Chapitre 2 – 12, square Grimmaurd

A Londres, le square Grimmaurd baignait dans la lumière dorée de l'été et les cours s'étaient achevés depuis quelques semaines. Des oiseaux se posèrent sur les branches du plus grand arbre du parc, Amalia les regarda à travers la fenêtre ouverte. Ils semblaient l'observer d'un œil curieux pendant qu'elle repeignait sa chambre. Toute la demeure avait besoin d'un sérieux rafraîchissement et elle avait donné la priorité à la pièce où elle passerait le plus de temps à lire, allongée sur son lit. Après une semaine de tri et de ménage, la jeune femme avait réussi à loger tous les objets relatifs à la magie noire de l'étage, dans la bibliothèque vitrée aux joints de plomb du salon (non sans quelques incidents dont le tapis persan se souviendrait éternellement). La dernière couche de lasure séchait lorsqu'elle descendit pour se servir à boire, la sonnette de l'entrée retentit au moment où elle posa le pied sur la dernière marche.

- J'arrive !

Amalia ouvrit la porte, un homme grand et maigre se tenait sur le perron, les cheveux en vrac mais un large sourire au visage.

- Lunard ! Tu es arrivé quand ? Elle lui bondit dans les bras sans qu'il ait pu répondre.

- Hé doucement ! Je ne suis plus tout jeune ! En plus tu es recouverte de peinture !

La sorcière était en effet habillée d'un t-shirt trop large qui découvrait ses épaules nues, un vieux jogging gris presque entièrement constellé de gouttelettes blanches. Sa coiffure en bataille était relevée en un chignon désordonné sur le sommet de son crâne, les boucles en tombaient négligemment de chaque côté de son visage.

- Entre ! Je vais te faire visiter !

Elle entraîna Remus dans toutes les pièces et montrait du doigt les travaux qu'elle avait déjà réalisé, en ouvrant fenêtres et portes de l'étage.

- Quelle différence avec la maison d'en face ! répondit-t-il en écarquillant les yeux.

- Oui d'ailleurs, je vais bientôt y faire un tour. Je voulais au moins que ma chambre et la cuisine soient habitables.

- Tu auras l'occasion de voir l'étendu du chantier en attente là-bas. Molly Weasley m'a envoyé pour te demander si tu pouvais venir manger avec nous ce soir, avant la première réunion.

Quelques jours plus tôt, Amalia avait reçu par le courrier moldu une longue enveloppe contenant une lettre de Dumbledore. Il lui annonçait la recomposition de l'Ordre du Phénix suite aux révélations que Harry leur avait faites sur le retour de Voldemort. La lettre indiquait également que Sirius se cachait dans l'ancienne demeure de sa famille, à quelques mètres de là mais qu'il aurait été imprudent de s'y rendre pour le moment. En effet, les sortilèges de protection n'étaient pas encore tous jetés et il fallut quelques jours à Dumbledore pour tout mettre au point.

- Volontiers ! répondit la jeune femme, ravie de l'agréable compagnie que promettait cette soirée.

- Alors viens pour 19h30.

Remus l'embrassa sur le front et lui tendit un papier.

- C'est Dumbledore le gardien du secret. Lis bien sa lettre avant de venir. Je dois y retourner pour essayer de décrocher le tableau de l'entrée…

- Celui de la mère de Sirius ? Bon courage !

Amalia le raccompagna jusqu'à l'entrée. Sous le soleil Lupin semblait reprendre un peu de couleur, son teint était pâle et ses traits tirés. Elle ferma la porte avant de se diriger vers la cuisine pour se préparer du thé sous le regard bienveillant des sorciers en photo qui flottaient d'un cadre à l'autre.

