Bonjour, voici le premier chapitre. En espérant qu'il vous plaise! N'hésitez pas à me laisser des reviews. Bonne lecture!

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Chapitre 1: Faits divers


The Quibbler, July Edition, flash info

Une disparition inquiétante d'une famille de Muggles dans le Devonshire affole la police locale. L'enquête est au point mort. La demeure de cette famille paraît n'avoir eu aucun dommage qui laisserait deviner que cela soit l'oeuvre de Death Eaters. Il semblerait qu'ils aient seulement quitté leur ville sur un coup de tête. A l'heure où nous bouclions cette édition, il est impossible d'écarter la moindre piste.

Ces trois Muggles allongent la liste des disparus[...].

Un mouvement derrière lui lui fit cacher à la va-vite le quotidien et il fit semblant de lire ses notes de service. Si le Ministère était au courant qu'il était abonné au Quibbler, il serait viré sur-le-champ et sans doute envoyé à Azkaban. Depuis quelques dizaines de jours, un vent nouveau soufflait dans l'institution. On faisait fi de certaines réalités, on contrôlait et supervisait au maximum les employés et les allées et venues des sorciers, on instaurait une certaine censure dans la presse, on déformait la vérité... C'était déroutant. Pour des personnes qui prétendent que Lord Voldemort n'était pas revenu, il estimait la chose tout à fait ironiquement. Plus l'on cherchait à étouffer l'affaire, plus on confirmait son existence.

Notant qu'il serait dangereux de poursuivre sa lecture entre ces quatre murs, il s'assura que personne n'était dans les parages pour glisser le quotidien dans son sac en bandoulière et reprit son travail l'air de rien, son pied battant une mesure de chanson rock Muggle en signe d'impatience.

The Daily Prophet, front cover, July 12

EDUCATIONAL REFORM

Le Department of Magical Education travaille d'arrache-pied depuis la fin juin pour apporter des changements radicaux dans le système éducatif Britannique. Il est prévu que ces réformes soient appliquées dès la rentrée 1995. Pour d'amples détails, s'en remettre aux pp. 6-7

Il posa sa tasse de thé un peu sèchement sur son bureau, eut une quinte de toux, la boisson ayant failli faire fausse route, ses orbes brillaient de larmes contenues, et il dut chercher de l'air pendant d'affreuses secondes avant de boire une autre gorgée de thé pour calmer cela. Il aurait été risible qu'il meure en buvant du Twinings... Il lissa les pages du journal qu'il tenait dans ses mains et relut en diagonale la une du Daily Prophet. Pour une fois qu'ils daignaient parler du Department of Magical Education, il n'allait pas se mettre à râler, si? Il soupira, se frotta les yeux d'un geste machinal, avant de repousser des boucles brunes qui avaient glissé sur son visage, réprima un bâillement, finit par bailler, plia le quotidien et le jeta dans un coin de son bureau. Le Department of Magical Education travaille d'arrache-pied... Ledit département dépassait son quota d'heures supplémentaires, était ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, les employés en congés ou en arrêt maladie ou encore en congé parental avaient été rappelés, les autres sur place rallongeaient leur temps de travail de manière considérable. Les réformes en question demandaient réflexion, précision, une collaboration étroite avec le Department of Magical Law – au point que les avions de papier violet qui ne cessaient de circuler d'un département à l'autre parvenaient à se crasher les uns aux autres, provoquant des minuscules incendies. Et beaucoup, beaucoup, de thé. Cela devait être sa huitième théière. Il ne s'en rappelait pas. En tout cas, pas mal de théine avait circulé dans son sang, ses mains tremblaient légèrement depuis une bonne heure désormais. Il soupira à nouveau, se gratta la tête d'un air absent, les orbes fixés devant lui, sur le pan de mur de son box qui le séparait de tous les autres boxes de cette aile du Département. Ils n'étaient pas assez bien placés dans la hiérarchie pour bénéficier de l'open-space de l'aile ouest à la leur. En soi, il s'en fichait. Si c'était pour passer la journée complète à subir la vue de la tête de ses collègues non-stop, il en deviendrait chèvre. Il consulta l'heure sur sa montre à gousset, regretta d'avoir fait infuser du thé vert au lieu d'un noir parce qu'il était loin d'avoir fini, même s'il était vingt-et-une heures passées. Ce n'était pas la première fois qu'il passerait la nuit dans son bureau. Il devait être l'un des seuls à l'avoir fait un nombre incalculable de fois, en dehors de ces périodes de rush comme celle dans laquelle ils étaient tous plongés. Il bailla à nouveau, finit sa tasse d'une traite et saisit le rouleau de parchemin sur lequel il était en train de travailler, avec toutes les annotations et post-it qui en recouvraient une partie. Il posa un coude sur la table, cala sa joue dans la paume de sa main et s'affala, découragé.

