Disclaimer : J.K. Rowling & G.R.R. Martin
Petit mot : Merci beaucoup aux personnes ayant mis cette histoire en favori et à la revieweuse ! J'espère que cette suite vous plaira !
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Les jambes de Cédric se mêlaient aux froissements de la soierie de son lit, et il étendit ses bras vers le sommier de son lit, ses chevilles reposant sous le brûlant soleil de midi les fins voiles transparents flottaient au-dessus du parapet, donnant à voir les jardins parfumés du château, d'où s'élevait une profonde et chaude exhalaison de jasmin et d'orangers. Il jouait de sa main avec les boucles de cheveux désordonnées étalées sur l'oreiller à côté de lui. Puis, soudainement, il se leva comme un chat pour observer sa cour, et les arbres qui la peuplaient. Sa famille tenait le Bief et la ville d'Hautjardin depuis sa partition organisée entre Aegithalos et Poecile Serdaigle, fils d'Helena Serdaigle, qui régnait autrefois conjointement sur les Terres de l'Orage et du Bief. Aegithalos avait hérité de l'Orage, et avait engendré la lignée menant aujourd'hui aux Black, tandis que Poecile s'était vu échoir le plus clément Bief. Il était amusant, se dit Cédric en jetant un regard à Regulus endormi dans son lit, de partager ainsi une ascendance commune, si lointaine qu'elle soit, avec l'homme qu'il aimait. Cette douce ironie, sa sœur Fleur la partageait, car elle devinait tout ce que son frère pouvait vouloir lui cacher. Sa grand-mère aussi savait il le croyait du moins, mais elle s'en montrait discrète elle avait cette pudeur devenue à peu de choses près proverbiale dans le Royaume, qui faisait que lorsque l'on se référait à elle comme à Minerva Diggory, sa grand-mère inspirait un respect sage, chacun tenant en estime sa loyauté implacable envers ses enfants. Son père Amos, lui, n'en savait rien d'ailleurs, il était mis à l'écart de la plupart des affaires de la région. Il avait été un suzerain avisé, mais aujourd'hui, sa vieillesse ternissait sa raison, et on avait officieusement délégué les rênes à sa propre mère, Minerva.
Regulus s'était fait une place de choix dans la vie de Cédric, pensa celui-ci. Black, de deux ans son aîné, divisait son temps entre Hautjardin, Accalmie, sa propre ville où se rendait souvent sa cousine Bellatrix qu'il jugeait peu discrète et acide, et Port-Réal, où il avait sa place au Conseil Restreint de son frère. Cela étreignait le cœur de Cédric, qui savait combien son amant aimait ses terres et exerçait dessus un pouvoir éclairé, et pourtant, depuis les quelques années qu'ils avaient appris à se connaître, leur relation avait poussé Regulus à des sacrifices –qu'il n'aurait certes pas commis s'ils n'avaient pas été pour Cédric. Diggory aurait voulu pouvoir concilier les devoirs de Regulus avec ce qu'il ne pouvait s'empêcher de demander de lui, mais ces deux aspects s'étaient révélés tout à fait contradictoires. Il s'était alors puérilement réfugié dans l'égoïsme, et Regulus lui avait cédé, non sans lui-même y prêter une certaine concupiscence. Il se doutait cependant que Black restait tiraillé entre Cédric et son trône, et se reprochait amèrement le choix qu'il lui infligeait, sans pouvoir cependant renoncer à lui poser ce dilemme.
« J'ai réfléchi », entendit-il s'élever de derrière son dos. La voix de Regulus n'était point ensommeillée, bien au contraire; elle lui semblait méditative et prudente - il devinait que son ami avait été éveillé depuis bien plus longtemps que lui-même. Il se rassit près de lui. Regulus se redressa sur ses coudes.
« Nous sommes primesautiers. Et frivoles. Il nous faut penser au futur de nos Maisons respectives. »
Cédric n'aimait pas la tournure que prenait la conversation. Il fronça les sourcils, mais le laissa continuer. Il craignait une issue défavorable à cette discussion. Néanmoins, Regulus perçut cette méfiance, et adopta un ton plus tendre.
« Tu connais fort bien mon désir de m'attacher à toi éternellement, et tu ne connais également que trop bien l'impossibilité concrète de cette démarche. Nous ne pouvons nous unir tous deux tangiblement, mais nous pouvons le faire d'une différente manière. Notre plus cher souhait n'est-il pas de ne faire qu'un ? Voilà maintenant ce que tu sais : m'est promise Pansy Parkinson, l'une des princesses de Dorne, afin d'allier les Terres d'Orage à son voisin méridional. Tu éprouves mieux que moi les relations tendues entre Dorne et le Bief, depuis quelques générations, et qui semblent aujourd'hui dégénérer encore un peu plus. Je ne désire guère unir ma Maison à une Maison ennemie de la tienne et plus encore, je souhaite moi-même m'unir au Bief. Je présume que tu discernes à présent mon raisonnement, ainsi que le résultat de celui-ci. »
Il s'interrompit quelques secondes, tandis que Cédric étudiait ses paroles et se rendait à l'évidence qu'il devinait effectivement le but de la démonstration de Regulus bien que celui-ci lui causa un vif sentiment de rejet.
« Voyons ! Regulus, tu n'y penses pas. Je ne pourrais souffrir l'alliance que tu proposes ! »
- Et pourtant, Cédric, si tu ne peux le tolérer, accepte ceci : que j'épouse ta sœur Fleur est la chose la plus censée à faire. Rends-toi compte ! La descendance que nous engendrerons, si elle ne rencontre l'obstacle de la tienne, deviendra à la fois suzeraine de l'Orage et du Bief, réunissant les terres de notre ancêtre commune.
