CHAPITRE II

« L'absurdité d'une chose n'est pas une raison contre son existence,

c'en est plutôt une condition ». Nietzsche

Septembre 2089

Boom Boom.

Boom Boom.

Boom Boom.

Le même bruit sourd se répétait continuellement et périodiquement. La balle allait frapper contre le mur, retomber sur le sol et rebondissait pour atterrir dans ses mains. La même mouvement, le même résultat, le même bruit à chaque fois. C'était sa méthode pour faire le vide et réfléchir tranquillement. L'affaire du sorcier occupait son esprit et elle cherchait à le comprendre. La meilleure façon de coincer quelqu'un était de comprendre comment il agissait.

Soudainement, le bruit s'arrêta. Une main, qui n'avait rien à faire là, venait de saisir ladite balle, la sortant de ce fait de ses pensées. Azraël leva les yeux vers celui qui avait osé interrompre. Elle rencontra un regard sombre, les ténèbres les plus noires, l'abysse la plus profonde, c'était tel deux onyx, deux pierres noirs renfermant un démon maléfique. C'était captivant.

- Nerd et l'Oeil vont à l'hôpital pour interroger les victimes sorties du coma. Moi je vais sur le terrain pour savoir comment il a pu les tuer tout en passant inaperçu. Tu m'accompagnes ?

Azraël hocha la tête et se leva sans un mot. C'était une bonne occasion pour se mettre dans la peau de ce sorcier et de le coincer. D'un geste fluide, elle enfila un long manteau de cuir, et alors qu'elle franchissait la porte, le Bourbon l'arrêta en lui prenant le bras. Ce geste lui valut un regard assassin d'Azraël, un regard qui lui fit froid dans le dos, il pouvait presque sentir une brise glaciale souffler et s'engouffrer dans ses vêtements. Mais il se fit violence pour ignorer ce sentiment et il lui tendit alors un revolver.

- Au cas où, c'est toujours utile ces choses là.

De son autre main, il lui montra son revolver attaché à sa ceinture, puis il remonta le bas de son pantalon pour montrer un autre revolver attaché à sa cheville. Le regard de la jeune femme s'adoucit quelque peu et descendit sur l'arme qu'il lui tendait. De sa main libre, elle la saisit et c'est seulement à cet instant qu'il lui lâcha le bras et la dépassa sans un mot. Azraël regarda le revolver, puis le dos du Kid qui disparaissait peu à peu au loin. Le coin de sa lèvre se souleva doucement, un sourire d'assurance et dangereux, puis elle coinça le revolver à l'arrière de son pantalon avant de se décider à suivre son coéquipier.

La trajet se passa dans le calme, aucun ne pipa mot et c'était mieux ainsi. Ils avaient un point commun, le silence. Le Bourbon Kid conduisait en écoutant du vieux rock et Azraël regardait le paysage défiler sous ses yeux jusqu'à ce qu'ils arrivent à Saint-James Park. Lorsqu'ils descendirent de voiture, la police était présente sur les lieux. D'ailleurs, leur arrivée suscita leur attention, si bien que le commissaire en charge de la patrouille s'avança vers eux.

- Commissaire McMalen, en charge de l'affaire, dit-il en tendant la main en guise de salut. Vous êtes ?

La main tendue fut ignorée, autant par le Bourbon que par Azraël.

- Nous sommes de la brigade Vox in Rama, dirigée par Arnold Dillinger, déclara d'une voix morne le Kid tout en passant à coté de lui pour aller là où tout le monde se trouvait, c'est à dire là où le sorcier s'était placé pour blesser les victimes, ignorant par la même occasion la main tendue.

Tout le monde essayait de comprendre pourquoi il avait choisi cet endroit, à chaque fois, pour tenter de tuer les « moldus », dans le jargon des sorciers. Tandis que le Bourbon discutait avec les policiers pour voir ce qu'ils avaient découvert, Azraël observait les alentours. Ils avaient fait du bon travail pour l'instant : pour blesser les trois dernières victimes, cet endroit était idéal. De là où elle était, elle pouvait voir les trois plots oranges que la police avait posé pour désigner l'endroit où se trouvait les victimes. Alors elle regarda la place plus précisément.

- Kid, viens voir !

Le Bourbon interrompit sa discussion pour se tourner vers la jeune fille, légèrement agacé de cette façon de l'interpeller et du ton qu'elle avait employé. Néanmoins, il la rejoignit pour voir ce qui avait attiré son attention. Le regard de la belle était posée sur une plaque sur laquelle était marquée « placement handicapé ».

