Il le regardait de ses yeux sombres : son patron avait la mine renfrognée. Ce dernier aurait pu lui dire quelque chose, n'importe quoi, mais ils savaient tous deux que le silence était plus imposant que toute parole. Nerveusement, il tapotait ses longs et fins doigts sur l'accoudoir du fauteuil. De temps en temps, il risquait un regard vers son interlocuteur, puis se ravisant à chaque fois, il se remettait à regarder ses doigts. Il savait que Gideon attendait qu'il lui explique le pourquoi de ses paroles, mais il n'avait aucune explication plausible… D'ailleurs, il n'était même pas sûr d'avoir dit quelque chose, non, il n'avait rien dit… Spencer Reid n'aurait jamais rien dit de tel. Cette fois, prenant une profonde inspiration, Spencer prit la parole :

-Je n'ai rien dit qui mérite une sanction. J'ai bien fait mon travail et je vais très bien.

Attendant une réaction de la part de Jason, il rebaissa ses yeux.

-Tu as un problème Reid, un sérieux problème. Je ne sais pas ce qu'il se passe de ta tête, je n'arrive pas à te cerner… je n'arrive plus à te cerner…

-Je n'ai rien fait de mal, d'ailleurs je ne vois pas pourquoi je suis ici, pourquoi vouloir me faire des remontrances ? Merde, vous me faites chier Gideon ! Vous pensez connaître tout le monde, vous êtes le type trop parfait, trop lisse ! Personne ne vous critique, alors que vous enchaînez bourde sur bourde ! Si vous n'étiez pas aussi inaccessible, il serait venu vous parler, si vous aviez le moindre égard pour lui, vous ne l'auriez pas envoyé à la mort, en l'envoyant chez Tobias… Si vous étiez aussi parfait vous ne l'auriez pas accusé à tord !

Le regard de Reid avait changé, il y avait maintenant une lueur de défi qui brillait de ses yeux : c'était avec ce regard qu'il agressait tout le monde. Sans même s'en rendre compte, Reid avait pris une position différente, il croisait les jambes tout en se donnant une espèce de supériorité. Il avait relevé la tête et regardait Gideon avec une haine et un dédain à peine dissimulés. Reid venait de toucher une corde sensible pour Gideon : la culpabilité… Sans perdre son calme, faisant une fois de plus abstraction de l'irrésistible envie de crier, de faire éclater son désespoir, Gideon dit alors :

-De qui parles-tu, Reid ?

-Je n'ai rien dit…

Perplexe, Reid avait reprit sa position légèrement recroquevillée, ainsi, il ressemblait à un enfant apeuré qui attendait une sanction. Devant le regard incrédule de Reid, Gideon commençait à apercevoir le sommet de l'iceberg… Se levant brusquement, Gideon attrapa son arme et la pointa sous le nez de Reid. La réaction de se dernier ne se fit pas attendre : à la place de sursauter comme toute personne saine d'esprit l'aurait fait, il pencha sa tête en avant, laissant une mèche de cheveux retomber sur son visage. D'une voix suppliante et enfantine, Reid se mit à parler :

-Tue-moi, je t'en prie. Il n'a pas le courage de le faire lui-même… Tu n'es pas quelqu'un qui laisse tomber ses amis, Gideon, alors appuies sur cette gâchette… Je veux mourir…je suis sûr que lui aussi…

Sans dire un mot, Gideon remit son arme dans son étui et regarda Reid qui avait fermé les yeux. Soudain, il les rouvrit et dit à Jason :

-Le seul problème que j'ai pour le moment, c'est que je suis extrêmement fatigué… Regardez, je viens encore de m'endormir…

Ses pas résonnaient dans la ruelle qui donnait sur une des avenues principales du centre de Richmond : c'était un raccourcis qu'il utilisait parfois pour pouvoir rentrer chez lui plus vite. Michael était l'adolescent type : il ne voulait jamais trop marcher, il n'aimait rien : il supportait les choses, il détestait ses parents, l'ordinateur était sa seul raison de vivre et le rap qu'il écoutait grâce à son Ipod était son souffle. Son look avait aussi subit un changement radical depuis qu'il avait son « nouveau souffle » : un jeans taille basse, tombant jusqu'à la mi-fesse laissait entrevoir son caleçon que son blouson trop large recouvrait. Son crâne rasé et son piercing à l'oreille lui donnaient l'air d'un voyou. Tout en prenant se raccourcis, le garçon pensait à la réaction de ses parents quand il verrait qu'il s'était fait un tatouage : il se délectait d'avance de leurs cris d'indignation…quand il trébucha sur un objet allongé. Etonné et furieux d'avoir failli se « ramasser la honte » en tombant, il shoota dans l'objet et l'envoya valser dans la rue, dans les jambes d'une vieille personne. C'est alors qu'il se rendit compte que ce qu'il avait pris pour un vulgaire morceau de bois se révélait être une jambe humaine. Tout se passa lentement, la vieille femme qui avait commencé à vociférer des insultes à son égard remarqua aussi l'étrangeté de l'objet et se mit à hurler, non plus de colère, mais de terreur. Michael baissa les yeux et aperçut d'autres morceaux, détournant les yeux de l'affreuse scène, il eut l'impression qu'on venait de lui couper les jambes et ce, au sens figuré cette fois…

L'équipe était silencieuse et attendait que Gideon aie finit de s'expliquer avec Reid avant de leur annoncer la nouvelle : les corps des deux disparus venaient d'être retrouvés dans une ruelle de Richmond. Ils devaient aussi leur dire que Garcia n'avait pu localiser l'ordinateur qui piratait celui de Hotch. Contre toute attente, Jason sortit du bureau, suivi par Reid qui avait l'air anormalement pâle. Après les avoir mis au courant des derniers événements de l'enquête, les rôles furent donnés : Elle et Reid allaient se rendre sur la scène de crime. Morgan et J.J feraient des recherches sur tous les délinquants de Richmond et des environs ayant des notions de médecines ou une connaissance des arts martiaux qui correspondrait au profil : c'était la seule chose qu'ils pouvaient faire pour l'instant, n'ayant aucune autre piste. Pendant que tous se mettaient au travail, Hotch pris Gideon à part et lui demanda :

-Que ce passe-t-il avec Reid ?

-Je pense qu'il souffre de troubles de la personnalité…, dit Jason calmement.

Devant le visage ébahit de Aaron, Gideon dit d'un air apaisant :

-Je lui ai conseillé d'aller voir un ami qui est perfectionné dans ce genre de choses : Reid ira mieux.

-Et tu l'as laissé partir avec Elle ? Mais il peut être très dangereux !, s'emporta Hotch .

-Je lui ai retiré son arme, il ne saurait même pas faire de mal à une mouche : tu connais Reid.

-Et qu'est-ce qui nous dit qu'une de ses personnalités ne saurait pas en faire ?

Gideon resta interdit un léger instant, puis répondit :

-Mais voyons, c'est Reid…

A suivre...