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- … Et après, je lui ai dit «je t'avais prévenue, 'Nie, que si tu te lançais dans cette voie, tu n'aurais pas de travail»... Et vous savez quoi? J'avais raison. Elle est têtue comme une mule, 'Nie... 'Voyez comment ils sont les jeunes aujourd'hui... Ils n'en font qu'à leur tête... Oh, merci, vraiment. C'est pas trop lourd? Bref, je disais quoi, moi, déjà? Ah, oui... Eh bien, 'Nie, après l'école, elle est revenue à la maison, avec des sacs poubelles comme bagages et elle pleurait comme une madeleine... Comment voulez-vous qu'Edward et moi refusions de la laisser revenir? C'est notre fille, vous comprenez?... Et du coup, elle a cherché du travail... Je veux dire par là, un vrai travail qui lui permet de gagner de l'argent parce que ce n'est pas en peignant des toiles qu'elle aurait eu de quoi vivre, n'est-ce pas? Du coup, elle est serveuse... Oh, attendez, j'ai ma clé quelque part...

La femme fouilla dans son sac à main en toile, deux sacs de courses posés à ses pieds. Elle avait un chignon sur le haut du crâne, fait à la va-vite, d'où des mèches d'un blond sale s'en échappaient. Elle devait avoir quarante ou bien cinquante ans, impossible à déterminer. Elle était assez petite et ronde, ses formes noyées dans une robe trop grande, vaguement cintrée d'une ceinture qui devait appartenir à son mari, des chaussures de marche vieilles comme le monde aux pieds, et une veste qui datait des années quatre-vingt, assez clinquante. Elle finit par trouver son trousseau de clés et ouvrit la porte de son appartement d'un coup d'épaule alors qu'elle venait de reprendre ses sacs de courses en mains.

- Mais je crois que vous l'avez déjà vue... Elle travaille dans la rue, en bas... Oui, voilà... Oh, ne vous embêtez pas, posez-les juste là. Je m'occuperai de les décharger, je vous remercie... Au fait, William, on ne vous voit pas trop, ces jours-ci... Y a un souci au boulot? Non, je demande parce que vous ne rentrez pas tous les jours et il vous arrive de rentrer à des heures improbables... Moi, je vous dis de faire attention, parce que si vous êtes trop disponible pour votre patron, il vous mènera une vie infernale et ce n'est pas comme ça que vous pourrez fonder une famille... Ah, non, ne commencez pas à rougir, s'exclama-t-elle, en mettant les poings sur les hanches. Tut, tut, pas de ça avec moi... Mon mari a été comme vous un temps, et regardez le bordel que ça a été: on a failli divorcer parce qu'il ne cherchait plus à se préoccuper par ce qui se passait à la maison et je crois que s'il avait un peu plus présent, il aurait sans doute convaincu 'Nie de ne pas se lancer dans ces études d'art... Quel gâchis... Enfin, bon, après tout, c'est votre vie, ça ne me regarde pas... Vous voulez pas rester boire un thé? Non? Un café, peut-être... Vous avez l'air d'un zombie... Vraiment, faudrait faire quelque chose vis-à-vis du boulot, William...