- Tu te fous de moi ?

La langue d'Azraël claqua contre son palet, signe de son agacement.

- Réfléchis un peu, tu ne trouves pas que la place handicapée est trop éloignée du bâtiment ?

En effet, un peu plus loin, il y avait une bâtisse qui abritait un petit musée d'art moderne, libre et gratuit pour le plaisir des promeneurs. Le Bourbon fronça les sourcils et son esprit se mit en route.

- Il a créé cette plaque pour que la place soit libre quand il reviendrait et pour s'en aller rapidement une fois le « travail » terminé. Il a donc une voiture.

Sa coéquipière hocha la tête.

- Il ne voulait pas regarder souffrir ses victimes … mais alors pourquoi les tuer, ou les blesser ?

La question demeura en suspend, sans réponse, et l'arrivée de deux autres policiers sur la scène les incita à rentrer pour analyser les choses dans leur élément et sans intrus.

/… … … … /

- Matthew, concentres-toi, ce n'est pas le moment.

Un long et profond soupir franchit ses lèvres. Il ne faisait que regarder ces belles policières moldues tellement sexy dans leur uniforme. Et l'enquêtrice était une pure merveille qui s'était bien trop vite envolée loin de ses yeux. Enfin, ils étaient là pour le boulot et surtout ils devaient faire très attention à ne pas se faire prendre. S'ils apprenaient qu'ils étaient sorciers … en fait il ne valait mieux pas y penser.

- Hé vous ! Vous avez découvert quelque chose de nouveau ?

Le chef de la brigade leur avait posé cette question parce ceux qu'ils étaient censés être devaient interroger les témoins oculaires, et d'éventuel témoin aussi ayant vu une voiture quitter précipitamment. Ils répondirent à la négative avant de se mêler au groupe pour dénicher une ou deux informations qui pourraient être banales du point de vue moldu mais importantes de celui du sorcier. Mais rien, et il avait encore une bonne demi-heure avant que le polynectar ne fasse plus effet : cette potion était parfaite pour ce genre de mission mais vraiment écœurante. Il avait encore ce goût de vomi mélange à de l'eau des toilettes, rien que d'y penser il eut un frisson de dégoût.

- Il faut vite l'attraper, John, chuchota Matthew à son ami et collègue. Il prend de plus en plus de risque et d'initiative. Aujourd'hui, il a blessé deux personnes.

John resta silencieux, regardant les plots fixement, comme si la réponse allait jaillir d'un seul coup, et c'est ce qu'il se passa – littéralement parlant bien sûr. Le sorcier se tourna vers son ami et le prit par les épaules.

- Bordel, Matt, il ne les tue pas.

- Parles moins fort, tu vas attirer l'attention, siffla-t-il entre ses dents à voix basse.

John regarda autour de lui et voyant que personne ne leur prêter attention, il continua, ou plutôt commença son explication.

- Un avada kedavra aurait suffit pour les tuer tout simplement et s'il voulait les voir souffrir, il aurait pu discrètement les enlever et leur faire subir le doloris. Il ne serait pas le premier à faire cela, mais dans ce cas, ici, il les blesse et s'enfuit rapidement.

Les deux sorciers restèrent silencieux, observant les alentours, faisant leur soit-disant boulot. C'était vraiment un catastrophe. Déjà que les relations sorciers/moldus étaient plus que tendues depuis qu'ils avaient découvert leur univers, mais alors si ce sorcier se mettaient à les blesser et à les tuer … Il fallait à tout prix qu'il le retrouve, par tout les moyens.

- Sinon, comment va ta sœur ?

Question un peu hors sujet, mais au moins cela leur permettait de décompresser un peu. Cette pression allait les tuer.

- Tu connais Kathleen, toujours prête à tendre la main et à aider son prochain. Le métier de médicomage lui va comme un gant.

John eut un petit rire. Il est vrai que l'aînée des Potter était d'une grande générosité et il fallait aussi avouer qu'elle était une sorcière extrêmement douée surtout dans les potions et sortilèges de guérison. Du reste, son niveau en défense contre les forces du mal était lamentable, mais cela lui donnait pas pour autant un coté vulnérable. Il se rappelait d'ailleurs très bien de son sortilège chauve-furie … Les deux sorciers ne restèrent pas longtemps dans le coin : passé le délai du polynectar, ils s'en allèrent discrètement laissant les vrais Nick et Mark reprendre leur place avec un petit trou de mémoire.