oOo

Peu avant l'heure du rendez-vous, la jeune femme descendit les marches de sa maison vêtue d'une robe patineuse bordeaux, ses cheveux encore un peu humides à la sortie de la douche. Elle enfila des ballerines et claqua la porte de chez elle sans se retourner, les serpents d'argent sur l'épaisse poignée de la porte se lovèrent autour de la serrure pour la fermer. L'air doux de cette fin de journée ensoleillée envahissait la ruelle autour du square, Amalia traversa le petit parc et huma avec bonheur toutes les odeurs de l'été qui avaient autrefois bercé son enfance. En quelques pas, elle était déjà entre le n°10 et le n°13. La sorcière se concentra sur les souvenirs qu'elle avait de l'ancienne bâtisse devant laquelle elle passait pour aller à l'école primaire, avec ses grandes fenêtres drapées de noir et la lourde porte d'entrée à la poignée argentée. Elle prit l'enveloppe de Dumbledore et lu ses instructions, soudain les murs du 10 et du 13 s'écartèrent pour laisser apparaître la maison des Black. Gravissant les marches délabrées du perron, Amalia arrangea sa robe et frappa trois fois à la porte, après quelques instants celle-ci s'ouvrit dans un grincement sinistre et découvrit un couloir sombre et vide. La jeune femme entra quand même avec précaution, la porte claqua dans son dos et un petit être à la mine triste vêtu d'une taie d'oreiller marmonnait dans l'obscurité de l'entrée.

- Bonjour Kreattur ! lança la visiteuse en se disant qu'il s'agissait d'une vision cauchemardesque de son enfance qui se matérialisait.

- La sang souillée s'adresse à Kreattur ! Si ma maîtresse voyez la jeune Amalia, ce qu'elle est devenue, ah ! Elle serait horrifiée !

- Hum, toujours aussi adorable à ce que je vois… Sirius ?

- Oui, on est en bas ! Viens ! hurla une voix d'homme.

La maison était dans une bien triste condition, comme si les murs exprimaient l'état de la famille qui y avait vécu. Des lais entiers de tapisseries tombaient du plafond, la peinture s'écaillait de toute part, les marches de l'escalier en bois étaient si lisses et usées que l'on voyait le passage des pieds et le parquet inégal rejetait des clous par endroit. Les meubles étaient tous abîmés et la faible lueur des lampes au gaz donnait une aura fantomatique au couloir, accentuée par le verre grisâtre qui entourait la buse. En passant devant le portrait de Mrs. Black recouvert par un rideau de velours marron, un vent violent et glacial suivit d'un hurlement frappa Amalia au visage.

- Moi aussi je suis ravie de vous revoir Mrs. Black !

Elle s'engouffra dans l'escalier qui menait à la cuisine, la pièce était beaucoup plus grande et chaleureuse que dans ses souvenirs. La jeune femme fut accueillie par une délicieuse odeur de poulet rôti, des bras la saisirent et elle se retrouva coincée entre Sirius et Remus.

- Ah ! Notre chère petite Amalia !

- Ça suffit ! Vous m'écrasez !

Elle se débattait pendant que des mains lui chatouillaient les côtes et que deux bras la soulevaient à quelques centimètres du sol avant de la reposer dans un éclat de rire.

- Bienvenue dans l'illustre et honorable demeure des Black ! déclama Sirius en ouvrant ses bras dans un geste théâtral. Je te présente Molly Weasley, tu connais déjà ses enfan…

- RON ! GINNY ! FRED ! GEORGE ! VENEZ DIRE BONJOUR AU PROFESSEUR RICHARDS ! ET LAVEZ VOUS LES MAINS, ON PASSE A TABLE ! s'époumona la dame rousse qui s'affairait en cuisine, Sirius ne semblait pas content de s'être fait couper la parole ainsi.

- Bonjour ! osa Amalia en se dirigeant vers Mrs. Weasley, elle lui souriait tout en remuant une louche dans une marmite de pommes de têtes sautées et ne la lâcha que pour lui serrer la main.

- Molly m'aide dans la maison en échange d'un pied à terre sur Londres pour les vacances, reprit le maître des lieux.

- Nous nous sommes croisées fin juin, dans l'infirmerie de l'école, sans avoir pu faire connaissance.

