Note d'auteur : DaPlok publie ce 2ème chapitre rapidement pour planter un peu plus le décor mais les suivants seront surement plus longs à venir sauf riche inspiration soudaine.
2.
Réalisant qu'un observateur extérieur pourrait fort bien considérer que Severus l'avait violée, un frisson de culpabilité lui parcourt l'échine : ça avait été de sa faute à elle s'il en était arrivé à la prendre si violemment. Car elle n'avait aucun doute sur le fait que ce qui l'avait conduit à un tel débordement avait été l'état de folle fureur dans lequel elle l'avait mis, en refusant de s'enfuir avec lui alors qu'il ne restait plus qu'une poignée de minutes avant qu'il ne soit trop tard. Elle aurait voulu que cette étreinte se déroule d'une autre façon. Mais si elle n'avait pas eu la force de s'en dégager, elle en avait encore moins eu l'envie, préférant bleus et écorchures à ne pas l'avoir en elle une dernière fois.
Inspirant et expirant calmement pour se reprendre, elle perçoit le rythme lent et régulier de son cœur, dont elle se laisse porter par les battements en passant mentalement en revue ce qu'elle avait à faire pour s'assurer de n'avoir rien oublié.
- effacer la mémoire de ses parents : fait.
- confier Pattenrond à Ginny avec des instructions à suivre : fait.
- céder son appartement à Ron et Luna : fait.
- offrir à Neville son exemplaire numéroté de l'histoire de botanique : fait.
- remettre à Harry son album photo du trio constitué pendant des années : fait.
- laisser une dernière lettre à Severus : fait.
- apprendre des sorts de première nécessité : fait.
- détruire tous les documents du F.O.E en sa possession : fait.
Constater que ses affaires sont bien en ordre avant son départ la fait soupirer de satisfaction. De l'informulé que Severus utilise le soir après s'être installé dans son fauteuil avec un livre, elle invoque un dernier verre de vin qu'elle prend le temps de siroter, songeuse : « de quelles autres choses ne profiterai-je plus ?»
- être auprès de son homme : fini.
- chanter du Bizarr'Sisters sous la douche : fini.
- lire un roman allongée sur l'herbe : fini.
- assister à un match de Quidditch d'Harry : fini.
- l'odeur du parchemin neuf : fini.
- partir à la chasse aux nargols aves Luna : fini.
- se moquer de la dernière bêtise de Ron : fini.
- acheter des ingrédients pour les potions : fini.
- parler pendant des heures avec Ginny : fini.
- se promener dans le jardin botanique de Neville : fini.
- participer aux activités du F.O.E : fini.
- …
Elle aurait pu se mettre à pleurer, d'autres l'auraient fait à sa place. Mais elle sourit au contraire de toutes ses dents pour l'instant encore blanches, reconnaissante d'avoir eu plus à perdre que de temps pour l'énumérer.
Paisiblement, elle repense à l'amertume autrefois éprouvée face à la détérioration progressive de ses relations avec ses proches qui avait accompagnée l'intensification de son implication dans le Front d'Opposition à l'Etat. Certains de ceux qu'elle pensait jusque là être ses amis lui avaient tourné le dos au moment même où ils avaient appris son engagement. D'autres avaient pris leurs distances avec elle plus tard. Etaient restés quelques uns parmi lesquels Harry et Ron, qui avaient rejoint sa cause, et leur femme respective, Ginny et Luna, qui l'avaient soutenue autant que leur grossesse le leur avait permis. Cependant, lorsqu'au détour d'une conversation, elle avait annoncé son refus catégorique de prendre la fuite quand on finirait par venir la chercher, quelque chose d'infime, de presque imperceptible, les avait un peu éloignés d'elle.
Seul son homme lui était resté implacablement loyal en toutes circonstances. En effet, s'il lui était arrivée à de multiples reprises :
- de le retrouver complètement saoul en train de l'attendre, assis sur une chaise placée face à la porte d'entrée, les soirs où elle s'absentait plus longtemps que prévu
- de deviner aux écorchures sur le dos de ses mains ou aux jointures de ses doigts qu'il avait tapé dans des murs pour évacuer sa colère contre la terre entière
- de l'entendre pleurer la nuit ou de le voir les yeux rouges le matin, alors qu'il la croyait endormie
- d'apprendre d'Harry son souhait impossible de se marier ou de Luna celui, tout aussi impossible, d'avoir un enfant
jamais Severus n'avait flanché devant elle jusqu'à aujourd'hui.
Il avait encaissé sans broncher ses absences à répétition et durées indéterminées, les visites à l'improviste des autres membres du F.O.E et, elle s'en rend compte maintenant, l'égoïsme dont son activisme l'amenait à faire preuve. Néanmoins, il y a une chose qu'elle ne le laisserait jamais lui reprocher, celle-là même qui lui avait valu la gifle qu'elle lui avait assénée : de ne pas l'aimer. Ce n'est pas qu'elle l'aime moins que sa cause qu'elle fait passer devant, c'est qu'il lui faut passer par elle pour lui, pour eux, pour leur éventuel futur enfant.
On toque à la porte…