/… … … … /

- C'était vraiment toute une affaire.

La jeune femme leva les yeux au ciel devant le sourire amusé qu'affichait son nouveau petit ami. Au fond de lui, c'était encore un enfant, alors les aventures de son fils l'amusaient grandement.

- Alors qu'est-ce qu'il va se passer ? Il va être renvoyé ?

Rien que d'y penser, cela lui coupa l'appétit. Elle laissa sa cuillère dans sa coupe de glace à moitié pleine, se prenant la tête entre les mains. Pourquoi fallait-il qu'il soit si perturbateur et insolant. Elle croyait pourtant avoir était une bonne mère.

- Il est suspendu pour l'instant mais le proviseur l'a dans le collimateur. A la moindre erreur, il sera définitivement exclu de son école. Je ne sais vraiment plus quoi faire.

Le jeune homme allongea le bras pour couvrir la main fine et blanche de sa petite amie dans un geste de réconfort et de soutient. Alex n'était pas un mauvais bougre, il était juste impulsif et la mort de son père l'avait affecté. Le réconfort s'immisça en elle lentement, délassant les traits de son visage pour lui donner un air plus serein et moins fatigué. Puis, elle eut un léger sursaut et une sorte de malaise s'installa en elle.

- Excuses-moi, je ne me sens pas très bien !

L'inquiétude se lit un instant sur le visage du jeune homme, mais il disparut rapidement. Sûrement la glace qui avait du mal à passer. Cependant, elle revint bien vite lorsqu'il découvrit une tache sur la robe de son amie, une tache carmin qui s'étendait lentement. La voyant elle aussi, elle se mit à trembler et à vaciller. Il se leva pour lui porter secours, mais une douleur fulgurante le cloua au sol tandis qu'il serrait les mains sur son abdomen. Tout devenait de plus en plus flou mais il pouvait entendre nettement les bruits d'une petite fille qui criait, qui hurlait en voyant l'horrible scène qui se déroulait sous ses yeux. Les corps tombaient l'un après l'autre sans qu'aucun coup de feu ne retentisse. Ils tombaient tout simplement, blessé au ventre par une arme inconnue et un tueur invisible.

Les ambulances arrivèrent rapidement sur place et s'occupèrent des blessés pour les emmener à l'hôpital. Au loin, deux personnes regardaient la scène. Ils avaient juste entendu les cris et s'étaient précipités sur les lieux, mais trop tard pour apercevoir un quelconque suspect.

- Trois victimes supplémentaires en moins de 48 heures. Il accélère les choses on dirait.

Azraël ne répondit pas, elle était d'accord avec lui mais perdue dans ses pensées, elle n'avait pas de temps à lui accorder. Elle regardait surtout les journalistes qui rodaient autour de la scène de crime pour dénicher telle ou telle information.

- La médiatisation n'arrange pas les choses. C'est comme s'il voulait qu'on le reconnaisse. Comme s'il voulait prouver quelque chose.

Le Bourbon opina d'un geste de la tête tout en sortant son cellulaire. Son pouce composa rapidement un numéro qu'elle n'eut pas le temps de voir avant qu'il ne le porte à son oreille. Le regard fixé à l'horizon, il attendait calmement.

- Rendez-vous à la maison pour réunir nos informations.

Et il raccrocha. Bref, sec, froid, tel un mafieux donnant le point de rendez-vous à ses lascars. De toute façon, ils n'avaient plus rien à faire ici, mais en tout cas, ils avaient quelques indices supplémentaires. Lorsque les deux acolytes retournèrent dans leur cave spéciale, Nerd et l'Oeil les attendaient déjà.

- Il descend ses victimes entre 14h55 et 15h15, à chaque fois.

L'Oeil était fier de sa nouvelle trouvaille et il espérait aussi peut être impressionner leur nouvelle recrue par ses capacités.

- C'est à ce moment là qu'il y a le moins de flics dans les rues. Les services se chevauchent pour qu'il y ait toujours quelqu'un sur place. Le second service commence 15 heures à et le premier se termine à 15h30 et pendant la première demi-heure, ils font l'appel, et pendant la dernière ils rentrent au poste, expliqua Nerd tout en pianotant rapidement sur son ordinateur.