Un bruit de pas déboula dans les marches et un poc ! raisonna dans la pièce. Les jumeaux venaient de transplaner derrière leur mère, elle sursauta et pesta contre ses fils, Amalia ne put s'empêcher de rire.

- Félicitations, je vois que vous avez réussi votre permis !

- Oui Miss Richards et nous sommes officiellement majeurs ! répondit George.

- Et même si notre mère déteste ça, nous transplanons ! répliqua Fred en évitant de peu un torchon envoyé par Mrs. Weasley.

- Il n'y a pas que maman qui ne supporte pas ça !

Ron et Ginny entrèrent dans la cuisine à leur tour et saluèrent timidement le professeur d'Histoire.

- Aller, viens t'asseoir près de moi ! Sirius lui prit le bras et la conduisit à l'autre bout de la table. Il s'était un peu remplumé et ses cheveux quoiqu'un peu longs, faisaient ressortir harmonieusement son visage. Tu m'as tellement manqué, pourquoi tu n'es pas venue avant ?

- Je suis désolée Patmol, j'ai été obligée de rentrer en France avant la fin de l'année scolaire pour régler quelques problèmes encombrants dans ma famille. Je me suis lancée dans le nettoyage et la rénovation de ma maison car je risque de devoir y passer mes vacances.

Elle regarda autour d'elle, la peinture sur les murs tombait en débris, les tasseaux des fenêtres dégueulaient leurs vis, les rideaux parsemés de trous n'apportaient même pas le cachet élégant d'antan.

- Tu dois comprendre ça.

Mrs. Weasley leur apporta une assiette pleine de pommes de terre et d'un beau morceau de poulet. Tout le monde se mit à table avec entrain, son mari arriva en cours de dîner et s'installa à l'autre bout de la pièce après avoir salué tout le monde d'un geste vague. Il rentrait tard du travail au ministère et maugréait des paroles incompréhensibles sur les objets moldus ensorcelés, il ne releva le nez vers Amalia qu'en se servant à boire. Mr. Weasley resta interdit, les yeux grands ouverts, la jeune femme attendit qu'il parle.

- Vous… vous êtes… Amalia Richards ?

- Euh, aux dernières nouvelles c'est bien moi. Elle était un peu intimidée et étonnée par la question.

- Je veux dire, se reprit l'homme. Vous êtes le professeur d'Histoire de Poudlard qui a aussi enseigné chez les Moldus ?

- Oui, c'est aussi tout à fait juste.

Les jumeaux riaient en voyant leur père en transe devant leur enseignante.

- Amalia, Arthur est passionné par les techniques moldues. Entre autre, il adore tout ce qui attrait à l'électricité. Lupin tentait d'expliquer sans sourire la passion originale de Mr. Weasley qui avait à présent reposé sa fourchette et s'apprêtait à bombarder la jeune femme de questions.

- Est-ce vrai qu'ils paient l'énergie qui fait fonctionner les appareils ? Il avait un bout de pomme de terre sur le coin de la bouche.

- Arthur, voyons ! N'embête pas le Professeur Richards avec tes bêtises !

- Ce n'est rien Mrs. Weasley et appelez-moi par mon prénom s'il vous plaît.

- Ah tu vois Molly ! s'exclama Mr. Weasley en se retournant vers sa femme. Si vous venez manger à la maison, je vous montrerai ma collection ! J'en suis très fier !

- La dernière fois qu'un garçon a voulu te montrer sa « collection personnelle », ton père s'est mis en colère ! ricana Sirius.

Des rires bruyants s'élevèrent dans la cuisine, Arthur Weasley rougissait de la plaisanterie dont il était malgré lui la victime. Remus mit des coups de coude à sa voisine et les enfants gloussaient de bon cœur en découvrant une nouvelle facette de la personnalité de leur professeur d'histoire.

oOo

Le dessert était une délicieuse tarte à la pomme tiède accompagnée d'une boule de glace vanille, les plus vieux eurent même le droit à un petit verre de digestif. Mrs. Weasley rangea les restes du repas tout en poussant les enfants vers l'étage pour laisser les adultes entre eux, avant l'arrivée des autres invités.

