Francis n'en revenait toujours pas.
Arthur s'était vexé.
Le Français ne voyait pas d'autres explications à son acte de désobéissance aggravée.
Une nation ne pouvait pas abandonner son pays sur un coup de tête ! C'était impossible ! Il s'agissait comme de sa propre vie. Aucune nation ne pouvait dire : « je m'en fous complètement, mes dirigeants n'ont qu'à aller se faire foutre ailleurs et ciao la compagnie. »
C'était impossible.
Comme d'habitude, Arthur faisait son gosse pourri gâté, juste parce que Francis avait refusé de perdre sa virginité avec lui.
Cet anglais voulait vraiment tout de sa personne et était dangereusement fol amoureux de lui.
Francis n'aimait plus Arthur depuis le moment où celui-ci avait voulu réunir leurs deux pays. Le tout en se mariant. Bien sûr, Arthur.
C'est ce qu'avait pensé Francis aux premières heures de la période pirate d'Arthur. C'était passager, il était vexé et piquait une petite crise.
Seulement Arthur avait osé lui couler un navire !
La Royauté anglaise déclina toute responsabilité quant aux actes criminels d'Arthur Kirkland.
A quel jeu s'amusait Arthur ?
Il était évident qu'Arthur voulait que Francis le suive.
On ne faisait pas de telles avances à quelqu'un avant de se barrer.
Il pouvait toujours naviguer au loin, cet imbécile et advienne que pourra de cet imbécile.
Quelques temps plus tard, Francis rencontra Antonio et expliqua à son confident ce qu'il lui arrivait.
« A ta place, je me ferai du souci, amigo.
- Je me fais toujours du souci quand il s'agit d'Arthur, soupira Francis.
- Le nouveau monde… Arthur veut conquérir le nouveau monde avant nous. En tant que représentant de nation…
- … s'il met la main sur de pauvres petites nations sans défense avant nous…
- …il aura le nouveau monde à ses pieds ! Il faut qu'on parte à la prochaine marée pour rencontrer d'adorables petites nations à élever, dit Antonio. Tout de suite ! Tout de suite ! Faisons route ensembles !
- Euh… Antonio, tu as l'air d'avoir vraiment envie de partir à l'aventure !
- Lovino est un démon maléfique, incarné sur Terre, dont le seul but avéré dans la vie est de me rendre complètement chèvre !
- Je ne comprends pas tout.
- Je vais m'enfuir de chez moi !
- Attends, c'est toi le représentant de l'Espagne, pas Lovino !
- Il gèrera !
- Aux dernières nouvelles, il n'a même pas dix ans !
- On s'en fiche ! On a commencé à quel âge ? Plus jeune ! Il saura gérer.
- Papa a dit qu'on devait bien s'occuper des jumeaux !, minauda Francis. Tu aurais dû me laisser Lovi chéri.
- Papa croyait que Lovino était un enfant de cœur ! Et oui, j'aurais dû te laisser ce cadeau empoisonné. Je me souviens encore de la tête d'aristo de mes deux de l'autre enfoiré d'Autrichien qui m'a dit avec suffisance : « Cher Espagne, je m'occuperai de l'enfant le plus proche géographiquement de mes terres, de même pour toi, n'est-ce pas équitable ? » Il m'a refilé Lovino avec un argument à la con !
- Tu devrais te calmer et ne pas dire des choses que tu vas regretter ! Son argument était parfaitement logique et…
- … Vicieux ! Je n'en peux plus. Nous partons ce soir. Je serai ton passager clandestin.
- SI j'accepte, tu n'en diras rien à Lovino. Tu me le jures ! Jamais, tu ne lui diras !, voulut se protéger Francis.
- Parole d'honneur de ton meilleur ami. Je ne lui dirai jamais. Tu me sauves la vie. Je t'adore ! »
Francis en entendit des vertes et des pas mûres durant le trajet sur le caractère « fantastique » de ce « cher » Lovino et en vint à apprécier de n'avoir récupéré aucun des deux Italies. Il avait le son de cloche de l'autre côté par Gilbert.
Felicia était une enfant étrange. Toujours tout sourire, toujours aimable, toujours serviable. Pourtant, elle cachait quelque chose, c'était certain. Gilbert s'inquiétait de certains blancs dans la mémoire des occupants de la maison et de la relation de la petite avec le Saint Empire Romain Germanique. Elle avait réussi à le faire danser pendant trois heures rien qu'en chantant. Et Gilbert s'en rappelait parce qu'ils les avaient espionnés à leur insu. Il disait qu'elle avait quelque chose qui ne tournait pas rond. De plus, il semblait évident qu'un fantôme ressemblant à Rome Antique hantait le manoir de Roderich depuis que la petite y avait élue domicile.
Antonio arguait lui aussi que le fantôme de leur père Rome squattait son domaine depuis que « Lovi chéri » avait décidé d'y mettre le bordel.
Le fantôme ne pouvait pas hanter deux endroits différents ? Si ?
Francis ne savait plus quoi en penser. C'était aux tuteurs de prendre leurs responsabilités. Et Antonio fuyait les siennes, pendant que Francis se lançait à la poursuite de son rival.
En arrivant en Amérique du Sud, Francis apprit que le pirate Kirkland pillait les navires commerciaux et prenait un malin plaisir à couler la flotte française isolée.