L'Oeil ragea un peu en son for intérieur. C'était à lui de fournir les explications. C'était lui qui voulait impressionner Azraël, Nerd, lui tout ce qui l'intéressait c'était son ordinateur et puis c'est tout. D'ailleurs, trop occupé, les yeux rivé sur l'écran, il ne vit pas son regard assassin. Enfin bref.

- Le sorcier connaît ces horaires, chose que les civils ordinaires ne connaissent pas.

- Il aurait infiltré le service ?

C'était le Kid qui avait parlé, bien que l'Oeil aurait préféré que ce soit la jeune femme, mais celle-ci restait debout, sans rien dire, sans l'ombre d'une expression. Même une statue de marbre était plus expressive. C'était tellement … passionnant. Elle l'intriguait réellement et il espérait entrevoir un bout de sa personnalité, qu'elle s'ouvre à lui, dans tout les sens du terme. Un sourire goguenard étira ses lèvres tandis qu'il observait Azraël mais un coup de fil le sortit de sa contemplation. Son portable vibrait bruyamment dans sa poche, il se dépêcha de le sortir et de répondre à l'appel.

- Ils font une reconstitution demain.

Tous hochèrent la tête avant de vaquer à leurs occupations sans se douter qu'à quelques kilomètres, cette même phrase était dite.

- Une quoi ?

Matthew poussa un long soupir. Était-il le seul à avoir approfondi ses connaissances sur les moldus ? C'était une bonne chose pour se fondre dans la masse et traquer ce sorcier sans être repéré.

- Une reconstitution, John. Ils essaient de refaire la scène à l'identique pour le comprendre lui et son mode opératoire.

C'était fatiguant de devoir tout expliquer à chaque fois. Sérieusement, il pensait demander à son arrière grand-père de rendre « l'étude des moldus » obligatoire. Après tout, il pouvait le faire : premièrement, c'était le directeur de Poudlard, et deuxièmement, c'était Harry Potter. Enfin, il se promit de l'envoyer un hibou plus tard. Pour l'instant, il devait finir son rapport pour Emily et il pourrait enfin aller se coucher.

La nuit passa rapidement, bien trop rapidement au goût de Matthew. Il avait dormi quatre heures tout au plus, et il comptait fortement sur une bonne tasse d'arabica avec une goutte de whisky pur feu. Enveloppé dans son peignoir, sa tasse de café à la main, le sorcier s'avança jusqu'à l'immense baie vitrée de son appartement. Il dominait toute la ville, mais ce n'était pas tant pour le pouvoir qu'il aimait cette vue fantastique, c'était pour apprécier le paysage urbain, pour contempler le lever du soleil et laisser les rayons réchauffer son appartement.

Enfin, l'heure n'était pas à rêvasser. Matthew finit son café d'une traite et l'envoya d'un coup de baguette dans l'évier où il commença à se laver tout seul avant de rejoindre sagement le placard. Vraiment, la magie facilitait bien les choses et permettait de mieux vivre. Parfois, il se demandait comment les moldus pouvaient vivre dans la course, la précipitation, sans profiter des jours qui passent. Il retrouva John dans un café et une fois de plus, ils empruntèrent l'identité des deux policiers tandis que les véritables Nick et Mark dormaient profondément dans un placard fermé à clef magiquement et invisible pour les moldus.

/… … … … /

L'Oeil, le Bourbon Kid et Azraël observait le scène de loin, ne voulant pas se mêler à la populace en uniforme. Ils regardaient les policiers s'activer sans aucun résultat. C'était inutile. Un policier était dans le coffre pour mimer le tueur et voir ce que lui voyait, par où il était susceptible de partir et cetera, et cetera, et cetera. La jeune femme avait les bras croisés et attendait sagement que la séance se termine, le regard morne. Cependant, quelque chose attira son attention : l'attitude de son coéquipier borgne. Il affichait un petit sourire en coin et regardait non pas les policiers s'activer mais les alentours, comme s'il attendait que quelque chose à l'extérieur se passe. Il dut d'ailleurs se sentir observer puisqu'il détacha son regard pour le tourner vers elle.

- Qu'est-ce que tu fais ?

Le ton de sa voix était un peu brutal et sec, mais ce qu'il faisait lui échappait totalement, et cela l'inquiétait. Elle détestait ce genre de chose, ne pas savoir les choses à l'avance ; Azraël se sentait menacée et en danger quand elle ne maîtrisait pas les choses. L'Œil leva les mains à hauteur de ses épaules, demandant par ce geste à la jeune femme de se calmer.