- Mais maman ! gémit Ginny dans une dernière tentative pour convaincre sa mère.

- Ça suffit ! Ce soir, c'est la première réunion de l'Ordre ! On a énormément à faire et ça va durer tard. Alors dans vos chambres !

- Maman, nous sommes majeurs ! clama George en se retenant à l'embrasure de la porte.

- Montez immédiatement ou je vous colle assez de devoirs pour vous occuper toutes les vacances, dit calmement Amalia.

Un vacarme assourdissant réveilla Mrs. Black dans l'entrée, les pas rapides des enfants courant vers leurs chambres lui indiquèrent qu'ils n'étaient pas candidats pour des travaux supplémentaires.

- Merci beaucoup, gratifia Mrs. Weasley, reconnaissante de ce coup de main inattendu.

- Mais de rien ! Au fait, comment va Charlie ?

- Il est bien rentré après le tournoi, il n'aura pas beaucoup de congés cette année encore et j'espère que nous le verrons pour Noël.

Amalia écouta tout en se dirigeant vers l'évier et commença la vaisselle sous le regard incrédule des sorciers présents.

- Ce n'est pas nécessaire, intervint gênée Mrs. Weasley en montrant sa baguette.

- Oh ! Je sais mais j'aime bien faire les choses par moi-même quand c'est possible. C'est comme ça que ma mère m'a appris à tenir une maison…

- Alors je vais essuyer la vaisselle, déclara Lupin en se levant.

Ils étaient tous les deux debout devant l'évier, les deux vasques étaient pleins d'eau chaude et de vaisselle sale. Des bulles de savon s'échappèrent régulièrement devant eux et une agréable odeur de fleurs blanches leur chatouilla les narines. La bonne humeur était de mise, Arthur Weasley et Sirius continuaient de parler à table pendant que le ballet d'assiettes propres passaient d'Amalia à Remus.

- Que deviens-tu ? lui demanda-t-elle avec un petit coup d'épaule.

- Ça peut aller. Sans potion Tue-Loup, j'ai encore un peu de mal à vivre parmi les sorciers alors Dumbledore m'a conseillé de retourner dans une meute après mon départ de Poudlard. Je viens de rentrer à sa demande.

- C'est dommage que tu sois parti. On aurait pu y enseigner tous les deux au même moment, j'aurais aimé t'avoir avec moi…

- Et j'aurais vraiment apprécié y rester même si je me sentais parfois seul là-bas.

- Question travail, as-tu trouvé autre chose ? questionna Amalia en récurant la marmite, le bras plongé dedans jusqu'au coude.

- J'ai passé plusieurs entretiens mais tout le monde veut savoir pourquoi je suis parti de Poudlard après une seule année, répondit-il piteusement.

- Tu pourrais expliquer que tu as quitté le poste pour ne pas finir comme les deux précédents enseignants ! La jeune rit ce qui attira brièvement l'attention des autres personnes dans la pièce.

Lupin se pencha alors pour parler à voix basse.

- J'espère que pour toi tout s'y passe bien en tout cas.

- Oui ne t'en fais pas pour cela. J'ai de la chance car Dumbledore est très présent et les élèves adorables. Enfin, presque tous…

- Et avec les autres professeurs ?

- Je n'ai pas à me plaindre, il y a juste eu une période d'adaptation je dirais !

- Sirius m'a parlé de ton courrier.

- Tout s'est arrangé, ne t'en fais pas.

- Bien, si tu le dis. L'homme essuya les assiettes une à une, d'un air pensif.

- Qu'est-ce qu'il y a Lunard ?

- Je pensais à l'Ordre…

- Oui ? Et ?

- Sa composition a bien changé depuis la première fois…

- Tu songes à nos disparus ou aux nouveaux ?

- Aux deux, compléta Lupin.

- En tout cas, j'ai hâte de tous les rencontrer, j'ai cru comprendre que tu en avais déjà croisé certains, non ?

-Oui… Il se mit à rougir légèrement ce qui attisa la curiosité de sa voisine.