Cédric l'observa d'un regard triste. « Ma descendance ? Sois assuré que je serai le dernier à porter le nom de Diggory en ce Royaume, car jamais je n'imaginerais te trahir. »
Il se leva une nouvelle fois, déambulant dans la chambre. Seul le bruit de quelques grillons venait troubler la quiétude du lieu et de ses pensées. Il ne désirait pas l'admettre, mais Regulus voyait clairement. L'alliance qu'il voulait passer avec Fleur leur permettrait de vivre par procuration leur union impossible, tout en promettant à la descendance engendrée, si lui-même se tenait à sa résolution de ne point concevoir – qui n'était pas tant une résolution qu'une décision instinctive, d'unir sous une seule bannière leurs deux régions. Et cependant, bien qu'il aimait sa sœur d'une grande amitié, la vision de son mariage avec Regulus ne rencontrait en lui qu'opposition et jalousie.
« Je me rendrai à Port-Réal annoncer la nouvelle à Sirius, ainsi qu'à Pansy on m'a fait dire qu'elle s'y trouverait dans les prochaines semaines. Je ferai annuler ce mariage indésirable, puis demanderai la main de Fleur. Tu peux d'ores et déjà lui en toucher un mot, ainsi qu'à ta grand-mère. Tout cela n'a pas besoin d'être tenu secret, » continua Regulus, sentant la résistance de Cédric jouxtant son approbation, et pressentant qu'il lui fallait continuer à parler comme si la chose avait été convenue, forçant la main du jeune homme qui céderait ainsi, n'ayant pas à agréer à voix haute à ce qui lui paraissait inacceptable, mais à laquelle il consentait tout de même silencieusement. Cédric, comprenant que Regulus lui épargnait le supplice d'acquiescer, et ne pouvant lui en être plus qu'infiniment reconnaissant, retourna se coucher auprès de lui, résigné et calme, bien qu'ayant l'impression de sentir son âme toute entière se déchirer en deux. Regulus, bienheureux du compromis trouvé entre son devoir familial son amour pour Cédric, musela le tiraillement que lui-même éprouvait à faire ainsi de la peine à son ami. Mais tout cela était pour le mieux, après tout il lui fallait accomplir ce qu'il venait d'exposer pour avoir l'assurance de rester le plus proche possible de Cédric jusqu'à la postérité.
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Neville Londubat fixait sa grand-mère manger gravement devant lui. Même lorsqu'elle mangeait, elle avait l'air parfaitement irascible et bougonne. Pourquoi ? C'était une vraie question qu'il se posait souvent après tout, ce ragoût lui paraissait fort délicieux. Un bon ragoût le mettait toujours de bonne humeur. Et après, il descendait aux cuisines remercier les domestiques qui avaient préparé pour lui un repas aussi succulent, il s'attardait un peu auprès d'eux, demandait à Gauthris des nouvelles de sa vieille mère malade, à Yva le contenu de la dernière lettre de sa sœur partie s'installer plus à l'Est, au bon Jorseth les histoires folles de sa jeunesse. Puis il remontait dans la salle du trône, évitait le Trou de la Lune – grands Dieux, il avait le vertige, alors pourquoi s'approcherait-il de ce satané puit ouvrant sur le vide, le grand vide, si grand qu'on pouvait voir en s'y penchant des nuages jouer avec les rocs de la montagne sur lequel le château était agrippé – et, une fois passée la salle, ouvrait une porte dérobée dissimulant un petit salon privé confortable et boisé, contrastant avec la pierre des autres parties du château. Il s'installait dans son fauteuil préféré, celui qui était le plus proche de la bibliothèque, avec le pied réparé et le petit trou que lui seul avait remarqué sur l'accoudoir droit il restait ainsi quelques instants, immobile, se délassant, puis étendait une main en poussant un grognement de plaisir et attrapait un livre sur la bibliothèque. Il pouvait s'agir des Espèces botaniques rares des Conflans, du très célèbre Jardins et paysagerie méridionale : les plus beaux aménagements de Dorne et du Bief, ou encore du plus intriguant Au-delà du Mur : l'inconnu végétal, Neville les lisait encore et encore. Il n'avait que rarement de nouveaux arrivages, alors il reprenait avec plaisir la lecture d'un ouvrage au hasard, s'offrait même le loisir de laisser la fortune décider de la page à laquelle il l'ouvrirait, et se récitait intérieurement chaque mot du recueil en même temps qu'il posait ses yeux dessus.
