.
- Euh… fit Gajil surpris à son contact, innocent et doux sans rapport aucun avec l'hostilité, la violence et l'animosité auxquelles il était habitué.
Ils arrivèrent aux abords d'une grande et belle prairie, dominée sur la droite par un immense arbre semblable à celui de Magnolia. Ses feuilles frôlaient le sol ce qui en faisait un abri parfait pour la nuit. La température était douce et lassait présager une agréable nuit à la belle étoile. Non loin se trouvait un lac, on pouvait entendre le roulis de l'eau et apercevoir son éclat sous le couché de soleil.
- On y est !, annonça-t-elle avec une pointe de fierté. C'est beau, hein?
- C'est qu'un arbre et un lac, fit le dragon slayer, de marbre.
- Pff, insensible, vas-y essaye de le dire : « c'est-beau », dit-elle en articulant et détachant chaque syllabe. C'est plutôt facile.
- Laisse-moi, grogna-t-il en s'installant sous l'arbre
- « C'est- beau » , continua-t-elle en le suivant.
- Lâche moi je t'ai dit !, lança-t-il toujours sur la défensive.
- Tu peux le faire, « c'est-beau », continua-t-elle avec un sourire.
- Ok ! C'est beau ! Maintenant tu la fermes, s'énerva-t-il en la fixant de son regard menaçant.
- Bravo, je suis fière de toi, se moqua-t-elle, en soutenant son regard, surprise par sa propre audace.
Mais il n'en fit rien.
Elle commençait à se dire qu'elle pourrait apprécier la compagnie du jeune homme. Il aurait très bien pu passer pour un serial-killer prêt à vous égorger dans votre sommeil, elle en convenait ; mais elle savait qu'il n'était pas essentiellement méchant, juste un peu effrayant. Que derrière sa carapace, se cachait quelqu'un d'un tant soit peu d'agréable. Enfin elle l'espérait.
La nuit tombait, il commençait à faire sombre et les deux jeunes mages ne faisait pas fière allure sous leur arbre. Ils avaient faim.
- Bon, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? l'interrogea Gajil.
- Mmh, réfléchit-elle avec un regard malicieux. Bon on pas le choix. Attention, tu risques d'être éblouis, fit-elle en se levant et en écrivant « Bois » devant elle.
Du bois apparu, elle le plaça entre eux deux puis écrivit « Feu ». Le bois prit feu sous les yeux surpris de Gajil. De même elle fit apparaître deux lits de camps rudimentaire, munis d'un oreiller et d'une couverture chacun.
- Alors, impressionné, hein?
- Bof, lâcha-t-il, en tournant la tête. Et pour manger qu'est-ce que tu proposes ?
- Eh bien, tu mange du fer non ?, dit-elle en écrivant « Fer ».
Plusieurs morceaux de fer se matérialisèrent devant le dragon d'acier.
- Voila, fit-elle en souriant.
- Mouais, grommela-t-il en mangeant un morceaux. C'est fade, se plaignit-il avec une mine dégoutée.
- Si t'es pas content tu mange pas, lança-t-elle, vexée.
- J'ai jamais dit que je n'étais pas content, observa-t-il en mangeant un autre morceaux. Et toi ? Tu mange pas ?
- Si si, assura-t-elle en rougissant, non pas insensible au fait que le jeune homme se préoccupe d'elle.
Levy écrivit « maïs » et attrapa l'épi qu'elle entrepris de faire grillé au dessus du feu. Son repas prêt, elle commença à manger.
- Beurk, c'est vrai, que c'est pas bon…..
- Ah, t'as vu…, fit-il en esquissant un sourire.
Levy retint une exclamation.
- Qu'est-ce qui t'arrive encore ?, demanda Gajil en soupirant.
- Tu as souris, dit-t-elle, septique, en se rapprochant de lui comme si elle en cherchait une preuve sur son visage. J'ai pas rêvé t'as souri, toi le froid et sanguinaire Gajil !, rit-elle.
- Eh, ça veut dire quoi ça ?, dit-il, le ton cassant.
- Pardon-pardon, railla-t-elle en retournant à sa place et en faisant semblant de s'incliner.
Il était vraiment facile à taquiner. Elle riait bien avec lui, elle riait avec Gajil..., incroyable, non ? Elle avait complètement oublié son coup de blues des jours précédents et son l'altercation avec l'aubergiste. Pour le moment elle s'amusait.
D'après On dit que les contraires s'attirent, de Tenjouneko. Lien :