Melbourne retrouva le calme et le silence de son propre appartement deux heures plus tard, un mal de crâne lui lancinant les tempes. Sa voisine de palier, Mrs Bowen, avait un fort capital sympathie, mais son plus gros défaut sans doute était son côté pipelette. Le jeune homme s'était déjà demandé maintes fois si elle n'avait pas un bouton OFF quelque part ou s'il n'oserait pas lui jeter un sort pour qu'elle se taise ne serait-ce que cinq minutes. Il s'affala sur son clic-clac, après s'être débarrassé de sa veste qu'il avait jetée en cours de route, et jeta sa tête en arrière en soupirant. Toute considération faite, Mrs Bowen n'avait pas été enquiquinante. Il y avait eu des soliloques bien plus gênants, comme la fois où elle s'interrogeait sur une recrudescence de hiboux rodant dans le coin en plein jour. Melbourne avait cru que son cœur allait cesser de battre, jusqu'au moment opportun où sa fille était rentrée de son travail, ce qui avait immédiatement fait changer de sujet sa mère qui avait cru bon demander au «bon William» quand il comptait se caser. C'était on ne peut plus embarrassant; néanmoins, le jeune homme ne parvenait pas à la considérer comme méchante. Elle devait souffrir de son isolement et cherchait à prendre tout l'immeuble sous son aile. Son penchant mère-poule était, certes, étouffant, mais mignon en parallèle. Elle se contentait de se faire du souci pour tout le monde, oubliant presque sa propre personne.

Il fallut près d'une heure à Melbourne pour réussir à s'extirper de son clic-clac, tant il avait la sensation d'avoir fait un séjour dans une machine à linge, pour prendre une longue douche brûlante et se balader torse nu dans l'appartement, un bol de thé en mains et fouillant partout pour se rouler une cigarette avant de se caler sur la minuscule terrasse pour fumer tranquillement. A peine avait-il ouvert la fenêtre de plain-pied que le chat qui avait élu domicile chez lui miaula d'une drôle de voix, comme s'il s'était écrié toute la sainte journée, et démarra le tracteur vrombissant qui lui servait de ronronnement tout en se frottant aux jambes de son colocataire à deux pattes. Le petit air frais qui soufflait en ce début de soirée provoqua bientôt la chair de poule à Melbourne, mais il ne se rhabilla pas de suite, tentant de se maintenir éveillé par cette sensation qui courait sur sa peau diaphane.

C'était ces rares moments où il oubliait qu'il travaillait au Ministère de la Magie, qu'il était noyé de boulot jusqu'au cou et presque qu'il était un sorcier – et par Merlin, qu'il lui arrivait parfois de se demander ce que sa vie aurait été s'il n'avait été qu'un Muggle... Cependant, ces élans là n'apportaient que leur lot de douleur, car s'il n'avait pas eu de pouvoirs, il aurait eu une famille, une vraie famille, comme celles qu'il lui arrivait de croiser lorsqu'il avait le temps de flâner à Hyde Park.

Lorsqu'il eut fini sa cigarette, il rentra en même temps que le chat, enfila le premier t-shirt et la première chemise, tous deux froissés, qui lui tombaient sous la main, reprit sa veste, glissa dans ses poches quelques livres Sterling, remplit la gamelle du félin, lui demanda de ne pas faire de bêtises en son absence, sortit, ferma la porte à double-tour, descendit les trois étages par les escaliers, acheta un sandwich dans la boulangerie qui se nichait dans le coin de la rue, et Transplana pour rejoindre le Ministère pour une nouvelle nuit de labeur.

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The Daily Prophet, July 25

Dumbledore est-il digne de confiance?

Suite à la déclaration publique que le Directeur de Hogwarts a prononcée devant les Chairmen* de la Confédération Internationale des Sorciers et à l'issue de l'année scolaire qui s'est achevée sur un drame historique qui n'était pas arrivée depuis plus de cinquante ans, beaucoup d'encre a coulé sur s'il faut croire le vénérable sorcier ou non. En effet, à défaut de preuves de premier ordre, nous nous devons de croire le témoignage unique de Mr Harry Potter selon lequel HE-WHO-MUST-NOT-BE-NAMED serait de retour. Certes, le corps sans vie de Mr Cedric Diggory serait un élément exploitable, mais rien n'indique que ce soit un Death Eater ou le Mage Noir lui-même qui l'aurait tué. Un banal accident typique du Triwizard Tournament est le plus plausible, car courant dans cet événement international. De plus, nous n'avons aucun signe alarmant pouvant attester du retour de celui qui a terrorisé notre communauté il y a plus de quinze ans.

Que ces délires adolescents soient une chose, après tout, participer au Triwizard Tournament à seulement quatorze ans peut bouleverser même le plus solide des futurs Aurors; mais il en est tout autre si un Sorcier adulte appuie cette théorie un peu fumante, si nous restons corrects, et cela remet en cause la capacité de discernement de Dumbledore[...]