- Remus ? Il y a quelque chose que je dois savoir ?

- … Je ne sais pas…

- C'est-à-dire ? insista-t-elle malicieusement.

- Il faut que je te parle d'une chose… ou plutôt d'une personne que tu vas voir...

- Tu es bien mystérieux.

- Je ne veux pas que Sirius entende ou il va me taquiner pendant des heures. Il y a une jeune femme dans l'Ordre, elle se fait appeler Tonks.

- Oh ! Remus est amoureux ? gloussa Amalia.

- Tu vas un peu vite en besogne, elle m'intéresse mais je ne sais pas si c'est réciproque.

- Et tu as besoin d'aide ?

- Non, j'ai surtout besoin que personne ne s'en mêle ! protesta-t-il d'un ton un peu trop fort.

En voyant que tout le monde s'était retourné vers lui, il reprit en chuchotant.

- Écoute, je la trouve intéressante, c'est tout. Si ça se trouve, elle a quelqu'un dans sa vie et je ne suis pas du tout son genre…

Il jeta un coup d'œil pour vérifier que personne ne les écoutait.

- En faisant sa connaissance, je pourrais en savoir un peu plus sur sa situation amoureuse et peut-être ses goûts… proposa innocemment Amalia avec un sourire en coin.

Les deux sorciers étaient épaule contre épaule, ils parlaient à voix basse et ne se rendirent pas compte que la pièce s'était remplie de voix étrangères. Remus et Amalia se mirent à rire et à s'éclabousser en rangeant la vaisselle, seul un raclement de gorge les fit se retourner. Derrière eux, la salle était maintenant pleine de nouveaux visages.

- Que faites-vous ? questionna une voix féminine dans le groupe qui attendait à l'entrée.

- Bonjour à tous ! Ah euh… Tonks, je te présente Amalia, c'est une amie de longue date, s'empressa de répondre Lupin dans un rire gêné.

La sorcière sortit de l'ombre et dévisagea la dénommée Amalia.

- Que faites-vous ? Elle avait répété ses mots d'un ton calme et détaché, un intérêt manifeste pour ce qui se passait.

- On faisait la vaisselle à la main, répondit le professeur d'Histoire.

- Vos baguettes sont cassées ? Parce que si c'est le cas, on peut…

- Non, non ! C'est que… l'enseignante rougissait. J'ai appris à le faire seulement de cette manière.

- Ah ! Dans ma famille aussi certaines personnes préfèrent le faire comme ça, s'exclama la femme aux cheveux roses.

Après de longues secondes en silence, un sourire se dessina sur ses lèvres.

- Je m'appelle Nymphodora mais on m'appelle Tonks, enchantée !

Elle tendit une main vers Amalia qui la saisit en lui rendant la politesse. Les bruits de conversation reprirent dans la salle à manger, Sirius accueillait chaleureusement chaque visiteur. Quand Dumbledore arriva à son tour, le silence tomba dans la pièce, le vieux sorcier s'en amusa.

- Allons les amis, ne soyez pas si timides ! Mettons-nous au travail !

- Prenez place, s'il manque des chaises il faudra en demander à … KREATTUR ! Ne touche pas à ça !

Sirius s'élança pour attraper l'elfe de maison avant qu'il ne se réfugie dans un réduit crasseux sous l'escalier, un objet brillait dans ses mains.

- Il est toujours cleptomane ? plaisanta Amalia pendant que le maître se débattait avec son petit être aux oreilles velues, un grognement d'approbation répondit à sa question.

Tous les sorciers s'installèrent, leur hôte en bout de table dans un fauteuil au dossier haut et aux accoudoirs larges. Il invita Amalia à se placer à sa droite. Dumbledore lui adressa un salut bienveillant et resta debout pendant que tout le monde patientait. Il paraissait attendre que quelque chose se produise, Sirius s'en inquiéta.

- Est-ce qu'il manque quelqu'un ?

- Hum hum, il ne devrait plus trop tarder, répondit simplement le vieux sorcier.