A vrai dire, il ne savait pas grand-chose d'autre, lui-même pouvait se l'avouer il en avait un peu honte, mais rien ne pénétrait aussi bien son esprit que ces histoires de pollinisation et de jachères. Ce n'était pas exactement ce que désirait sa grand-mère, il devait l'admettre, et il échappait quelque peu au portrait idéal que l'on pouvait exiger de l'héritier du trône du Val. En effet, sa famille y avait toujours régné depuis que leur ancêtre Helga Poufsouffle avait mis la main sur le territoire au sud des Terres du Nord. Bien sûr, depuis lors, ses terres avaient rétrécies. En l'an 109, alors que les descendants de Poufsouffle contrôlaient la région, un conflit éclata dans la famille et une branche cousine mena une fronde indépendantiste à laquelle s'était ralliée toute une partie de la province la guerre fut aussi rapide qu'indolore, le trône cédant rapidement à la pression pour éviter la guerre civile. Un an après fut ainsi déclarée indépendante la Maison Weasley et les terres l'entourant, les Conflans. Tout d'abord de taille réduite, la Maison, suite à des alliances avantageuses, avait su étendre son territoire pour atteindre l'ampleur qu'elle avait aujourd'hui, égale au fier Val. La Grande Réconciliation avait cependant marqué, une centaine d'années plus tard, une nouvelle ère d'entente cordiale entre les deux familles, qui enterrèrent toute trace de ressentiment pour collaborer ensemble. Les Londubat, malgré ce coup dur, avaient toujours été une Maison puissante et respectée – elle l'avait été, certes du moins jusqu'à la Grande Guerre, et le coup d'Etat renversant la Maison Serpentard. Sa famille et le Val avait combattu aux côtés de la coalition, et ses parents avaient pris fortement position contre le Roi Fou. On lui avait par la suite raconté les derniers jours de la Guerre, car il n'avait alors que deux ans. On lui avait dépeint le chaos dans lequel avait sombré le Royaume, les trahisons, la misère, les violences, les exactions barbares auxquelles tous se livraient. En effet, il restait de fervents fidèles aux Serpentard, que l'on avait surnommé les Mangemorts ceux-ci pullulaient, infiltrant la lie du peuple et les plus grandes maisons. A cette époque, sa mère était enceinte, et allait donner naissance à un nouvel héritier. Neville n'aurait pas été fils unique, ni orphelin, s'il y avait eu plus de gardes dans le château mais la guerre avait envoyé au front des milliers d'hommes du Val, et il n'en restait que peu pour protéger le couple seigneurial resté aux Eyriés. Ils avaient été torturés jusqu'à leur mort, et les corps qu'on avait retrouvé par la suite dans la salle du trône n'avait plus rien d'humain. C'est alors que le prestige de la Maison, s'il n'avait jusqu'alors rien eu à souffrir, avait été gravement affecté, car bien qu'il fût tout à fait vrai que sa grand-mère était une femme d'ordre, elle ne pouvait prétendre maintenir le prestige de la famille. Sa régence avait été marquée par de lourdes critiques qui avaient touchées le cœur fragile du jeune Neville, alors un enfant mais déjà suzerain de titre, et l'avaient endommagé la perte de ses parents et la charge pesante de ses futures fonctions, ainsi que le tempérament de fer que témoignait sa grand-mère à son égard l'avait rendu gauche, peu sûr de lui, se réfugiant facilement dans ses rêves, si bien qu'aujourd'hui beaucoup le considéraient comme bêta et inapte à diriger une région qui avait beaucoup pâti de la Grande Guerre.
Il regardait donc avec envie les jeunes hommes de son âge qui n'étaient guère touchés par le mal que la primogéniture lui causait, et convoitait l'insouciance à laquelle pouvaient se livrer, s'ils le souhaitaient, ses amis Harry et Ronald. Ce devoir lui était d'une plus grande peine encore que cela faisait plusieurs années à présent qu'il nourrissait le projet de s'engager dans la Garde de Nuit au Mur, et il ne pouvait cependant remplir son vœu sans laisser le Val dépourvu d'héritier et de gouvernance pourtant, il souhaitait ardemment se battre contre le Mal, et, si cela lui était possible, découvrir de nouvelles plantes et herbacées qu'on pouvait rencontrer au-delà du Mur. Il avait déjà évoqué une fois avec sa grand-mère la possibilité de son départ pour la Garde, et ce qui avait commencé comme une simple supposition s'était achevé en leçon pénible : « Comment oses-tu même penser à fuir ainsi tes obligations, quand tu as un nom, un titre, un château, des terres, le Val ! Quand tes parents se sont sacrifiés pour l'avenir d'un royaume tout entier, tu désires te sauver et combattre une chimère, plutôt que de t'acharner à résoudre les vrais problèmes que rencontre ton peuple ! J'ai honte ! ». Oh, non, il n'avait pas oublié son projet celui-ci était simplement devenu muet, il l'avait laissé reposer, dormir inconsciemment sous ses autres pensées, et pourtant, il était là, présent, avec lui. Il chérissait ce petit rêve, le renforçait, le peaufinait, l'idéalisait. Il savait néanmoins qu'il vivait les derniers mois de son existence, car on se dirigeait vers la fin de la régence de sa grand-mère et il devrait l'abandonner aussitôt qu'il monterait sur le trône du Val.
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« - Et cependant les récoltes ont cette année été prolixes, Dumbledore, les paysans doivent eux aussi participer au redressement des finances du Royaume, il n'y a pas de traitement de faveur à établir.
- Tu as tort, Gellert ce traitement de faveur, ainsi que tu le désignes, est nécessaire à la bonne cohésion des Sept Couronnes. Si le climat a été favorable pour les premières récoltes de l'année, le peuple a connu depuis deux ans des temps difficiles. Le soleil et les chaleurs avaient par deux fois ruinées tout espoir de subsistance pour les plus pauvres d'entre nous, et les populations des campagnes avaient toutes couru à leur perte. Il est de mon avis de laisser les familles paysannes se reconstruire avant de leur imposer le régime de taxes habituel, ou sinon le risque serait de causer du tort à une immense majorité de la population, et d'entraîner, à terme, une révolte, à l'instar de celle de l'an 256. »
Les deux voix qui s'étaient élevées dans la Salle du Conseil avaient été accueillies par un silence de réflexion. Le Conseil Restreint était réuni dans sa forme complète pour la première fois depuis la mort de l'ancienne Main du Roi, Kingsley Shacklebolt, remplacé par Sir James Potter, premier du nom. Après la brève cérémonie d'introduction au Conseil, le sujet s'était rapidement dirigé vers celui des finances du Royaume, la conversation étant menée par Grindelwald, Grand Argentier. Ce n'était pas la première fois que James pénétrait dans l'élégante Salle au balcon toujours ouvert sur l'extérieur et la ville de Port-Réal. L'architecte du Donjon Rouge, en ignorant délibérément la construction de portes à ce balcon, avait souhaité par-là ériger un symbole et montrer au peuple l'écoute constante et l'accessibilité de ses plus hauts dirigeants quant aux besoins de leur Royaume, ainsi que leur compassion et leur empathie en devant parfois faire face, comme leur population, aux intempéries. Néanmoins, pensait James Potter, il lui semblait que ce n'était là qu'une croyance chimérique, car rien ne lui semblait plus éloigné des préoccupations du peuple que ce dont parlait à présent le Conseil devant lui en effet, avant d'en devenir membre, James n'avait pas ressenti, en tant que suzerain du Nord, de difficultés financières telles que Grindelwald pouvait les évoquer. Il mit cela sur le compte de son excellente gestion de sa province, et continua d'écouter ce que les autres membres disaient.