The Quibbler, August Edition, front cover

POTTER CONVOQUE AU MINISTERE

The Boy Who Lives a enfreint le Code Magique en invoquant un Charme du Patronus devant un témoin Muggle ce deux août à 9:23 P.M. Plus d'informations p.5...

The Daily Prophet, August 2, front cover

THE BOY WHO LIES (?) COMPARAITRA DEVANT LE Wizengamot LE 12 DE CE MOIS

Harry Potter a enfreint le Decree for the Reasonable Restriction of Underage Sorcery, devant témoin Muggle, attestant que des Dementors les avaient agressés[...]...

Il ouvrit le journal vivement, à deux doigts de le déchirer, pour en savoir plus. Il parcourut les paragraphes de l'article dédié au procès à venir, les sourcils froncés. Des Dementors dans un voisinage Muggle dans le Surrey... Etrange. Aussi étrange que ces disparitions de Muggles, que le Ministère tente d'occulter à la perfection. Cela semble être également le cas pour ces deux gardiens de la prison sorcière. Un peu plus et les journalistes feraient passer Potter pour un aliéné qui ne mérite qu'une chose: être enfermé à Saint Mungo. Lui comme Dumbledore étaient la risée de l'opinion publique depuis le début de l'été.

Soudain, il relut la première de couverture du Quibbler. C'était lui ou un gosse de quinze ans connaissait le Patronus et le réalisait avec maîtrise? Impressionnant. Sans conteste. Encore ébloui par cette prouesse, il rangea les deux journaux dans sa besace, se leva, sa tasse vissée à la main, et signala à son patron qu'il prenait une pause de dix minutes. Ce dernier grogna, ne pouvant qu'accepter cette demande – foutue loi du travail; mais lui fit comprendre qu'il allait en baver s'il dépassait les dix minutes annoncées. Son employé se retint de rouler des yeux, exaspéré. Il traversa l'aile du Département et se réfugia dans la salle de repos, avant de regretter son choix tactique. Il y avait du monde dedans. Il fit comme s'il ne voyait personne et remplit sa tasse de café, chose qu'il ne faisait qu'en cas d'extrême fatigue – et il atteignait des records ces temps-ci. Puis, il poussa la porte qui séparait cette pièce de celle attenante. On aurait eu cru être en plein air sur une terrasse; mais c'était un sortilège qui était en place, le Ministère étant situé en sous-sol. Néanmoins, cette idée de sort était intéressante. Cela donnait une impression réaliste du temps au-dessus d'eux, jusqu'à la brise qui caressait ses joues. Le Département avait demandé cette dérogation, ayant noté quelques années en arrière que ses employés souffraient d'être enfermés plusieurs heures par jour. Cela avait joué sur leur moral et l'impact sur la qualité du travail avait fait réviser le jugement des personnes agréées pour ce genre de requête.

Le jeune homme était en admiration devant ce sortilège. Il était rondement exécuté et serait sûrement un objet méritant toute l'attention du professeur Flitwick, qui enseignait les Charmes à Hogwarts. Il sourit en repensant à cet homme et sortit d'un étui qui était dans une de ses poches une cigarette roulée en avance et l'alluma. L'enchantement avait dépeint le faux ciel d'une nuit sans lune, avec quelques rares étoiles qui n'étaient pas masquées par les lourds nuages qui s'amoncelaient de manière dangereuse. Même l'air était chargé d'humidité et sentait l'orage à plein nez. Melbourne se demanda s'il allait vraiment se mettre à pleuvoir. Ce serait bête, en soi, de ne pas s'en prémunir au cas où. Son café achevé d'une traite et un Impervioplus tard, il finit sa cigarette, tranquille, tandis qu'une pluie torrentielle lui tombait dessus. Comme pour la véritable météo, la dépressurisation de l'atmosphère et l'orage grondant et craquant au-dessus de lui lui donnèrent la sensation de détendre et soulager la pression qui l'écrasait en lui. Rien de tel que ce phénomène météorologique et un bon Eye of the Tiger en tête pour se remettre d'aplomb et se préparer mentalement à passer une nuit supplémentaire au travail. Au fond, il n'en avait cure: personne ne l'attendait chez lui. Le jeune homme était un célibataire endurci, ayant une vie sociale aussi étendue que la largeur de sa main ouverte. Il soupira et passa la porte baie-vitrée, rinça sa tasse dans la salle de repos et retourna à son box. Les lieux s'étaient éclaircis en un temps record, le service de jour ayant fini, et la relève de nuit n'arrivant que dans une grosse demi-heure. Il en profita pour confirmer à son chef qu'il restait pour la nuit et ne comptait pas râler parce que toutes ses heures supplémentaires ne seraient pas payées.