Francis dû prendre immédiatement des mesures pour contrer son rival, en demandant que les navires se déplacent au minimum deux par deux.
Antonio le quitta avec la promesse d'essayer de capturer Kirkland lui aussi.
En naviguant dans les eaux des Caraïbes, Francis finit par trouver le Captain Kirkland. Assis dans un bar, en train de boire du rhum, à l'attendre presque.
Il était tout simplement magnifique.
Arthur devenait un jeune homme attirant, complètement différent du souvenir qu'il gardait de lui. Dans son manteau rouge décoré de pierres précieuses et son tricorne orné de plumes exotiques, sa désinvolture le rendait plus abordable à première vue, mais il n'en restait pas moins diablement dangereux.
Francis n'avait vu aucun bateau battant pavillon pirate dans les environs. Comment avait-il fait pour se retrouver ici ?
Arthur le remarqua. Il eut un sourire que Francis pourrait qualifier d'aguichant dans sa direction.
Il n'irait pas boire avec lui et il allait le faire arrêter et le ramener immédiatement en Angleterre.
Le temps qu'il se fasse la réflexion, Arthur vint vers lui et lui passa un bras autour de la taille.
« Qu'est-ce que…
- Je prends ce qui me revient de droit, Sweetie ! »
Avant que Francis ne puisse protester, Arthur l'embrassa avec passion. Lui, il se retrouva faible sous cette langue aux chaudes saveurs de rhum qui l'emmenait sur des rivages inconnus. La tête lui tourna un peu, alors qu'il se laissait faire.
Il eut un mouvement de recul quand Arthur lui agrippa la ceinture et il se sentit revenir à lui.
Francis n'eut pas le temps de repousser Arthur que celui-ci le relâcha, lui fit un clin d'œil avant de s'en aller.
« Retrouves moi, Sweetie, si tu veux connaître la suite. »
En retrouvant enfin sa bouche pour lui tout seul, il bougea ses lèvres et sa langue goutant encore ce souvenir fugace et terrible.
Il désirait Arthur comme jamais.
« Il est ferré !, hurla Britannia Devil. Je suis diaboliquement génial !
- Aux dernières nouvelles, Francis ne nous a pas dit qu'il nous aimait. Il n'a même quasiment rien dit du tout !
- Tu as vu comment il nous a regardé ! On va avoir ses fesses ! Yes ! Je suis trop fort !
- Son amour, Devil ! Son amour !
- Et son amour, aussi. Seulement, faisons passer le physique avant tout le reste. »
Angel eut une mine dégoûtée. Devil dodelina de la tête. Un jour, il ferait comprendre à Angel que le physique jouait pour beaucoup. Il aimerait bien tout de suite, mais il avait peur d'effarer sainte nitouche.
« C'est quoi ton plan génial ?, s'enquit Angel.
- Alors Dearie, nous allons retrouver comme par hasard Sweetie dans un endroit follement romantique…
- Comme ce bar puant le vomi et le stupre…
- … Il y aura un bar, effectivement, correspondant à ces critères barbares, mais nous n'y resterons pas.
- Ah et pourquoi ?
- Parce que nous irons perdre notre virginité dans un endroit paradisiaque éloigné de toute civilisation et de devoir envers la nation toute puissante.
- Et ce sera où ?
- Ce sera quand surtout ! Où, on s'en fiche… Y a tellement pleins de belles plages dans le coin avec un climat tempéré et agréable.
- Alors quand ?
- Il faut qu'on se fasse désirer encore un peu. Il faut qu'on lui coule encore un bateau, de préférence sous ses yeux. Laisser traîner des informations sur nos destinations de rêve, faire en sorte que certaines soient fausses, certaines soient vrais, lui échapper de justesse, lui adresser une lettre pour le convier à nos voyages de noces…
- Une lettre ? Pas question ! Les noces, pourquoi pas…
- C'était une option, dit Devil pour rattraper sa maladresse, tout de suite repérée par Angel qui avait toujours su le tempérer dans ses ardeurs.
- Bien. Et pourquoi crois-tu que cela va marcher ?
- Il nous a bien suivis jusqu'ici. C'est parce qu'on s'est fait désirer ! »
Angel lui lança un regard sceptique. Bon, oui, peut-être que Francis avait peur de ce qu'il pourrait faire au nouveau monde, et ça, Devil ne l'avait pas prévu au départ dans ses calculs.
« ça a marché, Angel !, tenta-t-il de se justifier. Tu verras dans moins de trois mois, nous ne serons plus vierges.
- Je ne sais pas comment je dois l'interpréter si ça ne fonctionne pas avec Francis. »
Le regard de Devil était suffisamment explicite sur ce qu'il comptait faire d'Angel en cas de refus français.
« Ne t'inquiètes pas Dearie, je ne laisserai aucune place à de l'interprétation entre tes fesses !
- Devil, c'est mal !
- Ce serait bon, surtout !
- Ne me touches pas, démon !
- Reviens ! Ne va pas sur le pont ! Angel, reviens ! Ne va pas bouder sur la vigie ! Angel ! C'est moi, le maître à bord ! »
Angel lui tira pas si innocemment la langue que ça avant de sortir sur le pont.
Lui aussi avait compris la leçon de se faire désirer, mais il ne devrait pas jouer autant avec.
