Chapitre 2 : Un pas en arrière.

*Arrêt sur image*. Voilà, l'inconnue, c'est moi. Je vais peut-être me présenter.

Je suis Luna et j'ai 13 ans. J'ai les cheveux lisses et de la même couleur que mes yeux : noir corbeau. Mais, fait étrange, parfois, avec le soleil sur mes cheveux, sous certains angles, ils ont des reflets roux. Ma peau est mâte. Je suis mince et assez petite. Mes parents se moquent complètement de moi. Je suis en 3ème. J'ai de longs doigts fins, mais avec des ongles rongés. J'ai toujours les cheveux attachés, en une queue basse. J'ai quelques connaissances en médecine.

Je m'habille souvent en noir, et la mode m'importe peu. J'adore les éventails (j'en ai deux). J'apprécie le sport, même si je n'y excelle pas (j'ai fait du karaté, sans l'accord de mes parents, et j'aime la danse). J'adore lire, jouer du piano (j'ai l'oreille absolue, m'a-t-on dit) et la magie. Des fois, je bricole un peu mes éventails, mais je ne suis pas très douée. Et je ne fais que grignoter tout le temps.

Commençons par mon enfance (comme si j'étais déjà si vieille…). Mes parents étaient affectueux avec moi, très « parents poule ». Je n'ai jamais eu de copines et encore moins de copains. La seule amie que j'avais était la solitude, et mon seul ami, le silence.

Lorsque mon père a retrouvé du travail dans une entreprise qui rapporte de l'argent, beaucoup d'argent, ma mère a été embauchée dans cette même entreprise (pistonnée ? Noooooon !) et depuis, je ne suis qu'un fantôme à leurs yeux. C'était il y a 3 ans. Je fus alors très libre, et j'allais souvent dehors, tard le soir. Profiter de cette nouvelle liberté.

Un soir d'été, le ciel était dégagé et on pouvait voir les étoiles briller. La lune était pleine cette nuit-là. J'avais découvert depuis peu un endroit fantastique. Une sorte de mini-grotte, qui avait un trou sur sa pointe, dans laquelle il y avait un bassin. Autour de celui-ci, il y avait du sable fin. Me laissant guider par mes émotions, je m'asseyais près du bassin, étrangement sereine, car d'habitude, je pleurais souvent. Puis, je mis les pieds dans l'eau. J'avais toujours aimé ce précieux liquide. Je rentrai dans l'eau entièrement, avec mes habits. Elle était chaude. Je profitai de cet instant magique lorsque je vis la lune par le trou du haut de la grotte. Elle brillait intensément…

Ce dont je me souviens, c'est que je me suis réveillée sur le sable fin de la grotte, mes cheveux, plein de sable, et mes habits secs, comme si j'avais rêvé de cette nuit. Je vis alors un rayon de soleil se lever. Il fallait que je me dépêche ! Le temps de rentrer chez moi, de m'habiller, de prendre quelque chose à grignoter et il fallait que j'aille au collège !

Lors de la récréation de 10h30, une fille de ma classe s'approcha de moi. Je fus surprise. Elle me dit alors : « J'aime bien ton dessin que tu t'es fait sur ton bras, il est joli ! » et repartit sans demander son reste. Je regardai le bras droit en question : il y avait un entrelacé de serpents et au milieu, une lune. Je ne l'avais pas hier. Surprise, je dis faiblement une petit « ouah… ». C'était un dessin magnifique, d'une finesse exquise.

A midi, le soleil était avec nous et le vent dormait. Alors, évidemment, les collégiens jouaient avec l'eau : des personnes se crachaient de l'eau dessus. Je fus mouillée, et je ne sais pourquoi, je sus que je devais m'enfermer dans les toilettes. Je courus, et d'un coup, je me suis transformée. Une queue de poisson est apparue, pleine d'écailles. Je me disais que c'était impossible, que je devais rêver. Nager en plein délire à cause de cette chaleur. Grâce à celle-ci justement, je séchai rapidement, n'ayant pas reçu des litres d'eau. Lorsque je fus sèche, ma queue de poisson disparut. Il fallait que je regarde sur internet si les sirènes existaient. Quelle idée saugrenue. Je devais avoir fumé de la moquette, ou quelqu'un avait laissé trainer des fumées hallucinogènes dans le coin…