The Quibbler, special edition, August 9

Des goules auraient été aperçues dans les périphéries d'Ulster, en Irlande. Aucun blessé n'est à déplorer. Personne n'a porté son témoignage aux autorités, de peur sans doute que quiconque ne les croit ou – pire!- qu'on leur efface leurs souvenirs pour asseoir les versions officielles que le Ministère applique depuis un peu plus d'un mois maintenant.

D'autres Dementors auraient été vus au loin dans le comté du Lincolnshire. Que se passe-t-il donc au Ministère? Pourquoi ne prennent-ils pas au sérieux ces désertions des gardiens d'Azkaban? [...]

L'homme se redressa et glissa ses cheveux derrière ses oreilles d'un geste machinal. Il avait dû encore s'assoupir, songea-t-il tandis qu'il reprenait possession de ses esprits et se souvienne où il était. Une fois toutes les informations nécessaires en tête, il regretta d'abord de s'être réveillé, ensuite il ressentit une profonde honte le clouer sur place. Ah! Il avait encore piqué du nez au travail. Par la barbe de Merlin, son insomnie allait finir par le faire sortir par la petite porte… Comme s'il ne s'était pas battu comme un diable pour avoir un boulot. Il secoua la tête, soupira, grommela, avant de ranger à la hâte le journal sur lequel il s'était assoupi, se lever, s'étirer, bailler et s'affairer pour faire un thé digne de ce nom.

Une fois qu'il fut debout, ses collègues, présents dans leurs boxes individuels, jetèrent un œil à son endroit, virent que rien d'étrange ne s'était produit et retournèrent leur attention à leur travail. Il avait senti toutes ces paires d'yeux sur lui, et il s'était à moitié retourné, les sourcils froncés, l'air alerte, ses muscles tendus parés à la moindre attaque, une main plongée dans la poche de sa robe où se trouvait sa baguette, sa magie crépitant un peu autour de lui. Il détestait cela, être le centre de mire d'une bonne dizaine de personnes. Avec ce qui se passait en ce moment, et que le Ministère choisissait de passer sous silence, il craignait plus que jamais avoir affaires à une de ces périodes où on ne pouvait ne même plus faire confiance à sa propre ombre. Sa nervosité et ses gestes brusques avaient cependant attiré l'attention de ses collègues, pourtant accoutumés à ses manières atypiques. Or, cela faisait quelques temps qu'ils le jugeaient plus paranoïaque que d'ordinaire. En croisant leurs regards, il nota que Turner lui avait adressé un sourire narquois l'espace d'un instant. Oui, tout le monde se moquait un peu de lui parce qu'il se préparait du thé presque comme un simple Muggle. Et, soyons francs, Turner adorait le taquiner de longue. C'était son passe-temps favori, apparemment, à défaut d'aller embêter un autre collègue avec ses blagues lourdes et ses moqueries incessantes. En même temps, il y avait de quoi rire sous cape quand son jeune confrère se dirigeait vers la vaisselle, préparait la bouilloire, posait un sachet de thé dans son grand mug estampillé 'Never give up' avec la tête caricaturée d'un Premier Ministre Muggle bien connu*², et revenait avec ce dernier qui fumait à son bureau. Ses collègues avaient laissé tomber les commérages pour connaître les raisons de ces agissements bizarres et se contentaient de le cataloguer parmi ces sorciers un peu loufoques, tels qu'Arthur Weasley qui admirait tout artefact non magique. Autant dire qu'il dénotait davantage ces temps-ci et qu'il dérangeait. Au Department of Magical Education, on ne s'en formalisait pas trop; cependant, depuis qu'une Sous-Secrétaire d'Etat avait décidé qu'il fallait repenser la bonne conduite du personnel du Ministère, les choses avaient été reconsidérées. Les mentalités suivaient assez vite, malheureusement.