« - Pourtant, les finances du Royaume sont extrêmement fragiles, répliqua d'un ton précautionneux le Grand Argentier. Nous avons certes réussi à remonter quelque peu la côte du désastre pour l'économie qu'avait été la Grande Guerre, mais bien que la situation ne soit pas aussi désespérée, les Sept Couronnes sont au bord de la faillite. Il est de toute importance de redresser la barre, car, comme tu l'as si bien souligné, cela fait deux ans que les rentrées d'impôts des paysans sont à leur minimum.
- Je suis d'accord avec Albus, intervint Regulus, qui était Maître des Lois au Conseil. Je ne peux que parler au nom des Terres de l'Orage, car je ne connais pas la situation des autres provinces avec autant de précision, mais selon mes observations, la paysannerie a maintenant besoin de se renforcer ils doivent racheter du grain, des bêtes qui ont souffert de la famine causée par le manque de récoltes… Non, vraiment, je pense qu'il s'agirait d'être indulgent envers eux, quitte à augmenter les taxes chez les citadins et les plus aisés qui ont moins eu à souffrir des hautes chaleurs. De plus, en tant que Maître des Chuchoteurs, je pense que nous devrions écouter Dumbledore quand il nous parle de menace de révolte ses informations sont toujours exactes.
- A vrai dire, la menace n'est pour l'instant pas avérée, précisa Dumbledore. Certains bruits courent dans quelques régions, celles qui furent le plus touchées, mais ce ne sont pour l'instant que de vagues protestations et autres grincements de dents. Toutefois, il ne vaudrait mieux pas entretenir ces plaintes.
- Certes, mais les paysans ne sont pas dangereux, objecta Abraxas Malefoy, que Sirius avait nommé Maître des Navires par alliance familiale plus que par désir, tout comme il avait nommé Lucius Lord Commandant de la Garde Royale. L'armée peut aisément les réprimer en cas de trouble. Les réelles révoltes partent toujours des villes. Si nous augmentons les impôts des marchands et des bourgeois, nous courrons droit à la révolution.
- Je vous trouve un brin alarmiste, Abraxas, répliqua Sirius. Nous sommes bien loin d'une révolution. Que penses-tu de tout cela, James ? On ne t'entend point.
James scruta l'assemblée, et croisa le regard de Severus Rogue, présent en sa qualité de Grand Mestre, qui semblait l'observer depuis le début de la conversation. Si de son visage n'émanait aucune émotion, le fond de ses yeux étaient remplis de haine. Potter haussa les sourcils avant de s'éclaircir la gorge.
- Mon avis rejoint celui de ton frère. Comme lui, je ne peux que parler au nom de mes terres, n'ayant pas encore eu le temps de prendre connaissances de toutes les affaires du Royaume dans leur globalité, mais je sais que les campagnes du Nord ont souffert bien des difficultés ces deux dernières années, et qu'un redressement des taxes mettrait à genoux une classe qui n'a guère eu le temps de se relever. Je pense également, contrairement à Malefoy, que les révoltes paysannes ne sont pas à sous-estimer, et que ce n'est pas un an d'impôts légèrement majorés qui mènera les habitants de nos villes à mener une quelconque révolution, d'autant plus que cela fait plus de dix ans que ces villes s'enrichissent considérablement et sans interruption. Il serait plus sage de raffermir progressivement les impôts paysanniers.
Potter vit du coin de l'œil Dumbledore esquisser un sourire et Grindelwald soupirer, puis sentit Sirius, à ses côtés, poser une main ferme sur son épaule.
- Dumbledore, Regulus et toi avez raison. Nous devons continuer à nous montrer clément envers la paysannerie elle est la plus fragile et pourtant la plus essentielle au bon fonctionnement de notre Royaume. Nous fixerons l'horizon de trois solstices comme retour à la normale des taxes.
Le jeune Percy Weasley, assis à un bureau de bois sombre dans un coin de la pièce, s'efforça de retranscrire sur papier les discussions et décisions qui avaient été prises, grimaçant sur son parchemin en se concentrant pour écrire plus vite.
- Bien, très bien, continua Sirius, qui semblait satisfait d'avoir résolu cette affaire. Passons au deuxième sujet du jour. Quel est-il, Percy ?
- La situation aux Îles de Fer, Votre Majesté, s'empressa de répondre le secrétaire en manquant de renverser son encrier.
- C'est cela… Nos rapports affirment que le jeune Victor Krum, récemment monté sur le trône des Îles de Fer suite au décès de son père, a nommé la semaine dernière un nouveau bras droit pour l'aider à diriger sa province. Il s'agit du fidèle à la dynastie Serpentard, Igor Karkaroff.
A table, on fronça les sourcils. Cela n'augurait rien de bon, pensa James, se préoccupant avant tout de la proximité des Terres du Nord avec les Îles qu'occupaient les Krum.
- Abraxas, en tant que Maître des Navires, je vous prierai d'accentuer la présence de la flotte royale dans la Baie des Fer-Nés, et en tant que suzerain et gouverneur de l'Ouest, de renforcer les postes d'infanterie sur les côtes du Continent. James, je ne peux que te conseiller d'en faire de même pour le Nord. J'enverrai une missive aux Weasley pour les prévenir.
- Quel gâchis si Krum tombe dans les griffes de ce Karkaroff, soupira Albus. Les premiers mois de son règne paraissaient prometteurs. Je crains que ce garçon ait eu toutes les qualités requises mais qu'il soit tombé dans le discours rempli de haine de son feu père.
- En effet, approuva Sirius d'un ton grave. C'est pourquoi il faut prévenir toute tentative pernicieuse en prenant d'avance des mesures de protection, dans l'éventualité d'une quelconque tentative dans les années à venir. Ce sera une surveillance de tous les instants. Nous ne voulons certes pas voir se renouveler les guerres du passé.