Je sortis des toilettes et allai manger. Je fis comme si rien ne s'était passé. Mais à la cantine, quelque chose me parut étrange. J'avais l'impression que l'eau de mon verre m'appelait ! Je pensai « Mon Dieu, je deviens vraiment folle ». Je réfléchis, et me mis à rigoler. Je ne sais pourquoi. Puis, je fis comme si j'avais des supers pouvoirs ! J'utilisai ma main droite, puis je la tournais légèrement à gauche et à droite. A ma grande surprise l'eau commença à monter en ondulant ! Une sorte de tentacule… Mais d'où provenait toute cette eau ? Choquée, je laissai retomber ma main. Heureusement, tout le monde était bien trop occupé pour voir ce que j'avais fait…

Je finissais mon yaourt, quand un gars s'est approché de ma table. Deux remarques à faire là-dessus :

Aujourd'hui, deux personnes se sont approchées de moi. Record !

Ce garçon est un gars qui est connu pour être un mauvais garçon. Il critiquait tout le monde et faisait partie d'un groupe qui se sentait supérieur, mais qui à mes yeux était ridicule.

Il me dit alors : « T'as toujours autant d'amis que ça ? Tu sais que t'es moche comme un pou ? Et encore, j'insulte le pou là. Tu sais que la poussière est plus intéressante que toi ? » et il continuait sa litanie de « compliments ». J'avais envie de lui clouer le bec, mais au lieu de ça, mon poing droit se refermait, doucement. Je m'apprêtais à lui mettre une claque magistrale, bien que je déteste la violence, mais quelque chose attira mon attention : l'eau de mon verre se mit à sortir des bulles ! Comme si elle était en ébullition ! Le gars avait fini sa liste de reproches et était déjà reparti. Ouf, il n'avait rien vu. Je touchai alors mon verre. Brûlant. Je commençais sérieusement à me faire peur. Je me pinçai, mais au lieu de me réveiller, je ressentis une vive douleur dans mon bras gauche.

La suite de la journée s'est produite sans incident particulier. En arrivant chez moi, je me dis « Luna, tu as sûrement rêvé, comme ton bain de la nuit dernière. Mais cela avait l'air si réel. ». Je pris un verre d'eau, et me dis que je n'avais rien à perdre.

Je recommençai à utiliser ma main droite, et l'eau monta en ondulant, doucement. Je tournai plus vivement ma main, et l'eau suivait mon « commandement » tel un tentacule qui sortait d'un verre d'eau! Soufflée, un sourire carnassier atteignait mon visage. Finalement, ça pouvait être rigolo ! J'eus une seconde d'inattention et l'eau faillit tomber sur moi. Je mis alors ma main en guise de parade, comme pour dire « stop ». Là, je fus… Complètement décontenancée. L'eau venait d'être glacée. J'écarquillai les yeux et regardai ma main. Je fermai alors doucement mon poing et l'eau se mit à bouillir, puis s'évapora.

J'essayai alors quelque chose. Encore. A 2 mètres du robinet de la salle de bain, je fis tourner ma main. L'eau sortit du robinet, que j'arrivai à refermer de l'autre main. Je mis cette eau par terre. Je ne sais pourquoi, j'utilisai mes trois doigts (pouce, index et majeur) que je fis tourner dans le sens des aiguilles d'une montre. L'eau devint de la gélatine, plus ou moins dure, selon mes doigts. Je la fis redevenir complètement liquide et essayai de mettre cette eau en forme de cœur. J'exultai ! Puis, je la mis au dessus de mon lit, puis la gélifiais. Je lâchai tout. Le cœur, en 3D, ainsi formé était lisse au toucher. Je le mis sur mon bureau. Une sorte de sculpture…

Je tapai à toute vitesse le mot « sirène » sur ''Google''. Je tombai sur des fictions, mais qui décrivaient la réalité : dès que je touchai l'eau, mon bas du corps se transformait en queue de poisson brillante, pleine d'écailles. Lorsque je suis sèche, je redeviens normale. J'ai des pouvoirs magiques...

Ce soir-là, avant de m'endormir paisiblement, je murmurai à la nuit « Ce fut un magnifique rêve. Avoir des pouvoirs est très plaisant. Dire que demain je me réveillerai et dirai : Pourquoi t'es-tu endormie ? Tu aurais dû profiter de tes pouvoirs tant que tu en avais ! Un très beau rêve, je le répète. Bonne nuit… ».