Son interlocuteur semblait avoir compris de qui il s'agissait et se renfrogna.

- Commençons sans lui s'il vous plaît ! ajouta Dumbledore. L'objet de cette première réunion est la recomposition de l'Ordre du Phénix afin de contrer le retour de Voldemort. Nous savons désormais de sources sûres qu'il est parmi nous et trame dans l'ombre de nombreuses attaques contre les Moldus avant de s'en prendre aux sorciers qui se sont dressés contre lui il y a treize ans.

A ce moment précis, la porte d'entrée claqua et le portrait de Mrs. Black se mit à hurler dans le hall, certains sorciers présents à la réunion s'étaient redressés et avaient sorti leurs baguettes, prêts à se défendre si nécessaire. Dumbledore demeura calme, se leva pour accueillir le dernier membre de l'Ordre alors qu'étonnement Sirius n'avait pas bougé et se crispa sur son fauteuil. La porte de la salle à manger s'ouvrit pourtant Amalia ne put voir depuis sa place qui était arrivé, Remus adressa un geste amical de la main au nouveau venu et Dumbledore le fit entrer. La jeune femme découvrit enfin qui se tenait à l'entrée de la pièce, la silhouette noire toisa de gauche à droite tous les occupants de la salle, son regard croisa celui d'Amalia et le visiteur se figea. Elle lui sourit, heureuse de le revoir en bonne santé, Rogue semblait pour sa part perplexe de la découvrir ici. Sirius saisit la main de sa voisine et la serra un peu trop fort en signe de mécontentement, elle lui adressa une moue furibonde et détourna les yeux.

- Asseyez-vous, demanda Dumbledore à tous les membres présents avant de rependre sa place.

Sirius ne quitta pas du regard le nouveau venu tout en maintenant son emprise sur la main d'Amalia. Le vieux sorcier présenta chacun rapidement et annonça l'ordre du jour. Après près d'une heure, un bruit de pas étouffés se fit entendre dans les escaliers et Mrs. Weasley se leva d'un bond, ouvrit le panneau de bois à la volée et hurla après ses enfants, furieuse qu'ils écoutent aux portes. Son mari intervint pour la calmer, elle se remit à table rouge et essoufflée, présentant des excuses aux invités pour son comportement. Mr. Weasley lui tapota le dos d'un geste patient et plein de douceur pendant que Lupin revenait du hall où il avait fait taire Mrs. Black réveillée par ce remue-ménage.

- Bien, nous en avons fini pour ce soir de toute façon, conclut Dumbledore pour terminer la réunion.

La mère de famille se releva et servit le thé aux participants, les chaises raclaient sur le plancher vermoulu et Kreattur sortit de sa cachette pour observer les visiteurs importuns. Un homme grand et blond prit congés pendant que les autres discutaient par petits groupes, Maugrey s'approcha rapidement d'Amalia et l'intercepta. Elle s'était retournée vers Sirius pour lui reprocher son comportement plus tôt mais il l'avait saisie par les épaules et la tenait fermement contre lui.

- Ma petite sœur adorée, tu m'as tellement manqué ! En voyant l'Auror s'avancer, il la fit pivoter. Tu n'as pas encore eu la chance de rencontrer notre cher Fol Œil !

- Oui, non… enfin, pas le vrai tout du moins ! bafouilla la jeune femme en essayant de se soustraire des bras de son tortionnaire. J'ai un vague souvenir de vos visites chez nous…

- Avant de prendre ma retraite, j'étais l'Auror qui surveillait votre père. Nous entretenions une relation… bienveillante ! Il s'esclaffa bruyamment avant de reprendre. Dumbledore m'a longuement parlé de vous. Vous avez été une des premières à comprendre ce qui se tramait à Poudlard…

- Je n'ai aucun mérite, je n'étais pas seule…

Elle leva les yeux vers Rogue qui échangeait avec Dumbledore. Leurs regards se croisèrent à nouveau mais le maître de potions ne lui rendit pas son sourire, il avait l'air courroucé et fixait Sirius derrière elle avec un rictus méprisant. Il salua le directeur et sortit par la porte de la salle à manger menant au hall.