Le patron avait dû demander à ce que tout le monde, sans exception aucune, porte son uniforme de service, au risque de devoir se justifier aux Affaires Internes. Il avait dû courir derrière William Melbourne des jours durant pour lui hurler d'aller «mettre sa fichue robe de service, Gumbling Gargoyles!», ce dernier étant plutôt enclin à ne pas l'enfiler quand il arrivait au boulot. Son apparente rébellion ne l'aurait pas dérangé en temps normal, mais il n'y avait plus rien de normal et il ne souhaitait pas qu'un employé compétent soit viré pour une histoire de tenue – surtout qu'il avait le pressentiment que ladite Sous-Secrétaire d'Etat cherchait à le faire virer par tous les moyens. Néanmoins, elle n'avait pas connaissance que toute personne au Department of Magical Education se serrait les coudes, au point qu'il lui avait été impossible jusqu'ici de mettre à exécution ses désirs, les états de service de la personne ciblée étant irréprochables. Ledit employé avait ainsi dû consentir à s'accoutrer de ces sur-robes bleu-cyan dès qu'il mettait les pieds au Département. Son air d'enterrement qui ne le quittait plus des masses depuis ne laissait pas indifférent, or il n'avait pas besoin qu'une de ses collègues, une petite blonde toute timide lui en fasse part un jour, car il le savait déjà, au vu des sous-entendus et blagues lourdes de plus en plus fréquentes à son encontre. Cette pauvre femme avait cru bon de jouer la carte de la sympathie, parce qu'être un loup solitaire était inconcevable pour certains. En soi, sa marque d'attention était honorable, cependant il se sentait encore plus embarrassé que si elle avait choisi de faire comme si de rien était, comme une partie de ses pairs.

Dans tous les cas, ses collègues l'avaient toujours maintenu à l'écart. Il était jeune, était arrivé ici un peu par hasard, n'était connu d'aucune sphère, et il était atypique jusque dans son paraître. Il n'était pas un Pure-Blood et personne ne se privait pour le lui rappeler. Son statut de sang jouait en sa défaveur ces temps-ci...

Il retourna dans son box, posa son mug à même son tas de parchemins, s'assit et s'adossa complètement, les orbes clos, le manque de sommeil le rongeant de l'intérieur. Il aimerait tant reposer ce corps lourd, noueux, tendu, usé. Il humait les vapeurs de son thé, pour en savourer chaque note, car se remettre de suite au travail aurait été inefficace. Puis, ce n'était pas comme s'il avait déjà fait perdre du temps à toute l'équipe… Il pouvait se le permettre, tout en discrétion cependant… Ils étaient plus étroitement surveillés depuis quelques semaines. Epiés, espionnés, bref, la totale. Il avait senti ce vent de changement de loin. Personne ne semblait s'en soucier outre-mesure. Enfin, bon, cela ne le changeait pas d'ordinaire. Quoique...

A observer les têtes d'enterrement de ses collègues, le plus sombre ne faisait que débuter. Il bailla une nouvelle fois et commença à siroter son thé avec lenteur. Même au Département d'Education, ils étaient surveillés de près pour appliquer les directives de la nouvelle ligne politique du Ministère. Cela passait notamment par repenser les programmes scolaires, les contenus de chaque matière, la tenue de chaque examen – en dehors des OWL et NEWT, la révision des supports de cours tels que les manuels… Il y avait du pain sur la planche. C'était pour cela qu'il avait failli s'étrangler de rire quand l'édition du Daily Prophet avait écrit Le Department of Magical Education travaille d'arrache-pied. Doux euphémisme. Il fixa d'un œil distrait le paragraphe qu'il avait rédigé avant de somnoler, ne chercha pas tant à en saisir le sens, exaspéré.

Il fronça les sourcils, son mal de crâne lancinant se glissait entre ses yeux et semblait lui fendre le cerveau en deux. Gumbling Gargoyles, il allait devoir passer ces prochaines heures dans l'obscurité totale pour calmer ce pieu de douleur qui lui traversait la tête de part en part. Il finit par s'affaler sur son bureau, le mug dans une main, l'autre servant d'appui à son menton, et il fixait d'un air hagard le mur en face de lui – son mur. Alors que ses collègues avaient entre autres collé des photos de famille, d'amis, d'équipes de Quidditch ou de groupes de musique populaires; lui s'était contenté d'un fatras de notes diverses et variés sur des sujets d'intérêt très hétéroclites. La dernière en date concernait le dernier Act Muggle sur l'éducation. Il concentra son attention dessus, et marmonna de douleur, son mal de crâne l'assommant. Il avait la sensation que sa tête allait exploser telle une pastèque d'ici la fin de la journée. Comment en étaient-ils tous arrivés là après tout? Il le savait, or peu de gens croyaient en cela et la plupart d'entre-elles faisait tout pour maintenir le reste de la population magique dans l'ignorance totale. Il soupira, finit son thé et regroupa ses parchemins, les mains tremblantes d'épuisement.