Hé, oui, à dix ans, je croyais que je vivais un rêve éveillé. Mais le lendemain de mon « rêve »…

« Que j'ai bien dormi ! En plus j'ai du temps, ce matin. Je vais prendre un petit déjeuner, c'est-à-dire un verre de cola et un croissant. Quel luxe ! ». Je me servis donc le cola. Une idée folle me traversa l'esprit. Je tournai ma main, pour me rassurer que hier n'était qu'un songe, mais au contraire. Une petite bulle marron sortait de mon verre. Je tournai encore une fois ma main et avala la bulle avec ma bouche en plein vol. Ce n'était pas un rêve !

Aujourd'hui, j'avais cours de SVT. De plus, il y a un robinet dans la classe. Hum… Je me demande bien que penserait la professeur si, étrangement, le robinet se mettait à gicler sur ses habits neufs…

Donc, en cours de SVT, la professeur nous annonça qu'elle était très déçue. La meilleure note qu'elle allait rendre était 12/20. Elle tenait les copies dans sa main, le robinet était tout proche. Tant pis, je ne résiste pas. Je cache ma main sous mon bureau. Ma main droite tourna d'un coup sec et violent, et le robinet s'ouvrit brusquement. Oh, toutes les copies étaient illisibles. En plus, la feuille où elle avait marqué les notes (en prévention nous disait-elle) était aussi trempée. Quel dommage, n'est-ce pas ? Mais j'avais bien fait attention que l'eau ne se jette pas que ces endroits, l'eau avait giclé un peu partout (mais pas beaucoup rassurez-vous. Et aucune goutte sur moi. Bizarre, n'est-ce pas ?). Puis, tout comme il s'était ouvert, le robinet se ferma. Oh bonheur, j'essayai de cacher mon sourire qui montait à mes lèvres, mais c'était très difficile.

Mais quelque chose fut plus embêtant, lors de cette journée.

Il faisait encore beau aujourd'hui. Et les élèves crachaient l'eau malgré les interdictions, un peu partout. Je me dirigeai vers la salle d'anglais. Le gars d'hier eut la mansuétude de se délester de sa charge sur moi. Terrifiée, je courus vers la salle d'anglais et fermai la porte. J'eus juste le temps de dire au professeur « S'il vous plaît madame, n'ouvrez pas la porte, et ne me jugez pas ! » et ma queue de sirène apparut. Je tombai alors à la renverse. La prof jouait les carpes, et me regardait, les yeux ronds comme des roues de charrette.

La porte faillit s'ouvrir, mais je ne sais comment, j'utilisai ma main droite et envoya une bourrasque de vent qui fit fermer la porte à clef. J'écarquillai mes yeux. J'avais donc tous ces pouvoirs. La professeur me dévisagea et me dit « Luna, mais… ». Et elle vit que de la fumée sortait de ma queue.

He oui, j'avais compris le système. Je pouvais sécher plus rapidement, j'utilisais mon pouvoir de chauffer l'eau. Quelques secondes plus tard, je redevins une fillette de 6ème tout à fait normale. Je fis alors une autre bourrasque de vent afin d'enlever la fumée (la fenêtre étant déjà ouverte). Je lui chuchotai « Madame, laissez-moi vous expliquer tout ceci après le cours ». Ne lui laissant pas le choix, j'ouvris la porte. A ce moment-là, la cloche retentit. Nous devions déjà être assis en cours, normalement. La prof s'excusa auprès des élèves et les fit rentrer. Je sentais son regard se poser sur moi, mais je lui avais promis que je lui expliquerai après. Après les 55 minutes de cours, la sonnerie retentit. Tous les élèves sortirent sans demander leur reste. Bah oui quoi, la récré c'est sacré. Je fermai à nouveau la porte. Je me devais d'expliquer à mon professeur d'anglais, celle que je préférais en plus.

« Madame, sachez que je ne comprends pas plus ce phénomène que vous, mais je vous demande de garder celui-ci secret. Je n'ai pas envie d'être traquée pour que l'on fasse des expériences sur mon corps. Promettez-moi de ne rien révéler, je vous prie.

- Evidemment Luna, je ne dirai rien. Je te rappelle que tu peux m'envoyer valser dans l'air et me laisser retomber. Donc, comme j'aime la vie, j'éviterai de l'ébruiter.

- Merci madame.

- Par contre, rajouta-t-elle d'un ton mesquin, j'aimerai voir l'étendue de tes pouvoirs, histoire d'être au courant…

- Bien madame, autorisai-je. Je vais vous montrer mes pouvoirs, vous serez la seule à savoir. Mais rappelez-vous, ceci n'est que pour vos yeux.».