Il se tourna vers Percy pour demander s'il avait été prévu d'aborder un autre thème lors de cette séance, ce à quoi on lui répondit par la négative. Il remercia alors ses conseillers de leur présence et en prit congé. James remarqua que Regulus avait effectué un mouvement vers son frère, semblant hésiter à le rattraper pour lui dire quelque chose mais il s'était ravisé. Peu à peu, la Salle se vida, ses occupants prenant un certain temps pour penser, rassembler leurs quelques papiers s'ils en avaient, et discuter entre eux. Alors qu'il prenait la direction de la porte, il sentit un froissement de cape passer à côté de lui. C'était Rogue, qui lui aussi sortait. Et c'était plus fort que James : avant qu'il n'ait eu le temps de le réfréner, des paroles à l'adresse du Mestre passèrent sa bouche pourtant déjà plissée par le dégoût.
« Peut-être que la prochaine fois, l'ordre du jour sera de définir la raison de ta présence ici, Rogue. Ou même celle de ton existence. Il me semblait bien que tes capacités étaient trop limitées pour te permettre d'émettre un quelconque jugement sur quoi que ce soit, et cela s'est traduit ici par ton mutisme le plus total.
Rogue continua de marcher en se retournant, le visage livide mais l'expression goguenarde.
- En réalité, j'observais, répondit-il d'une voix moqueuse. Je me suis pris à parier sur un enjeu qui m'intéresse : le temps qu'il te faudrait avant de réduire ce Royaume en cendres. Vois-tu, tout n'est pas si simple que de diriger ta pauvre et triste province ici, ce sont les Sept-Couronnes qui sont en jeu. Rentre chez Lily avant qu'il ne soit trop tard et que tu ne provoques notre ruine.
La fureur s'insinuait en James il avait porté la main à son fourreau, bien qu'il sût qu'il ne pointerait guère son épée vers l'homme, car celui-ci, en sa qualité de Mestre, était désarmé, et lui avait trop d'honneur pour attaquer un homme ne pouvant se défendre. Cependant, avant qu'il n'ait pu répondre à la provocation, Rogue tourna dans un couloir adjacent. Pris de cours, il s'arrêta, avant de décider que le Mestre n'en valait pas la peine. Il continua son chemin.
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Harry errait au hasard dans les couloirs du Donjon Rouge de Port Réal, demeure royale depuis le premier roi des Sept-Couronnes. Il avait évité de passer l'après-midi avec sa jeune sœur, dont il avait du mal à supporter et à partager l'excitation des lieux. Il aurait préféré être à Winterfell, son propre château il voulait veiller sur Albus, être près de lui. L'annonce de son accident avait été un choc pour tous, d'autant plus que le caractère prudent et agile du garçon était de nature publique. Jamais il n'aurait rien fait pour se mettre en danger, et le parapet de la tourelle était trop haut pour qu'il ait pu en tomber rien qu'en s'y penchant, pensait Harry. Et bien que beaucoup le pensent, il ne croyait pas que son frère ait pu songer à attenter à ses jours certes, il était rêveur, discret, mais pour lui, il était aisé de distinguer la joie intérieure qui habitait l'enfant. Ce dernier n'était pas habité de pensées sombres, non au contraire, il s'évertuait à voir le bien partout autour de lui et y réussissait. L'image de sa mère dévastée par le chagrin, la peine subite et profonde et le désespoir qu'elle criait en saisissant le corps de son dernier-né alors qu'on le croyait mort s'était accrochée à l'esprit d'Harry qui ne parvenait à s'en défaire. Ce terrible matin, il avait été réveillé par Hermione il avait d'abord cru qu'on le faisait lever pour partir à Port-Réal, avant de voir l'air affolé sur le visage de son amie qui avait était envoyée en urgence le chercher. Il s'était précipité hors de son lit pour rejoindre la cour du château. Il avait vu une masse informe gisant au sol, sa mère déchirée, son père pleurant, son grand frère tenant sa sœur dans ses bras, et s'était rendu compte que ce qui gisait au sol avait des membres disloqués, enchevêtrés et maintenant lui-même n'y voyait plus bien, il chancela en se rapprochant, reconnut Albus, le jeune Albus, le frêle Albus, pâle comme la mort, la bouche entrouverte, les yeux clos. Il sentit un choc dur, et réalisa qu'il était tombé à genoux il avait déjà vu la mort auparavant, lors des exécutions publiques, des décapitations et des pendaisons mais ici, il ne voyait que la vulnérabilité d'un enfant, de son petit frère. On avait retardé le départ. Au bout de quelques heures, on avait su par le Mestre de Winterfell qu'Albus respirait encore, mais faiblement et surtout que rien ne pouvait garantir qu'il se réveillerait un jour. Pour l'instant, il fallait le laisser alité, le nourrir, le changer, et ce sûrement jusqu'à la mort du jeune garçon, qui allait être prématurée. Leur mère ne voulut point quitter le chevet de son fils et resta à ses côtés jour comme nuit. Leur père tint lui aussi à rester présent cependant, voyant que la situation ne s'améliorait guère et qu'il n'y pouvait rien changer, il se résigna à suivre le Roi à Port-Réal, qui avait été lui aussi profondément bouleversé de l'accident du jeune fils de son ami. Harry pensa que son père ne devait point être disposé à penser pleinement aux affaires du Royaume, mais il plaçait son devoir avant tout. Il avait pu voir sa détermination dans le visage fermé qu'il avait eu lors du voyage pour se rendre à la capitale. Lily II, sa sœur, avait également était très affectée par l'état d'Albus, mais sa jeunesse et sa naïveté avait tout de même fait de la place dans son esprit pour l'exaltation que lui procurait le fait d'être à proximité de la Royauté.