Une note pliée en forme d'avion violette voleta et se déposa sous son nez avant de se déplier d'elle-même pour qu'il lise son contenu. Son estomac se contracta d'un coup et il crut vomir le thé qu'il venait de boire. Une suée lui passa avant qu'il tente de se calmer. Ce n'était qu'un rendez-vous informel, se répéta-t-il, tandis qu'il prit des parchemins ici et là pour les fourrer dans son sac en bandoulière en cuir de dragon - cadeau parce qu'il ne pouvait pas se permettre ce genre de folies – passa dans les WC du service pour se rafraîchir et se fixa longuement au travers du miroir rectangulaire qui se tenait au dessus du lavabo.

Ses grands yeux bleu-azur étaient soulignés par des sourcils noirs épais et des cernes gonflées, qui contrastaient avec le teint blanc de son visage allongé et émacié. Ses pommettes saillantes due à sa maigreur étaient en harmonie avec son nez aquilin. Ses lèvres pâles étaient pincées, comme il en avait l'accoutumance. A chaque lobe, deux anneaux en argent brillaient, à moitié dissimulés par sa longue chevelure de noir d'encre, qu'il avait souvent libre, qui descendait en cascade de boucles un peu ondulées. Il avait une aura particulière, au travers de ses orbes, le maintien de sa tête, son allure générale. Il ne laissait personne indifférent, que ce soit par son physique ou sa manière de se vêtir. Il jeta un œil à ses fringues: sous sa robe de sorcier réglementaire à son service de couleur bleu-cyan, il était vêtu comme un Muggle – une paire de jeans noire, une chemise épaisse grise par dessus un t-shirt en coton blanc et des chaussures de cuir type motard citadin. Elleallait encore le regarder avec mépris, de son petit air suffisant. Il regarda à nouveau son reflet et se soupira à lui-même. Il savait pourquoi elle l'avait gardé, alors qu'il y avait des dizaines de raisons de le virer ou l'enfermer à Azkaban, et il se demandait au quotidien s'il fallait en rire. Merci sa mémoire qui pouvait recracher des pans entiers de la Loi Sorcière. Il secoua la tête et sortit des toilettes pour larencontrer à son bureau. Etre à l'heure, une des règles de base pour ne pas lacontrarier.

Une fois sur place, il toqua à la porte. Un «entrez» bien mielleux l'invita. Il actionna la poignée et pénétra dans l'antre du crapaud…

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- C'est pas des mesures pour redorer le blason de Hogwarts qu'ils nous demandent de mettre en place, marmonnait Turner dans la salle de repos, affalé sur une chaise, une tasse d'Earl Grey en ce matin-là, vers sept heures, tandis qu'il se tâtait entre les pancakes et les toasts pour son petit-déjeuner. Mais bel et bien une perversion de ce qu'est censé être l'éducation...

- … A en croire la Sous-Secrétaire, c'est pourtant un mal nécessaire, souffla Melbourne avant de bailler à s'en décrocher la mâchoire, les vapeurs de son café lui chatouillant les narines.

- Mouais, tu parles, bougonna Turner qui étalait maintenant une dose généreuse de confiture sur son pancake. Appelons un chat un chat... Au fait, tu ne t'es pas fait dessus quand tu l'as vue hier, demanda-t-il, un sourcil haussé. Nan, j'dis ça, mais elle a l'air de vraiment terroriser tout le monde, ajouta-t-il devant le regard noir que lui lançait son collègue. Quoique... Entre ce Snape et elle, lequel tu places en tête des gens qui te font peur?

Cette fois-ci, Melbourne se leva pour atteindre Turner dans le but de le frapper, mais il n'en eut pas le temps car leur patron arriva sur ces entrefaites. Il s'arrêta net à l'encadrement de la porte et les toisa longuement, avant de soupirer, les mains sur les hanches et l'air furieux.

- Bon, quand vous aurez décidé de cesser de faire les gosses, vous vous remettrez au boulot, hein. Les Décrets ne vont pas s'écrire tous seuls.