Amalia avait le bout des doigts coincés au niveau des flancs de Sirius, elle le chatouilla pour s'échapper, s'excusant prestement auprès de Maugrey en promettant de revenir tout de suite. Elle gravit les marches à toute allure, passant devant le tableau hurlant de Mrs. Black et saisit l'épaule de Rogue juste avant qu'il ne touche la poignée de la porte d'entrée.

- Severus, attends s'il te plaît ! lança-t-elle hors d'haleine.

Il se tourna avec un visage fermé, la jeune femme ne s'attendait pas à cette réaction, elle l'observa un instant et entendit le plancher du premier étage grincer. Amalia l'entraîna alors dans le salon adjacent et referma la porte derrière eux. Les deux sorciers étaient plongés dans le noir, seulement éclairés par la faible lueur des réverbères qui passait à travers les vitres sales.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? s'enquit-elle, un brin perdue par la situation qui lui échappait.

Rogue resta muet, il fulminait et mourrait d'envie de déverser un flot de paroles qu'il regretterait aussitôt. A la place, il prit une inspiration et persifla.

- Si j'avais su que tu étais une proche amie de cette vermine…

Ses yeux noirs lançaient des éclairs, la fureur pouvait s'y lire. Sa collègue resta stupéfaite.

- De qui est-ce que tu parles ?

- Ne joue pas à l'innocente ! Il leva un index accusateur vers son visage. Tu t'es rapprochée de moi uniquement pour me surveiller et lui rapporter mes faits et gestes !

- Si tu parles de Dumbledore, ce n'est un secret pour personne que...

- NON ! Je parle de Black voyons ! Qui d'autre ?!

- Sirius ?... Je ne vois pas le rapport avec toi.

Elle hésitait, de plus en plus étonnée par ce comportement.

- Bien entendu, tu vas me faire croire qu'il ne t'en a pas parlé ?

- Mais parler de quoi ?

- Il a bien dû t'expliquer pourquoi Dumbledore nous a forcé à nous serrer la main dans l'infirmerie !

- A vrai dire non, il n'en a pas eu l'occasion. J'ai été prise par des affaires familiales et je viens de rentrer sur Londres.

Le visage de la jeune femme se marquait autour de ses yeux par des rides d'expression, l'incompréhension et l'agacement s'y mêlaient.

- Black ne t'a pas raconté ses exploits à Poudlard avec ses chers amis ? lança Rogue d'un ton de mépris.

- Il suffit, je ne comprends rien ! Qu'est-ce qu'il y a entre vous deux ?

L'homme releva le menton, il la toisait avec méfiance.

- Oh mon dieu ! Je viens de réaliser que vous avez le même âge ! Ils étaient tous à Gryffondor, toi à Serpentard… Que s'est-il passé au collège pour que tu réagisses de cette façon ?

- Tu n'as pas à le savoir… Et toi, comment connais-tu Black ? Votre accolade en disait long sur votre relation !

Il avait pris un air si dégoûté qu'Amalia le soupçonna de s'imaginer bien des choses entre Sirius et elle.

- C'est un ami d'enfance, j'ai grandi dans le manoir d'en face, au 24. Rogue la dévisagea. Quand j'étais petite, mon père fréquentait sa famille bien qu'il se soit marié à une moldue, les Black le craignaient trop pour s'y opposer ouvertement. J'étais fille unique, Regulus et Sirius se sont occupés de moi comme de leur petite sœur. J'ai passé de nombreux après-midis dans cette maison à découvrir une part sombre de la magie dont on ne parlait jamais chez moi. Elle regarda les murs de la pièce avec une pointe de nostalgie dans la voix. Voilà, tu sais tout !

- Pourquoi tant de secret à son propos ?

- Si je n'en ai pas parlé avant, c'est parce qu'aux dernières nouvelles, Sirius est toujours recherché pour s'être évadé d'Azkaban ! Et il était loin d'être mon principal souci cet été…

- Ah ? Et qu'est-ce qui t'a empêché de dormir ? railla-t-il, toujours en colère.