Comme promis, je lui fis une démonstration. Elle avait une bouteille d'eau à proximité. Je jonglais alors avec l'eau, je la fis se glacer, puis devenir gélatine, et enfin bouillir. Pour terminer, je fis une forme complexe : un verre avec une paille à l'intérieur. Puis je gélifiais mon chef d'œuvre. Je le posai à distance sur la table de ma prof d'anglais. Hébétée, je la remerciai encore de son silence, et partis, prétextant que je devais aller à mon prochain cours.

C'est comme ça que je suis devenue une sirène. Evidemment, mes imbéciles de parents ne l'ont même pas remarqué. Au collège, j'arrivais à le cacher, j'étais devenue un maître en esquives (en plus, je pouvais détourner l'eau avec mon pouvoir ! Mais bon, il ne fallait pas trop en abuser, sinon ça se voyait trop).

Depuis quelques temps, j'ai réussi à développer mes pouvoirs : j'arrive maintenant à utiliser des quantités d'eau bien plus importantes ! Oui, je suis fière de moi. En plus, avec ma maitrise du vent, j'arrive à faire voltiger tous les objets, mais aussi, à contrôler mes éventails. Je vous explique. En fait, j'ouvre mes éventails, chacun dans une main, puis, une fois complètement ouverts, je les envoie sur une cible quelconque d'un mouvement souple de poignet, en les lâchant. Ils partent donc en tournoyant, et reviennent, comme des boomerangs. Or, si je ne peux pas les rattraper pour unetelle raison, j'utilise le vent et je les refais faire une valse. J'arrive à faire de belles entailles, selon la force mise sur les éventails ! (faut dire qu'ils sont résistants, aussi !).

Mais hier soir, j'ai fait un drôle de rêve.

J'étais dans une prairie. Une vieille femme s'approchait de moi. Elle me glissa à l'oreille « Je suis comme toi ». Un frisson me parcourut l'échine. Elle me dit « Tu devras continuer mon travail. Les tuer ». Je refusais. Moi, la pacifiste, m'étais interdit de faire du mal aux autres gratuitement. Elle me répondit que je n'avais pas le choix. Je lui hurlai que je refusai, et là…

Je ne contrôlais plus rien dans mon corps. Elle me disait être marionnettiste. Je ne comprenais pas. Mon cerveau analysait à toute vitesse ce qui était en train de se passer : mes membres ne répondaient plus ! Ils étaient sous l'emprise de la vieille dame. Puis je vis la pleine lune, au-dessus de cette immense prairie. Je pris une grande inspiration. Mes membres étaient libres. Je lui annonçai alors, triomphalement : « Vous n'êtes pas la seule à vous enrichir de l'effet de la lune. Vos techniques n'ont plus aucun effet sur moi. ». S'ensuivit un combat acharné. Mais, pouvoir de l'eau contre ce même pouvoir, nous n'allions pas loin.

J'entendis des pas. Un parfait inconnu. Mais qui avait trois sabres. Et les cheveux verts. La marionnettiste sourit, et dit « Fais attention, celui-ci, n'y peut rien ! Au fait, il s'appelle Zoro ! Mais cette fois, il ne va pas te sauver ! Il n'y peut rien !» répéta-t-elle. Je compris après deux secondes le sens de ses mots. Elle pouvait le contrôler ! Alors, je réfléchis. J'essayai quelque chose. Maitriser le sang d'une personne. Comme elle arrivait à le faire, je me devais d'essayer cette possibilité. J'arrivai à contrôler la dame. Je la mis à genoux. D'abord étonnée, elle sourit et m'annonça « J'ai terminé mon travail maintenant. Tu peux maintenant contrôler les gens. Continue mon travail. Bravo Luna, tu es maintenant une maître du sang ».

Je me suis réveillée de ce rêve en sueur. Moi, la pacifiste, avais pris le contrôle de quelqu'un ! Même si ce n'était qu'un rêve, je m'effondrai. Je pleurai toutes les larmes de mon corps. Puis je pris une décision. Je ne pleurerai plus. Jamais. Je deviendrai forte grâce à mon pouvoir, je ne serai plus faible.

C'est sur cette pensée que je marchai vers le bassin où tout avait commencé. C'était aux alentours de 11h, j'avais fait mes exercices, j'étais tranquille pour le week-end. Je m'asseyais sur le sable fin, les pieds immergés dans l'eau limpide. Je regardai vers le haut, et imaginai vivre dans un monde, parallèle au mien. Peut-être y rencontrerai-je l'homme aux cheveux verts ? Hahaha, la folie me guettait… Je fermai les yeux…