- On peut quand même se permettre d'avaler un vrai repas, pour une fois, non, maugréa Turner, qui tartinait son deuxième pancake, nullement perturbé. On est traités comme des esclaves depuis un bon gros mois... Et personne ne se plaint.

Le patron leva les yeux au ciel et marmonna dans sa barbe, avant de soupirer et de hausser les épaules, signe qu'il cédait pour cette fois-ci. Il en profita pour se servir en café lui aussi et de s'asseoir quelques minutes, avouant dans ces simples gestes qu'il était autant épuisé que ses employés. Tout le Department était en flux tendu et tenir les subordonnés à garder le même rythme infernal jour après jour relevait d'un entraînement au marathon. Tout un chacun était impliqué d'une manière comme d'une autre. La gestion n'avait rien d'un long fleuve tranquille, surtout au huitième étage du Ministère où tous prenaient très à cœur leur corps de métier. L'on ne se contentait pas de se balader dans les couloirs vêtu des sur-robes cyan, on appliquait au mieux les principes mêmes qui définissait ces hommes et ces femmes. On vivait, respirait et mangeait éducation dans ces bureaux; d'où les nombreux murmures qui s'étaient glissés parmi eux depuis que le Cabinet du Ministre leur avait demandé courant juin d'écrire tous ces fichus Décrets, souvent contraires à leurs croyances. Cela avait du mal à passer pour le patron qui n'avait jamais vécu cela auparavant et cela le dérangeait profondément, car toutes ces mesures à venir bousculaient ses convictions personnelles. Il ne partageait pas le fond de sa pensée à quiconque, sûr que les murs avaient des oreilles plus affûtées que jamais et que les dos des gens étaient pourvus d'yeux plus perçants que des magiques. Déjà qu'il n'avait pas de relations particulières dans ces bureaux autres que celles professionnelles, il s'était davantage distancé d'autrui, comme s'il avait déversé du soufre tout autour de lui. Certes, quelques personnes avaient une opinion similaire à la sienne, mais nul n'osait l'exprimer à haute voix – enfin, cela se répercutait surtout ces temps-ci, car le Department of Magical Education ne se gênait pas à aligner une vue différente du reste du Ministère. En des périodes plus harmonieuses, l'on ne sentait aucune menace émanant de l'Education. Au pire des cas, l'on pensait des sur-robes cyan qu'ils étaient des êtres un peu loufoques, un peu détachés du monde concret et des préoccupations matérielles.

- Un pancake, chef, proposa Turner lui tendant l'assiette où étaient déposées les crêpes épaisses après en avoir pris une autre.

- Volontiers, lui répondit son boss, qui se frotta les mains avec une joie non feinte. Dites, Melbourne, j'espère que vous avez fait bonne impression auprès d'Umbridge, dit-il alors qu'il piquait le pot de marmelade à Turner.

Le jeune homme le fixait, comme horrifié, tant ses orbes étaient écarquillés, et il finit par articuler un «mais tout le monde sait que je suis allé la voir, ou bien?», ce à quoi son patron lui sourit à pleines dents, un sourire entendu: il n'y avait aucun secret au Department of Magical Education, par souci de préservation du secteur.

- D'ailleurs, je ne comprends pas vraiment comment elle peut me détester... Je ne lui ai fait aucun tort, que je sache, marmonna-t-il en se servant une deuxième tasse de café.

- L'attentat, éluda son boss entre deux bouchées de pancake, puis il s'essuya la bouche: bien qu'on ne vous reproche rien, ce jour-là, vous avez désobéi à certains ordres, avez pris des initiatives hasardeuses et auriez pu tuer des gens par accident... Ne me faites pas les gros yeux, Melbourne, je me contente de vous exposer la vision d'Umbridge. Vous avez démontré un sacré numéro en quatre-vingt-neuf et cela n'est passé inaperçu pour personne...

Melbourne soupira et se massa les paupières. Comme si l'idée de se faire remarquer et enfreindre quelques règles de bonne conduite avaient été son but... Qu'aurait-elle fait à sa place face à un terroriste qui menaçait de faire sauter l'Atrium? Sûrement quelques sacrifices de Half-Bloods et Muggle-Born avant de réagir, pour endiguer le nombre de «victimes innocentes»…

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* Chairmen.= président(s)

*² ce brave Winston Churchill