Harry, quant à lui, avait été distrait sans le vouloir de ses pensées qu'il voulait consacrer à Albus par cette même Royauté, et plus précisément par Drago Malefoy, Drago Black peu importait. En effet, à de nombreuses reprises, il avait dû faire les frais des sarcasmes et injures du bâtard à côté duquel il se retrouvait parfois à chevaucher pour rejoindre Port-Réal. Harry avait toujours apprécié monter à cheval : il aimait le sentiment de vitesse que cela lui procurait, sentir la force de l'animal, et le vent battre dans ses vêtements. Son esprit se vidait alors, et il se sentait plus léger, moins affligé de l'accident de son frère et néanmoins, il pouvait ressentir l'impression du regard du prince sur sa nuque lorsque celui-ci était derrière lui, il remarquait son air de mépris lorsqu'il le dépassait, et il entendait sa voix traînante rappelant l'héritier à ses pensées chaque fois qu'il détournait la tête pour observer le paysage. Alors il serrait les dents, s'enjoignant au calme qu'il manquait de perdre à tout instant, car ils n'étaient pas seuls la mère de Drago n'était jamais loin dans son carrosse, de même que Rogue qui chevauchait non loin, prêtant une oreille attentive aux provocations de son protégé qui le faisaient sourire. Il semblait que le prince connaissait bien cette supériorité qu'il devait éprouver au quotidien et qu'il profitait de cela pour torturer Harry tout son soûl. Cela, reconnaissait Potter, avait marché le voyage avait était long et pénible. Il ne put s'empêcher d'avoir un mouvement d'humeur en débouchant sur le jardin de la cour, qui donnait sur les récifs du côté de la mer.
Au moment même où la lumière inondait ses pupilles en l'aveuglant le temps d'un battement de cils, il entendit un bruit au fond de l'allée qui s'ouvrait à sa gauche et tourna la tête. C'était une allée ombragée, bordée de nombreux arbres plutôt bas à feuillage épais et à lourdes fleurs. Il suivit du regard les pavés irréguliers pour apercevoir enfin une silhouette féminine qui s'était stoppée. Elle prenait un chemin transversal et avait sûrement était surprise elle aussi par les pas d'Harry, autant qu'Harry avait été attiré par les siens. Leurs yeux se croisèrent l'espace d'un instant. Elle paraissait sombre, se dit Potter, sombre et vive à la fois, secrète et intelligente. Mais avant toute autre pensée, elle se détourna et disparue d'un pas furtif. Harry, sans réfléchir, plongea dans l'allée pour la revoir. Arrivé à la croisée des chemins, il se tourna vers l'endroit où son image s'était perdue, où elle avait fui et recula d'un pas sous la surprise de la voir devant lui, droite, le fixant. Ils restèrent silencieux. Elle devait avoir un an ou deux de plus que lui, se dit-il des cheveux très noirs, une peau très pâle, et deux yeux qui sondaient l'âme. Il remarqua sa cape sombre et sa large capuche.
« - Qui êtes-vous ? demanda-t-il, sans autre préambule que sa maladresse insouciante. La femme le considéra d'un air défiant, semblant l'étudier.
- Je me nomme Cho, Monseigneur, confessa-t-elle enfin après un moment d'hésitation. L'examen de l'homme en face d'elle avait dû se révéler concluant, car son air avait perdu de sa méfiance. Elle paraissait cependant quelque peu gênée par la situation.
- Je suis Harry, répondit-il, heureux de voir qu'elle ne s'échappait plus. Que faites-vous…
- Je suis navrée, Monseigneur, mais je dois partir, le coupa-t-elle.
Devant le visage interdit d'Harry, elle se pencha rapidement, avant de le quitter une nouvelle fois. Il la laissa faire, se demandant ce qu'il avait pu faire, ou ce qu'elle-même avait fait, pour qu'elle s'acharne ainsi à disparaître.
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Drago rebroussait chemin jusqu'au château. Il avait passé quelques heures aux jardins en compagnie de son Mestre, à réviser l'histoire de son Royaume des heures qui s'étaient révélées somme toute bien ennuyeuses. Il marchait vite, pressé de se mettre à l'ombre de la pierre fraîche quand le soleil lui brûlait la peau. De plus, s'il avait de la chance, il pourrait croiser le fils Potter. Pas qu'il n'en ait vraiment envie, ah ! non. Il voulait simplement profiter de toutes les occasions qui lui étaient données pour contrarier le bâtard de Winterfell et faire de sa vie un enfer. Le trajet à cheval lui avait paru décidément trop court avoir ainsi Potter à portée de moqueries sans que celui-ci n'y puisse rien faire avait été une délectation sans précédent. Il ne savait précisément ce qui le poussait à poursuivre ainsi le jeune homme. Après tout, s'il n'avait de sympathie pour personne hormis les Malefoy, et qu'il aimait généralement se moquer de tout ce qui lui paraissait ridicule, Potter en particulier soulevait en lui quelque chose qu'il ne connaissait pas tout en le rebutant. Un mépris, une haine toute spécifique, et un goût à le voir souffrir.
Il trouvait grossière la position du pauvre homme venant des mornes terres du Nord, cadet de la famille, et, par-dessus tout, enfant naturel. Car oui, il en était persuadé, il le savait au fond de lui le fils Potter était bâtard. Personne ne l'ignorait d'ailleurs, il en était certain après tout, les circonstances de sa naissance telles qu'elles lui avaient été racontées étaient plus que suspectes.