- Oh, tout doux la tigresse.

Les sourcils de ladite tigresse se froncèrent d'avantage, et ses yeux revolvers l'assassinèrent littéralement. Il commençait peu à peu à comprendre pourquoi le boss l'avait choisie.

- Ce gars est totalement narcissique et paranoïaque. C'est comme s'il avait besoin de prouver quelque chose, besoin de montrer de quoi il est capable dans un monde où il est sous-estimé.

Azraël fronça les sourcils. Elle ne voyait pas vraiment où il voulait en venir, et le bruit perpétuel des doigts de Nerd s'enfonçant sur les touches de son mini-pc l'empêchait de réfléchir.

« Et maintenant nous retrouvons Peter Conelly en direct de Central Park pour un flash info sur un tueur qui sévit dans les environs. »

« Grâce à des sources anonymes nous avons su que la police effectuait une reconstitution et toujours selon ces sources, ce tueur pourrait être un policier de la brigade de Central. Nous avons … »

Azraël jeta un œil sur la vidéo qui passait sur l'écran de Nerd.

- Comment ont-ils su qu'il pourrait s'agir d'un policier ?

La question de la jeune femme trouva sa réponse dans le sourire de l'Oeil. Lui ? Pourquoi faire cela, cette diffusion impliquait directement les officiers. Le silence se fit dans le groupe suite à cela, et ils continuèrent à observer la scène. Une heure s'écoula sans que rien ne se passe, et les officiers s'apprêtait à remballer. Vraiment quelle connerie il avait fait ! Azraël se détacha du groupe pour s'avancer vers celui qui avait joué le rôle du sorcier tueur. Peut être qu'il avait eu une certaine vision des choses, cela pourrait peut être les aider.

Alors qu'elle marchait vers lui, elle vit le temps ralentir, comme au cinéma lorsque quelque chose d'affreux allait se produire. Un rayon d'un vert étincelant la frôla de peu, elle tourna la tête pour le regarder foncer en direction du policier. Le rayon le percuta de plein fouet, au bout milieu de la poitrine. Son corps se cambra, le visage se tourna vers le ciel, puis il s'écroula, demeurant immobile. Le temps reprit alors son cour normal et Azraël se sentait presque perdue. Elle sentit à peine quelqu'un lui saisir le bras et l'inciter à se baisser, la protégeant d'autres éventuelles attaques. Ses yeux restaient fixés sur le corps du policier, inerte, le regard vide et figé dans une expression de terreur.

- Tout va bien ?

Deux mains lui prirent avec douceur les bras pour l'aider à se relever. Azraël se laissa faire et se retourna pour découvrir son interlocuteur. Elle ne se souvint que de son regard d'un marron clair tirant sur le vert, un regard exquis, le reste, elle n'eut pas le temps de le détailler puisqu'il avait vite tourné les talons pour rejoindre ses coéquipiers. Son esprit se remit bien vite en route et son visage reprit son masque de marbre.

- Intéressant !

- Qu'est-ce qu'il y a encore, l'Oeil ? Répondit Azraël sèchement.

Ce dernier eut un petit rire amusé avant de continuer.

- Et bien, nous sommes passés d'une personne qui cherche simplement à blesser, à une personne qui cherche à tuer.

- Il est mort sur le coup cette fois-ci, pas de blessure apparente ni rien. Sûrement un de leur sortilège qui arrête directement le cœur. Crise cardiaque, continua le Bourbon Kid en s'approchant lui aussi du corps.

- Je ne laisse personne tirer gloire de mon œuvre, murmura Nerd d'une voix faible, comme s'il parlait plus à lui même qu'autre chose.

Azraël resta silencieuse, réfléchissant à toute vitesse. Elle avait vu beaucoup de détraqués et d'un coté cela l'aidait beaucoup aujourd'hui à les comprendre. Elle revint sur l'élément de base : la blessure. Il blesse mais ne tue pas. Il ne prend pas de contact avec les média donc il veut être reconnu dans un domaine spécial … Soudain, la réponse lui vint !

- L'hôpital, dit-elle en se tournant vers les autres.

Quelques mètres plus loin …

- Oui, c'est ça ! Ça colle ! Il les blesserait pour les guérir et prouver que c'est un bon médecin.

Matthew opina de la tête tout en buvant une gorgée de polynectar.