- Ce que tu peux être bête…

Elle roula des yeux, lui saisit le poignet et l'attira contre elle. Amalia le serra de toutes ses forces, la tête posée contre son torse et murmura :

- J'étais inquiète après ton départ de l'infirmerie. J'ai cru que je ne te reverrai jamais en vie quand tu es allé le rejoindre.

Sa voix se brisa dans le silence de la pièce. Rogue resta immobile, les mains en l'air, ne sachant pas quoi dire ou faire. Les cheveux de la jeune femme sentaient une odeur sucrée de musc et de fruits rouges [1] comme lors de son arrivée à Poudlard. Son contact était chaud, agréable et rassurant. Elle le serrait tellement fort qu'il percevait les battements de son cœur dans sa poitrine. Lentement, il posa une main sur sa tête et la seconde dans son dos pour lui rendre son étreinte de manière maladroite. Il y a quelques minutes, il était furieux de la trahison qu'il croyait avoir subi et maintenant, Amalia était blottie dans ses bras à lui dire qu'elle s'était inquiétée pour lui. Son esprit était partagé entre la méfiance parce qu'après-tout, elle était une amie de Black, et l'étonnement car quelqu'un s'était vraiment soucié de son sort.

Les pas remontant de la cuisine les firent se séparer juste avant que Dumbledore entra dans le salon et sortit sa baguette pour éclairer la pièce. Les lampes à huile se mirent en marche, aveuglant ses occupants pendant que le vieux sorcier s'assit dans le canapé.

- J'ai besoin de m'entretenir avec vous deux.

Les enseignants se regardèrent interloqués. Un peu embarrassés par leur étreinte, ils prirent place à leur tour près de leur directeur. Dans le hall, les hurlements de Mrs. Black étaient interrompus par le claquement de la porte d'entrée qui s'ouvrait et se fermait au rythme du transplanage des invités.

- Je suppose que le manuel est terminé depuis quelques semaines déjà ?

Ils hochèrent la tête en silence, Amalia avait eu le temps d'achever la mise en page et la reliure, il ne manquait qu'une relecture finale.

- Très bien… Une commission du Ministère accepte de vous recevoir dans une semaine pour une présentation du prototype.

- Pardon ?

Un brin de panique les parcourut.

- Mais il y a encore un peu de travail avant que tout soit présentable, renchérit Amalia.

- Bon courage alors ! s'exclama Dumbledore en se redressant d'un bond, il salua d'un geste de la main Sirius qui attendait dans le hall et transplana à son tour une fois sur le perron de la maison.

- Je ne pourrai pas rester ce soir pour t'aider, je dois me rendre à une… une autre réunion, annonça Rogue en voyant l'air soucieux de sa collègue.

Il passa une main sur sa nuque, le regard fuyant.

- D'accord, je ferai le maximum, répondit-elle en l'accompagnant vers la porte d'entrée, elle lui retint la main. Fais attention à toi.

Un sourire se dessina alors sur le visage du maître de potions mais il n'était pas lié aux paroles d'Amalia. Il souriait car il venait d'apercevoir la grimace que Sirius faisait en entendant la recommandation de la jeune femme.

Quand la porte d'entrée se referma dans un grincement sinistre, un souffle glacé saisit la sorcière. Elle se retourna lentement et découvrit Remus et Sirius, la mine sombre.

- Qu'est-ce qui vous arrive ?

- Il va falloir que nous parlions, jeune fille !

- Encore une excellente soirée en perspective… soupira-t-elle en haussant les épaules.

Un fin filet de poussière tomba devant son nez, des pas précipités accompagnés de chuchotements parcouraient l'étage.


[1] Gel Douche Snow Fairy - Lush

Prochain chapitre : Ménage dans les souvenirs des Black

Note : Bienvenue aux nouvelles personnes qui suivent cette histoire et merci pour vos gentils commentaires ! J'espère que ça va vous plaire !