Sa mère lui avait ainsi narré que Lily Potter avait été, pendant la Grande Guerre, fait prisonnière près d'un an avant la naissance de son deuxième fils. Déjà mariée à James Potter, les dates de naissance et d'enlèvement avaient étaient, selon Narcissa, truquées, afin de légitimer le bâtard et éviter la disgrâce de la femme. Drago voyait dans cet acte le manque d'honneur de James Potter acceptant auprès de lui une femme souillée ainsi que la preuve de sa culpabilité dans le fruit d'une union hors-mariage, et considérait le déni de la Maison –en particulier celui d'Harry- comme particulièrement dégradant. Il connaissait lui-même les allégations qui pesaient sur sa propre légitimité, mais n'en tenait guère compte. Il en avait souffert étant enfant, mais ne pouvait concevoir de remettre en question le pouvoir qu'il allait acquérir. Certes, il ne se sentait guère de lien avec son père le Roi et pourtant cela ne voulait rien dire, après tout, il était normal qu'il préférât sa mère il sentait d'ailleurs entre elle et lui quelque chose d'indéfectible, bien éloigné de tout ce qu'il pouvait éprouver pour Sirius.
« - Mon Prince ! » chantonna une voix enjouée derrière-lui à son adresse. Il se retourna pour découvrir la cadette de Potter trottinant derrière lui, Lily, à qui il avait été promis. Seigneur, qu'elle l'ennuyait. A dire vrai, ce n'était même pas qu'elle l'ennuyait, mais qu'il la méprisait tout bonnement. Si jeune –tout juste pubère- et si idiote, elle avait l'air d'apprécier le tournant que prenait sa vie depuis l'annonce de leurs fiançailles au banquet de Winterfell. Bien sûr qu'elle l'appréciait ne se mariait-elle pas avec celui qui allait devenir l'homme le plus puissant et le plus craint de tout le Royaume, n'élevait-elle pas sa misérable position de Potter à celle de Black ? Il avait toujours su que son mariage serait arrangé, mais son dernier souhait avait été que cela soit avec la Maison qui régnait sur les Terres du Nord.
« - Je vous cherchais, mon Prince je pensais que nous pourrions peut-être nous promener tous les deux dans les jardins. Je n'en ai jamais vu de si beau, s'exclama-t-elle avec une joie non dissimulée que Drago trouvait peu convenable.
- La chaleur est insupportable, je rentre au Palais, répondit-il en continuant sa marche.
- Oh !... Mais vous avez raison, je vous accompagne. C'est qu'à vrai dire, il m'était venu à l'esprit que nous pourrions faire plus ample connaissance… Nous ne connaissons guère. Attendez-moi ! Nous ne connaissons point et nous allons nous marier. Dites, comment voyez-vous notre mariage ? Sera-ce joli ? Y aura-t-il beaucoup de monde ? Je parie que tout le Royaume sera présent. Seigneur, je ferai des jalouses ! Attendez-moi ! Désirez-vous que nous passions dire bonjour à mon frère ? Je l'ai vu sortir du château il y a peu !
Drago s'arrêta net. Ainsi donc, Potter n'était pas loin ? Décidément, les Potter devaient rarement voir la lumière du soleil pour choisir de venir grouiller ainsi aux jardins. « Bonne idée, allons le voir », répliqua-t-il mielleusement en faisant signe à la petite qu'il la suivait. Celle-ci, l'air contente de voir que Drago lui prêtait désormais attention, ouvrit le chemin. Il se trouva que Potter était très proche d'eux, à quelques allées seulement et sa vision fit frémir le Prince de contentement d'une manière étrange. Il lui semblait qu'Harry avait l'air particulièrement stupide, figé, les yeux perdu dans le néant, comme s'il venait de croiser un fantôme.
« - Eh bien, Potter, que se passe-t-il, demanda Drago alors que le couple se rapprochait, tu es tombé dans le même état que ton jeune frère ? Cela contenterait bien des personnes… » Il observa avec satisfaction le visage de Lily changer subitement pour prendre un air horrifié et hoqueter en revanche, il fut obligé de constater que Potter n'avait guère prit la peine d'écouter ses paroles, ou au moins d'y réfléchir en effet, il pencha sa tête d'une once vers le Prince, tandis que ses yeux restaient fixés vers le chemin devant lui, et répondit d'un ton vague : « - Connaitriez-vous au château une dénommée Cho ?
- Je vous demande pardon ? éructa Drago, fâché de cette inattention et de son effet raté. Il n'existe personne portant ce nom ici, Potter. De quoi diable parlez-vous ?
Potter, enfin détourné de ses pensées, se détourna vers les nouveaux venus et paru surpris et peu enchanté de voir le Prince.
- Lily, que fais-tu ici ? demanda-t-il. Il réprimait une grimace.
- Attendre Père m'ennuyait, Seigneur, que ces réunions sont longues ! alors je suis descendue aux Jardins, répondit-elle le plus naturellement du monde.
- Non – je voulais dire, que fais-tu avec lui ? reprit Harry, en désignant Malefoy du menton. Attendre Père aurait pour sûr été plus utile que te trouver à ses côtés.
- Harry ! s'exclama-t-elle, ne parle pas ainsi de Sa Majesté, voyons.
- La ferme, petite idiote.
Ces derniers mots s'étaient échappés de la bouche de Drago sans que celui-ci ne puisse les retenir. Il n'avait pas apprécié être ainsi défendu devant Potter par la petite sœur de celui-ci il pouvait répondre par lui-même. De plus, voir la naïveté douce de la jeune fille l'avait profondément irrité il n'avait rien fait pour encourager ce respect, alors pourquoi donc continuait-elle de l'appeler Sa Majesté, si ce n'était parce qu'elle aimait entendre le son de ces mots sortir de sa bouche comme autant de petits bijoux dont elle allait pouvoir se parer ? Néanmoins, il lui fallut faire face à la réalité Potter n'avait manifestement pas aimé sa manière de parler à Lily pour preuve, l'épée qu'Harry avait dégainé et placé sous la gorge du Prince.