- Toi, tu fréquentes trop ma sœur !

John leva les yeux au ciel.

- Non, mais, réfléchis. Regardes, dit-il en sortant une carte de sa poche. Les zones se trouvent toutes dans un rayon proche d'un hôpital. Il y en a deux !

Matthew observa la carte et il devait bien avouer que John marquait un point. Et s'il avait raison, alors ils devaient se dépêcher pour arrêter le sorcier avant que les moldus ne le trouve. S'ils l'attrapaient vivant … D'un commun accord, ils quittèrent les lieux et se précipitèrent dans l'hôpital le plus proche.

Du coté moldu …

Tous les quatre en voiture, ils se précipitèrent dans l'hôpital le plus proche. Ils devaient faire vite pour ne pas effrayer le sorcier.

- Il veut jouer le rôle du héros … Arrogant, vaniteux, se sent supérieur à tout ceux qui l'entourent.

- Tu fais le profil de tous les chirurgiens de la planète, l'Oeil, rétorqua le Bourbon en jetant son mégot de cigarette par la fenêtre.

Rapidement, ils arrivèrent sur place et trouvèrent le seul chirurgien d'une telle arrogance. Mais il trouva vite un alibi, alibi que le Bourbon et Azraël allait vérifier. Apparemment, lors de la fusillade, il se trouvait en compagnie d'une urgentiste.

- Ce n'est pas lui, confia-t-elle alors au Kid qui resta silencieux, l'incitant à continuer. Ce chirurgien est déjà reconnu pour ses faits, le sorcier n'est personne, c'est un gars de tous les jours. Et j'ai aussi remarqué que les urgences et le policier du coin avaient les même horaires de changement.

Ça collait parfaitement. Il blessait ses victimes entre 14h55 et 15h15 non pas parce qu'il y avait moins de policiers dans la rue mais parce qu'il travaillait aux Urgences.

- Excusez-moi, demanda le Bourbon à l'une des urgentistes présentes. Est-ce que vous avez engagé du personnel récemment ?

- Non ! Veuillez m'excuser, j'ai des patients qui attendent.

Alors qu'elle allait partir, le Bourbon l'arrêta en la prenant par l'épaule et en la retournant.

- Réfléchissez, ce pourrait-être un dangereux meurtrier ! Il est vaniteux, impolis, distant, n'assume pas ses erreurs, et il arrive souvent en retard lors des changements.

Le visage de la jeune femme perdit instantanément toutes ses couleurs. Dans son regard on put y lire de la peur.

- Oh mon dieu. C'est André Vanyt.

- Est-ce qu'il travaille aujourd'hui ? Gardez votre calme et répondez par un hochement de la tête.

La jeune femme hocha la tête positivement. Le Bourbon et Azraël se lancèrent un regard entendu. Ils devaient être prudent et surtout il fallait prévenir les autres. Tandis que le Bourbon restait dans le coin pour assurer les lieux, Azraël s'apprêta à quitter les lieux. Cependant, elle se retrouva face à un homme d'une cinquantaine d'année, le visage froid et fou et surtout pointant une sorte de bâton dans sa direction. Alors elle sut instantanément que c'était Lui.

/… … … … /

Mai 2074

- Tu refais ça encore une fois, je te tue ! Sale gamine.

Jillian était allongée à même le sol, se tenant la joue rougie par le coup violent que son père venait de lui asséner. Ce n'était pas juste. Elle n'avait rien fait. C'était arrivé tout seul. Ce n'était pas de sa faute. Lorsque son regard se tourna, elle croisa le visage de sa mère, sa mère qui recula d'un pas et qui lui tourna le dos. La laissant seule dans le salon en désordre.

Ce n'était pas de sa faute. C'était arrivé tout seul.

- Maman, j'ai rien fait.

Mais sa mère ne l'entendait pas. Elle montait les escalier, le regard perdu dans le vide. Jillian était triste de la voir ainsi, alors après quelques minutes, le temps que ses larmes se tarissent, elle monta dans sa chambre. La porte était entrouverte et elle resta là, observant le spectacle que lui offrait sa mère.

- Protégez-nous du démon, seigneur. Protégez notre maison, chassez le diable.

Non, ce n'était pas de sa faute. Elle n'était pas un démon, elle n'était pas possédée. La petite fille retourna dans sa chambre, et là, elle se promit de ne plus penser à des choses mauvaises pour ne plus attirer le diable et être une bonne fille.