Lily poussa un cri avant de fondre en larmes et de courir vers le château. « - Eh bien, Potter, enfin un acte ? Malheureusement, je crains que celui-ci ne soit infortuné les répercussions engendrées, crois-moi, seront terribles… » marmonna Drago, parfaitement immobile, les yeux sur la lame qui brillait au soleil. Potter sembla hésiter, puis, après une légère pression sur le cou de celui qu'il tenait en joue, il abaissa lentement son épée. Son sang n'avait fait qu'un tour il le regrettait à présent. Toutefois, il saisit le poignet de l'héritier royal et le pressa fortement pour signifier qu'il n'abandonnait pas totalement les charges, ses yeux menaçants et plein de défi plantés dans les siens, avant de le lâcher brusquement. Se trouvant hors de danger, Drago, sentant passer en lui un frisson dont il ne connaissait l'origine, lança un regard courroucé à son assaillant avant de tourner les talons d'un air digne. Harry rangea son épée, la mâchoire crispée quoiqu'il dût se passer à l'avenir, il savait qu'ainsi que l'avait dit Malefoy, il y aurait des conséquences à cet acte.
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Grindelwald regardait du coin de l'œil la jeune espionne filer rapidement dans le dédale des jardins, laissant derrière elle Dumbledore et lui en grande discussion. La situation avait frôlé l'incident – Dumbledore n'était pas censé être présent, Gellert voulait voir Chang seul à seul et l'attendait quand le Maître des Chuchoteurs lui était apparu pour évoquer le Royaume. Dès lors il n'avait écouté que d'une oreille distraite ce que l'homme lui disait, en surveillant les alentours sous aucun prétexte l'espionne ne devait l'aborder maintenant, ou Albus comprendrait qu'il trahissait leurs arrangements secrets. Ah ! il n'était point dupe, il savait pertinemment que Dumbledore était intelligent, et qu'il l'avait lui aussi doublé, que lui non plus ne partageait pas tout pourtant voir Chang apparaître éclaircirait leurs jeux, et l'équilibre précaire de leur alliance n'aurait plus l'excuse de l'ignorance pour tenir. Or, leur alliance était précieuse ce fut donc le soulagement qui enveloppa Grindelwald quand il entr'aperçut la silhouette de l'espionne se profiler avant de disparaître comme une ombre fugace. Elle avait dû comprendre, elle était vive d'esprit elle repasserait quand il serait temps. Il prêta alors son attention à Dumbledore, qui s'attardait sur un sujet qu'ils avaient maintes fois abordé il s'agissait de l'inquiétude que leur causait le futur règne du Prince héritier du trône des Sept-Couronnes. Car vraiment, plus il grandissait, plus les deux hommes s'accordaient à dire que celui-ci ne présageait rien de bon. S'ils avaient soutenu –Dumbledore plus que Grindelwald, d'ailleurs- l'accession au trône du Black, ils se rendaient à l'évidence que le fils n'était pas aussi mesuré que le père.
Etant tout jeune enfant, le caractère du jeune homme avait pourtant été doux et discret toutefois, très vite, celui-ci s'était mué en quelque chose de froid, sans vie ni gaieté, avec un penchant prononcé pour la cruauté. Dumbledore avait une fois confié à Gellert qu'il pensait que cela venait des soupçons du peuple entier sur sa légitimité, il croyait que cela avait blessé la fierté du garçon encore fragile dans sa première jeunesse, alors même que tout enfant de cet âge doit lutter pour se hisser aux exigences qu'attend son devoir –celui du prince étant énorme. Gellert ne versait guère dans la psychologie, du moins c'est ce qu'il tendait à dire à Albus mais pour sa part, il n'abordait pas la chose de la même façon, et pensait qu'il s'agissait d'autre chose : soit, comme il se plaisait à le dire, c'étaient les gènes incestueux des Malefoy qui faisaient finalement leur effet, soit c'était une chose moins visible. Tous deux, du moins, se joignaient dans leur croyance que le prince héritier était effectivement adultérin. Il n'y avait guère de doute là-dessus, non seul le Roi refusait de voir la vérité. Sirius Black était un homme bon, certes mais son âge n'avait pas effacé sa grande fierté et celle-ci, en l'aveuglant, risquait de conduire son Royaume à sa perte. Cependant, la bâtardise du prince servait les intérêts de Gellert en ce sens qu'en cas de crise sous son règne, la succession du trône serait aisée à contester et alors le Grand Argentier pourrait mener son chemin jusqu'à la couronne. A vrai dire, il ne savait guère encore comment, il savait uniquement qu'il s'agirait là d'une ouverture dans laquelle s'engouffrer le moment venu. Il prendrait alors le trône avec Dumbledore, et commencerait une ère nouvelle et éclairée. Car il avait parlé à Albus de son projet il savait que, dans le fond, l'homme n'était pas insensible au pouvoir, et il avait eu raison : il avait d'abord vu Dumbledore se révolter avant de se faire doucement et insidieusement tenter par l'appât, il avait vu lutter dans l'esprit de l'homme morale et désir, et il savait qu'il avait gagné, que l'homme le rejoindrait pour partager la souveraineté.
Il voulait qu'il cède à la tentation, car il souhaitait de toutes ses forces exercer sa puissance avec lui il savait qu'à deux, ils seraient invincibles, et il ressentait pour Dumbledore ce mélange d'agacement envers sa fichue droiture et d'attirance pour son être. Néanmoins, il savait qu'il lui fallait rester sur ses gardes, car pour autant qu'il pouvait brûler de régner avec lui, l'autre pouvait toujours le trahir –en même temps qu'il trahirait les Sept-Couronnes, car enfin, comment ne pouvait-il pas se rendre compte qu'ils œuvreraient ensemble pour le meilleur, et qu'ils atteindraient ensemble le succès, puisqu'ils étaient les deux plus grands esprits du Royaume ?- et c'était pour cela que leur relation était si instable, pour cela que leur vie était un immense jeu d'échec, qu'ils essayaient sans arrêt d'anticiper le prochain coup de l'autre car chacun se devait de sortir gagnant de la bataille.
J'espère que vous avez apprécié ce deuxième chapitre ! N'oubliez pas que toute review est appréciée, et chaque remarque bonne à prendre !
A bientôt ! LYK
